Mistiriijo, la mangeuse d’âme

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160 pages
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Gogo Aïssa, une attachante sexagénaire est accusée de sorcellerie. C’est une mistiriijo.La communauté se divise, ceux qui croient et ceux qui refusent. Mais qui est donc Gogo Aïssa, la connaît-on vraiment ?

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Date de parution 01 janvier 2013
Nombre de visites sur la page 223
EAN13 9789956429783
Langue Français

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Djaïli Amadou Amal
Mistiriijo La mangeuse d’âmes
Préface de Dr. Saibou Nassourou
Éditions Proximité  Yaoundé, 2018
Du même auteur Walaandé, l’art de partager un mari.Proximité, Yaoundé 2015. Prix de la Fondation Prince Claus. Traduit en langue arabe. Munyal, Les larmes de la patience, Proximité, 2017.
© Éditions Proximité, avril 2018 BP 30332 Yaoundé, République du Cameroun. Tél 237 99859594/6 72 72 19 03 Couriel : editionsproximite@yahoo ISBN : 978-9956-429-78-3
À toutes les femmes À ces prétendues Mistiri’en Aux innocentes victimes À Mbarmaré Maroua et ses chers disparus.
Préface
Il me plaît de saluer ce deuxième produit romanesque de Madame Djaïli Amadou Amal, Mistiriijo, la mangeuse d’âmes, intéressant à plus d’un titre. Pour le grand public, il constitue une mine d’informations ethnographiques sur les Peuls de Maroua. Avec bonheur, il est d’abord introduit dans la géographie et l’économie du milieu et connaîtra ainsi, le temps qu’il y fait ; la végétation qui y pousse ; les principales activités économiques rencontrées. Ensuite, le lecteur sera surtout servi d’informations d’ordre ethnologique. Il acquerra un niveau de connaissance du pulaaku (code de comportement social et moral des Peuls), de la pratique de l’islam (lieu de prières, statut des maîtres de l’islam et leurs sermons), de hiirde (espace de divertissement mettant en relations hommes et femmes) ; des façons de nourrir les bébés, d’éduquer les enfants, d’enterrer les morts, etc. Il aura à apprécier l’impact du poids du pulaaku sur le sujet peul, s’agissant des relations parents-enfants, mari-femme ; les effets dommageables de certaines pratiques, comme le tatouage des lèvres et surtout la sorcellerie, mistiraaku.
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Il aura également à rééchir sur le sens des relations colonisateur-colonisé, la vision du service public. Au-delà du pittoresque, il faut souligner que la trame deMistiriijo, la mangeuse d’âmes, est élaborée avec un génie proprement romanesque, fait de moments inattendus et sufsamment émotionnels.
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Docteur Saibou Nassourou Sociologue
Barando ma, anndaa e naawan ma » «Ton assassin est insensible à ta douleur !» Proverbe peul
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Prologue
L’enfant gémissait, grelottait, une sueur froide recouvrait son corps frêle. La èvre le terrassait. La pâleur naturelle de sa peau, caractéristique de son appartenance ethnique peule virait au jaune. Ses yeux larmoyants brillaient d’une lueur étrange comme possédée. Il grelottait, claquait des dents, émettait de temps à autre des paroles incompréhensibles. Il perdait connaissance, délirait. Sa température atteignait un seuil critique. La mère, assise à même le sol dans un coin de la chambre obscure, sanglotait silencieusement, imaginant déjà le pire sans toutefois intégrer dans son esprit embrouillé le scénario catastrophe, tant l’idée en elle-même lui était insupportable. Elle traversait là, la plus éprouvante situation qu’une mère pût vivre. Impuissante à aider son enfant, cette partie d’elle-même, sortie de ses entrailles, elle ne pouvait qu’attendre, indéniment, que le destin implacable scellât enn le sort réservé à son petit garçon. La grand-mère, le visage noir d’inquiétude, frissonnait, ses mains déjà glacées, essuyant du bout de son pagne ses yeux imbibés de larmes.Elle psalmodiait sourdement des versets coraniques et, de temps à autre, soufait sur ses mains sèches massant le corps de l’enfant. Sans grande conviction,
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elle priait, suppliant Allah de préserver son petit-ls. Elle instaurait entre son Dieu et elle, un dialogue muet. « Ô Allah ! Pourquoi lui ? Pourquoi pas moi qui suis déjà vieille ? Moi qui ai déjà fait mon temps ? Ô Allah ! S’il te faut absolument quelqu’un, alors prends-moi et épargne-le… ». Les voisins solidaires s’étaient réunis. En Afrique, un enfant est celui de tous. Moussa est malade. Moussa le gamin adorable qui faisait l’admiration de tous. Le garçon espiègle, ami des grands comme des petits. Moussa aussi doué pour les études scolaires que religieuses. Aussi 1 apprécié de son instituteur que de sonmallum. Moussa, aussi passionné de football au quartier que 2 de jeux de combats aumaayo. Moussa était vraiment mal en point et les voisins, agglutinés aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de la grande concession, chuchotaient, spéculant sur toutes les causes possibles et imaginables de l’étrange et subit malaise de l’enfant. Un oncle était allé quérir Dodo le guérisseur. C’était une évidence pour tous ! Cette maladie trop mystérieuse et soudaine ne pouvait être soignée à l’hôpital. Cet étrange mal ne saurait en aucun cas trouver remède en la médecine occidentale. Quand il reprenait connaissance, Moussa se tortillait encore plus, pleurant, se plaignant : « Mon cœur ! Mon cœur ! ». 1.Personne enseignant la religion islamique. 2. Rivière ou euve.
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