Parcours d
114 pages
Français

Parcours d'un donneur de gamètes

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Description

Comment vient l'idée, un beau jour, d'aller faire un don de sperme ? Est-ce un acte anodin ? L'auteur, au cours de ses pérégrinations teintées d'humour et de malice, tente d'expliquer ce qui l'a poussé à venir un matin dans un hôpital pour accomplir ce don si particulier. Gardera-t-il ses motivations généreuses jusqu'au bout ? Les conditions d'accueil correspondent-elles à son idée du respect de la personne humaine ? Ce récit autobiographique est aussi une réflexion méthodique sur le don, qu'aucun philosophe en son cabinet n'aurait pu mener. Car avant d'être un échafaudage de principes, le don est d'abord une pratique.

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Date de parution 26 juillet 2018
Nombre de lectures 2
EAN13 9782140097478
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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Exrait

JÉôé Deneubourg
Parcoursd’un donneurde gamètes
Parcours d’un donneur de gamètes PÉFàçé é Vîçé BÈŝ
© L’Harmattan, 2018 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-15536-4 EAN : 9782343155364
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Parcours d’un donneur de gamètes
DU MÊME AUTEUR
Affaire Ilan Halimi, Les clés du procèsÉditions du Cygne, 2009
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Jérôme DENEUBOURGParcours d’un donneur de gamètes
PRÉFACE
orsque l’on est conçu par insémination artificielle avec L donneur comme moi, la figure du donneur est par essence floue, éthérée, mystérieuse. Je la cherche parfois dans le miroir. Mon esprit s’emballe de fantasmes et de suppu-tations sur ce qu’il est, ce qu’il m’a transmis. Parce qu’en France l’anonymat du donneur est irréversible et absolu, mon donneur est à la fois intangible et très concret dans mon propre corps. C’est cette contradiction et l’impossibilité qui m’est imposée de la résoudre qui rendent la situation profon-dément injuste. Et parfois, pour d’autres, insupportable. De nombreux donneurs ont rejoint l’association PMAnonyme qui regroupe également des parents et des personnes nées de don. À l’instar de Jérôme Deneubourg, ces donneurs ont pris conscience de l’injustice qui est faite aux personnes nées de don et militent pour la reconnaissance de leur droit d’accès aux origines. Rencontrer les donneurs, parler avec eux est souvent verti-gineux. Notamment la première fois que cela arrive. Tout à coup cette figure faite d’une collection d’images mentales nourries de notre propre reflet et de nos fantasmes s’incarne dans une personne humaine concrète, là devant nous. Bien sûr aucune chance pour qu’il soit LE donneur, MON don-
neur. Et si c’était lui, pourtant ? Alors on le scrute avec une attention disproportionnée, on l’évalue, on le juge ; finale-ment on fouille en soi-même pour savoir ce que cela nous fait au plus profond de notre âme. Alors, lorsque j’ai reçu pour la première fois le texte que vous tenez entre vos mains, j’ai hésité. Inconsciemment je n’avais pas envie de me confronter aux pensées de quelqu’un qui avait fait le choix de donner ses gamètes. Quelles motiva-tions pouvaientin fineun homme à participer à la pousser naissance de quelqu’un comme moi ? Je connaissais déjà cer-taines des motivations de donneurs. Souvent nobles, émou-vantes et profondément généreuses, elles paraissent parfois troublantes, voire dérangeantes… Finalement, prenant mon courage à deux mains, je m’y suis plongé. Et je n’en suis ressorti que quelques heures plus tard après l’avoir achevé. Comme en apnée. Plein d’humour et d’introspection, ce livre m’a emmené dans le parcours singulier d’un homme qui fait ce choix de devenir un donneur de gamètes. Curieux puis accroché par le style et les péripéties de l’auteur, j’ai dévoré pages après pages cette histoire édifiante. Je dois dire que l’intérêt de ce livre réside, entre autres, dans cet aller-retour permanent entre ce que vit son auteur au long de sa démarche et les réflexions qui l’accompagnent. L’acte de donner est parfois représenté au cinéma ou à la télévision et, lorsqu’il l’est, il fait souvent l’objet de blagues grivoises, voire de moqueries. Ce qui est permis ici, c’est de ne plus le dissocier des motivations profondes du donneur. C’est un acte qui peut paraître simple à réaliser (moins pour les dons d’ovocytes cependant) mais dont on finit par en mesurer le vrai coût. Cette étape, point de départ avec le désir d’enfant des parents, n’est pas simple à évoquer parce
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qu’elle touche à la sexualité. Ce livre est donc l’occasion de mieux la comprendre et de tenter de l’appréhender sans faux-semblants et dans sa vérité nue, si j’ose le dire ainsi. Et puis, je dois bien l’avouer, je me retrouvais de manière stupéfiante dans cette introspection. Comment cet auteur pouvait-il, sans ne jamais avoir rencontré de personnes comme moi, en arriver au même constat ? Je pensais de ma-nière un peu égocentrique qu’il fallait le vivre dans son corps pour vraiment l’appréhender. Pourtant, chacun de notre côté, nous aboutissions à la même vérité ressentie physique-ment et intellectuellement : l’anonymat absolu et irréversible du don est un scandale qui tente de masquer le fait qu’un don de gamète n’est en aucune cas réductible à un don de sang. La part d’hérédité qui est transmise fait partie inté-grante de l’histoire des enfants conçus à la fois par le don et le projet parental de ses parents. Jérôme Deneubourg fait donc avec cet ouvrage une œuvre salutaire et urgente. Il rend leur place d’humains pensants et responsables aux donneurs de gamètes. Il était temps ! Temps de se rendre compte qu’ils n’étaient pas que des « moyens » utilisés par la médecine comme outils pseudo-thérapeutiques (car ils n’ont jamais permis de soigner l’infertilité). Temps de comprendre que donneurs, parents et enfants partagent une révolte contre cette absence de reconnaissance du droit légi-time à connaître cette part d’origine, d’hérédité. Temps, surtout de comprendre que ces protagonistes sont au clair sur ce qu’ils représentent les uns pour les autres sans confusion. Je le remercie d’avoir contribué à éclairer la revendication majeure de l’association PMAnonyme qui est de mettre fin à cette forme d’anonymat anachronique et fondamentalement injuste. Je le remercie aussi d’avoir écrit sans doute le plus beau texte sur ce sujet qu’il m’ait été donné de lire. Je le
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