Qui de nous deux?

Qui de nous deux?

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Français
91 pages

Description

L'été 2012, Marine Dubois, sociologue expatriée en Afrique revient en Belgique pour des raisons de santé. Par hasard, elle remet la main sur d'anciens courriers. Comme un remède à sa guérison, elle fouille son passé et recontacte un ami perdu. Elle se lance alors le défi de séduire l'ami ainsi retrouvé via un projet particulier. Marine retourne à Dakar. Cinq mille kilomètres séparent ces deux individus et pourtant un lien indéfinissable va les réunir à nouveau.

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Date de parution 06 juin 2019
Nombre de lectures 0
EAN13 9782806122681
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

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D/2019/4910/31 EAN Epub : 978-2-8061-2268-1 ©Academia – L’Harmattan s.a. Grand’Place, 29 B-1348 Louvain-la-Neuve Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous pays sans l’autorisation de l’éditeur ou de ses ayants droit. www.editions-academia.be
Emmanuelle Lecomte Qui de nous deux ? Roman
Préface
Bien plus que du simple papier, les lettres manuscrites sont des œuvres d’art remplies de mots tantôt légers, tantôt abrupts, permettant le fantasme, l’allégorie ou la désillusion. Les mots sur le support sont tellement peu et tant à la fois. Ils émeuvent ou percutent. Ils rassurent ou résonnent faux. Outre leur apparence calligraphique décorative, les lettres qui forment le mot m’ont toujours semblé plus authentiques voire séduisantes, du simple fait qu’elles sont tracées sur le support par la main de son créateur. Et moi de décrire tout ceci en tapotant sur le mini clavier de mon portable, contrainte par la technologie actuelle de faire violence à mes inclinations esthétiques. L’histoire naît de peu de choses. Des petits papiers perdus par-ci, par-là. Cryptogrammes anodins ou percutants, responsables discrets d’affolements secrets. Emmanuelle Lecomte
Il faut beaucoup aimer les hommes. Beaucoup, beaucoup. Beaucoup les aimer pour les aimer. Sans cela ce n’est pas possible, on ne peut pas les supporter.
Marguerite Duras
1.
Dehors, les couleurs d’un automne naissant flamboient sous une pluie torrentielle. Dedans, Marine s’ennuie. Elle attend que la nuée passe. Elle trépigne, perdue dans cette imposante villa datant des années septante-sept ou huit, elle ne sait plus très bien. Enfin, c’était l’autre siècle, celui d’avant. Rien n’a changé ici, pense-t-elle, si ce n’est la couleur jaune des photos sous les cadres pourtant hermétiques. La photographie papier, un besoin vital à la survie des uns enfermés dans le souvenir des autres. Sa mère ne s’est jamais résolue à quitter la maison familiale. Elle l’occupe seule depuis trop longtemps déjà. La bicoque est trop grande pour elle, c’est évident mais cela arrange Marine lors de ses séjours en Belgique. L’étage compte un bureau, deux chambres et une salle de bain. Un petit appartement privé qui lui convient à merveille. Une large mezzanine s’ouvre sur la salle à manger et permet de garder un contact entre les deux niveaux. Au rez-de-chaussée, le salon est le centre névralgique de la maison. C’est ici que Marine s’ennuie cet après-midi. Annie s’est absentée. La préparation d’un gala pour une œuvre de bienfaisance. Maman n’est pas prête de rentrer à la maison, trop occupée de croire qu’elle sauve le monde, ironise Marine à voix haute. Surprise par sa propre critique, elle chasse ses mots d’un revers de la main, excusant la vivacité de sa pensée par sa mauvaise humeur passagère. Elle aurait voulu s’aérer, marcher sous les arbres qui se dégarnissent déjà un peu, profiter de l’arrière-saison. Impossible. Le vent et la pluie s ont au rendez-vous. Son courage s’oppose à la bourrasque extérieure. Alors, elle flâne dans la vi eille bâtisse, s’attarde le long des murs, scrute chaque portrait dont elle détaille les sourires évanouis. Il n’y a ici aucune photo malheureuse. Que du bonheur affiché. La pièce est vaste et exposée au sud. Deux énormes baies vitrées invitent la lumière à s’y diffuser une bonne partie de la journée. Dans ces contrées frileuses, les architectes savent ce qui leur reste à faire. En toute saison, les hauts châssis ont cet avantage de faire pénétrer la nature au cœur de la demeure, même un jour de pluie battante comme celui-ci. Marine admire ce jardin, persuadée qu’il reste ce qui a le mieux résisté au coup de vieux pris par les li eux. Elle reconnaît que les buissons, plantes et roseraies de son enfance sont beaucoup moins bien entretenus mais cet aspect sauvage n’est pas pour lui déplaire. Tout était trop astiqué à son goût à l’époque. Le manque de personnel a eu raison de cette imposante villa jadis équilibrée entre les membres de la famille et les domestiques qui s’y affairaient. Tout en rêvassant, elle entre dans la cuisine. Une large ouverture dans le mur permet un accès direct entre celle-ci et le salon. Muni d’un plan de travail centré dans ce vingt mètres carrés, l’espace a gardé un aspect contemporain. Ses parents avaient alors opté pour des matériaux en bois naturel jugés intemporels. Malgré la vétusté de quelques meubles, rien n’a changé sauf peut-être le lave-vaisselle et le four à micro-ondes dont la consommation d’énergie aurait fait pâlir n’importe quel bon père de famille. Marine sourit au souvenir du petit-déjeuner animé que sa famille prenait dans la cuisine. Son père l’avait voulue à l’est de la maison. Là où le soleil s’éveille, là où tout commence. Pour lui, ce moment furtif partagé avec les siens de grand matin comptait parmi les rares instants de grâce de son quotidien. Elle avait toujours partagé cet enthousiasme paternel. Du salon, s’étend un couloir côté ouest dans lequel se font face quatre larges chambres. Sur la droite, le nid parental et le bureau du paternel séparés par une salle d’eau privative. Sur la gauche, deux chambres identiques partagent ensemble une salle de bain commune. Aussi étrange que cela puisse paraître, Marine ne s’attarde jamais dans les lieux privés de la bicoque. Comme si le jour où elle avait quitté cet endroit, elle avait en même temps décidé de fuir le passé qui lui appartenait. Sûrement pour d’autres raisons d’ordre plus acrobatique, sa mère elle-même avait perdu l’habitude de monter à l’étage devenu le quartier général des invités. Un vif coup d’œil par la fenêtre renforce un frisso n passager. Il fait trop mauvais. Le chat miaule fuyant les gouttes qui finiront par l’enlaidir tel un rat. Marine a pitié et se précipite pour lui ouvrir. — Je te comprends Misti, un chat mouillé est un chat malheureux. Quelle idée de t’avoir imposé cette satanée pluie ! Quel idiot aurait envie de s’attarder à l’extérieur par un tel temps ? Le chat se contente d’un ronron mélodieux en guise de réponse. Il passe plusieurs fois entre ses