Shâhpur, Roi des rois

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Description

Au troisième siècle de l'ère chrétienne, l'Iran, pièce essentielle de l'échiquier international, est incarné par Shâhpur, second Roi des rois de la dynastie perse des Sassanides. Au cours de ses trente ans de règne, Shâhpur, étend son pouvoir sur la Mésopotamie, l'Arménie et les confins de l'Inde. Son armée de cavaliers, dans laquelle on découvre les gyanavspar, probablement les premiers kamikazes de l'Histoire, tient Rome en échec ; la mort en déportation de l'empereur Valérien, capturé avec ses légions, a un retentissement mondial. Une évocation historique puisée aux sources littéraires, artistiques et scientifiques.

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Date de parution 01 juillet 2007
Nombre de lectures 130
EAN13 9782296175310
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0135€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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SHÂHPUR
ROI desROIS© L'HARMATTAN,2007
5-7,ruedel'École-Polytechnique;75005Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN: 978-2-296-03484-6
EAN: 9782296034846PaulDELORME
SHÂHPUR
ROI desROIS
L'HarmattanRomanhistorique
Collection dirigée par MaguyAlbet
Déjàparus
GérardPOUHAYAUX, LeGaoulé, 2007.
RafikDARRAGI, LaConfession de Shakespeare, 2007.
Anne-LaureCARTIER de LUCA, Le papyrus de la ViaAppia,
2007.
YvesNAJEAN, La Robertière, 2007.
Marie-France ROUVIERE, Cornelia, mère des Gracques,
2006.
ClaudeDUMAS, Le crépuscule du chapultepec, 2006.
DanièleROTH, L’année de fête, l’année de Lou, 2006.
ColetteBURET, Le survivant : Baseure Adrien Jérôme Cornil,
2006.
Claude BOURGUIGON FRASSETO, Complots à l’île d’Elbe,
2006.
JeanMAUMY, La Valette, 2006.
DanielGREVOZ, Tombouctou 1894, 2006.
Claude LEIBENSON, Jonathan, des steppes d’Ukraine aux
portes de Jérusalem, la cité bleue, 2006.
AnnieCORSINIKARAGOUNI, L’Autre Minotaure, 2005.
IsabellePAPIEAU, Les cloches de brume, 2005.
Pierre MEYNADIER, Le dernier totem. Le roman du Che,
2005.
DanielBRIENNE,Gautier et le secret cathare, 2005.
Madeleine LASSÈRE, Le portrait double. Julie Candeille et
Girodet, 2005.
RobertCARINI, L’archer de l’écuelle, 2005.
LuceSTIERS,Et laisse-moi l’ivresse..., 2005.
RabiaABDESSEMED, Wellâda, princesse andalouse, 2005.
Guido ARALDO, L’épouse de Toutânkhamon, papesse du
soleil et les papyrus sacrés, 2005 .
Loupd’OSORIO, Hypathia, arpenteur d’absolu, 2005.
DanielBLERIOT,Galla Placidia. Otage et Reine, 2005.
PaulDELORME, Musa, esclave, reine et déesse, 2005.À Marie-HélèneAVANT-PROPOS
Shâhpur est nommé Sapor par les historiens grecs
et latins, traduction trèséloignéedu nom perse.
Les difficultés d’interprétation des signes de
l’écriture moyen-perse (celle des Sassanides) expliquent
aussi le grand nombre de transcriptions rencontrées dans
les textes. Outre l’orthographe Shâhpur choisie ici, on
peut lire: Sapores, Sabour, Shabor,Šābuhr, Shabur,
Shâbuhr, Šāpūr, Shahpuhr,Shahpour,Shapour,etc…
Le lecteur se rapprochera avec une approximation
suffisante du Persan (langue indo-européenne comme le
Français), en prononçant les mots tels qu’ils sont
transcrits,articulant toutes lesconsonnes.Toutefois:
- udevra se prononcer ou (commedans l’anglais full),
- sh se prononcecommedans le mot shampooing,
- ghet kh, sons gutturaux, se rapprochentd’un rfort.
Pour permettre de les distinguer des personnages
imaginaires, les noms des personnages historiques sont
écrits en CAPITALES lorsqu’ils apparaissent pour la
première fois dans le texte, et ils sont répertoriés à la fin
du livre (certains d’entre eux ne sont connus que par les
inscriptions royalesdesbas-reliefs rupestresduFârs).
Repèreschronologiques.
Ils sont donnés dans le calendrier grégorien (ère
chrétienne). Lorsque les savants discutent encore sur la
date exacte d’un évènement signalé ici, l’hypothèse qui
semble la plus plausibleaété retenue.
7- 540 Cyrus leGrandfonde ladynastiedesAchéménides
- 330 Alexandre leGrand renverse lesAchéménides
- 300 SéleucosIfonde ladynastiedesSéleucides
- 226 LesParthes-Arsacides renversent lesSéleucides
197 Naissance supposéedeShâhpur
205 Ardashircouronné roideStakhr
Débutde l’ère sassanide
224 Batailled’Hormizdagan,chutedesArsacides
Fondationdu «feu »d’Ardashir
226 Ardashircouronné «Roides rois. »àCtésiphon
232 OffensivedeSévèreAlexandre sur l’Euphrate
239 Offensive sassanidecontreDura-Europos
Fondationdu «feu »deShâhpur (investiture)
240 Shâhpurcouronné «Roides rois »àCtésiphon
RuinedeHatra
242 Mortd’Ardashir
ère244 1 guerredeShâhpurcontreRome:Mésikè,
l’empereurGordienIIIest tué, son successeur
Philippe l’Arabeachète la paix 500 000dinars
247 Philippe l’Arabecélèbre leMillénairedeRome
ème252 2 guerredeShâhpurcontreRome:Barbalissos,
ème1 prised’Antioche, occupationde l’Arménie
256 RuinedeDura-Europos
260 Edesse,captivitéde l’empereur romainValérien,
e2prised’Antioche,déportations
ère263 1 attaqueduPalmyrienOdeinathcontreShâhpur
268 Odeinathassassiné, règnede la reineZénobie
272 MortdeShâhpur, sonfilsHormizdI lui succède,
l’empereur romainAuréliencaptureZénobie
273 VahrâmI succèdeà sonfrèreHormizdI lePreux
277 «Passion »du prophèteMani
VahrâmIIfilsdeVahrâmI, succèdeà son père
293 VahrâmIII,filsdeVahrâmII, succèdeà son père
293 NarsehI,filsdeShâhpur,détrôneVahrâmIII
8GÉNÉALOGIEDESPREMIERSSASSANIDES
Dênag (familleBazrangui) xSÂSSÂN
Rôdak xPÂPAG
er
Myrrôd (familledesArsacides)x ARDASHIR 1 SHÂHPUR (frèreaîné)
MIRSHÂHPEROZ ARDASHIR
er
Dênag (Reine,familledeSâssân)xSHÂHPUR I xKhoranzêm (Reinede l’Empire,=Gurdzâd)
Âdur-Anâhîd VAHRÂM SHÂHPUR HORMIZD-ARDASHIR NARSEH
er er er
(fille-épouse, (VAHRÂM I ) (roideMêsân (HORMIZD I ) (NARSEH I )
Reinedes reines) x princesseDênag)101112JOURDEFÊTEÀCTESIPHON
Devant les remparts qui bordent le Tigre, les
abords de la «MaisonBlanche » bruissent d’une agitation
inhabituelle.
Sur la large voie, longue d’une cinquantaine de
(1)cannes , qui relie cette résidence royale au temple érigé
au sommet d’une éminence, le capitaine KHUMAFRÂT
fait prendre position à un cordon de militaires en grand
apparat pour délimiter un large espace dégagé et maintenir
lafouleàdistance respectueuse.
D’un côté de la route, en tenues vertes, se déploie
une compagnie de la garde d’honneur du souverain en
titre,ARDASHIR, qui a pris le titre de Shâhânshâh, «Roi
des rois » ou «Grand Roi », après avoir éliminé le dernier
monarque de la dynastie des Parthes arsacides.En face, en
uniformes rouges, l’autre compagnie appartient à son fils,
le prince-héritierSHÂHPUR.
Fantassins alignés au coude àcoude, les soldats présentent
leur longue pique tenue à deux mains, dressant vers le ciel
les pointes acérées. Tous portent un long manteau en toile
de laine grattée, qui donne un effet de mèches ondulées, à
encolure rectangulaire, ouvert sur le devant et s’ajustant
étroitement au corps. Les manches sont très longues,
étroites mais évasées sur les mains et garnies d’un
parement de soie. L’équipement est complété par des
bottines de cuir gaufré et par un ceinturon dans lequel est
passé lefourreaud’un poignard.
__________________________
(1)Environ 150 mètres (1canne= 6coudées= 3 mètres)
13Khumafrât désigne une section pour former, au
plus près du palais, une ligne de soldats délimitant un
«carré V.I.P. » où prennent place des membres du clergé
vêtus de longues robes blanches et les représentants du
GrandRoi dans les provinces, majoritairement les satrapes
des districts ou des villes. Parmi ces derniers un petit
groupe de trois hommes, tous âgés d’une trentaine
d’années et qui semblent bien se connaître: VARZIN de
Gay, NARSES de Rind, le plus grand des trois, et
PASFAR de Shushtar, un petit homme mince à la
silhouettefragile.
La coupe des longs caftans multicolores des
notables ressemble à celle des militaires, mais les tissus
sont beaucoup plus précieux, en fine laine façonnée,
décorée de dessins d’animaux et de motifs géométriques.
La haute position sociale est aussi marquée par les
cheveux longs, les longues barbes bouclées, et les bijoux
d’or rehaussésde pierres précieuses.
Toutefois, un personnage qui suit le satrape Pasfar
comme son ombre, dénote dans cette assemblée.Cheveux
et barbe courts, une large cicatrice sur la pommette
gauche, ses vêtements sont de bonne qualité, mais de
coupe franchement « occidentale », et il ne porte pas de
bijoux,à l’exceptionde lafibuledebronze quiattache son
manteau sur l’épaule droite. L’homme pourrait être un
Romain, une présence incongrue dans ce cas, la guerre
ayant reprisdepuis quatreanscontre l’ennemi héréditaire.
À l’extérieur de l’espace réservé, s’entasse le
peuple, toujours prompt à bayer au spectacle des gens
distingués par la Fortune. Les pauvres sont naturellement
les plus nombreux, reconnaissables à leurs vêtements de
laine couleur de terres et d’ocres ; tuniques longues pour
les hommes, ou tombant sur leschevilles pour lesfemmes,
qui portent par-dessus une grande pièce rectangulaire d’un
tissu drapé jusqu’aux jambes, couvrant les cheveux et les
bras. Parmi ces masses sombres se distinguent les taches
14plus claires des gens plus aisés, vêtus de lin, et les
dominantesbleuesdes manteauxbrodésdes marchands.
Toute cette foule est venue participer à un
évènement qui marquera certainement l’Histoire: le sacre
du prince Shâhpur, qui va recevoir la couronne et le titre
de Shâhânshâh des mains de son père qui a décidé de lui
abandonner officiellement les rênesdu pouvoir.
La date est choisie à dessein: no-ruz, le Jour de
l’An, la plus populaire des fêtes calendaires, à laquelle
participenten nombre toutes lescommunautés.
Mais l’année retenue ne sera pas la même pour
tous.Dans les actes officiels deCtésiphon on écrira « 552
de l’ère séleucide », d’après le calendrier toujours en
usage dans la ville. Pour la communauté juive, l’une des
plus anciennes et des plus puissantes de la diaspora, le
sacre se passe en l’an 4 000 suivant la création par son
Dieu du monde et des hommes. Les artisans et
commerçants grecs ou syriens, qui adoptent le calendrier
dominant en Occident, estiment quant à eux qu’ils sont en
l’an 993depuis lafondationdeRome, tandis que plusieurs
sectes affirment vivre en l’an 240 après la naissance de
leur Christ. Sans trop chercher, on trouverait d’autres
computs du temps, chez les marchands et marins
égyptiens,arabes ou indiens.
Peu importent cependant ces différences, aux gens
qui vont vivre en commun aux portes du palais les mêmes
instantsexceptionnels.
Khumafrât se montre un peu plus fébrile.D’un pas
nerveux, il passe devant ses hommes pour une ultime
inspection. Ici, il redresse une pique ; là, il rajuste le col
d’uncaftan ; là-bas, il rectifie unalignement...
Tout à coup, résonne une trompette. Aussitôt, le
brouhahade lafoulefait placeà un profond silence.
15La porte monumentale du palais royal s’ouvre à
deuxbattants,dévoilant lecortège qui s’avance.
En tête, les porte-étendard, tous membres de la
famille royale, fantassins équipés d’une lourde cotte de
mailles en fer sous une fine tunique armoriée, d’une
longue épée au côté, de pantalons bouffants, et d’un
casque conique à protège nuque de mailles surmonté d’un
panachede plumesaux vivescouleurs.
Le précieux enseigne du Fârs inaugure le défilé.
Sur la hampe, s’étagent les symboles des trois principales
divinités vénéréesdepuis la plus hauteAntiquitédanscette
province dont l’actuelle dynastie est originaire. En bas,
deux ailes éployées, en or, pour le dieu de la victoire
Verethraghna.Au-dessus, le croissant de lune en argent de
la déesseAnâhitâ, laBonne Mère, l’Immaculée.Enfin, au
sommet, le soleil d’or d’Ohrmazd, le premier de tous les
dieux et même le seul qui soit reconnu par les
zoroastriens, réformateurs monothéistes.
Derrière, s’avance l’étendard du temple d’Anâhitâ
à Stakhr, en forme d’arbre orné de rubans rouges ou verts
et dont chacune des cinq branches est terminée par une
grenadeen or,emblèmedeféconditéetde procréation.
Viennent enfin, flottant au vent dans un certain
désordre, les bannières aux couleurs vives des grands
féodaux de l’empire, souvent à l’image d’un animal: lion,
loup, sanglier ou onagre.
Puis,deuxcavaliers sortentdu palais.
Les spectateurs s’inclinent respectueusement, le
regard baissé, certains même se prosternent face contre
terre. Les gardes de la haie d’honneur courbent la tête et
inclinent leur lance à mesure que les montures arrivent à
leur hauteur.
-Grand RoiArdashir et prince Shâhpur, de la race
desDieux! chuchotent dans un souffle les spectateurs les
plus téméraires qui ont osé jeter uncoupd’oeil.
16Les souverains montent de petits chevaux, ou
plutôt des double poneys originaires de l’Asie centrale,
trapus et vifs, la crinière taillée en brosse et la base de la
queue nattée. Scintillent au soleil les disques d’or ornés de
têtesde lionetde rosettes,appliqués sur lecuirde labride,
de la lanièrede poitrailetde lacroupière.Un gros pompon
de soie, de forme oblongue, pendille entre les boulets des
pattes postérieures, attaché par une chaîne d’argent vers le
hautde la hanche, sous lachabraquedefeutre.
Ardashir est un sexagénaire à l’imposante barbe
bouclée, comme la longue chevelure qui se sépare en trois
masses, l’unedescendantdans ledoset lesdeuxautres sur
les épaules. Les cheveux du sommet du crâne sont
ramassés en un korymbos, curieux paquet rond recouvert
d’une résille verte ornée de fils d’or et d’un perlage. Le
diadème en soie, doublé d’un rang de pierreries, se
prolonge derrière la tête par deux larges rubans flottant
dans le dos jusqu’au creux des reins. Les yeux cernés de
khôl se détachent du visage maquillé comme l’exige une
vieille tradition iranienne, respectée aussi par tous les
princes et hauts dignitaires qui participent au défilé. Sous
une brillante cuirasse d’apparat incrustée d’or, Ardashir
porte uncaftan matelasséde soie verteet un large pantalon
plissé taillédans la mêmeétoffe.
En retrait d’une encolure, le prince Shâhpur est un
homme majestueux, âgé d’une quarantaine d’années. Il ne
porte pas de cuirasse, mais son caftan est en soie rouge
façonnée, avec des applications de pierres et de métaux
précieux. Il est coiffé d’un bonnet phrygien à paragnatides
couvrant la nuque et les oreilles, se terminant par une
plaque d’or emboutie simulant une tête d’aigle. Dans sa
longue barbe bouclée comme celle de son père, est passé
un anneau d’or, particularité qui sera désormais réservée
auRoides roisenexercice.
Derrière les deux cavaliers, fermant la marche, les
courtisans et hauts fonctionnaires, sans un regard vers la
17foule, suivent silencieusement à pied, dans un froissement
decaftans multicolores.
Le cortège pénètre dans le temple, avec les mages
du dieu Ohrmazd, en robes blanches, qui attendaient à la
porte l’arrivéedes souverains.
Les spectateurs massés sur le parcours du défilé ne
verront rien du sacre qui se déroule en privé à l’intérieur,
mais ils vont guetter pendant une heure la sortie du
nouveauGrandRoi.
Peu à peu, les gens rompent le silence, et, pour
tromper l’ennui de l’attente, s’engagent entre voisins des
conversationsàbâtons rompus.
Dans le groupe des notables, le satrape Varzin
s’adresse à ses collègues, d’une voix chaude, en accord
avec sacomplexionenjouéeet soncorpsbienenchair.
-Vous avez certainement remarqué comme moi
que le porte-étendard du Fârs est le prince
HORMIZDARDASHIR, fils puîné du roi Shâhpur. Peut-être est-ce
une indication sur le prochain ordrede succession.
-Je pense que tu as raison, répond Pasfar.
Hormizd-Ardashir est âgé de dix-huit ans, à ce qu’on dit.
VAHRÂM, son aîné de trois ou quatre ans, ne vient qu’en
second rang, portant l’étendardd’Anâhitâ.
-J’ajoute que le troisième fils de notre maître
Shâhpur,NARSEH, qui n’estencore qu’unenfant, marche
luiaussidans lecortège, mais loinderrière,avec lesautres
princesde l’empire.
Tout à coup, le satrape Narsès frotte nerveusement
son œil droit dont la vision est altérée par une taie
blanchâtre, et, sans autre mobile qu’une humeur
changeante, prendà parti l’étranger.
-Rappelle-moi comment on t’appelle, je l’ai su,
mais j’ai oublié.
-Mon nomestHostus, seigneur.
18-Hostus, as-tu déjà vu à Rome un si magnifique
défilé ?
L’interpellé baisse les yeux et s’enferme dans le
mutisme.
Vexé de ne pas obtenir de réponse à sa question,
Narsès se tourne versPasfar.
-Pourquoi as-tu amené ce Romain balafré et peu
communicatif, qui nous fait regarder d’un air suspicieux
par nos voisins ?
Varzin répondà la placede sonami.
-Pasfar te l’a expliqué! L’année dernière, il a fait
prisonnier Hostus à Dura-Europos. Depuis, il s’est pris
pour son anshahrik d’une amitié... dont nous pourrions
être jaloux! Quoi qu’il en soit, il souhaiterait obtenir sa
libération, ce qui n’est pas une mince affaire, car cette
grâce serait trèsexceptionnelle.
-Seul notre maître le Shâhânshâh peut en décider,
mais il a des causes autrement importantes à juger,
rétorqueNarsès,agressifet méprisant.
-Notre ami est têtu et il sait frapper aux bonnes
portes!
Pasfarconfirme,conforté par l’appuideVarzin.
-J’ai pu obtenir une audience privée auprès du
premier ministre de nos Grands Rois, le chiliarque
PÂBAG.Qu’Ohrmazdaccorde longue vieàcet hommeau
caractère noble et prudent, qui réunit une très grande
sagesse et une culture d’esprit parfaite! Je lui ai remis en
main propre la supplique concernant Hostus, il a daigné la
lire, puis m’inscrire sur la liste des solliciteurs pour
l’audiencedece jour.
Du côté de la masse des gens du peuple, une fois
épuisées les comparaisons admiratives sur la richesse des
costumes de ces princes qui vivent dans un monde
inaccessible dont ils ne connaissent à peu près rien et
qu’ils ne reverront probablement jamais, on en arrive à
l’échange des habituelles banalités et considérations,
19péremptoires mais sans conséquences, sur les conditions
météorologiquesdu moment.
-Aujourd’hui, le temps est agréable, même pour la
saison...dit l’un.
- ... Il est tout à fait en harmonie avec le renouveau
de la nature,ajoute l’autre.
Ailleurs, on tentedes prévisions.
-Après les rigueurs de l’hiver, nous allons profiter
quelque tempsde ladouceur printanière…
- ...Sanscraindreencore la sécheressede l’été.
-Elle sera précoce cette année, car les oiseaux qui
aiment lefroid s’envolentdéjà vers le nord.
-Oui! J’ai vu partir des rolliers bleus aux ailes
chatoyantes, des formations de grues cendrées et quelques
rarescigognesblanches.
-Dans les marais, lescourlisàbec grêle,euxaussi,
quittent leursairesd’hivernage.
Plus loin,
-Quece no-ruz soitbéni!conjure unefemme.
-ParOhrmazd notreDieu! renchérit sacommère.
Un jeune garçon, au regard vif et pénétrant,
observe attentivement le spectacle qu’il découvre autour
de lui pour la premièrefois.
-Père, pourquoi ce grand jour de fête est-il appelé
no-ruz ?
-Pirân, mon fils, c’est une histoire qui remonte à
un lointain passé. Aux premiers temps de l’humanité
régnait le roi Jamshid, qui vainquit les démons et les força
à travailler pour les hommes.Il lescontraignitensuiteà lui
construire un trône de cristal et de pierres précieuses. Le
jour où l’ouvrage fut achevé, il s’assit sur le trône et les
démons vaincus durent le porter ainsi dans les airs, depuis
le mont Damavand, près de Ray, jusqu’à Babylone. Les
sujets de Jamshid rendirent grâce à leur bon roi et
nommèrent son triomphe le no-ruz « le jour nouveau »,
depuis lorscommémoréchaqueannée.
20Tirân réfléchit un moment.
-Si je comprends bien, papa, le no-ruz est un jour
de victoireduBiencontre leMal.
Un voisin, qui a tendu l’oreille, se mêle à la
conversation.
-Quelâgea tonfils ?
-Huitans, répond le père.
-Tu peux en être fier, il raisonne déjà comme un
adolescent intelligent.
-Ilest monfilsaînéet jefondebeaucoupd’espoirs
sur lui… dit le géniteur en appuyant sa réponse d’un
sourirefaussement modeste.
L’enfant savoure la sensation inattendue et
agréable d’être tout à coup le centre d’intérêt des adultes.
Il tentede prolongerce momentde plaisir.
-Lorsque j’étais prosterné, j’ai un peu désobéi à
mon papa. J’ai osé, je l’avoue, lever les yeux vers le Roi
des rois Ardashir, mais je les ai fermés aussitôt, aveuglé
par l’éclaird’or qu’il m’a lancé.
Le voisin donne son interprétation, beaucoup
moins prosaïque que celle du reflet du soleil sur le métal
de lacuirasse.
-Mon garçon, tuasétéébloui par la lumièredivine
d’Ohrmazd, principe du Bien qui irradie notre maître le
GrandRoiArdashiret l’inspiredans toutes sesactions, par
exemple dans sa lutte victorieuse contre ses ennemis,
suppôtsduMal,duMauvaisMonde,dudiableAhriman.
L’homme est résolu, le ton se veut convaincant et
n’admet pas la réplique: les religions servent aussi à
légitimer lesactionsdes gouvernants.
La trompette retentitde nouveau.
Toutes les conversations cessent, comme par
enchantement.
Le cortège royal sort du temple et retourne au
palais, dans le même ordre qu’à l’aller, sauf que cette fois,
Shâhpurchevauchedevant son père.
21Il a troqué le bonnet phrygien à tête d’aigle contre
une couronne d’or posée autour d’un korymbos de soie
rouge.Cette «couronne murale » dessine quatre créneaux,
chacun découpé par trois indentations ornées d’un rang de
perles. Elle symbolisera, pendant tout son règne, la
protection apportée par le dieu Ohrmazd au nouveau
Shâhânshâh.
Lorsque l’imposant portail du palais s’est refermé
sur les derniers dignitaires, la plupart des spectateurs se
dispersent, pour retrouver les traditions des no-ruz
ordinaires. Occasion, pour les citadins profitant de la
douceur du temps printanier, de se promener en famille
aux abords de la ville, d’organiser des pique-niques dans
la campagne environnante, de se rendre aux points d’eau
pour se laver et s’asperger les uns les autres avec de
grands éclats de rire joyeux, de s’offrir des sucreries,
symbolesdedouceuretde joie.
Le no-ruzestaussi le jourde la plus importantedes
audiences publiques données par le Shâhânshâh, qui
daigne alors écouter les suppliques et les doléances de son
peuple. Une très ancienne obligation, remplie cette année
pour la première fois par Shâhpur, ce qui explique
l’exceptionnelle affluence de solliciteurs qui se pressent
dans l’espoird’être reçusà la «MaisonBlanche. »
Ce palais est une construction massive et austère,
de plan rectangulaire. Les épais murs de pierres blanches,
renforcésde placeen place pardescontreforts, sont percés
de raresfenêtres hautesetétroites.
L’un des battants du portail en cèdre du Liban
s’ouvre, et les soldats de la garde s’écartent pour laisser
passer les notablesducarré réservé -Hostusdans le sillage
de Pasfar - qui pénètrent sous la haute voûte en plein
cintre du grand vestibule, un iwan. Pour cacher l’aspect
ingrat de la surface de blocaille assemblée au mortier de
22gypse, produit grossier, mais qui résiste bien aux
agressionsclimatiques, les murs ont reçu unenduiten stuc
agrémenté de corniches à gorge égyptienne et de fresques
de couleurs vives aux motifs géométriques ou floraux.
Décor modeste, jugent les satrapes dont les demeures sont
souvent plus luxueuses.
Le maître de cérémonie, un certain ZIK, les
accueille et s’excuse d’avoir à les soumettre à une fouille,
ordre du Shâhânshâh. Tous se prêtent de bonne grâce à
cette mesure de sécurité qui parait évidente, limitée en fait
à vérifier qu’ilsdéposent leursarmes.
Zik les conduit ensuite à l’emplacement qui a été
réservédans la salled’audience.
C’est une immense pièce carrée surmontée d’une
coupole sur trompes d’angles. Au fond, est tendu un
rideau de soie pailletée d’or, sous la garde d’un jeune
page, choisi parmi les fils des grands seigneurs, qui a le
titre envié de «Sois gai. ». Il est celui qui, en soulevant le
voile, fait découvrir au visiteur le bonheur ineffable de
contempler en chair et en os le Grand Roi d’essence
divine.
Des tapis rouges déroulés sur le sol dallé, dans
l’axede la pièce,délimitent sur toute la longueur uneallée
centrale qui coupe en deux chaque groupe d’assistants,
tous debout et silencieux, placés suivant une étiquette
sévèreet minutieuse.
À une distance de dix coudées du rideau, ont déjà
pris place la famille royale et les chefs des grandes
familles, en résumé « les Grands », les vuzurgân. Ils
voisinent avec les représentants du haut clergé, les rois
tributaires vivant à la cour ou en visite officielle, et les
meilleursexpertsen musiqueetenchant.
Les notables qui ontassisté toutà l’heureaudéfilé,
seigneurs de rang inférieur et serviteurs des temples du
feu, sont installés par Zik en retrait de dix coudées des
précédents.
23Puis, de nouveau à dix coudées, prennent place les
« maîtresdu plaisir »,bouffons,conteurset jongleurs.
Enfin, derrière une barrière au fond de la salle,
s’entasse la foule ordinaire qui a attendu un long moment
dans le vestibule, le temps nécessaire à une fouille
minutieuse et lente... avec un petit supplément pour faire
sentir l’infériorité de la condition sociale. Mais l’idée de
s’impatienter n’effleure pas ce petit monde, trop heureux
d’avoir obtenu le privilèged’êtreadmisetd’êtreautoriséà
présenter leur requêteauMaîtrede l’empire.
Les doléances sont sans surprises et intemporelles.
Les artisans viennent solliciter des allègements d’impôt,
les commerçants ajoutent qu’ils souffrent de concurrences
déloyales, et les agriculteurs veulent faire trancher en
dernier ressortdes problèmesdebornage.
Le «Sois gai » vient de recevoir l’ordre d’ouvrir le
rideau de soie. Le silence se fait plus pesant. À dix
coudées en arrière, Shâhpur apparaît alors sur un trône
d’ivoire dressé sur une estrade tapissée de pourpre, assis
sur un coussin de brocart d’or, portant sa couronne
caractéristique et vêtu comme il était apparu pendant le
défilé, appuyant sa main gauche sur la poignée d’une épée
large et droite, tenant dans sa dextre le sceptre royal, une
massue d’or. Il est seul. L’absence d’Ardashir, très
remarquée, alimentera les conversations du populaire et
les spéculationsdes politiques.
Derrière le trône, les murs et la porte qui donne
accès aux appartements royaux, au fond de la pièce, sont
recouverts de tentures de soie à fond rouge parsemé d’un
décor de motifs floraux et d’oiseaux multicolores. Le tout
est rehaussé de perles et de pierreries, qui accrochent le
jour diffus qui s’infiltre par des dizaines de minuscules
ouvertures percéesdans la voûte.
Habile mise en scène qui entretient autour du
souverain de droit divin une atmosphère mystérieuse et
24surnaturelle. Ceux qui, dans la foule, assistent pour la
première fois au spectacle, tombent involontairement à
genoux, saisis par l’émotion, pétrifiés.
D’une voix forte et solennelle, Zik annonce que le
nouveau souverain va prononcer lediscoursdu trône.
Shâhpur prend la parole.
Sa voix est grave, le ton ferme et solennel. Le
discours est accentué par des pauses, mettant en valeur
l’articulation du message, qui doit être clairement perçu
jusqu’aufondde la grande salle, jusqu’au peuple.
-Moi, adorateur d’Ohrmazd, Shâhpur, Roi des rois
des Iraniens, de l’essence des dieux, par la volonté
d’Ohrmazd et d’Ardashir mon glorieux père, adorateur
d’Ohrmazd, Roi des rois des Iraniens, de l’essence des
dieux, j’ai reçu dans ma main l’Empire d’Iran et j’en suis
désormais le seigneur.
Quand mon père, le seigneurArdashir, me précéda
sur le trône qui est le mien aujourd’hui, il y avait quatre
siècles que la terreétait pleinedebêtesféroces,dedémons
à face humaine, sans religion, sans instruction et sans
pudeur, qui répandaient dans le monde corruption et
destructions. Les villes étaient devenues des déserts, les
édifices étaient en ruine et désolés. En l’espace de seize
ans,àforced’habileté,deforceetde génie, leRoides rois
Ardashir a fait couler l’eau dans le désert, construit des
routes, fondé des villes qui portent son nom et leur a
amené des habitants, comme il n’avait jamais été fait
pendant mille ans avant lui. Il a édicté des lois sur le
manger et le boire, le vêtement, le voyage et le séjour. Il a
pris plusde peine pour lebiende sescontemporainsetdes
générations qui viendrontaprès lui, quede sa propre santé.
Tous ceux, dans cette assemblée, qui sont de noble
naissance, sont heureux par lui, par ses bienfaits et par sa
justice. Le pays, le trône et la couronne se réjouissent de
son règneadmirableet merveilleux.
25S’il plait à Dieu, Ohrmazd le Créateur de l’ordre
cosmique, le Très-Haut, l’Unique, qui a créé tous les êtres
et toutes les choses, les fait croître et les maintient, je ferai
aussi le bien de mes sujets. De par cette grande autorité
qui m’a été donnée par Dieu et le Roi des rois Ardashir
mon père, en confiant à ma personne la seigneurie des
Sept Climats, j’appliquerai la loi, j’épurerai la bonne
religion et je traiterai les habitants de ce monde de la
même manière que mes enfants. Si vous pensez à moi en
bienetenconfiance, je rechercherai votrebien.J’exercerai
la justice et prendrai de vous l’impôt d’une drachme pour
dix drachmes, et avec ces richesses j’équiperai l’armée
afin de protéger les habitants de ce monde. Je ne
m’occuperai pas d’achats et de ventes, car ce sont les
affairesdes gensdubazar.
Ohrmazdafaitdescendre sa grâceet mis le sceauà
sa faveur en me déléguant le pouvoir sur ses serviteurs et
sur les pays, pour élever la religion et la royauté, qui sont
deux sœurs jumelles, pour faire régner la justice et la
bonté. La porte du bien et de l’ordre a été ouverte au
peuple par leGrandRoiArdashir ; grâceà mon règne,elle
restera ouverte pendant mille ans. Et, n’était que nous
savons qu’au bout de deux mille ans la confusion
s’établira sur le monde, déliant ce qui a été noué, je dirais
que mon règne va travailler pour l’éternité.
À la fin du discours du nouvel empereur, la foule
marque un instant de recueillement, puis le maître de
cérémonie entonne une litanie reprise d’une seule voix par
toute l’assistance.
-Puisse le Roi des rois Shâhpur vivre autant que
durera le temps! Puisse le Roi des rois Shâhpur vivre
heureux sous uneétoile victorieuse !
Commence alors le défilé des solliciteurs, en
commençant par ceux des échelons les plus élevés de
l’échelle sociale.
26Sortant des rangs du clergé, s’avance un homme
vêtu de blanc, maigre, encore jeune, qui dissimule mal un
boitementde la jambedroite: uncertainMANI.
Son attitude ne reflète pas l’humilité attendue des
gensde sacondition, maisaffecte un peude la superbedes
grands seigneurs. Les premiers rangs des spectateurs
peuventaussidistinguer son regardfiévreux,curieusement
hypnotique. Mais ils tendent vainement l’oreille pour
saisir ses paroles, que seul Shâhpur, qui écoute
attentivement, semble comprendre. À la fin de la requête, le
souverain esquisse de la tête un signe d’acquiescement et
congédieMani surces mots:
-Je teferaiconvoquer.
Zikannonceenfin:
-Pasfar, fils de PASFAR, gouverneur de Shushtar,
désire humblement parler à notre Maître le Seigneur
Shâhpur,Roides roisde l’Iranetdu non-Iran.
L’intéressé s’avance sur l’allée de tapis, imité par
Hostus. Sur un signe discret de Pasfar, le Romain se
prosterne à vingt coudées du trône et reste immobile,
étendu sur le sol, les bras en croix: c’est la proskynésis,
action qui manifeste aux yeux de tous l’écrasement du
simple humain devant la majesté divine du souverain.
Pasfar s’avance de dix coudées et se prosterne à son tour.
Il attend dans cette position que Shâhpur lui ordonne de se
lever et de parler. Il débite alors son discours, la main
droite devant la bouche, autre geste traditionnel de respect
etde soumission.
-Votre Divinité, soyez immortel! Nul n’égale le
Roi des rois, et la pensée humaine ne peut dépasser sa
sagesse! Cet homme qui est derrière moi, prosterné face
contre terre, s’appelle Hostus. Il était centurion dans
l’armée ennemie que Votre Divinité a vaincue sous les
murs deDura-Europos. Il s’est battu comme un lion et j’ai
pu le capturer alors qu’il était gravement blessé. Il m’a dit
27alors qu’il aurait préféré mourir plutôt que devenir mon
esclave, un anshahrik. Pendant un an, il a toujours montré
un sincère repentir d’avoir porté les armes contre le maître
du monde. Il a appris avec avidité la langue du Fârs, il
obéit à nos coutumes et j’ose affirmer qu’il m’est devenu
un ami. Chaque jour il implore Ohrmazd dans l’espoir
d’obtenir le pardon, et de pouvoir servir le Roi des rois. Je
sollicite très humblement son affranchissement par Votre
Divinité.
Shâhpur répond.
-Notre chiliarque Pâbag est celui qui arrange nos
affaires, il est notre langue avec laquelle nous parlons. Il
va tedonner ma réponse.
Bien entendu, Shâhpur a déjà étudié et jugé en
privé toutes les causes portées à l’audience publique, mais
l’exercice bien compris de la communication envers un
peuple impose cette scène de politique-spectacle ou
chaque protagoniste joue le rôle qui correspond à sa
condition sociale.
C’estdoncauchiliarquede prononcer la sentence.
-Le Shâhânshâh, dans son infinie bonté, pour te
récompenser de tes faits d’armes, autorise la libération de
l’anshahrik, qui est intégré dans la caste des secrétaires,
chargé de la fonction d’interprète sous les ordres
d’HORMIZD,filsd’HORMIZD.
Pasfar se prosterneà nouveau.
-Que lesdésirsdeVotreDivinité soientaccomplis,
et que la terreentière reste soumiseàSes ordres!
L’anshahrik affranchi a regagné sa place dans
l’assistanceavec sonancien maître.
Autour de lui, les notables le regardent d’un œil
neuf. Ils ne conçoivent pas les raisons profondes de la
libéralité du Grand Roi, tout à fait exceptionnelle, qu’ils
ne peuvent expliquer que par de secrètes raisons
politiques. Shâhpur évolue au-dessus d’eux dans un
monde guidé par lesdesseins,forcement impénétrables,de
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