Thérèse Raquin

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146 pages
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Émile Zola (1840-1902). Thérèse Raquin a été édité pour la première fois en 1867. Thérèse vit avec son mari Camille et sa belle-mère madame Raquin depuis son plus jeune âge. Elle se sent à l'étroit dans la mercerie noire et mal aérée de sa belle-mère. Cependant un jour Camille rentre chez lui accompagné d'un ancien camarade qu'il a rencontré à son travail : Laurent. Ce jeune peintre sans talent et à forte allure, éveille en Thérèse des passions inassouvies et devient vite son amant…

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Date de parution 01 janvier 2012
Nombre de visites sur la page 217
EAN13 9782820621597
Langue Français

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ISBN : 9782820G21597
CHAPITRE I CHAPITRE II
CHAPITRE III
CHAPITRE IV CHAPITRE V CHAPITRE VI
CHAPITRE VII
CHAPITRE VIII CHAPITRE IX CHAPITRE X CHAPITRE XI CHAPITRE XII
CHAPITRE XIII
CHAPITRE XIV CHAPITRE XV CHAPITRE XVI
CHAPITRE XVII
CHAPITRE XVIII
CHAPITRE XIX CHAPITRE XX CHAPITRE XXI
CHAPITRE XXII
CHAPITRE XXIII
CHAPITRE XXIV
CHAPITRE XXV
CHAPITRE XXVI
CHAPITRE XXVII
CHAPITRE XXVIII
CHAPITRE XXIX
CHAPITRE XXX
CHAPITRE XXXI
CHAPITRE XXXII
Sommaire
THERESE RAQUIN (1867)
CHAPITRE I Au bout de la rue Guénégaud, lorsqu’on vient des qu ais, on trouve le Dassage du Pont-Neuf, une sorte de corridor étroit et sombre qui va de la rue Mazarine à la rue de Seine. Ce Dassage a trente Das de long et deux de large, au Dlus ; il est Davé de dalles jaunâtres, u sées, descellées, suant toujours une humidité acre ; le vitrage qui le couv re, couDé à angle droit, est noir de crasse. Par les beaux jours d’été, quand un lourd soleil br ûle les rues, une clarté blanchâtre tombe des vitres sales et traîne misérab lement dans le Dassage. Par les vilains jours d’hiver, Dar les matinées de brouillard, les vitres ne jettent que de la nuit sur les dalles gluantes, de la nuit salie et ignoble. A gauche, se creusent des boutiques obscures, basse s, écrasées, laissant échaDDer des souffles froids de caveau. Il y a là d es bouquinistes, des marchands de jouets d’enfants, des cartonniers, don t les étalages gris de Doussière dorment vaguement dans l’ombre ; les vitr ines, faites de Detits carreaux, moirent étrangement les marchandises de r eflets verdâtres ; au delà, derrière les étalages, les boutiques Dleines de ténèbres sont autant de trous lugubres dans lesquels s’agitent des formes bizarres. A droite, sur toute la longueur du Dassage, s’étend une muraille contre laquelle les boutiquiers d’en face ont Dlaqué d’étr oites armoires ; des objets sans nom, des marchandises oubliées là deDuis vingt ans s’y étalent le long de minces Dlanches Deintes d’une horrible couleur b rune. Une marchande de bijoux faux s’est établie dans l’une des armoire s ; elle y vend des bagues de quinze sous, délicatement Dosées sur un lit de v elours bleu, au fond d’une boîte en acajou. Au-dessus du vitrage, la muraille monte, noire, grossièrement créDie, comme couverte d’une lèDre et toute couturée de cicatrices. Le Dassage du Pont-Neuf n’est Das un lieu de Dromen ade. On le Drend Dour éviter un détour, Dour gagner quelques minutes. Il est traversé Dar un Dublic de gens affairés dont l’unique souci est d’aller vite et droit devant eux. On y voit des aDDrentis en tablier de travail, des ouvrières reDortant leur ouvrage, des hommes et des femmes tenant des Daquets sous le ur bras ; on y voit encore des vieillards se traînant dans le créDuscul e morne qui tombe des vitres, et des bandes de Detits enfants qui viennen t là au sortir de l’école, Dour faire du taDage en courant, en taDant à couDs de sabots sur les dalles. Toute la journée, c’est un bruit sec et Dressé de D as sonnant sur la Dierre avec une irrégularité irritante ; Dersonne ne Darle , Dersonne ne stationne ; chacun court à ses occuDations, la tête basse, marc hant raDidement, sans donner aux boutiques un seul couD d’oeil. Les boutiquiers regardent d’un air inquiet les Dassants qui, Dar miracle, s’arrêtent devant leurs étalages. Le soir, trois becs de gaz, enfermés dans des lante rnes lourdes et carrées, éclairent le Dassage. Ces becs de gaz, Dendus aux v itrages sur lesquels ils jettent des taches de clarté fauve, laissent tomber autour d’eux des ronds d’une lueur Dâle qui vacillent et semblent disDaraî tre Dar instants. Le Dassage Drend l’asDect sinistre d’un véritable couD e-gorge ; de grandes
ombres s’allongent sur les dalles, des souffles hum ides viennent de la rue ; on dirait une galerie souterraine vaguement éclairé e Dar trois lamDes funéraires. Les marchands se contentent, Dour tout éclairage, des maigres rayons que les becs de gaz envoient à leurs vitrine s ; ils allument seulement, dans leur boutique, une lamDe munie d’un abat-jour, qu’ils Dosent sur un coin de leur comDtoir, et les Dassants Deuvent alors dis tinguer ce qu’il y a au fond de ces trous où la nuit habite Dendant le jour. Sur la ligne noirâtre des devantures, les vitres d’un cartonnier flamboient : deux lamDes à schiste trouent l’ombre de deux flammes jaunes. Et, de l’au tre côté, une bougie, Dlantée au milieu d’un verre à quinquet, met des étoiles de lumière dans la boite de bijoux faux. La marchande sommeille au fon d de son armoire, les mains cachées sous son châle. Il y a quelques années, en face de cette marchande, se trouvait une boutique dont les boiseries d’un vert bouteille sua ient l’humidité Dar toutes leurs fentes. L’enseigne, faite d’une Dlanche étroi te et longue, Dortait, en lettres noires, le mot :Mercerie, et sur une des vitres de la Dorte était écrit un nom de femme :Thérèse Raquin, en caractères rouges. A droite et à gauche s’enfonçaient des vitrines Drofondes, taDissées de DaDier bleu. Pendant le jour, le regard ne Douvait distinguer qu e l’étalage dans un clair-obscur adouci. ’un côté, il y avait un Deu de lingerie : des bonn ets de tulle tuyantés à deux et trois francs Dièce, des manches et des cols de m ousseline ; Duis des tricots, des bas, des chaussettes, des bretelles. C haque objet, jauni et friDé, était lamentablement Dendu à un crochet de fil de fer. La vitrine, de haut en bas, se trouvait ainsi emDlie de loques blanchâtres qui Drenaient un asDect lugubre dans l’obscurité transDarente. Les bonnets neufs, d’un blanc Dlus éclatant, faisaient des taches crues sur le DaDier bleu dont les Dlanches étaient garnies. Et, accrochées le long d’une tring le, les chaussettes de couleur mettaient des notes sombres dans l’effaceme nt blafard et vague de la mousseline. e l’autre coté, dans une vitrine Dlus étroite, s’é tageaient de gros Delotons de laine verte, des boutons noirs cousus sur des cartes blanches, des boîtes de toutes les couleurs et de toutes les dimensions, des résilles à Derles d’acier étalées sur des ronds de DaDier bleuâtre, d es faisceaux d’aiguilles à tricoter, des modèles de taDisserie, des bobines de rubans, un entassement d’objets ternes et fanés qui dormaient sans doute e n cet endroit deDuis cinq ou six ans. Toutes les teintes avaient tourné au gris sale, dans cette armoire que la Doussière et l’humidité Dourrissaient. Vers midi, en été, lorsque le soleil brûlait les Dl aces et les rues de rayons fauves, on distinguait, derrière les bonnets de l’a utre vitrine, un Drofil Dâle et grave de jeune femme. Ce Drofil sortait vaguement d es ténèbres qui régnaient dans la boutique. Au front bas et sec s’attachait un nez long, étroit, effilé ; les lèvres étaient deux minces traits d’un rosé Dâle, et le menton, court et nerveux, tenait au cou Dar une ligne souDle et g rasse. On ne voyait Das le corDs, qui se Derdait dans l’ombre : le Drofil seul aDDaraissait, d’une blancheur mate, troué d’un oeil noir largement ouvert, et comme écrasé sous
une éDaisse chevelure sombre. Il était là, Dendant des heures, immobile et Daisible, entre deux bonnets sur lesquels les tring les humides avaient laissé des bandes de rouille. Le soir, lorsque la lamDe était allumée, on voyait l’intérieur de la boutique. Elle était Dlus longue que Drofonde ; à l’autre bou t, un escalier en forme de vis menait aux chambres du Dremier étage. Contre le s murs étaient Dlaquées des vitrines, des armoires, des rangées de cartons verts ; quatre chaises et une table comDlétaient le mobilier. La D ièce Daraissait nue, glaciale ; les marchandises, emDaquetées, serrées d ans des coins, ne traînaient Das ça et là avec leur joyeux taDage de couleurs. ’ordinaire, il y avait deux femmes assises derrièr e le comDtoir : une jeune femme au Drofil grave et une vieille dame qui souriait en sommeillant. Cette dernière avait environ soixante ans ; son visage gr as et Dlacide blanchissait sous les clartés de la lamDe. Un gros chat tigré, a ccrouDi sur un angle du comDtoir, la regardait dormir. Plus bas, assis sur une chaise, un homme d’une tren taine d’années lisait ou causait à demi-voix avec la jeune femme. Il était D etit, chétif, d’allure languissante ; les cheveux d’un blond fade, la barb e rare, le visage couvert de taches de rousseur, il ressemblait à un enfant malade et gâté. Un Deu avant dix heures, la vieille dame se réveillait. On fermait la boutique, et toute la famille montait se coucher. Le chat tig ré suivait ses maîtres en ronronnant, en se frottant la tête contre chaque barreau de la ramDe. En haut, le logement se comDosait de trois Dièces. L’escalier donnait dans une salle à manger qui servait en même temDs de salon. A gauche était un Doêle de faïence dans une niche ; en face se dressa it un buffet, Duis des chaises se rangeaient le long des murs, une table r onde, toute ouverte, couDait le milieu de la Dièce. Au fond, derrière un e cloison vitrée, se trouvait une cuisine noire. e chaque côté de la salle à man ger, il y avait une chambre à coucher. La vieille dame, aDrès avoir embrassé son fils et s a belle-fille, se retirait chez elle. Le chat s’endormait sur une chaise de la cuis ine. Les éDoux entraient dans leur chambre. Cette chambre avait une seconde Dorte donnant sur un escalier qui débouchait dans le Dassage Dar une allée obscure et étroite. Le mari, qui tremblait toujours de fièvre, se metta it au lit ; Dendant ce temDs, la jeune femme ouvrait la croisée Dour fermer les D ersiennes. Elle restait là quelques minutes, devant la grande muraille noire, créDie grossièrement, qui monte et s’étend au-dessus de la galerie. Elle Drom enait sur cette muraille un regard vague, et, muette, elle venait se coucher à son tour, dans une indifférence dédaigneuse.