Une paix à vivre

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248 pages
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Les jeunes personnages de ce roman d’apprentissage vont surtout apprendre à regarder le monde d’adultes qui les attend.
Leurs guides encombrés de complexes et d’incertitudes, n’offrent souvent que des caricatures de leurs espoirs.

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EAN13 9789947872956
Langue Français

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Une paix à vivre
DU MÊME AUTEUR
LE PRinTEMPsnEnsERAqUEPLUsbEAU, snED,1978; EnAL,1988; sTock,1995; PockET,1997; séDiA,2014. LEFLEUvEDéToURné, RobERTLAFFonT,1982; PockET,1991; sTock,2000; séDiA,2007. ToMbézA, RobERTLAFFonT,1984; PockET,1996; sTock,2000; séDiA,2007. L’HonnEURDELATRibU, RobERTLAFFonT,1989; sTock, 1999; séDiA,2008. LAcEinTUREDELogREssE, sEgHERs,1990; sTock,1999. UnEPEinEàvivRE, sTock,1991; séDiA,2014.DELAbARbARiEEngénéRALETDELinTégRisMEEnPARTicULiER, LEPRéAUxcLERcs,1992; PockET1993. LAMALéDicTion, sTock,1993; PockET,1995. cHRoniqUEsDETAngER, sTock,1995 ; PockET,1998; séDiA,2016.
Rachid Mimouni
Une paix à vivre roman
ÉDiTionsSéDiA Alger
© Sédia, 2016. Tous droits réservés pour le Maghreb.
ISBN: 978-9947-872-95-6
Au premier regard on reconnaissait le paysan endimanché descendu dans la ville. Pour s’en convaincre il n’était que de voir l’énorme turban qui lui grossissait la tête ou le beau burnous blanc qui gardait encore les plis de son rangement. Le paysan allait et venait devant le portail d’entrée, indécis, n’osant ni entrer ni repartir. A quelques mètres de lui l’adolescent qui l’accompagnait le regardait avec un petit sourire moqueur. Une nouvelle fois l’homme cambra le buste devant la plaque noire, l’observant de face, bien franchement. Cela eut le don d’accroître l’hilarité de l’adolescent. — Viens ici, lui dit-il. Qu’est-ce qui est marqué ici ? — École normale d’instituteurs. Donc c’est bien ici, afrma l’homme,à la recherche d’un encouragement. Oui, conrma le jeune homme.
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— Donc, puisque c’est ici, nous devons entrer. Oui, afrma de nouveau l’adolescent. L’homme contempla la petite rue montante, bordée de grillages, qui menait là-haut vers la loge blanche du gardien. Puis, après avoir une dernière fois roulé ses énormes moustaches : — Allons-y, dit-il à l’enfant. De là-haut, debout sur le seuil de la porte de sa loge, son béret vissé sur sa tête, le gardien les voyait venir avec une tranquille assurance. — C’est ici l’école normale ? interrogea le paysan. — C’est écrit sur la plaque en bas. Tu ne sais pas lire ? — Non, répondit le paysan. — Qu’est-ce que vous voulez ? — J’amène le garçon. — Je vois. Il est nouveau ? — Oui, répondit le paysan. — Quel est son nom ? Djabri Ali. Le gardien se mit à consulter son registre. — Je ne trouve pas son nom. Pourquoi arrive-t-il en retard ?La rentrée a déjà eu lieu il y a quinze jours. — J’ai apporté une lettre, répondit le paysan. Oui, je vois maintenant. C’est le gars qui rentre directement en troisième année. Signe ici, mon petit. Le garçon s’exécuta. — Très bien, reprit le gardien. C’est tout.
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Le paysan ne semblait pas comprendre et restait à se dandiner sur place. Après avoir téléphoné, le gardien se retourna vers le paysan. — C’est tout. Tu peux partir, mon vieux. — Je peux partir ? Oui, conrma de nouveau le gardien. — Et l’enfant ? — Il reste ici, bien sûr, c’est pour ça qu’il est venu, non ? L’homme semblait fortement inquiet à l’idée d’abandonner si rapidement le garçon, d’autant plus qu’il n’avait vu de cette école que la loge du gardien. Il distingua à travers la vitre un énorme bâtiment blanc, en forme de T, avec d’immenses galeries. Cette école est bien grande, t-il. Le gardien se rengorgea. — Et encore, d’ici tu ne peux voir qu’une petite partie. Il y a encore beaucoup de bâtiments derrière. Cette école occupe quinze hectares, mon vieux. — Quinze hectares, reprit le paysan, pensif. Il sembla évaluer pendant un moment la récolte que pourrait produire un terrain de quinze hec-tares. Le résultat de ce calcul le rendit encore plus inquiet. — Bon, décida-t-il, pour le garçon… On s’en occupe, t le gardien. Donc, je peux partir. — Donc, tu peux partir. — Ils ne manquent de rien ici, n’est-ce pas ?
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— De rien. Les jours de sortie sont jeudi après-midi, samedi après-midi et dimanche toute la journée. Tu pourras venir le voir si tu veux, ton gosse. — Ce n’est pas mon ls. C’est le ls de mon frère, qui est mort pendant la guerre. — Tu pourras venir le voir même si tu n’es pas son père. Sur ces entrefaites, un factotum se présenta. — Voici le jeune Djabri Ali qui vient d’arriver. Tu le places au dortoir numéro un. — Suis-moi, dit l’homme. Et il sortit, accordant à peine un regard au paysan enturbanné. Ce dernier nit par s’en aller. En suivant son guide à travers les vastes galeries, les petits jardins, le long d’interminables couloirs, Ali à son tour prenait conscience avec inquiétude de la dimension de cette école qui dépassait ses critères habituels. « Vraiment, se dit-il, tout est grand dans cette ville. Tout est très beau aussi. Ce n’est pas la capitale pour rien. » Après avoir suivi un dernier couloir et l’escalier menant à l’étage d’un bâtiment, Ali et son guide entrèrent dans un vaste dortoir comprenant deux rangées de dix lits séparés par une double rangée d’armoires accolées dos à dos. — Tu peux t’installer ici, lui dit son interlocuteur. Ce lit est libre. Il te faudra aller acheter un cadenas pour fermer l’armoire qui va contenir tes affaires.
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