Une peine à vivre

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Une peine à vivre, roman extrême de la violence et de la compassion, nous interroge sur ce qu’il y a d’essentiel à l’homme : l’amour ou le pouvoir.

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EAN13 9789947872758
Langue Français

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Une peine à vivre
DU MÊME AUTEUR
LE PRinTEMPsnEnsERAqUEPLUsbEAU, snED,1978; EnAL,1988; sTock,1995; PockET,1997; séDiA,2014. LEFLEUvEDéToURné, RobERTLAFFonT,1982; PockET,1991; sTock,2000; séDiA,2007. UnEPAixàvivRE, EnAL,1983; sTock,1995. ToMbézA, RobERTLAFFonT,1984; PockET,1996; sTock,2000; séDiA,2007. L’HonnEURDELATRibU, RobERTLAFFonT,1989; sTock, 1999; séDiA,2008. LAcEinTUREDELogREssE, sEgHERs,1990; sTock,1999. DELAbARbARiEEngénéRALETDELinTégRisMEEnPARTicULiER, LEPRéAUxcLERcs,1992; PockET1993. LAMALéDicTion, sTock,1993; PockET,1995. cHRoniqUEsDETAngER, sTock,1995; PockET,1998.
Rachid Mimouni
Une peine à vivre roman
ÉDiTionsSéDiA Alger
© Sédia, 2014. Tous droits réservés pour le Maghreb.
ISBN: 978-9947-872-75-8
«Les hommes forts, les vrais maîtres, retrouvent la conscience pure des bêtes de proie ; monstres heureux, ils peuvent revenir d’une effroyable suite de meurtres, d’incendies, de viols et de tortures avec des cœurs aussi joyeux, des âmes aussi satisfaites que s’ils s’étaient amusés à des bagarres d’étudiants.»
NIETZSCHE
« Nous portons tous en nous nos bagnes, nos crimes et nos ravages. Mais notre tâche n’est pas de les déchaîner à travers le monde. Elle est de les combattre en nous-mêmes et dans les autres. »
Albert CAMUS
Dos contre le mur du polygone, je sens toujours mes couilles qui me démangent. Mais, si mon membre reste turgescent, ce n’est que l’effet de la peur. Une peur animale, instinctive, irrépressible. Je sais qu’à la seconde ultime mon pantalon sera mouillé. C’est que moi-même, j’en ai tant envoyé contre ce même mur. Il m’arrivait souvent de venir subrepticement assister à leur exécution. J’aimais ces aubes silencieuses imprégnées d’une odeur de mort et d’algue marine, et aujourd’hui encore, en dépit de la trouille qui malmène mes entrailles, je reste sensible à la fascinante gravité de ce moment blafard qui clôt une nuit et un destin. La mise à mort d’un condamné rend hiératiques les ofciants de la macabre cérémonie. Je me suis souvent demandé pourquoi les gens s’estimaient obligés d’adopter une mine compassée. Ce n’était pas mon cas. Je venais au spectacle en arborant
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Une peine à vivre
un large sourire, ravi de voir la n d’un intrigant qui n’avait cessé de travailler à ma perte. J’avais toujours faim après la fusillade. Est-ce d’avoir envoyé trop de gens ici même que j’ai tant forci ? Dans quelques minutes, sur le côté gauche de ma chemise eurira une corolle rouge. Ils sont là nombreux pour moi. Je devine qu’ils se serrent là-bas, au fond du préau, guettant avec anxiété l’instant où mon corps s’affaissera comme un pantin aux ls sectionnés. La haine qu’ils me vouent est telle qu’ils ont tous tenu à venir jouir de la scène, mais surtout à s’assurer par eux-mêmes de ma n. La terreur que je leur inspire est encore vivace, et je sais qu’ils se coudoient pour se réconforter, qu’ils ne cessent de reculer vers le lieu le plus obscur, comme pour échapper à ma vue. Je suis certain qu’ils ont le soufe court et les mains moites, que les borborygmes de leurs boyaux sont plus bruyants que les miens. Ils ont plus peur que moi et, la gorge sèche, attendent le bruit de la salve libératrice. Ils continuent d’éprouver toutes les frayeurs en m’observant, malgré mes mains liées, la distance qui nous sépare et le cordon de gardes qui les isole. Ils redoutent une improbable mansuétude du nouvel occupant du Palais, qui pourrait décider de me laisser la vie sauve. Ils s’effrayent à l’idée d’une irruption, l’épée à la main, de mes séides miraculeusement évadés. Ils supputent les chances d’une intervention en ma faveur d’une puissance étrangère, de celles avec qui j’échangeais du
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