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Camille Arambourg. Un paléontologue, de l'Algérie à l'Afrique profonde

De
242 pages
Depuis les plaines sahéliennes d'Oran à la Vallée de l'Omo en Ethiopie, en passant par les côtes du littoral atlantique, jusqu'au Moyen-Orient, Camille Arambourg aura fait connaître, au cours de ses recherches, non seulement les fossiles de l'Afrique mais également ceux des autres régions du Monde. Ce livre retrace le parcours de cet homme qui identifia plus de 230 taxons (familles, genres, espèces) de mammifères et de poissons.
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CamilleArambourgActeursdelaScience
Collection dirigée par Richard Moreau, professeur honoraire
à l’Université de Paris XII
etClaudeBrezinski, professeur émérite à l’Université de Lille
La collection Acteurs de la Science est consacrée à des études sur
les acteurs de l’épopée scientifique moderne ; à des inédits et à des
réimpressions de mémoires scientifiques anciens ; à des textes
consacrés en leur temps à de grands savants par leurs pairs ; à des
évaluations sur les découvertes les plus marquantes et la pratique de la
Science.
Dernièresparutions
Jacques Marc,Comment l’homme quitta la Terre,2012.
Georges Mathieu, La Sorbonne en guerre (1940-1944), suivi de
Journal de la Libération de Versailles,2011.
NorbertGualde, L’épidémie et la démorésilience,2011.
Jean-Pierre Aymard, Karl Landsteiner. L’homme des groupes
sanguins,2011.
Pierre Pageot, La santé des Limousins et des Périgourdins au XIXe
siècle, 2011.
YvesDelange,Conversation au bord de la Sorgue : Jean-HenriFabre
et Louis Pasteur,2011.
André Audoyneau, D’un pays à l’autre. Chroniques d’un médecin
colonial,2011.
Roger Teyssou, L’Aigle et le Caducée. Médecins et chirurgiens de la
Révolution et de l’Empire, 2011.
Henri Delorna, Les Tribulations d'Henri en Pologne occupée (1941-
1945). Témoignage, 2010.
J. Boulaine, R. Moreau, P. Zert, Éléments d'histoire agricole et
forestière,2010.
JeanCéa, Une vie de mathématicien. Mes émerveillements, 2010.
BernardFaidutti,Copernic, Kepler,Galilée face aux pouvoirs,2010.
David Hanni, Rencontres avec des guérisseurs. Magnétiseurs,
radiesthésistes et rebouteux enChampagne-Ardenne,2010.
Richard Moreau, Pasteur etBesançon. Naissance d’un génie, 2009.
JeanDominiqueBourzat, Une dynastie de jardiniers et de botanistes :
les Richard.De Louis XV à Napoléon III, 2009.
Thomas de Vittori, Les notions d’espace en géométrie, 2009.
René Vallery-Radot, La Vie de Pasteur,2009.
Roger Teyssou, Une histoire de l’ulcère gastro-duodénal,2009.DjillaliHadjouis
CamilleArambourg
Un paléontologue, de l’Algérie à l’Afrique profonde
PRÉFACE D’YVES COPPENS
L’HARMATTANOuvragesdu mêmeauteur
Les populations médiévales du Val de Marne.Dysharmonies crânio-faciales,
maladies bucco-dentairesetanomalies du développement dentaire au cours
du MoyenAge,EdsArtcom, 1999.
L'identité humaine en question. Nouvelles problématiques et nouvelles
technologies en paléontologie humaine et en paléoanthropologie biologique
(en collabotation avec Philippe Andrieux et Anne Dambricourt-Malassé),
EdsArtcom, 2000.
La Paléo-Odontologie, analyses et méthodes d'étude (en collabotation avec
Bertrand Mafart),EdsArtcom, 2001.
Les hommes de Mechta-Afalou d’Algérie. Architecture crânio-faciale,
occlusion, biodynamique, paléopathologie. L’exemple deshommes
paléolithiques d’Afalo u-Bou-Rhummel. Eds. du Centre National de
RecherchesPréhistoriques,Anthropologiques et Historiques,Alger, 2011.
©L'HARMATTAN,2012
5-7,ruedel'École-Polytechnique;75005Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-96391-7
EAN : 9782296963917Préface
YvesCoppens
Membredel’Institut
ProfesseurhonoraireauCollègedeFrance
J'ai eu pourCamille Arambourg admiration et affection;je suis d'autant
plus sensible à l'initiative de Djillali Hadjouis d'avoir choisi cette
personnalitépour sujet d'ouvrage, et bien sûr, partic ulièrement sensibleàson
idéede m'endemanderlapréface.
Camille Arambourg était fraîchement en retraite quand j'ai eu l'honneur
de lui être présenté. Professeur au Muséum national d'Histoire naturelle, il
avait dirigé vingt ans, de 1936 à1956, le célèbre Laboratoire de
Paléontologie de cette grande institution.Fier d'un petit titre de Stagiaire de
recherche au Centre National de la Recherche scientifique (appelé
aujourd'hui Chargé de Recherche), j'arrivais quant à moi de la Sorbonne,
dans le sillage de Jean Pierre Lehman, nommé à la direction de ce
laboratoire.Formé en Paléontologie des vertébrés et Paléontologie humaine,
je travaillais alorssur lesProboscidiens(les éléphantset leurs ancêtres), avec
l'espoir de pouvoir aborderdès que possible le domaine réservé des
Hominidés. Camille Arambourg, qui avait étudié beaucoup de groupes de
mammifères dont précisémentcelui des Proboscidiens, rentrait juste d'un de
ses chantiers de fouilles en Afrique du Nord, celui de Ternifine (désormais
Tighenif), dans l'Oranais, avec en main, un pariétal et 3 mandibules d'un
Hominidé nouveau qu'il avait nomméAtlanthrope.De quoi faire rêver-et le
mot n'est pas assezfort-lepassionnédepaléontologie et de terrainquej'étais.
Mais les circonstances allaient vite me donner l'occasion de partir et de
faire mes preuves à mes propres yeux mais aussi à ceux de ce grand
Monsieur qui ressemblait tant à l'exemple que, consciemment ou pas, je
cherchais.
Quelques ossements fossiles, dont des fragments de molairesd'éléphants,
avaient été en effet, envoyés du Tchad par des géologues à un chercheur du
laboratoire, René Lavocat, pour détermination. Or, celui-ci, trop pris, m'en
proposa l'entreprise. Il s'agissait, ô merveille, de mammifères pliocènes, les
premiers connus entre l'Afrique du Nord et l'Afrique de l'Est. Toujours est-il
que je me retrouvai, tellement heureux, dans lessables de ce morceau de
Sahara dès janvier 1960 et que j'en rapportai de généreuses collections de
7mammifères, et dès la deuxièmeexpédition, en 1961, un fragmentcrânio-
facial d'Hominidé, monpremier, queje nommai Tchadanthrope.
CamilleArambourg avait été "intrigué" par mon départ enAfrique Noire,
naturellement intéressé parce que j'en avaisrapporté, mais surtout
agréablement impressionné, m'a-t-il avouéplus tard, par le fait que, non
contentd'y être allé, j'y étais retourné.
Nous nous rapprochâmes doncainsi beaucoup l'un de l'autre, et dès 1966
partîmes ensemble, enAlgérie d'abord, enEthiopie ensuite.Et j'ai trouvé en
Camille Arambourg un homme courtois et chaleureux, un scientifique
rigoureux et passionné, un amoureux du terrain, quelque peu baroudeur.
Mêmesi je ne l'ai donc connu que12 ou13 ans,CamilleArambourgestainsi
incontestablement devenul'undemes Maîtres.
Djillali Hadjouis a parfaitement retrouvé, au fil de ses lectures- et il a
tout lu - l'élégance de l'homme, l'enthousiasme du chercheur, le courage du
voyageuret il asuenrestituer touteslesfacettes. Il asu aussidégager de so n
immense production la partie importante consacrée à l'Afrique du Nord.
CamilleArambourg nourrissait en effet pour cettegrandeet belle région du
monde et ses habitants une passion véritable ; il avait vécu en Algérie, y
avait fait ses premières armes de paléontologue, ses premières études et ses
premiers enseignements. Mais au-delà de l'intérêt intellectuel, le Maghreb en
généraletl'Algérie en particulierétaient pour luiune seconde patrie, si ce
n'était sapremière.
Ce livre est exhaustif, son analyse est précise, détaillée, savante. Jamais
biographie aussi complète et raisonnée, permettant de mesurer toutes les
dimensionsdel'oeuvre, sapuissanceet sonsouffle, n'avait étéconsacréeà ce
grand naturaliste. Merci, Djillali Hadjouis, d'avoir ainsi par votre brillant
travail rendu le plusbel hommagequi soit à la mémoire de cesavantfrançais
au nom basque - il en étaitfier - et au coeurpartagé entre lesdeux rivesde la
Méditerranée ; vous avez su en même temps rendre hommage à la recherche
danssesdisciplinesfavorites, lagéologie, lapaléontologie, l'anthropologie et
la préhistoire.Et vous avez su vous y comporter autant en scientifique qu'en
historiendes Sciences. Vous avezfait un grand livre.Prologue
Comment est née cette idée d’écrire sur l’œuvre du Professeur
ProfesseurCamilleArambourg ?
Plusieurs personnages de renom donton aimerait bien suivre l’exemple,
incitent à rédiger une biographie les concernant. Il y aAndré Leroi-Gourhan
et sa révolution de la Préhistoiremoderne, Théodore Monod,
l’encyclopédiste au sens vrai du terme, le grand naturaliste Pomel, le
zoologiste Joleaud, ou bien dans d’autres domaines, les savants médecins,
philosophes et mathématiciens du monde médiéval arabo-musulman. Quant
à Camille Arambourg, avoir lu pratiquement tous ses écrits scientifiques
depuis presque trente années, dont certains relus des dizaines de fois, me
donne l’impression d’avoir connu ce grand homme, au propre comme au
figuré.
Troisraisons majeures m’ont incité à rédiger une biographiesur l’œuvre
scientifique d’Arambourg. La première est liée au fait que ma thèse, puis
toutes les recherches paléontologiques sur les mammifèresnéogènes
d’Afrique du Nord étaient basées en majorité sur des fossiles que Camille
Arambourg lui-même avait déjàétudiés (taxinomie, phylogénie et
paléogéographie) et dont il avait dressé les grandes lignes du domaine
géologique et paléoécologique. Les fossiles que j’avais étudiés lors de ma
première thèse provenaient d’un gisement atérien du Paléolithique moyen
situé sur leshauteurs d’Alger dont l’exhumatio nétait à l’origine d’une
fouille de sauvetage d’avril à mai 1961, dirigée parle professeur Lionel
Balout, alors Doyen de l’Université d’Alger. L’importante collection de
Vertébrés de ce gisement de la cité Melkiaux Allobroges, composée en
grande partie de grands mammifères tels que Bovidés, Cervidés, Equidés,
Carnivores et Phacochères avait été confiée jadis à son ami Camille
Arambourg, auMuséum d’Histoirenaturelle deParisoù il étaittitulairede la
chaire de paléontologie depuis 1936. Ce dernier, pris sur plusieurs
engagementsdanslemonden’ajamaispuréalisercette étudeet il la confia à
un de sesassistants de l’époque, le professeur Yves Coppens. Là aussi,
aucun travail scientifique, le plus bref possible ne vit le jour. Mes recherches
jusqu’à aujourd’hui, d’après ce gisement algérois de référence ont
réactualisé ou révisé certains taxons de l’ensemble des grands mammifères
quaternairesd’AfriqueduNord.
La deuxième raison est qu’en 1982, alors que je préparais ma thèse de
doctorat au Muséum d’Histoire Naturelle, à l’Institut de Paléontologie
9Humaine, mais aussi au laboratoire d’Anatomie comparée et le laboratoire
de Paléontologie, je fis la connaissance du professeurLéonardGinsburg du
laboratoire de Paléontologie du Muséum. Celui-ci, qui venait de publier le
dernier ouvrage posthume de Camille Arambourg sur les Vertébrés
villafranchiens d’Afrique du Nord, classait toutesa documentation
scientifique. Me voyant travailler sur les fossiles d’Algérie et du Maroc,
qu’Arambourg, puisGinsburgeux-même avaient classé dans cesnombreux
tiroirs, Il me proposa un jeu complet de presque toutesa documentation
depuis ses premiers travaux en Agronomie à Oran jusqu’à sa dernière
publication paléontologique, y compris ses titres et travaux, discours et
autres décorations académiques et militaires. Certaines épreuvessont
corrigées de sa main. Rajoutéà ma documentation personnelle, ouvrages et
autres articles, le dossier Arambourg que j’avais rassemblé, était désormais
composé d’un peu moins de 200 publications et que j’étais pas loin des 230-
240que rédigeaArambourg.
La troisième raison coïncide avec d’un côté la présentation de ma
deuxième thèse (thèse d’Habilitation à diriger les recherches), axée sur les
faunes de Vertébrés et sur les hommes d’Afalou dans la région deBedjaia à
l’Est d’Alger, gisement qu’il a fouillé et publié avec le professeur Henri-
Victor Vallois et le docteur Verneau et de l’autre, la préparation d’une
exposition sur les faunes et les hominidés d’Algérie à l’occasion de l’année
del’AlgérieenFranceen2003.
L’enseignement que je dispensais à l’Institut de Paléontologie Humaine
sur les faunes quaternaires du Maghreb, introduisait justement les grands
savants paléontologues ou naturalistes de l’Algérie avec ce sous-titrePomel,
Joleaud, Arambourg et les autres. Ces trois mastodontes du savoir
e epaléontologique et zoologique de l’Algérie du XIX et du début du XX
siècle s’égalaient dans la passion naturaliste et le dévouement à la recherche,
notamment celle du terrain. Cependant, Arambourg les dépassait par sa
qualité de recherche et sa production abondante non seulement au niveau
mondial mais aussi dans plusieurs domaines (paléobotanique, Invertébrés
continentaux et marins, Vertébrés, paléontologie humaine, géologie et
stratigrap hie continentale etmarine, Paléogène, Néogène…).
En raison d’une œuvre foisonnante et nonlimitéeàune période ouàune
zone géographique, il n’est pas possible de retracer chronologiquement les
recherchespuisque sur certains chantiersde fouille des étudesgéologiqueset
stratigraphiquessont constamment poursuivies, pour certaines depuis
toujours. Le fait de revenir constamment sur le même sujet au fil de la
progression chronologique desrecherches, alourdit le texteet donne par
ailleurs un contexte de rapport d’activités plus qu’une étude centrée sur
plusieurs domaines dont les propres avancées scientifiques du savant
10nourrissent la réflexion.Toutefois, le contexte chronologique du personnage
n’est pas laissé de côté pour autant. Dans les premières grandes parties, il
sera question au fur et à mesure, des différentes missions et explorations
dans différentes régions du monde. Dans chaque région géographique, sont
décrites toutes les missions, les analyses de faunes et leur interprétatio n
depuis le début desexplorations, site par site. Dans les autres parties qui
suivent, j’aborderai les différentes étapes de progression et de réflexion du
personnage sur les grandesidées de l’évolution, les extinctions et la
répartition biogéographique des espèces de l’ancien monde, sa pensée
scientifique, les critiques envèrs ses contemporains ou ses prédécesseurs.
Dans certains domaines, je ferai part des observations ou remarquesà
soulever concernant un taxon, une phylogénie ou une situation particulière
enfaisant appel àdesréférences récentes.Première partie :
L'historique
Les contextes artistique et scientifiquede l’Algérie à la conquête
française de 1830
Lorsque naît Camille Arambourg en 1885 à Paris, les conditions de
formation et plus tard de recherche pour un passionné d’explorations de tous
genres étaient déjàréuniesdans unpayscomme l’Algériedepuis1830.
La conquête de l’Algérie parles troupesnap oléoniennes avait ouvert la
voie à un inépuisable chantier pour des voyageurs romantiques, naviguant
evers un orient africain tout proche de laFrance. Vers la fin du XIX siècle et
depuis les années trente, la beauté des paysages des côtes algériennes, la
blanche kasbah d’Alger, la Kabylie montagneuse et sauvage, le jeu des
lumières entre dunes de sables et ciel dansles oasis du Sud, les architectures
multiples des habitations à la chaux et surtout la dignité des hommes et des
femmes, avaient attiré artistes-peintres, écrivains, romanciers, et naturalistes
bien entendu.
Dans le domaine des arts, les impressionnistes commeEugèneDelacroix
et Auguste Renoir font le voyage dès les premières années de la conquête.
Le premier avait déjà esquissé ses premières «femmesd’Alger » et «Vue de
la côte à Mers el Kébir »dès 1833. Le second, avait peintsa Mosquée à
Alger en 1882. Les quartiers de la kasbah d’Alger et ses ruelles étroites, la
bourgeoisie algéroise et les batailles navales sont exprimées par le célèbre
eminiaturiste Mohamed Racim dèsle début du XX siècle, connu par ailleurs
pour ses miniatures des mille et une nuit de Mardras. Constantine est
admirablement présentéeparThéodoreChassériau, qui en1846 est invitépar
lepacha decette ville,AliBen Hamet, afind’en réaliser unportrait équestre.
Eugène Fromentin,ses nombreuses toiles sur la chasse au faucon et au
héron, et sesdescriptions en1857 dans « un étédans le Sahara » compareles
arabes de ce pays à des patriarches et font souvent penser à la bible, ou la
ville de Blida en Mitidja, sa Normandie numide. Le prolifique Horace
Vernet, montrant des scènes de vie des indigènes des Hauts plateaux ou des
habitants du Sahara. La ville de Bou-Saâda est connue par les peintures
naturalistesd’EtienneAbderrahmaneDinetdepuis1894.
Ainsi, l’engouement des arts pour ce pays devait nécessairement
déboucher sur des établissements tels que la création d’une école de dessin à
Alger en 1843, puis la célèbre écolenationale des Beaux-Arts d’Alger en
131881, développée plus tard en Musée National. La villaAbd-el-Tif, sorte de
villa Médicis, résidence pour artistes venant séjourner à Alger et qui jouxte
lemuséeduquartier delaHamma, seracréée en1907.
Les écrivains ne sont pas en reste dans l’aventure algérienne.Dans cette
emoitié du XIX siècle, AlphonseDaudet, connu dans tout Paris, s’embarque
pour l’Algérie en 1861 et visite l’Algérois, la Mitidja, l’Ouarsenis
notamment Miliana et enfin Orléansville (El-Asnam, puis Chlef). De ses
pérégrinations exotiques, il ramena à Paris sonTartarin deTarascon, œuvre
comique, caricaturantla viedomestiquecitadine etpaysane.
Guy de Maupassant, déjà connu parson succès de Boule de suif, est
envoyé par son journal le Gaulois en 1881 pour enquêter sur la révolte de
Bou-Amama. Ses écrits montreront l’autre face de l’Algérie, celle des
insurrectionspousséespar lafamineet lamisèredes indigènes.
Quant à André Gide, l’immoraliste est rédigé à partir de sonséjour à
Biskra en1896.
Dans le domaine de l’Archéologie, le même engouement forçait à
l’ouverturedemuséesd’Archéologie comme celuideConstantine en 1853 et
celuid’Annaba en1859.
Qui dit archéologie, pense forcément explorations et fouilles
archéologiques. Le développement des recherches préhistoriques sous la
conduite de militaires ou surtout de géologues, paléontologues a mis en
évidence dès les années 1830 un grand nombre de fossiles dans des grottes à
ossements ou dessites de plein-air un peu partout dans le pays. Le littoral
algérois, l’Oranaiset leConstantinois furent, en raison de leur proximité des
centres urbains, lespremierssites explorés.
Pendant vingt années, de 1861 à 1881, le Sahel d’Alger, étendue littorale,
entre le Massif de la Bouzaréah et le Massif duChenoua à l’ouest d’Alger
sera minutieusement exploré dansles domaines de la Géologie, de la
Géomorphologie, de la Botanique, de la Préhistoire et de l’Anthropologie
par le docteur Alexandre Bourjot, figure originale tant par sonsavoir
encyclopédique que par sa fréquentationdes grands savants parisiens.
Georges Souville, préhistorien et élève du professeurLionel Balout, qui
avait présenté un Diplôme d’Etudes supérieures à la faculté des lettres
d’Alger en 1951 sur ces fameuses grottesàossements de l’ouest d’Alger,
décrit ce personnage, passionné beaucoup plus par ses recherches que par les
mondanités du grand Paris.Bien que sa famille fut anoblie sous l’empire et
le destinait au notariat, leDr Bourjot, naturaliste voyageur dans l’âme, tout
en achevant ses études de médecine, entre autres sousDupuytren et Larrey,
préféra l’aventure de la Géologie et de la Botanique.Son mariage avec la
fille du célèbre Geoffroy Saint-Hilaire lui ouvrit les portes pour une
fréquentation beaucoup plus large du monde des naturalistes qu’il avait déjà
14côtoyé quand il entama ses études scientifiques, comme de Blainville,
DumerilouCuvierlorsqu’il l’accompagnadansune expéditionen Sicile.
Arrivé à Alger, le milieu scientifique qu’il trouva lui convint tout à fait
mais il ne savait pas encore que le groupe qu’il forma avec les chercheurs
dans ce pays neuf allait l’emmener dans une grande recherche sur le Massif
d’Alger. Ces derniers fondèrent la Sociétéde Climatologie algérienne et
s’intéressèrent à l’étude de la Géographie, de la Topographie, de la
Météorologie de la Statistiquedes Sciences morales, physiques et naturelles.
Près d’Oran, les premières observations sur des vertébrés fossiles
notamment de poissons sont l’œuvre de Rozet en 1831 da ns les argiles
schisteuses duFortSaint-André puis deDuvernoy en 1837 dans les calcaires
grossiers àbrèches.C’estcemêmeauteurquidécouvritpourla premièrefois
en 1857 près de Sétif, les restes d’un buffle fossile apparenté à l’Arni indien
dont le nom Bubalus antiquus sera modifié plus tard à plusieurs reprises en
raison de son rapprochement avec les buffles africains. Cette espèce sera
d’ailleurs plus connue notamment par la découverte en 1876 d’un squelette
néolithique presque complet retrouvé par Philippe Thomas près de Djelfa.
Cetauteur contribua par ses recherchessur les formations continentales dela
région deConstantine à la description de nouveaux taxons, notamment chez
leséquidés mais aussiàlaconnaissance dans les gisements de phosphates,
de poissons et de crocodiliens fossiles. Lesvertébrés de la fin du Tertiaire
tels quemastodontes, éléphants, antilopesafricaines sont connuespar une
séried’études sousl’autoritédeGervaisde1849à1869.
Les recherches préhistoriques qui commencèrent à se mettre en p lace dès
1848, révélèrent dans lesgrottes à ossements un grand nombre de restes de
mammifères typiquement africains comme les phacochères, diverses
gazelles et autres antilopes, des grands bovidés, des rhinocéros, des hyènes.
Lespremièresfouilles en1867 dans lagrotte de lamosquéeduDjebel Thaya
dans le département de Constantine sont l’œuvre d’un militaire, le général
Faidherbe. La récolte entre autres de nombreux restes d’ours des cavernes
seront étudiésparBourguignat.
eVers la fin du XIX siècle, l’œuvre paléontologique considérable de
Pomel, marque un tournant décisif dans la connaissance des mammifères
fossiles tertiaires et quaternaires non seulement de l’Algérie mais de
l’ensemble des vertébrés mammaliens de l’Afrique du Nord. Cet
encyclopédiste des Sciences de la terre, universitaire et chercheur à l’Ecole
supérieure des Sciences d’Alger avait étudié et classé minutieusement un
très grand nombredefossiles, conservés jusqu’à aujourd’hui dans lesmêmes
lieux dont les étiquettes portent encore son écriture. Une dizaine de
Monographie sur les vertébrés fossiles de l’Algérie fut publiée dans laCarte
géologique de l’Algérie. Lamajorité destaxons(antilopes, équidés, cervidés,
15suidés, carnivores…) est décrite pour la première fois.Certains fossiles sont
extraits de célèbres gisements découverts par lui comme la sablière de
Ternifine près de Mascara, dont Arambourg, dans les années 1955-1956 y
feraladécouvertedesplus anciensfossileshumainsd’AfriqueduNord.
Entre 1910 et 1935, Joleaud, zoologiste, décrivit une série d’études de
Géographie zoologique sur la Berbérie. A partir des découvertes
mammaliennesde Pomel, Joleaud a su établir les relations zoogéographiques
des principaux vertébrés plio-quaternaireset quaternaires de l’Algérie.
Comme son prédécesseur, il contribua à la mise en place d’une
documentation riche et irremplaçablede lafaunede cepays.
Ainsi quand Camille Arambourg commença ses recherches en
Paléontologie, sur les Poissons dès 1920, un grand nombre de publications
scientifiques étaient parues, de même que de riches collections
mammaliennes étaient déjà réunies dans les principaux établissements
muséographiqueset de recherche. En plus des découvertes qu’il fit dans
toute l’Afrique du Nord, il reprit l’ensemble des collections étudiées par ses
prédécesseurspour yajouter sespropres révisions.
De l’Agronomie àlaPaléontologie
Issu d’une famille parisienne et oranaise, Camille Arambourg naquit en
1885 àParis. Passionné dès le lycée par les Sciences de la Terre et les
Sciences biologiques et baigné par l’esprit de sa famille, des notables
terriens, il s’orienta naturellement, vers l’Institut Agr onomique après ses
deux baccalauréats à Paris des Lettres Mathématiques et des Lettres
Philosophiquesen 1903.Bienqu’il soit unamoureux des sciences naturelles,
sonpenchantde jeunessepouruntempspourl’agricultureestplusanimépar
l’exploitation des propriétés familiales dans le Sahel d’Oran que par la
Géologie et la Paléontologie. Curieusement, c’est ce choi x-même en tant
qu’ingénieur agronome en 1908 qui lui ouvrit les portes de la recherche
géologique. Les terres d’Arambourg sont situées sur une formation
géologique datant de la fin du Miocène au début du Pliocène dont elle avait
conservé un grand nombre de Vertébrés fossiles. La formation bien située
chronologiquement était connue sous le nom de « Sahélien », un étage décrit
pour la première fois par Pomel. Pendant plusieurs années, les labours
successifs ramenèrent en surface un grand nombre de Poissons fossiles que
le jeuneingénieur s’empressa de déterminer tout en lesconservant
soigneusement. Jusqu’à la déclaration de la première guerre mondiale, le
jeune Arambourg est tantôt agriculteur à Oran, tantôt passionné de
déterminer les fossiles dans les laboratoires de Géologie et de Zoologie
d’Alger,aidé par les professeurs de l’Ecole desSciences d’Alger.
16Cette période fut très importante pour le jeune agronome-géologue dès son
installation enAlgérie et surtout ses premières fréquentations avec le monde
universitaire des professeurs de l’Université d’Alger. Profitant de
l’imposante collection de fossiles de Vertébrés et d’Anatomie comparée que
ePomel avait rassemblé au XIX siècle dans les laboratoires de l’Ecole des
Sciences d’Alger, ainsi que des conseils des professeurs Doumergue et
Ficheur,ildéveloppa sesconnaissances en Paléontologie et en Zoologie.
Pendant plus de 15 ans, la double activité d’Arambourg va lui permettre de
collecter une impressionnante collection d’Invertébrés dans la Vallée du
Chélif et du Sahel d’Oran, co nstituée essentiellement de Pecténidés,
d’Echinidés, et deCrustacés, mais aussi et surtout de squelettes de Poissons
sahéliens. Ces derniers comprenant plus de 1500 exemplaires, renferment
des taxons dont la majorité sera décrite par lui et publiée dans une
monographie en 1927. Entre-temps quelques fouilles sont entreprises,
notamment dans la caverne de l’Aïdour en 1912, et qui consiste en la
description géologique du mode de formation d’unegrotte en relation avec
un réseauhydrothermal.
Cettepassionpourlaterre et lesfossilesdevait s’arrêterle2 août1914où
il fut mobilisé comme lieutenant de zouaves aux Dardanelles puis faisant
partie de l’Armée d’Orient il prit part à toutes les opérations. Vers la fin de
l’année 1915, l’armée française a dû s’établir à une trentaine de kilomètres
au Nord de Salonique, sur unechaîne de montagnes formées de dépôts
lacustres, se nsiblement de même âge queles dépôts marins du Sahel d’Oran
de la fin du Miocène. Ces formations ont permis au militaire géologue de
découvrir d’importants gisements de vertébrés identiques aux classiques
gisements de Pikermi et de Samos. Les fouilles qu’il devait entreprendre
jusqu’à avril 1916, lui ont permis de rassembler de grandes collections de
vertébrés fossiles, qui une fois acheminées vers Salonique, y demeurèrent
jusqu’à la fin deshostilités.Ce matériel devait être expédié enAlgérie pour
étude, puis envoyé plus tard au Muséum national d’Histoire naturelle de
Paris.
Durant la campagne de Macédoine, il eut également le temps pour se
consacrerau levé géologiquede la carte dela vallée deVardardepuislabaie
de Salonique jusqu’aux massifs anciens de la bordure. L’étude de la région
des anciens lacs égéens, qui faisait partie des projets d’Arambourg en
collaboration avecBourcart devait s’arrêter juste après l’armistice, en raiso n
d’unepériodede convalescencedans unhôpitalde Salonique.
Ilfinit ainsi la guerre, bardéde citations et de décorations militaires.
17Dès son retour en Algérie, il se mit immédiatement au service de la
Géologie appliquée à l’Agriculture en tant que professeur titulaire de la
chaire de Géologie de 1920 à 1930, d’abordàl’Institut Agricole d’Algérie
de Maison-Carrée (banlieue est-algéroise), puis de 1930 à 1936 à l’Institut
NationalAgronomique, succédant au géologue LucienCayeux.
Durant ces seize années et renonçant à toute autre activité,Arambourg se
consacra entièrement aux recherches de Science pure.Elu correspondant du
Muséum national d’Histoire naturelle en 1933, ses fréquentations régulières
des laboratoires du Muséum notamment les laboratoires d’Herpétologie, de
Mammalogie, d’Anatomie Comparée et surtout celui de Paléontologie lui
permirent de continuersesrecherchessurlesvertébrésfossiles.Evoluant aux
côtés de son maître le professeur Marcellin Boule, il n’aura de cesse d’être
encouragé et conseillé par celui-ci, car le professeurBoule sait déjà qu’il lui
succédera à la chairedePaléontologiedu Muséum.
Aucoursdecettepériode, il apupoursuivreet acheveruncertainnombre
de travaux sur les Poissons et les Vertébrés. Les Vertébrés du Sahélien, les
Mammifères du Pliocène des plateaux constantinois, les gisements de
poissons du Lias de l’Yonne ainsi que ceux des phosphates du Maroc, les
schistes crétacés du Rharb, les mammifères quaternaires de l’Algérie,
l’ossuaire humain desBeni Segoual àBedjaia (Bougie), les ours fossiles de
l’Afrique du Nord, les grottes des environs d’Alger, enfin les gisements de
vertébrésde l’Afriqueorientale, constituent l’essentiel des missions quelui a
attribué leMuséum.
Apartir de1936 où il est nomméprofesseurdelachaire de Paléontologie
du Muséum et depuis 1933, date des premières missions enEthiopie dans la
vallée de l’Omo, toutes ses recherches paléontologiques vont désormais
prendre un caractère plus académique, plus affirmé lui procurant ce statut de
savant universel.
18Fig. 1.CamilleArambourg, lors du lancement du nouveauBulletinde laSociété Préhistorique
de l’Ariègeen1958 (archivesC.Arambourg, noticessur lestravauxscientifiques).
19La Paléontologie vuede Paris
C’est l’époque où la Paléontologie française avec celle du British
Muséum font autorité mais aussi concurrence dans la recherche des
gisementset des fossilesde vertébrésdansle monde.Cependant larecherche
française va prendre le pas surson concurrent notamment parla découverte
deplusieurs gisementspréhistoriquesincontournablesdont ladescriptiondes
fossileshumainscromagnoïdesferadate.
De 1936 à la déclaration de la seconde guerre mondiale, Arambourg a
déjà collecté au coursde ses nombreuses explorationset fouilles unequantité
impressionnante d’ossements de Vertébrés et surtout de Mammifères qui
provient de toutes les régions fossilifères du monde. La systématique va
alors prendre une place importante dans ses travaux avec notamment la
connaissance de nouveaux taxons à tous lesrangs hiérarchisés de la
classification linéenne (ordres, familles, genres, espèces, sous-espèces). De
même, lesrapportsentreles différentesformesdisparueset leursignification
sont soulevés dans ses publications. On commence à établir des essais de
reconstitution des faunes disparues par le biais de leur relation
phylogénétique et biogéographique (les faunes de Poissons et de Rep tiles
crétacés et éocènes duBassin de la Méditerranée, les faunes de Mammifères
plio-pléistocènes d’Afrique)ainsi que le rôle de l’Afrique dans l’émergence
de faunes mammaliennes. Ce dernier point a été au centre des réflexions
d’Arambourg sur un grand nombre de taxons qui étaient jusqu’alors
méconnusoumême inconnusdespaléontologues. Sa contributionsurl’étude
de l’histoire des Proboscidiens, des Primates, desCarnivores, desSuidés ou
des Antilopesa permis d’éclaircir nombre de points flous et de palier au x
insuffisanceset aux lacunesdesconnaissancesdel‘époquedanscedomaine.
Sur le plan général, de nouvelles questions sont posées, de même de
nouvelles interprétations sont données aux grandes questions de l’évolution,
de l’extinction des groupes et des espèces, de leur migration, la question de
l’homme et de sonévolution, la proposition d’un nouveau cadre
stratigraphique et géologique.Concernant ce dernier point, la stratigraphie et
l’âgedes gisementsde Phosphates duMaroc,longtemps controversésont été
pour la première fois définis, la stratigraphie et les corrélations du
Villafranchien d’Afrique du Nord également fixées, l’ensemble du
Pléistocène d’Afrique a été revu. Pour la deuxième fois et après la
découverte en 1928 du gisement paléolithique supérieur d’Afalou Bou
Rhummel en Algérie, un autre gisement archéologique capital pour la
compréhension des ancienshominidés du Nord de l’Afrique venait d’être
découvert par lui dans ce pays : Il s’agissait du gisement villafranchien de
l’Ain Hanech dans la région de Sétif, où la plus ancienne industrie taillée
d’AfriqueduNord venaitd’êtremiseenévidence.
20Missionné par le Muséum sur pratiquement toutes les régions de l’ancie n
monde (Afrique, Europe, Asie), Arambourg avait collecté et décrit des
millions de restes fossiles. Les collections du Muséum regroupent
aujourd’hui en effet l’une des pluscomplètes et des plus belles séries de
Vertébrés allant des Poissons et des Reptiles aux Mammifères, réunies par
un seul homme durant toute sonexistence. Le professeur Paul Fallot de la
Société géologique de France dira de lui lors de son attribution du Prix
Gaudry en 1959, en lui posant cette question Comment avez-vous organisé
votre temps pour produire en moinsde quarante ans une œuvre que le
commun des mortels n’eut point faite en cent ?
A cette date, Arambourg est âgé de 74 ans, il lui reste encore 10 ans à
vivre au cours desquelles il continuera à déterminer des Vertébrés fossiles
notamment d’Afrique du Nord et d’Afrique de l’Est, et à rédiger surtout les
monographies restantes dont la dernière le Tome II Des Vertébrés
villafranchiens d’Afrique du Nordque le professeur Léonard Ginsburg du
Muséum lui publiera àtitreposthumeen1979.
L’explorationafricaine
Le continent africain est véritablement le terrain de prédilectio n
d’Arambourg. C’est dans ces vastes territoires, au Nord comme au Sud, à
l’Est comme à l’Ouest que l’essentiel des découvertes sera effectué.
Découvertes non seulement dans le domaine de la Paléontologie mais
également dans celui de la Géologie, de la Stratigraphieet de l’Eustatisme
dont les lignes de rivages de la Méditerranée ont été les témoins du retrait ou
de la remontéedesmers.
En commençant ses explorations naturellement par l’Algérie
septentrionale, il sillonnera finalement toute l’Afrique du Nord et le Sahara
en poussant ses expéditions circuméditerranéennes jusqu’au Liban et la
Jordanie.
Les missions subsahariennes seront majoritairement axées sur l’Ethiopie
dans la vallée de l’Omo mais aussi au Kenya, au Soudan, en Angola, au
Niger, au Tchad et auGabon.Deuxième partie :
Les recherches enAfrique duNord
LesrecherchesenAlgérie (de 1912 à 1969)
La faune marine, des Invertébrésaux Poissons
On ne peut pas dire que les recherches enAlgérie ou sur l’Algérie ontété
interrompues tout au long des nombreuses missions d’Arambourg.Elles ont
étédiscontinues en raisond’explorationsmultiplesdansles autresrégions du
monde, mais à chaque fois il revenait sur les faunes d’Afrique du Nord et en
particulier sur celles de l’Algérie afin de réaliser la synthèse de chaque
groupe ou de mettre en place une lecture stratigrap hique ou une
harmonisation biogéographique des vertébrés tertiaires et quaternaires. Sur
ce point là, les innombrables et divers travaux surl’Algérie seront finalisés
jusqu’en1969datedesondécès.
En dehors de quelques fouilles et de découvertes quin’ont paseu de
poursuites majeures dans la carrière d’Arambourg, les débutssignificatifs de
la recherchepaléontologique commenceront avec lespoissonsrecueillisdans
la vallée du Chélif et dans le Sahel d’Oran entre 1912 et 1927 dont la
monographie sera publiéeen 1927 dansMatériaux pour laCarte géologique
de l’Algérie. L’ouvrage intitulé Les poissons fossiles d’Oran, est un
volumineux travail de 295 pages, comprenant 48 figures et un atlas de 46
planches. Sur les 1300 spécimens récoltés, parfaitement conservés, il
donnera une description détaillée de l’anatomie comparée, de la phylogénie
etde laphysiologiede cesorganes souvent en empreintesdoubles.
La stratigraphieduSahélien d’Oran
Bien que le terme d’étage Sahélien (équivalent du sommet du Tortonien
ou de la base du Messinien) n’ait plus coursdans le lexique stratigraphique
international depuis bien longtemps, pour plus de commodités avec une
lecture historiographique, je l’utiliserai pour rester dans l’esprit de l’époque
d’Arambourg.
C’est en 1858 que l’étage Sahélien fut défini par le paléontologue Pomel
sur la côte, à l’Est et à l’Ouest de la ville d’Oran, caractérisant un terminal
des formations marines miocènes de la Méditerranée occidentale.Les faunes
23marines de poissons et malacologiques de sesniveaux sont composées
d’éléments mixtes Mio-pliocènes avec notamment des formes miocènes
éteintes, mélangées à des formes évoluées du Pliocène ou de l’actuel. La
stratigraphie se composedebas en haut :
-Marnes plus ou moins siliceuses, reposant sur couche mince de tufs
à micas grisâtres
-Marnes àsilex ettripolis (diatomites)enbancspeu épais
- Calcaires zoogènesavec intercalationde marnes
Afin de maintenir cet étage marin dans la classification algérienne,
Arambourg eut recoursaux corrélations stratigraphiques de la Méditerranée
pour confirmer le parallélisme du Sahélien avec les formations à tripoli et à
gypse de Sicile et d’Italie continentale. En effet, c’est dans le Sahélien du
Dahra, là où d’épaisses couches gypseuses et des niveaux à tripoli sont
conséquents, que la faune ichtyologique italo-sicililienne est la plus
ressemblante.
La faune ichtyologique sahélienne
La faune provenant de ces régions occidentales de l’Algérie comprise
entre l’Ouarsenis et la zone oranaise est d’âge sahélien (Miocène supérieur).
Elle a livré 91 espèces dont 42 familles et 67 genres. La plupart des genres
sont encore vivants, alors que les espèces sont formées majoritairement de
formes éteintes dont un grand nombre est représenté par des espèces
nouvelles. Parmi elles, on retiendra, Orthopristis prorhonchus Aramb.,
Parapristipoma prohumileAramb.,Caranx prorusselliAramb.,Labrisomus
pronuchipinnis Aramb., Lepidopus pro-argenteus Aramb., Epinephelus
progigasAramb.Etc … Les formes actuelles retrouvées à l’état fossile sont
signalées par Arambourg pourla première fois. Son étude montrera que 70
% des espèces sahéliennes sont d’affinités méditerranéennes et 80 % des
genres actuels retrouvés dans le Sahélien sont représentés actuellement en
Méditerranée. Les comparaisons phylogénétiques et zoogéographiques avec
les autres faunes tertiaires montreront que les faunes sahéliennes sont
miocènes mais s’apparentent aux faunes oligocènes, alors queles seuls
éléments de différenciation entre les taxons sahéliens et les formes actuelles
sont représentés par une disparition progressive d’éléments tropicaux et
l’apport de formes nordiques. Par ailleurs, de rares espèces signalées sont
originaires des mers du Japon, de l’océan indien et des côtes atlantico-
américaines.
Contrairement aux idées de ses prédécesseurs notamment celles de
Sauvage qui pensait que les poissons de la région d’Oran avaient une origine
double, marine et d’eau douce, Arambourg, aprèsavoir révisé entièrement
cette faune, montre leur nature exclusivement marine. De même, il précise
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