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Chronique d'une pendaison mémorable

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Cette traduction rend hommage à un homme, Omar al-Mokhtar, qui a su défendre, jusqu'au bout, la dignité de son peuple et l'honneur de sa patrie. Le lecteur découvrira l'histoire de l'occupation italienne de la Libye et la résistance héroïque qu'a livrée celui que l'on a pendu un matin du 16 septembre 1931, pourtant défendu magistralement par un jeune avocat italien.

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Ajouté le 01 février 2007
Nombre de lectures 159
EAN13 9782296162945
Langue Français
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CHRONIQUE D'UNE PENDAISON MÉMORABLE

Omar al-Mokhtar et la résistance libyenne à l'Italie coloniale

Europe-Maghreb Collection dirigée par Michel Qui/out
La collection Europe-Maghreb est une collection pluridisciplinaire, ouverte à la communauté scientifique. Elle se veut un lien privilégié de rencontres intellectuelles et d'échanges interculturels euromaghrébins. Elle entend s'attacher à la compréhension des sociétés et des cultures des deux rives de la Méditerranée occidentale. A travers les outils et les disciplines qu'offre la science moderne, les chercheurs sauront explorer les multiples facettes de ce creuset des civilisations et des cultures dans un souci d'objectivité et de scientificité. Les approches sont ouvertes non seulement sur les leçons du passé et les expériences du présent, mais également sur les enjeux prospectifs du prochain millénaire.

Déjà paru Michel QUITOUT (éd.), Proverbes et énoncés sentencieux, 2002.

Omran Mohamed Burwais

CHRONIQUE D'UNE PENDAISON MÉMORABLE
Omar al-Mokhtar et la résistance libyenne à l'Italie coloniale

Traduit de l'arabe par Michel Quitout et Ali Chouehdi

L'Harmattan

@ L'HARMATTAN, 5-7, rue de l'École-Polytechnique;

2007 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.IT harmattan 1@wanadoo.fi

ISBN: 978-2-296-02330-7 EAN : 9782296023307

REMERCIEMENTS
Nos sincères remerciements vont à ceux qui ont eu l'amabilité

de consacrer un peu de leur temps à la relecture du manuscrit. Nous pensons notamment à Julia Sevilla MufJoz, Amina Quitout, Henri Lamarque, El Mostafa Chadli et Jean-Louis Saint-Ygnan.

AVERTISSEMENT

Nous avons essayé au cours de ce travail de restituer scrupuleusement l'esprit et la lettre du texte d'origine, sauf quand une transposition s'était avérée indispensable. Par ailleurs, nous regrettons de ne pas reproduire les riches documents, images et autres photographies accompagnant le texte d'origine en raison de leur résolution. L'éditeur n'a pas voulu prendre le risque d'insérer des documents illisibles.

Présentation de la traduction

fi nous est agréable, nous, traducteurs de ce livre, de présenter au lecteur francophone un document unique qui retrace une page importante de l'histoire d'un pays maghrébin si proche, mais fort inconnu, la Libye. En effet, c'est au cours d'un séjour de M. Michel Quitout, au service de coopération et d'action culturelle de l'ambassade de France en Libye qu'est née l'idée de traduire ce livre en 2003, l'année de sa première édition. Cette traduction est effectuée en collaboration avec un fin connaisseur de l'histoire de la Libye, M. Ali Chouehdi, professeur libyen de langue et littérature françaises à l'université de Benghazi. L'auteur, M. Omar Mohamed Burwais, un éminent avocat libyen, s'est attaché à recueillir des informations tout juste sorties des archives italiennes et traduites en arabe par le Centre d'études de la résistance libyenne. fi met ainsi pour la première fois entre les mains du lecteur le résultat de ses travaux d'exploration et de documentation relatives au procès historique d'une figure emblématique de la résistance libyenne à l'Italie coloniale, Omar al-Mokhtar. La publication intégrale du dossier de ce procès, documents, chiffres et photographies à l'appui, nous permet tous de nous rendre compte de l'expérience qu'a vécue le peuple libyen dans sa résistance à l'occupation italienne et de mesurer l'ampleur des sacrifices consentis par le peuple libyen et ses résistants. Une résistance dont certains aspects ont été représentés par la reproduction cinématographique du :film «Omar EI-Mokhtar », réalisé par le metteur en scène syrien Moustafa al-Akkad et merveilleusement interprété par Anthony Queen. Le jeune capitaine Roberto Lontano, mandaté par le tribunal militaire italien pour défendre Omar al-Mokhtar, exprima magistralement dans sa plaidoirie certains aspects de cette

OMRAN MOHAMED BURWAIS

résistance en ces termes: «Monsieur le juge! Si j'avais rencontré dans la rue cet accusé pour lequel je suis mandaté, je n'aurais pas hésité à sortir mon revolver que voici et à l'abattre. Car il est mon ennemi et l'ennemi de mon pays... Ce que je veux dire par là, c'est qu'Omar al-Mokhtar défend une vérité que nous connaissons tous, celle de la patrie pour laquelle, voici longtemps, nous nous sommes sacrifiés, nous-mêmes, pour la libérer. Cet homme est le fils de cette terre avant même que ne la piétinent vos pieds. Il considère donc que toute personne qui l'occupe est son ennemi. Il est donc de son droit de lui résister de toutes ses forces jusqu'à l'en faire expulser ou mourir. Ce droit, c'est la nature humaine qui le lui offre... La véritable justice ne se soumet pas à la foule, mais elle doit émaner de notre conscience et de notre humanité. Omar alMokhtar est un vieil homme. Son dos croule sous les années. Que lui reste-il à vivre après 70 ans? Je demande donc à la justice du tribunal d'être clémente et d'alléger la sanction pour lui, car il est dans son droit. Le tribunal ne se fera nullement du tort, s'il lui rendait justice avec une sentence plus clémente. J'espère, par ailleurs, que votre justice craindra le jugement de I 'histoire. Celleci ne pardonne pas. Sa roue tourne et enregistre tout ce qui se passe dans ce monde instable ». Cette plaidoirie qui a valu dix jours de cachot au jeune avocat et que l'auteur ne manque pas de rappeler en quatrième de couverture de son livre, restera dans les annales de I'histoire du bacreau colonial italien et un titre de gloire pour ce militaire qui a eu le courage de défendre la cruelle vérité. Nous sommes heureux, à travers la traduction de ce livre, d'offrir cette vérité aux lecteurs francophones et de rendre hommage à ce héros qui a su défendre jusqu'au bout la dignité de son peuple et l'honneur de sa patrie.

Michel Quitout & Ali Chouehdi

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Introduction: Pourquoi ce livre?
« Omar al-Mokhtar était un personnage mythique à tel point que le commandement de l'année italienne interdit d'évoquer son nom devant ses soldats.. quand il tomba de son cheval et jut arrêté lors de son dernier combat, les chefs militaires et politiques d'Italie n'auraient jamais cru qu'Omar al-Mokhtar tomberait dans leurs mains ».

C'est par ses mots que Wahbi Ahmed al-Booo1 résuma la haute position qu'occupait le cheikh des martyrs, lors de notre entretien dans son bureau le 8 novembre 2001. Wahbi al-BoOO était présent parmi la foule qui se rassembla en dehors du bâtiment spécialement conçu pour être une salle d'audience au procès

l, Wahbi Ahmed al-Bouri est, pour les hommes de lettres, les écrivains, les intellectuels, les politiques en Libye et dans le monde arabe, un personnage bien connu. Il me plaît, ici, de le présenter brièvement aux lecteurs de ce livre, jeunes Libyens, Arabes et musulmans. Il naquit à Alexandrie le 23 janvier 1916 et revint à Benghazi en 1920. Il fut l'un des premiers nouvellistes en Libye. Sa première nouvelle dont les événements se déroulèrent à Al-Marj s'intitula« Nuit de noces». n publia ses nouvelles dans « Majal/at Libyii al-Mou$awwara » (Revue libyenne illustrée) jusqu'à la suspension de sa parution en 1940. Il occupa plusieurs fonctions ministérielles et plusieurs postes importants dont le dernier fut celui de délégué permanent de la Libye aux Nations Unies de 1963 à 1971. Plus tard, il occupa le poste de Conseiller auprès de l'Organisation des Pays Arabes Exportateurs du Pétrole au Koweït pendant sept ans. En 1990, il fut décoré de la médaille du Grand Fateh en tant que pionnier de la nouvelle en Libye. Il entreprit la traduction en arabe de plusieurs ouvrages en italien dont La guerre italienne « AI-lfarb al-italiyya » et La mystérieuse AI-Kofra «AI-Kofra al-ghiimida ». n a par ailleurs d'autres ouvrages sous presse: Benghazi à l'époque de la colonisation italienne « Benghazi fi fatrat al istjcmiir al itali » et La Banque de Rome et les préparatifs à l'invasion « Bank Rôma wa I-tamhîd /il ghazw ». La revue Les quatre saisons « AI-Foussoul al-Arbaca » lui consacra, en 1995, dans son numéro 80, un dossier complet sur sa vie et ses travaux. Il fut l'auteur d'un article intitulé Un jour de ma vie « y awmun fi bayati » dans lequel il témoigna de ce qu'il appelait Le procès du Lion « Muhakamat al-Assad». Il fut publié dans la revue hebdomadaire La Scène « Al-Machhad», n° 21 du 9 juillet 2003.

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d'Omar al-Mokhtar dans le centre de Benghazi, le 15 septembre 1931. TIs l'ont vu descendre du véhicule qui le transportait à la salle d'audience, et sortir enchaîné mais la tête haute après avoir audacieusement affronté le président du tribunal. C'est de son échange avec ce président qu'il sera question dans ce livre. On serait tenté de dire que la description ici faite d'Omar alMokhtar est l'œuvre d'un citoyen libyen fier et poussé par son nationalisme. C'est pourquoi, nous allons rappeler les propos avec lesquels le Général Rodolfo Graziani décrivait son ennemi « Omar al-Mokhtar », car, comme on dit, un mérite reconnu par l'adversaire est un mérite digne de foi. Dans son livre La paisible Cyrénaïque, «Barqa l-hiidfa », il parle d'Omar al-Mokhtar en ces termes: « Cet homme est le mythe de notre temps. Il échappa des milliers de fois à la mort et à la capture. Il fut réputé auprès des soldats pour son charisme et par l'estime dont il était l'objet en raison de sa qualité de tête pensante et d'instigateur de la révolte arabe en Cyrénaïque. Il était, pendant longtemps, le stratège infatigable des combats ... Il est désormais entre nos mains », p. 244. « Il n'est pas aisé de dresser le portrait et la personnalité d'un chef de guerre qui a su résister et triompher du mépris pour vivre libre ». «Néanmoins, Omar al-Mokhtar, quand il fut débarrassé du mythe de l'homme invincible auquel croyaient ses partisans et certains de nos hommes et de simples habitants, devint un personnage ordinaire avec toutes ses vérités et ses défaillances, mais, en tout état de cause, ilfut un homme qui a su exploiter avec rigueur les conditions et l'état d'esprit des gens et mener d'une main de maitre la guerre en Cyrénaïque ». « ... ainsi Omar al-Mokhtar était constamment considéré comme le chef arabe qui, croyant à la cause de sa patrie, avait une grande influence sur ses partisans à l'instar des chefs tripolitains qui combattaient en toute sincérité. Je peux affirmer cela à partir des expériences que j'ai vécues dans les guerres libyennes ». « ... Omar al-Mokhtar fut un grand combattant de par sa haute position vantée par ses partisans et ses amis ». « ... Omar al-Mokhtar se distinguait des autres. Il était sans aucun doute un cheikh pieux, dur et sévère. Il fut religieusement fanatique, mais clément malgré la puissance. Son seul vice fut de nous haïr. Quelque fois, il avait le verbe dur envers nous et nous traitait durement. Comme les montagnards, il s'était toujours opposé à nous et à notre politique. En

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CHRONIQUE D'UNE PENDAISON MEMORABLE tout état de cause, il ne se montrait accommodant ou souple que quand cela arrangeait la patrie arabe libyenne. Il n'a jamais trahi ses principes et demeure de ce fait digne de respect )). « ... Il était très attentif à sa croyance s'opposant à quiconque voulait lui causer du tort. Il détestait les intrus et combattait tous ceux qui agressaient son pays. Il n'admettait aucune ingérence étrangère dans la cause de la nation arabe, surtout pas dans celle de la Libye. Il détestait les Turcs, les considérant comme des étrangers qui évitaient de rentrer en conflit avec lui )). « ... Quant à la description d'Omar al-Mokhtar, il était de taille moyenne avec de larges épaules. Ses cheveux, sa barbe et ses moustaches étaient d'une blancheur éclatante. Omar al-Mokhtar était d'un esprit vif et percutant. Il avait une grande culture scientifique et religieuse. Il fut impétueux et enthousiaste, d'une grande intégrité. Il négligeait les biens matériels et fut intransigeant et fanatique quant à la religion. Enfin, il était pauvre, ne possédait des vanités de ce monde que l'amour de sa religion et de sa patrie )). « ... Les partisans d'Omar al-Mokhtar se le représentaient toujours à leurs côtés corps et âme )). «... Je fus persuadé qu'Omar al-Mokhtar était encore en vie ... et qu'il était le mythe qu'on ne pouvait voir, vaincre et saisir )). « ... Après l'échec de la bataille d'AI-Faydia, Omar al-Mokhtar changea sa tactique de guerre pour déclencher des attaques rapides contre nos patrouilles de front partout dans La Montagne Verte. Les manœuvres entreprises par Omar al-Mokhtar visaient à remonter le

moral des troupes pour

qu'elles ne fussent

pas

intimidées par

l'importance numérique de l'ennemi et de son armement. De ce fait, il fallait considérer que l'ennemi auquel nous avions affaire était un ennemi

coriace».
« ... Les nouvelles des forces italiennes parvenaient à Omar alMokhtar avec la rapidité de l'éclair. Ceci embrouillait les plans dressés pour la bataille et surtout dans la région de Slanta, AI-Faydia, AlGaigab )). « Les trois provinces d'Al-Marj, Chahat et Demo furent fusionnées le 31 mars sous le nom de Provinces de La Montagne Verte ayant pour centre Al-Marj. J'ai choisi moi-même le gouverneur Daodiace pour accomplir cette mission en raison de sa compétence exceptionnelle et de sa façon de faire propre à lui, pour coopérer etfaciliter les choses ».

Lisons à présent le témoignage d'AW. Giuseppe Daddiaci, un des grands responsables politiques et administratifs italiens en

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Libye. Ce témoignage qu'il a lui-même rédigé à la fin de 1969, précisément le 6 septembre 1969 dans son cabinet d'avocat à Rome, fut envoyé par ses soins à son Excellence l'ambassadeur de la République libyenne de l'époque à Rome, Monsieur Abdallah Sekta I. Le voici traduit de l'italien : « Omar al-Mokhtar fut un grand homme dont les Libyens devraient se souvenir à toute époque, un homme de fierté, de croyance, de grand humanisme et de courage indiscutable. Il croyait profondément au destin des peuples arabes. Seul Graziani, le monstre cruel, voulait sa mort. Je vous prie de me rappeler au bon souvenir de sa famille»

Tout cela, entre autres choses, fait de l'authentification du procès de cet homme, en tant que procès intéressant la patrie, la nation et le monde entier, une question de première importance, notamment pour les avocats et les juristes libyens. J'ai été étonné de cette ignorance simulée et de cet oubli d'authentifier ce procès. D'autant plus que les infonnations que l'on a de ce procès et de ses détails comportaient des contre-vérités résultant d'une confusion entre le réel et la fiction, une confusion entre les faits du procès d'Omar al-Mokhtar et certains faits du « tribunal militaire volant ». Des rumeurs, selon lesquelles le procès d'Omar al-Mokhtar se serait déroulé dans un avion duquel on l'aurait jeté ensuite, se répandirent! Ce sont là des contre-vérités qui m'ont poussé à relater les faits de ce procès tels qu'ils se sont effectivement déroulés pour montrer la vérité, celle qui devrait demeurer manifeste pour l'histoire et pour les générations présentes et à venir. L'idée d'écrire un livre sur le procès d'Omar al-Mokhtar me tenait à cœur depuis la préparation de mon livre « A/-mouhamiit fi Libya tariban wa waqfan wa tata/dan» (La profèssion d'avocat en Libye, histoire, situation et perspectives: 1882 -1998) dans lequel j'ai traité de trois procès historiques qui se sont déroulés en Libye et dont la cause a été défendue par des avocats libyens.

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. M. Abdallah Sekta, résidant actuellement à Tripoli, nous a fait

gentiment parvenir ce document quand il a eu connaissance de la préparation de ce livre. Qu'il en soit ici vivement remercié. 14

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- Le premier en l'an 158 de l'ère chrétienne dans ce qui est connu sous le nom de « La défense d'Apuleius » au tribunal de Sabrata'. TIs'agit de la défense du philosophe, homme de lettres et orateur libyen « Lucius Apuleius », mondialement connu dans les milieux de la philosophie et des lettres en tant qu'auteur du livre
Les transformations de l'âne d'or et d'autres ouvrages.

C'est que ce philosophe a été accusé de meurtre avec préméditation et puis de pratique de magie noire, griefs tous deux passibles de la peine de mort. Un procès fut organisé dans l'enceinte du tribunal principal de la cité antique libyenne de Sabrata, située sur la côte ouest à proximité de la frontière tunisienne. Après s'être octroyé un délai de cinq jours pour préparer sa plaidoirie, Apuleius décida de prendre lui-même sa propre défense face à ceux qui avaient lancé ces deux accusations contre lui. En se défendant, il écrivit l'une des plus belles pièces de la littérature latine classique, immortalisant ainsi la belle cité de Sabrata. Le juge qui fut également gouverneur de la province, rendit alors son jugement d'acquittement. Le deuxième est le procès d'Ibrahim Seradj al-Dine : 18821892. C'est une affaire de droit pénal examinée au début de 1882 par la Cour d'assises dépendant de la Cour d'appel de Tripoli. Ses documents sont encore conservés aux archives d'Al-Saraya alHamra à Tripoli, manuscrits en arabe et en turc (avant même la transcription du turc en graphie latine). Ces documents constituent la « Chronique du procès de la première organisation politique en Libye et les prémices de l'éveil arabe et de la lutte populaire libyenne» comme l'appelle Ahmed Sedki Da.üani dans son livre du même nom. Les trois personnages principaux de cette affaire furent: Ibrahim Seradj al-Dine, Ahmed Hossein al-Naib et le cheikh Hamza Dhafer al-Madani. De cette affaire découle une autre dont les personnages principaux furent: Ibrahim Seradj al-Dine, Hadj

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'. Ali Fahmi Khchim a traduit en arabe La défense fi' Apuleius à partir de la traduction anglaise Defence of Apuleius, 1893 ; ainsi que l'étude de M. Philip Ward intitulée « Apuleius on trial at Sabrata », New York, 1969.

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Mohamed Abou Rabea (l'avocat) et Youssef Abdeljalil al-Said. Les deux procès continuèrent d'être examinés jusqu'en 1892 et le procès-verbal de la dernière séance, du 28 mai 1892, comporta « un rapport daté du Il avril écrit par le médecin de la municipalité et lu publiquement, montrant que l'accusé Ibrahim Seradj al-Dine était décédé suite à une pneumonie qu'il avait contractée en prison. Par conséquent, il n'était plus nécessaire de poursuivre le procès, et l'affaire fut abandonnée». Le troisième est le procès de Ramadan Souehli, dit Chetiwi (1909 à 1911). Il commença à Tripoli et s'acheva à l'île de Rhodes (Turquie). Quatre avocats y prononcèrent leur plaidoyer: Abdallah Mendi Banoun, Chaker Afendi Adrebka, Kadri Afendi al-Jazairi et Kamal Beck. Nous résumons ici les faits de ce procès comme suit: le 29 novembre 1909, la police de la ville de Misratah arrêta Chetiwi Ben Mouftah et ses deux fils Ramadan et Ahmed après une cavale de quatre mois. Ils furent conduits auprès des autorités à Tripoli et incarcérés dans la prison de la citadelle en attendant leur procès pour le meurtre d'un individu trouvé mort à Ain-Kaam. Leur père décéda en prison des suites d'une fièvre l'année de leur incarcération. Commença ensuite le procès des deux accusés devant la Cour d'assises de Tripoli. Étant donné le grand nombre de témoins à charge appelés à comparaître et les pressions exercées sur le tribunal, celui-ci soupçonna de faux témoignages et décida, à la demande de la défense, de renvoyer l'affaire à la Cour d'appel de l'île de Rhodes choisie pour son éloignement. Les parties se rendirent le 18 mai 1911 dans cette île qui dépendait alors de la Turquie. Elles arrivèrent le 6 juin 1911. Leur procès fut reconsidéré et le tribunal acquitta les deux accusés pour cause d'insuffisance de preuves. Pendant que je recherchais davantage de photographies, de documents et de renseignements se rapportant au procès d'Omar al-Mokhtar, j'ai trouvé des renseignements, des photos et des documents liés aux jugements que les tribunaux militaires spéciaux italiens rendirent, pour condamner certains combattants que les autorités d'occupation italienne avaient arrêtés. C'étaient des tribunaux (ou un tribunal) avec des compositions différentes dans le lieu et dans le temps - qui furent constitués par les autorités 16

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coloniales immédiatement après l'occupation du pays en 1912. TIs lançaient des accusations politiques à l'encontre de ces accusés/combattants et prononçaient des jugements défavorables d'après les éléments puisés dans les archives italiennes. Le mérite d'avoir trouvé et publié ces documents re"VÎentau grand effort de traduction fourni par le Centre d'études historiques du djihad des Libyens. En passant en revue les listes des condamnés libyens, nous constatons leur appartenance à des régions représentant la Libye entière, du Nord au Sud, de l'Est à l'Ouest. Cela confirme qu'en Libye, toutes les régions ont résisté à l'occupant italien, chacune en fonction de ses possibilités et de ses moyens. J'ai donc considéré qu'en revisitant les documents liés à ces jugements, il y avait bien matière à enrichir le contenu de ce livre, à reconnaître et à respecter les mérites et les sacrifices de ces combattants. Quant aux informations concernant le tribunal militaire volant d'Al-Marj constituée le 4 avril 1930, c'était M. Wahbi Ahmed alBouriqui en a conçu le contenu en tant que témoin de l'époque. Ces informations sont conformes à ce qui figurait dans le livre La paisible Cyrénaique du Général Graziani, et en rapport étroit avec le contenu de ce livre. J'ai décidé de consacrer une étude à ce tribunal pour qu'il ne disparaisse pas de la mémoire nationale. Le but de sa création était de mettre fin à la révolte libyenne le plus tôt possible et à tout prix. Pour ce faire, Mussolini désigna le Maréchal Badoglio pour accomplir cette tâche et le nomma au poste de Préfet de Libye. Le Général Graziani fut nommé, lui, au poste de Sous-préfet de Cyrénaïque où les batailles continuèrent à faire rage entre les moudjahidine et les forces d'occupation italiennes. Pour créer une ambiance de peur et de terreur, il fut décidé de créer ce tribunal, dont le siège était à Al-Marj, pour qu'il se déplaçât sans délai sur le lieu même d'habitation des accusés et exécuter la sentence capitale sous les yeux des membres de leurs familles et de leurs tribus. rai divisé cet ouvrage en cinq parties: j'ai consacré la première au lieu et au temps des procès. Ceux-ci se sont déroulés dans un endroit déterminé et à un moment précis. TIm'appartient dès lors d'esquisser pour le lecteur une vue d'ensemble de leur lieu géographique' et de leur moment politique. Le but étant de

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comprendre comment les grandes puissances assaillirent les petits pays affaiblis, leur dictant leur politique et décidant de leur sort en vue de servir leurs propres intérêts, en tournant le dos aux valeurs, aux idéaux et aux principes « humanistes» et de permettre la comparaison avec ce qui se passe aujourd'hui, à l'époque monopolaire du XXIème siècle. J'ai donc jugé bon de rappeler les traités et les conventions internationales publiques ou secrètes que. ces pays (la GrandeBretagne, la France, l'Allemagne, l'Autriche, la Russie et la Turquie) avaient conclu à partir de 1830, quand la France envahit l'Algérie pour l'occuper, jusqu'aux conventions signées par le gouvernement libyen avec la Grande-Bretagne, la France et les États-Unis d'Amérique. J'ai consacré le premier chapitre de cette partie à ce que j'ai choisi d'intituler « la scène politique ». C'est un bref aperçu sur les guerres des Balkans, les deux guerres mondiales, la Société des Nations et l'Organisation des Nations Unies dans leur rapport aux événements. Puis, j'ai montré comment la situation s'est retournée contre Mussolini, Badoglio et Graziani. Quant au deuxième chapitre de cette première partie, je l'ai consacré à la biographie d'Omar al-Mokhtar. J'ai tenté de mettre davantage en lumière ce personnage à la fois simple et profond: de l'extérieur à travers ce qu'on a pu écrire sur lui, et de l'intérieur à travers ses propos, ce qu'il a écrit ou ce qu'il a commandé d'écrire et signé par la suite. J'ai donné un aperçu sur sa vie et sur ses positions. J'ai donné également le texte de la déclaration signée de sa main et publiée par la presse égyptienne le 20 octobre 1929. Il explique publiquement, dans cette déclaration, sa position vis-à-vis de la rupture de la trêve conclue le 19 juin 1929 à la suite des powparlers de Sidi Rahouma à proximité d'Al-Marjo J'ai publié cette déclaration dans les deux versions trouvées, la première telle qu'elle a été publiée dans La revue des Recherches historiques et la deuxième telle qu'elle figurait dans le livre du Général Graziani La paisible Cyrénaïque. Elle revêt une grande importance dans la compréhension de ce personnage de l'intérieur à travers l'interrogatoire qu'on lui a fait subir. Cette déclaration faite à la fin de l'année 1929, portant la signature d'Omar al-Mokhtar en tant que commandant des forces nationales, représentait l'autre aspect 18

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des événements de cette même période marquée par Mohamed Rida Senoussi, Alors qu'Omar al-Mokhtar rompt la trêve et reprend le Djihad en précisant les motifs dans sa déclaration, voici que Mohamed Rida Senoussi, dans sa déclaration diffusée par les autorités d'occupation et republiée par le Général Graziani dans son livre (pp. 136-137), prête allégeance au gouvernement italien et cherche à rétablir l'ordre en incitant les insurgés à la capitulation et à la soumission. Voici le texte de la déclaration:
« Au nom de Dieu clément et miséricordieux, que Dieu bénisse et salue ses prophètes! Aux Arabes qui s'opposent à moi et au raisonnable gouvernement que Dieu leur indique le bon chemin, amen... Le Très-Haut dit: dis à mes serviteurs, ceux qui écoutent les paroles et en suivent les meilleures ... Le Prophète dit : ne devient croyant que celui qui désire pour ses
semblables ce qu'il désire pour lui-même... de même: la religion porte conseil. Suivant la parole de Dieu, je ne veux pas vous obliger à suivre mon conseil pour me soustraire à mes responsabilités. Je vous jure, par Allah, le Tout-puissant, que la situation actuelle me fait de la peine et m'inspire la crainte des affres du jour du jugement dernier. Mon obéissance au raisonnable État italien fut de mon plein gré sans la moindre contrainte abusive ni consultation ou influence de votre part. Elle provient de ma conscience et de la certitude forllMe sur ma solide expérience et ma profonde réflexion et rien d'autre. Pour cela. j'ai tout abandonné et suis rentré au bercail du juste État italien. Soyez assurés que je suis corps et âme avec le gouvernement italien détestant ceux qui le détestent et aimant ceux qui l'aiment. Je prends à témoin Dieu et les croyants que j'ai prodigué tous mes efforts pour le conseil à Chahhat et dans les douars. Mais, je n'avais pas pensé que vous abandonneriez mes conseils et suivriez celui qui allait vous conduire à la ruine, la destruction et la poursuite de la révolte. Laissezvous convaincre donc pour saisir l'occasion et serrer la main qui vous hisse à un meilleur niveau et à une durable stabilité. Le général Graziani est affectueux et clément si vous vous résignez et rendez vos armes au gouvernement italien. Vous trouverez en sa personne le père tendre et compatissant. Vous dites que vous êtes en train de combattre pour la religion et la patrie. Mais qui donc s'oppose à la religion? Regardez les mosquées! Elles sont prospères et pleines de pratiquants. Les us et coutumes sont respectés. Quant à la patrie. c'est bien vous qui l'avez corrompue et négligée par votre obstination et votre désobéissance à l'éclairé État italien.

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OMRAN MOHAMED BURWAlS

Je suis un Senousside serein, franc et quitte, devant Dieu et devant le gouvernement, des actes de mes frères. Je déclare ne pas être des leurs et je ne serai jamais de leur bande. Lorsque les Anglais occupèrent l'Égypte, Orabi Pacha déclencha sa révolte. Mon père, le cheikh de la doctrine se trouvait alors à Jaghboub. Orabi Pacha lui demanda de participer à la guerre contre les Anglais. Mais mon père déclina catégoriquement cette demande partant du principe des fondateurs de la doctrine dont la mission est purement religieuse. Nous n'avons ici ni gouvernement ni gouverneurs.. telle était la situation de mes ancêtres. Sur cette base, nous nous adressons, mes disciples et moi, à mes frères,
ceux qui ont désobéi à la doctrine fondée par mes ancêtres.

Je vous demande alors de cesser la révolte (le Djihad) et d'emprunter le droit chemin. En tant que petit-fils de ces fondateurs, je vous demande de vous rendre. Autrement, je ne saurais être responsable, ni devant Dieu, ni devant le gouvernement italien, des préjudices et des persécutions qui vous arrivent. Car j'ai tout élucidé pour vous. Je vous ai franchement conseillé. Et le proverbe dit : vains sont les efforts de celui qui ne demande conseil, vains sont les efforts de celui qui ne sy conforme pas. La fermeture des zaouïas et la confiscation de leurs biens aujourd'hui, sont une mesure saine voulue par mes frères que Dieu les pardonne. Ils sont les seuls responsables devant les chefs et les cheikhs de la confrérie Senousside. Suivez-moi et prenez mes conseils, vous échapperez ainsi, vous et tous les hommes fidèles, à une destruction certaine et une mort assurée. Tel est mon conseil pour vous. Il est précieux quand on le donne sincèrement et sans contrepartie matérielle. En vous conseillant, je ne cherche pas à briguer gloire et fortune, mais la satisfaction de Dieu. Puisse-t-Il vous guider dans le chemin de la raison ». Pour juger de la valeur de la déclaration d'Omar al-Mokhtar, je cite quelques passages figurant dans un article écrit en 1957 par Ali Mohamed Ammich et publié dans un nwnéro spécial de la revue AI-Nour « La lumière» à l'occasion du 25èrneanniversaire de sa mort : « Quand on évoque Omar al-Mokhtar en particulier après 1923, date à laquelle on lui confia le commandement, on trouve qu'il a parfaitement compris la situation tant au plan militaire qu'intellectuel. Il n'a jamais désespéré, au contraire, il a fondé les bases d'une fantastique organisation. Les clauses qu'il avait apposées aux pourparlers furent satisfaisantes.. elles assuraient aux citoyens leur dignité. Omar alMokhtar disait: « Nos intentions à l'égard de l'Italie sont nobles. Nous 20

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n'avons de projet que celui de réclamer la liberté ». Ce concept de liberté, qui survint très tôt, fut considéré comme un grand progrès. En effet, les gens se préoccupaient d'une seule chose, la garantie de la liberté religieuse. Omar al-Mokhtar est allé dans la compréhension de la gue"e italienne jusqu'à dire qu'elle n'était pas dans l'intérêt de tous les Italiens. Un homme qui dit cela, nous pouvons dire de lui qu'il avait une telle largeur de vue et une telle compréhension des choses qu'on ne pouvait en reconnaître autant à quelqu'un qui a vécu dans une société quasi-fermée, loin de la culture moderne. Pour cela, Omar al-Mokhtar n'était pas seulement un commandant qui portait son fusil pour combattre « les mécréants », mais un homme conscient, éclairé et pondéré. Il voulait également donner à la cause libyenne un écho plus large. C'est pourquoi, il exigea la présence, aux négociations de 1929, d'un délégué égyptien et d'un autre de Tunisie. Peut-être y a-t-il là une volonté de donner à la cause une dimension internationale et arabe »,

Je cite également, à cet égard, ce que notre écrivain et homme de lettres, le regretté Abdallah al-Goueri, avait inséré dans son livrel Al-Waqdat Les canicules, à propos de cette déclaration qu'il a tardivement trouvée, alors qu'il tentait d'explorer le tréfonds de ce personnage qui lui a ravi l'esprit:
« La personnalité d'Omar al-Mokhtar s'est emparée de moi, et je cherchais à savoir quelles en étaient les clés. C'est alors qu'un ami a attiré mon attention sur des mots d'Omar al-Mokhtar prononcés dans son appel adressé aux enfants de la patrie .., Je fus agréablement surpris
de la lumière qui éclaira les facettes du personnage, dont les contours m'apparurent soudain clairs et limpides. Il fut un personnage sincère, clairvoyant, agissant avec maturité, sensibilité et réel souci national. Ses mots sont lucides, je dirais même épurés, courtois, sortant de la bouche de quelqu'un vivant dans les montagnes et le désert, enveloppé dans son burnous rugueux. Il n'a jamais connu ni la soie, ni les coussins dorés et ne s'est assis que sur une natte d'alfa, de laine ou de poil.

Ces paroles me touchèrent et je faillis parcourir les rues de
Benghazi en /es fredonnant. J'étais joyeux, allègre et grisé de bonheur. C'est le moment où tu te rends compte que les tiens, tes héros, n'étaient pas /'image falsifiée d'une vérité futile, mais une remarquable vérité forte et consciente. Cet homme adulé et trompé, aussi bien par ces ennemis, avec qui il était en pourparlers, que par certains de ses compagnons, se tenait debout et ne se laissait pas impressionner par leurs pratiques.

1.Ed. La maison arabe du livre, 1984, p. 220. 21

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Je me dis: nOs-tu pas vu comment ce leader a tenu les leviers et dominé son ennemi. Il n'était plus uniquement en position de combattant qui affrontait l'ennemi, mais il se hissa pour mieux le fouler aux pieds. Bien peu nombreuses sont les situations où l'individu se fait brave homme et héros». Abdallah al-Goueri avait écrit précédemment, en 1957, une pièce de théâtre intitulée Omar a/-Mokhtar qu'il avait publiée à ses frais à l'imprimerie Al-Y oussoufia au Caire. Il en supervisa luimême, que Dieu ait son âme, la préparation et la diffusion en direct de la radio libyenne qui émettait en 1959 de la station d'émission de Ras Abaida avec les simples moyens radiophoniques disponibles à l'époque. Et Abdallah al-Goueri de relever une autre dimension dans la personnalité d'Omar al-Mokhtar : « ... Il n'était pas de ceux qui cherchaient à ouvrir le chemin d'une carrière, à réussir dans une profession, usant pour ce faire, de détours et de manœuvres. Il n'était pas soumis à une quête irrésistible et oppressante, mais il était un homme agissant, sachant lutter contre luimême et contre son cœur soufi. Il ne se laissait pas voiler l'esprit, ni limiter la pensée. Ce qui lui conféra une liberté d'opinion, de manœuvre et d'appréciation, ainsi qu'une conscience des nécessités du pays, loin des intérêts personnels et de l'esprit du clan». p. 216. Pour ce qui est du dialogue qui eut lieu entre Omar al-Mokhtar et le Général Graziani dans le bureau de ce dernier au commandement général de l'armée italienne à Benghazi, Abdallah al-Goueri dit ceci: « ... C'est un dialogue qui, quand je le lis aujourd'hui, me touche énormément. Il me touchera encore à chaque lecture. C'est une pièce d'une grande majesté.. elle mérite d'être évoquée solennellement» p. 238. Nous avons publié le texte de ce dialogue tel qu'il est évoqué par Graziani dans son livre, déjà cité, dans la troisième partie de notre ouvrage. J'ai évoqué aussi avec un peu de détails, la chronique de la rencontre qui eut lieu, entre Omar al-Mokhtar et Mohamed Assad, à La Montagne Verte, au mois de janvier 1931. Cette rencontre est importante en ce sens qu'elle permet d'expliciter certains aspects complémentaires de la personnalité d'Omar al-Mokhtar : sa manière de penser et son attitude vis-à-vis du prince Mohamed Idris. Elle permet également de clarifier une autre question

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importante, celle de la rigueur de l'organisation des combattants et de leurs mouvements -commandement et bases-, et ce, malgré les conditions rigoureuses dans lesquelles ils évoluaient à l'époque. Cette organisation leur a permis de préparer minutieusement le voyage de Mohamed Assad du Hidjaz par le Sahara occidental à travers la frontière égypto-libyenne. Cette frontière était gardée par les autorités de l'ennemi italien avec des avions, des dromadaires, des véhicules blindés, des points de contrôle et des barbelés. Mohamed Assad put, ainsi que son compagnon, ses guides et ses gardes, rencontrer le « Lion de La Montagne Verte». Cependant, alors que les combattants continuaient d'entourer leur commandant de tant de mesures préventives, des mesures autant dérisoires qu'ingénieuses, des nouvelles effroyables parvinrent de la ville d'Al-Kofra. Elle était désormais occupée par les soldats envahisseurs qui commirent des exactions contre les femmes, les enfants et les vieillards. J'ai conclu ce chapitre par un paragraphe traitant de l'importance du commandement d'Omar al-Mokhtar. Quant au troisième chapitre de cette partie, j'y ai résumé - sans altération je suppose - le mouvement du Djihad libyen face aux envahisseurs italiens sur tout le sol libyen: la Tripolitaine, le Fezzan et la Cyrénaïque. Cela va du premier jour de l'invasion en 1911 jusqu'à la fin de la résistance armée en 1932. L'ordre chronologique des événements a été respecté et certains combats ont été évoqués à titre d'exemple. J'ai cité, dans le même contexte, et pour la première fois je pense, certains des faits relatés par l'ex-roi Mohamed Idris alMahdi Senoussi -de son point de vue naturellement - depuis son apparition sur la scène des événements en Libye en 1912 jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale et le début de l'administration britannique qui exerça ses fonctions jusqu'en 1952. C'étaient des événements et des informations relatés directement de vive voix par l'ancien roi ou rapportés par M. De Candolle1 tels qu'il les a

1. M. De Candolle est né en 1901. Il est anglais de nationalité et diplômé de l'Université d'Oxford. fi commence sa vie professionnelle, qui durera quarante ans, en 1923 en AtTique du Nord et au Moyen-Orient. fi est

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