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Corps et âmes

De
148 pages
Quelle était la place de la santé sous l'Ancien Régime où le poids du christianisme était si lourd et les clivages sociaux puissants ? Afin d'expliquer la vie quotidienne dans les hôpitaux, Annie Boyer-Labrouche a puisé ses sources dans des archives uniques, réalisant ainsi une étude remarquable de démographie historique, où l'homme est en plein coeur. Cet ouvrage ouvre une réflexion indéniable faisant écho aux problématiques de santé actuelles.
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Médecine à travers les siècles Collection dirigée par le Docteur Xavier Riaud L’objectif de cette collection est de constituer « une histoire grand public » de la médecine ainsi que de ses acteurs plus ou moins con nus, de l’Antiquité à nos jours. Si elle se veut un hommage à ceux qui ont contribué au progrès de l’humanité, elle ne néglige pas pour autant les zones d’ombre ou les dé rives de la science médicale. C’est en ce sens que – conformément à ce que devrai t être l’enseignement de l’histoire –, elle ambitionne une « vision globale » et non pa rtielle ou partiale comme cela est trop souvent le cas. Dernières parutions Xavier RIAUD (sous la dir. de),Médecine à travers les siècles. 10 ans déjà ! (2006 -2016), 2017. Vincent BOUTON,François II. La mort d’un roi de seize ans, 2017. René PRÉDAL,L’étrange destin du Docteur Voronoff. En quête d’un e jeunesse éternelle ?, 2017. Philippe SCHERPEREEL,Philosophie et médecine, 2017. Xavier RIAUD,Dent et archéologie, 2017. Michel A. GERMAIN,Les tables d’opération. De l’Antiquité à nos jours, 2016. Philippe SCHERPEREEL,854-Médecins et infirmières dans la guerre de Crimée. 1 1856, 2016. Mélanie DECOBERT,Odontologie médico-légale et Seconde Guerre mondial e, 2016. François RESCHE,Le papyrus médical Edwin Smith, 2016. Xavier RIAUD,Napoléon Ier et ses dentistes, 2016. Philippe SCHERPEREEL,Albert Calmette. « Jusqu’à ce que mes yeux se ferme nt », 2016. Philippe SCHERPEREEL,Pietro d’Abano.Médecin et philosophe de Padoue à l’aube de la Renaissance, 2016. Bernard DE MARSANGY,La Psychiatrie vécue au XIXesiècle. Lettres à Louisa, 2016. Isabelle CAVÉ,Etat, santé publique et médecine à la fin du XIXesiècle français, 2016. Julien MARMONT,L’Odontechnie ou l’art du dentiste. Poème didactiqu e et descriptif en quatre chants, dédié aux dames, 2016. Patrick POGNANT,a Belle ÉpoqueLa Folle Clinique sexuelle du professeur P***. De l aux Années folles, 2016. Michel CHAUVIN,Le Geste qui sauve. L’étonnante histoire du défibri llateur cardiaque externe, 2016.
Annie Boyer-Labrouche Corps et âmes e Les hommes et la médecine au XVIII siècle
Du même auteur
Manuel d’art-thérapie, Dunod, 2017 Pratiquer l’art-thérapie, Dunod, 2017 De la séduction à la perversion, les enjeux du coup le, Doin, 2013
© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr EAN Epub : 978-2-336-79986-5
Couverture
4e de couverture
Médecine à travers les siècles
Titre
Copyright
Sommaire
PROLOGUE
AVANT-PROPOS
Sommaire
Chapitre 1 : LA VIE A L’HÔPITAL I. Un exemple de fondation hospitalière : L’Hôtel-Dieu de Toulouse
II. L’administration hospitalière
III. Les finances hospitalières
IV. Le personnel
V. L’hôpital, lieu de vie
VI. Le cimetière
Chapitre 2 : LES MALADES I. Le recrutement des malades
II. Les différentes catégories de malades
III. Statistiques globales
IV. Statistiques propres aux incurables
V. Mentions particulières
Chapitre 3 : MEDECINE ET CHIRURGIE I. La médecine au XVIIIe siècle
II. La chirurgie au XVIIIe siècle
III. L’obstétrique au XVIIIe siècle
IV. Les traitements
V. L’enseignement de la médecine et de la chirurgie
VI. Les charlatans
VII. Les sages-femmes
VIII. Quelques personnalités toulousaines
Chapitre 4 : LA MALADIE
I. Quelques observations
II. Les épidémies
Chapitre 5 : LE MONDE DE L’ENFERMEMENT I. L’Hôpital Général
II. Le suicide au XVIIIe siècle
Chapitre 6 : LE MONDE DE l’ENFANCE I. Les enfants
II. Lois générales concernant les enfants trouvés
III. L’exemple toulousain
Chapitre 7 : LE BOULEVERSEMENT RÉVOLUTIONNAIRE
I. L’assistance
II. Le financement
III. La laïcité
IV. La pratique médicale
V. Les mentalités
CONCLUSION
ANNEXE I : Rapport des maladreries (en livres)
BIBLIOGRAPHIE
REMERCIEMENTS
SANTÉ ET MÉDECINE AUX ÉDITIONS L’HARMATTAN
Adresse
PROLOGUE
Les Hôtel-Dieu étaient des centres de soins chargés des malades classés par catégories : ordinaires, vénériens et incurables ai nsi que des enfants abandonnés. Les abandons et les expositions d’enfants étaient aussi des éléments du jeu social. Ils se sont considérablement accrus et les études démograp hiques ont montré qu’au e XVIII siècle, une proportion importante de ces enfants é taient légitimes. Par ce phénomène, la misère était contrôlée et prise en ch arge, puisque ces enfants étaient d’abord recueillis dans les Hôtel-Dieu où ils étaie nt mis en nourrice, puis, à partir de l’âge de sept ans, revenaient aux Hôpitaux Généraux qui se chargeaient de leur apprentissage, de leur éducation et de leur placeme nt. Les Hôpitaux Généraux étaient des lieux de renferme ment. On y trouvait pêle-mêle les mendiants, les prostituées mises en pénitence, les déments et une population disparate enfermée par arbitraire. Dans le monde de l’enfermement, peu importait de savoir si la raison était effectivement atteinte. I l s’agissait plutôt d’un rapport obscur entre le bien et le mal. Par ce fait, épileptiques, filles publiques, déments, blasphémateurs, hérétiques, libertines subissaient à peu près le même sort. La Révolution a mis fin à ce système d’assistance. Les idées étaient généreuses mais les moyens ne furent pas suffisants. Tout restait à con struire quand la Convention déclara, le 15 septembre 1793, que la liberté d’exercice de la médecine était totale. Ce siècle a donc fait preuve d’un certain optimisme. Il a ouver t une voie, même si assistance et soins ont été assimilés, comme souvent maladie, mis ère morale et paupérisme. La maladie n’est pas une entité en soi. Elle n’existe qu’en fonction de critères propres à chaque système médical. S’il est relativement aisé d’avoir une certaine connaissance de la médecine hospitalière et de la vie des pauvre s malades hospitalisés, grâce aux nombreux documents relatant la vie quotidienne et l es règlements, il est beaucoup plus difficile de connaître la médecine de ville, qui était destinée à une clientèle différente. Les attestations délivrées à certains praticiens pa r leurs clients témoignent de leur réputation. Ces attestations constituaient une sort e de publicité donnée aux plus habiles. Les clients satisfaits étaient souvent des artisans et des commerçants. Il est amusant de constater que les malades n’hésitaient p as à nommer les praticiens consultés auparavant sans succès. Certains praticie ns étaient renommés pour leurs spécialités médicales ainsi que pour les recettes d e leurs remèdes secrets. Le e XVIII siècle fut en effet le siècle de la spécialité ou préparation de remèdes secrets. On reprenait facilement la Doctrine héritée des Anc iens, à savoir que les quatre éléments, le feu, l’air, la terre et l’eau, corresp ondaient aux quatre humeurs, le sang, la bile, l’atrabile et le phlegme et aux quatre tempér aments, chaud, froid, sec et humide. Chaque principe actif était classé selon ces élémen ts. Le soufre est, par exemple, actif et mâle, en connexion avec le feu et la terre, géné rateur de sec et de chaud. e Comment était organisée l’assistance au XVIII siècle ? Nous avons dit qu’elle incombait aux établissements hospitaliers, qui dépe ndaient du bénévolat et fonctionnaient essentiellement grâce aux dons des b ienfaiteurs. La gestion des e hôpitaux évolua au cours du XVIII siècle à cause de l’aliénation progressive de leur
patrimoine, et surtout à cause des crises successiv es qui les secouèrent. Pour étudier au Jour le Jour la vie des hôpitaux, nous disposons des registres de délibérations qui fournissent une masse de renseignements, tant par l es comptes-rendus des assemblées générales où l’on rendait les comptes et l’on donnait connaissance des affaires les plus graves, que par les assemblées pa rticulières. Au cours de ces délibérations, les intendants directeurs faisaient leurs rapports, dénombraient les entrées et les sorties des malades, vérifiaient les comptes de nourriture et le nombre d’enfants exposés. Les délibérations, écrites par l e notaire-secrétaire, constituent une source d’informations fantastique qui permet de con naître la vie quotidienne de l’hôpital car tous les petits tracas sont rapportés, de la mê me façon que les graves problèmes qui ont pu se poser à la direction hospitalière. No us disposons aussi des registres de comptes des hôpitaux. C’est à partir de ces livres que peuvent être comprises les finances hospitalières. Nous utilisons aussi les rè glements, ainsi que les registres de décès des malades. À partir de ceux-ci peuvent être établies des statistiques portant sur la population hospitalisée. Nous pouvons ainsi mieux connaître le statut social du malade, son âge, ainsi que le temps passé à l’hôpital. Comment fonctionnait l’hôpital Jusqu’à la Révolutio n ? Le Roi élaborait et faisait appliquer les règlements. Le Grand Aumônier s’occup ait de l’assistance. Les Intendants étaient chargés de la distribution des r emèdes du roi et du service des épidémies. Les lieutenants de police avaient compét ence pour évaluer la salubrité des locaux, la valeur des médecins, chirurgiens et apot hicaires. Les Prélats avaient la préséance et la présidence des assemblées hospitali ères et réglaient le spirituel. Quant à la ville, la gestion hospitalière était l’œ uvre des personnalités. Les directeurs-nés étaient les premiers, dans les domai nes de la religion, de la justice et de la police. Les directeurs étaient choisis parmi ceu x qui comptaient, ecclésiastiques, avocats, marchands, en tous les cas, « notables cit oyens ». La carrière débutait toujours par la charge de trésorier. Pour mener à b ien ces occupations honorifiques, il ne fallait pas ménager son temps et sa fortune. Les intendants, chargés à tour de rôle de la gestion hospitalière pendant une semaine, dev aient compter le linge, distribuer la nourriture, surveiller la tenue des malades, exerce r fonction de police et réprimander, au besoin, le personnel médical et religieux. S’il le fallait, ils prêtaient ou donnaient de l’argent pour équilibrer le budget. En contrepartie , les intendants jouissaient de certains privilèges royaux. Ces administrateurs étaient donc directement responsables du personnel religieux, médical et domestique. Les que relles de préséance et les différends intérieurs n’étaient pas rares. Les religieuses servaient les hôpitaux. Si des béné voles, d’abord religieuses puis laïques, les dames de charité, ont toujours proposé leurs services dans les hôpitaux depuis le Moyen-Age, la profession d’infirmière n’e xiste que depuis la fin du e XVIII siècle. Aux périodes troublées de la Révolution, d es femmes du peuple nommées « infirmières » sont en effet venues rempla cer les religieuses. Mais bien souvent, devant les résultats fâcheux, ces femmes é tant inexpérimentées et peu e dévouées, les religieuses ont été rappelées. Au XIX siècle, l’influence de l’Anglaise Florence Nightingale née en 1820 a été déterminante puisqu’elle a créé la première école de « Trained Nurses » au sein de l’hôpital Sa int-Thomas de Londres. Le statut de l’infirmière qui assure les soins médicaux est déso rmais bien défini, par rapport à celui
d’aide-soignante chargée des soins d’hygiène, au se in d’une hiérarchie dont le sommet e est occupé par la surveillante. Dans le courant du XX siècle, le développement de la profession d’infirmière, essentiellement féminine, est étroitement lié à l’évolution de la condition de la femme. C’est la supérieure qui faisait office de surveilla nte. Les tâches des religieuses hospitalières étaient multiples. Cuisinières, elles apprêtaient la nourriture et les bouillons considérés à l’époque comme des médecines et qui devaient être préparés selon des recettes précises. Elles secondaient l’ap othicaire. Elles assistaient les médecins et chirurgiens et s’occupaient des bandage s. Elles recevaient les malades à l’entrée, les revêtaient de l’uniforme, veillaient les mourants et s’assuraient des secours spirituels. Il n’y a pas si longtemps que l es religieuses se sont retirées des hôpitaux. Les chapelains occupaient dans les établissements h ospitaliers la charge de la « Surintendance aux misères ». Nourris, logés, blan chis, ils célébraient le culte chaque jour, servaient les messes de fondation dont le cat alogue était affiché à la sacristie de la chapelle, enseignaient le catéchisme aux malades l’après-midi. La surveillance médicale était assurée dans les Hôtel-Dieu par des médecins choisis par les directeurs. Ils donnaient les soins et étai ent responsables des traitements. L’Intendant de Pharmacie faisait les achats de remè des et fabriquait les préparations prescrites. La nomination des chirurgiens était moi ns aisée. En effet, les candidats les plus habiles de la ville passaient leur examen deva nt les médecins. La corporation des chirurgiens trouvait la concurrence déloyale car le s chirurgiens exerçant dans les Hôtel-Dieu n’avaient pas à s’acquitter des frais de maîtrise. Le chirurgien entretenait des garçons, jeunes gens de « bonnes mœurs », qui a pprenaient leur métier à l’hôpital avant de se présenter à un examen dont les épreuves étaient variées : dissection de cadavres, opération du trépan, amputation, épreuves de pansage, dissertation. Depuis 1743, la corporation des chirurgiens était séparée de celle des barbiers. e Les hôpitaux au XVIII siècle étaient de vastes maisons auxquelles le per sonnel était attaché. Les domestiques, célibataires, sans famille, y restaient jusqu’à leur mort. Le personnel médical y faisait son apprentissage, g agnait la maîtrise et formait à son tour les jeunes. Ces hommes exerçaient en moyenne l eur profession pendant quinze ans. Les registres hospitaliers parlent des « pauvres ma lades ». Car pauvres, les malades l’étaient par le manque de tout, argent, lo gement, famille, mais aussi par leur santé défaillante. Il est important de noter qu’à c haque période de crise correspond un afflux de malades dans les hôpitaux. Chaque fois qu ’en ville, la vie devenait difficile, les plus démunis se présentaient aux portes de l’hô pital. Il en allait autrement des incurables. Ces places, au nombre bien limité, étaient très recherchées. Logeaient en effet dans les Hôtel-Dieu des malades «atteints de paralysies, cancers, vieilles ulcères, loupes, qui ne peuvent se servir des jambes, qu’il faut rouler dans des chaises, qui ont perdu bras et jambes ». Ces places étant très difficiles à obtenir, il fallait postuler quand une vacation était annoncée dans la ville.