Ils inventèrent l'été

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Français
266 pages
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Lyon. Août 1731.L'été brûle. La canicule aggravée par une épizootie mortelle fait des ravages. Les Thierry, un bon couple issu du peuple, trouvent leurs enfants dans un état alarmant et décident de descendre dans le Midi, attirés par des sources que l'on dit « bienfaitrices ». Mais leur comportement trouble l'ordre moral et religieux. Et si d'autres familles allaient les imiter ? En 1731, peut-on impunément prendre un « congé d'été » ? Les Thierry devront servir d'exemple ...

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Informations

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Date de parution 05 août 2016
Nombre de lectures 4
EAN13 9782140016325
Langue Français
Poids de l'ouvrage 4 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0127€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Jean LarriagaIls inventèrent l’été
Une escapade estivale sous l’Ancien Régime
Lyon. Août 1731.
L’été brûle. La canicule aggravée par une épizootie mortelle
fait des ravages.
Les Thierry, un bon couple issu du peuple, partent récupérer
leurs enfants chez une nourrice à la campagne. Les trouvant
dans un état alarmant, plutôt que de remonter sur Lyon, ils
descendent vers le Midi, attirés par des sources que l’on dit
« bienfaitrices ». Ils inventèrent l’été
Chemin faisant, leur escapade, d’abord dramatique, tourne
peu à peu à un voyage surprise à la découverte des mille et un Une escapade estivale sous l’Ancien Régime
plaisirs de l’été en liberté, en dehors des jours chômés.
Mais leur comportement trouble l’ordre moral et religieux.
Et si d’autres familles allaient les imiter ?
En 1731, peut-on impunément prendre un « congé d’été » ?
Les Thierry devront servir d’exemple…
Écrivain et réalisateur, Jean Larriaga aime aborder les genres. Au cinéma,
La Part des lions, Le Rabat-joie, lui ont ofert de diriger de grands noms :
Robert Hossein, Charles Aznavour, Charles Denner, Jacques Villeret… Pour
le théâtre, il a écrit L’Extra, créé par Claude Piéplu, et une dizaine de pièces,
dont Un Vertige qu’il a interprété à Paris. Auteur de 70 fctions pour la radio,
il a présidé le répertoire Radio à la SACD. Il écrit également des romans, Le
Fils de la maison, des chroniques, FIP et moi, des nouvelles…
« Si je suis un touche-à-tout revendiqué, c’est que les écritures ne cessent de
s’enrichir, l’une l’autre » .
Illustration de couverture : © vvvita - Thinkstock
Romans historiquesISBN : 978-2-343-09225-6
eSérie XVIII siècle22 €
ROMAN_HISTO_18e_LARRIAGA_19,5_ILS-INVENTERENT-ETE.indd 1 18/07/16 20:49:34
Jean Larriaga
Ils inventèrent l’été










Ils inventèrent l’été




Romans historiques


Cette collection est consacrée à la publication de romans
historiques ou de récits historiques romancés concernant
toutes les périodes et aires culturelles. Elle est organisée par
séries fondées sur la chronologie.


MAUMY (Jean), Le duel des reines. Aliénor d’Aquitaine et Adèle de Champagne,
2016.
CENCERRADO (Monique), Manant et Croisé. La quête d’un destin au Moyen
Âge, 2016.
BEVAND (Roger), Estienne Dolet. Un écrivain de la Renaissance mort sur le
bûcher, 2016.
SUDRE (Jacques), Le Matin d’Eylau. Une aventure du colonel de Sallanches,
ingénieur géographe au service de l’Empereur, 2015.
BRATZ (Marc), L’Échiquier vénitien de Napoléon, 2015.
DUBREUIL (Chloé), Fortunae. De pourpre et de cendres…, 2015
BONNERY (André et Michèle), Il faut détruire Carthage, 2015.
INTAUX (Philippe), Vous reviendrez à Berlin-sur-MeuseP
RODHAIN (Claude), Fanquenouille. Un gueux à la cour de Louis XV, 2015.
RUIZ BOTELLA (Rodrigue), Thibaud sur les routes de l’an mille, 2015.
eDUFOURCQ-CHAPPAZ (Christiane), Une lignée de verriers au XIX siècle.
Itinéraires de petits-bourgeois, 2015.
CHAUVANCY (Raphaël), Soundiata Keïta. Le lion du Manden, 2015.



Ces douze derniers titres de la collection sont classés
par ordre chronologique en commençant par le plus récent.
La liste complète des parutions, avec une courte présentation
du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le site
www.harmattan.fr

Jean Larriaga












Ils inventèrent l’été

Une escapade estivale sous l’Ancien Régime





















































































Du même auteur

Théâtre

La Nacelle ou une bouffée d’hydrogène, L’Harmattan, coll. « Théâtre
des cinq continents », 2004.
Morceaux choisis, L’Harmattan, coll. « Théâtre des cinq continents »,
2007.
Ceux du périmètre L’Harmattan, coll. « Théâtre des cinq
continents », 2012.


Romans – essais

Il était une voix. Quand un imitateur est possédé par Fernandel…,
L’Harmattan, 2007.
FIP et moi. Chroniques d’un écouteur, L’Harmattan, 2014.


D’autres pièces et romans ont été publiés par l’Avant-Scène, Art et
Comédie, La Librairie Théâtrale, Mokeddem…










































































© L’Harmattan, 2016
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-09225-6
EAN : 9782343092256


Je couche
La nuit sur l’herbe des bois
Les mouches
Ne me piquent pas

Charles Trénet (Je chante)

























Remerciements à Léon Blum et à Philippe Triboit



1
De mémoire de Lyonnais, l’année dernière avait connu un
été moins chaud, à moins que ce ne soit l’année d’avant ou la
précédente, en tout cas, rien de comparable en chaleur avec
ce début d’août. Depuis ces jours et ces nuits-ci, les murs
brûlaient, l’air manquait, et des vieillards s’éteignaient
prématurément dans leur lit, privés de plusieurs années.
Rendus observateurs de tels phénomènes, nombre de
Lyonnais, après avoir évoqué entre eux des cas de malaises,
coups de sang, et autres asphyxies, en venaient à rapprocher
1731 dans leur ville avec 1720 et la grande peste de Marseille,
terrible référence que ce spectre-là.
Pas Luce Thierry. Luce n’aimait pas les commentaires,
comme elle se méfiait des comparaisons. Luce serrait contre
sa hanche un panier rempli à ras bord de linge de maison, de
chemises et de draps, qu’elle avait lavés tôt ce matin mais pas
encore rincés et elle se hâtait vers le lavoir du carrefour
Saint-Jean. Avec ses longs bassins et, en amont, son rinçoir
prolongé de l’abreuvoir il y ferait meilleur qu’à la forge. Et
puis, sous l’impluvium conservant la fraîcheur humide, les
femmes oublieraient un moment de se lamenter sur la
canicule pour converser, entre deux rires, d’autres soucis de
femmes, point saisonniers ceux-là. Luce, par instinct,
parlerait moins qu’elle n’écouterait, passerait son tour, mais
pour cette raison justement, lorsqu’elle parlait, on l’écoutait.
Cela la changeait de chez elle. Aussi, depuis quelque temps,
quand exactement, elle se l’était demandée sans trouver de
réponse, aller au lavoir public la faisait se sentir mieux en
elle-même qu’à la maison. S’il n’y avait eu la chaleur encore
montante, elle y aurait volé. Ce qu’elle fit presque lorsqu’à
9
travers les murs de l’édifice ouvert au ciel, des cris aigus
l’alertèrent. Ni des rires, ni des plaintes, ni des humeurs de
lavandières comme le lieu en résonnait naturellement. À
mesure qu’elle forçait l’allure, Luce reconnut, au milieu
d’autres voix, la voix de Catherine. Que lui faisait-on pour lui
arracher cette souffrance ? Qui lui en voulait tant ? Pour
quelle faute ? La Catherine si calme et réservée. Alors ses
cris… Au bout de sa course, sur le seuil dallé, Luce comprit
que c’était Catherine qui en voulait aux autres, qui s’en
prenait à toutes, criant la plus fort en repoussant leurs
assauts de bras nus depuis son coin de margelle qu’elle tenait
comme une place forte. Luce arrivait trop tard pour
comprendre ce qu’éructait la voix cassée, méconnaissable, de
Catherine transformée en désespérée. Ce qu’elle avait crié
devait être ses derniers mots sur terre puisque, muette, elle se
noyait devant tout le monde, la tête partie dans l’eau
savonneuse avec l’intention d’y rester. Et y restait… Les
autres soupiraient, ne faisaient que soupirer, Luce se trouvait
au bord de leur mêlée, séparée des bassins, ne pouvant que
demander « Qu’est-ce qu’elle a Catherine ? ». On ne lui
répondait pas. Comme si après l’éclat qu’elle avait manqué,
les témoins éprouvaient le besoin d’un répit. Elles avaient
fait tout leur possible. Et il restait leur linge en attente sur les
pierres et encore à égoutter sur les barres d’étendoir. Tant de
linge. Blanchir. Laver. Tordre. Reblanchir. Devoir en plus
s’occuper de cas personnels comme celui de cette entêtée
méritait une pause. Oublier Catherine… Luce réitéra sa
question écartant les compagnes avec son panier à la hanche,
s’imposant dans leur double rangée de têtes familières et,
cette fois, on voulut bien lui répondre, enfin la renseigner. À
plusieurs. Ce qui n’aidait pas à la clarté.
– C’est le père visiteur, lâcha-t-on.
– Lequel ? demanda Luce avec une ombre d’inquiétude.
Son nom fut prononcé. Luce prit peur. C’était le même
père visiteur qui passait inspecter la ferme de la nourrice des
10
enfants de Catherine et des siens, Nicolas et Mariette, placés
à la campagne avec bien d’autres et aussi des nourrissons.
– Il a ramené son p’tit à l’hôpital.
– Tout dépéri.
– Qu’est-ce qu’on y peut ?
De nouveau l’extinction. « Et les autres ? » demandait
Luce, « Les autres ! » Du même âge, entre cinq et sept ans. Il
fallait qu’elle en sache plus ; or les femmes semblaient trop
fatiguées pour ajouter des détails. Alors elle les poussa,
poussa, s’engagea dedans, et avec elle on se souvint que
Catherine, même morte, était encore là, point enterrée. Luce
lâcha son linge pour la repêcher vigoureusement. Un masque
de savon sortit des eaux, une face fixe, sans yeux, comme
ahurie, puis, à l’endroit de la bouche, les lèvres
s’entrouvrirent en recrachant un blanc épais et de la bile et
en même temps, les yeux s’écarquillaient, retrouvaient la folie
d’avant mais sans reconnaître personne. Une grimace
blanche. Luce la ranima en la hissant sur la margelle, sans
lâcher prise, avec pour seul souci que Catherine la
reconnaisse. Vite. Elle était pressée… Seulement Catherine
avec ses esprits retrouvait son malheur. Elle voulut s’y
enfermer à double tour. Luce le lui interdit, la secouant en
continu par les épaules : « Pourquoi le père visiteur a-t-il
ramené ton p’tit de chez Angèle ? » Sa voix était désormais si
nette, la question si tranchante dans l’air moite que Catherine
comprit qu’elle n’était pas morte et qu’en plus il faudrait tout
redire. Elle expliqua dans un souffle pour Luce que le
visiteur s’était rendu à la fermette en raison de l’épidémie qui
sévissait autour de Lyon où partout elle décimait le bétail et
fatalement chez Angèle avec ses bêtes élevées pour nourrir
les enfants et qu’en arrivant il avait trouvé un spectacle
désolant « la dernière vache est morte pour le lait plus de lait
et les chèvres aussi et mon p’tit Jean il a tellement maigri
qu’il pesait plus rien et le père visiteur s’est décidé de le
ramener hier et de le remettre aux religieuses de la Charité,
j’y suis allée…
11
– Il est mort ?
– Il vivra plus…
Imperceptiblement, la peau savonneuse de Catherine
glissait sous les doigts de Luce. Toutes ses formes
ruisselantes repartaient en arrière sans qu’on s’en aperçoive.
Luce la rattrapa in extremis.
– Et les miens, il t’a rien dit des miens ? insista-t-elle,
répétant leur prénom, Nicolas et Mariette, que celui de Jean,
du même âge, avait fait jaillir dans l’inquiétude maternelle.
Les enfants en nourrice dès les premiers mois, jusqu’à sept et
huit ans, étaient sensés grandir en retirant du souci à leurs
parents, tout comme le visiteur devait les rassurer en allant
les voir à leur place une fois l’an. Et personne ne s’en
plaignait, au contraire, la maison s’en trouvait mieux et la
mortalité faisait partie du bas âge, toutes les lavandières le
savaient, Luce également, mais tout de même, comme ça,
comme Catherine et son p’tit Jean, avec en plus cette chaleur
terrible, était-ce dans l’ordre des choses ?
– Comment ils vont ? réclamait Luce, s’en prenant plus à
une coupable qu’à une mère dans sa situation. Catherine
qu’elle secouait plus fort n’en savait rien. Elle avait beau
fouiller au-delà de son malheur dans les paroles du père
visiteur : « Il les a trouvés tous en piteux état », seul son petit
restait une victime. C’est ce qu’elle exprima : « Seul le mien y
passera ». Luce prit cela pour une défense. Jean empêchait de
voir les autres, il était impossible que le visiteur ne les ait pas
mentionnés et donc parlé des siens. Elle voulait que
Catherine fasse un effort. Ses questions jointes à ses
secousses n’eurent pas l’effet escompté. Son exigence
épouvanta Catherine. À peine revenue à elle devant cette
assemblée sans pitié que Luce menait avec ses demandes
martelées, elle voulut se renoyer pour de bon. Comme un
poisson visqueux entre ses mains, elle échappa à Luce et
repartit en arrière, plus profond dans le bassin. Cette fois,
elle s’y immergea toute en se pelotonnant au fond de l’eau
trouble pour y mourir seule, hors d’atteinte. Et elle avalait le
12
liquide avec la soif du désespoir. Elle aurait pu parvenir à ses
fins si Luce n’avait aussitôt enjambé la pierre à laver de la
margelle pour la repêcher encore. Inlassable. Les ayant
relevées, collées ensemble, ayant redressé Catherine de tout
son poids alourdi par les vêtements trempés, elles se
retrouvaient corps à corps dans le bassin où l’incident durait
trop et à force exaspérait les lavandières. Du reste, Luce qui
n’avait pas plus prémédité son geste que Catherine le sien,
n’obtint pas beaucoup plus d’explications de celle-ci.
Peutêtre même, Catherine inventa-t-elle que Nicolas et Mariette
étaient « mal en point » pour satisfaire l’insistance de celle
qui l’assaillait et ne la lâcherait plus. Elle ajouta, mensonge
ou vrai, extirpé de sa mémoire : « Elle n’en allaite plus
aucun ». Angèle n’avait plus de vache ni de lait, en conclut
Luce. C’était assez pour craindre le pire. Assez pour relâcher
son étreinte. Laisser Catherine plantée dans l’eau et en sortir.
Elle récupéra son linge sans le rincer.
13
2
Tout cognait. Entre la violence blanche du soleil et celle
rougeoyante de la forge, Jean-François ne chômait pas. À ce
propos, d’ailleurs, les cent jours de fêtes chômées, l’an, lui
étaient bien connus, dévoués aux Saints et au repos, il les
respectait, mais les veilles, il quittait ses outils, impatient de
les reprendre le surlendemain avec force et entrain.
Ambition surtout. Ambitieux.
– Qu’est-ce que je t’ai appris, regarde où je frappe !
… À l’adresse de Mathias qui avait toutes les peines du
monde à maintenir au feu une grille de fenêtre de belle taille
que martelait Jean-François.
– Oui maître, fit l’apprenti.
Et chaque coup savant atteignait les points de soudure à
l’endroit précis où les barreaux torsadés se croisaient. Et le
bruit ajoutait à la régularité. Le maître forgeait aussi à
l’oreille. Ce que personne ne lui avait appris.
– Tu devras en faire autant.
– J’essaierai.
– Je te nourris pas pour « essayer » !
Bourde aussi grosse que la grille et que la voix de
JeanFrançois. Ce dernier voyant qu’un coup précis venait de faire
grimacer son apprenti en rajouta dans la précision. C’était
pour appuyer par geste qu’« il ne le nourrissait pas pour
essayer ». Ce fut comme une parole de trop car Mathias, les
doigts crispés sur les pinces du bout desquelles il serrait la
grille, en subit le contrecoup. Son corps entièrement traversé
par l’onde énergique, il vit la grille sauter au-dessus de
l’enclume, rebondir dans les étincelles et basculer pour aller
bruyamment se renverser sur le sol pavé autour du billot.
14
Vacarme coupable de la matière résonnant sans fin. Mathias
entendit en écho son maître préciser qu’il s’agissait de sa
commande privée du Recteur ! Il ne le savait que trop et la
commande était par terre. Il reçut un coup de pied au cul, le
tout premier de ce maître lyonnais, suivi d’un va-t’en tu me
coûtes trop cher, déjà maintes fois entendu. Il s’écarta d’un
pas après avoir rendu ses pinces, restant à portée
d’énervement. La grille brûlante fut habilement ramassée par
Jean-François qui montra à l’apprenti comment un maître
furieux pouvait continuer seul. D’une seule main, poignet
prodigieux, il maintint l’ouvrage resté entier, activa le feu,
éleva son marteau et reprit de plus belle à son rythme sonore
implacable qui n’en caressait pas moins le métal. Se sachant
craint et observé, il offrit un spectacle couvrant tout ce qui
séparait un maître accompli d’un apprenti même pas
compagnon. Un gouffre. Un monde. Une vie.
La grille ouvragée prit forme dans les règles de l’art. Nul
doute qu’elle embellirait la fenêtre du Recteur. Qu’il en
commanderait une autre et une autre… Jean-François
n’écartait pas cette idée, et même l’étendait, vu que la
demeure du Recteur comptait plus d’ouvertures qu’il n’en
avait jamais vues.
Toujours sous les yeux de Mathias immobile, il mit à
refroidir. Il semblait disposer de bien plus que de deux bras
et deux mains quand, enchaînant ses gestes infaillibles, il alla
plonger la commande privée dans l’eau froide. Indifférent à
la chaleur du ciel, celle de la forge l’éclipsait, Jean-François
restait concentré jusqu’au bout, jusqu’à sa livraison… À
travers l’épais nuage de vapeur chuintante qui s’en suivit,
Mathias aperçut alors trois inconnus pénétrer dans la cour. À
leur allure, pas des clients. Deux hommes et un jeune garçon
arrivaient dans le dos de Jean-François, ralentissant le pas à
mesure qu’ils allaient l’aborder. Mathias qui n’était pas aussi
ignorant que maladroit avait entendu parler des « rouleurs »
et de leurs méthodes pour imposer l’embauche dans tous les
15
métiers. Il se dit très vite : « rouleurs, c’est des rouleurs », et
aussitôt :
– Thierry, tu as besoin d’un bon apprenti, je t’ai amené
celui-ci.
Le plus âgé des trois avec des mèches rousses collées au
front jusqu’aux sourcils avait contourné Jean-François pour
l’interrompre.
– J’ai réclamé personne, j’ai mon apprenti.
Mathias vit l’insolent tourner le regard vers lui pour le
toiser.
– Il est trop jeunet, le mien est fini.
Le sien était un gringalet.
– Non, je le forme, il me convient.
Ah bon je conviens ? se dit très vite Mathias.
– Tu sais qui je suis ? défia le rouquin.
– Une saleté de rouleur qui veut imposer son embauche,
tu crois pouvoir entrer chez moi et me dicter tes règles ?
Silence. Mathias se dit très vite, très fort, que son maître
allait leur botter le cul à eux aussi, il en était capable dans
l’humeur où la grille l’avait mis. Il nota que le jeune garçon
qui était l’enjeu du différend tremblait. Le rouleur qui parlait
fort s’essuya le front en sueur et se tourna encore vers lui :
– Apporte-nous à boire, toi, on s’échaufferait vite de ce
temps !
C’était comme réclamer du vin à l’auberge, par-dessus
l’aubergiste. Après la première intimidation qui s’était
retournée contre eux, le rouquin entendait imposer ses
volontés. Il y ajoutait une menace débonnaire. Toucha d’une
tape l’épaule de son acolyte aux cheveux filasse, histoire de
montrer leur nombre. Les deux – le troisième se faisait tout
petit – fixèrent rudement Mathias pour réitérer l’ordre.
Mathias se dit très vite, très fort : aïe ! Le rouquin fit
entendre sa soif d’un claquement de langue.
– Mathias, tu ne bouges pas. Et vous, vous allez
décamper. J’ai cette grille commandée par le recteur et pas de
temps à perdre avec de la canaille.
16
Le rouquin releva l’insulte, ses yeux accusèrent une
offense. Le filasse aussi était outré, prêt à mordre. Sur un
geste du rouleur qui lui lâchait la bride, il se précipita vers un
énorme râtelier de fers à cheval qu’il entreprit de renverser.
N’y parvenant pas, vu le poids, il jeta aux quatre coins tous
les fers et puis tous les outils qui lui tombaient sous la main.
Mathias, sans logique, s’en prit au gringalet qui, de peur,
avait reculé vers lui. Il le toucha à peine qu’une bourrade du
rouleur le flanqua au sol où il reçut un fer sur la tête, il en
tombait du ciel. Jean-François, de tout l’échange, était
demeuré les pinces à la main. Il reprit sa grille qui fumait
encore dans l’eau et la redressa en la maintenant dans sa
longueur comme un bouclier démesuré. Assez puissant ou
en colère pour la tenir à bout de bras, il chargea les rouleurs
en commençant par celui qui s’apprêtait à expédier son
ferratier. Rien qu’en frôlant sa poitrine, la masse de fer forgé
aplatit quasiment le filasse qui lâcha le marteau préféré de
Jean-François et détala. Il se vit néanmoins pourchassé par la
grille rabattant sa fuite vers le rouquin, pris à son tour, et
poussant les deux et puis, par un brusque crochet, attrapant
dans ses barreaux quadrillés le gringalet, telle une mouche, et
poussant, poussant toujours…
Tant et si bien que Mathias resté par terre, étourdi, vit
comment trois intrus pouvaient être mis à la porte par une
fenêtre.
– Vous vous êtes trompés d’adresse ! lança
JeanFrançois à la débandade.
Du milieu de la rue de l’Arbalète, les trois battant en
retraite dans l’unique caniveau que le soleil pompait, ce fut le
filasse qui enfin ouvrit sa bouche toute rouge, les deux lèvres
éclatées : « On reviendra ! »

En temps normal, l’épouse de son maître faisait perdre
beaucoup de ses moyens à Mathias par sa douceur, mais
lorsqu’elle revint du lavoir avec son panier de linge pas rincé
17
et qu’au premier coup d’œil, il nota une grave tension sur les
beaux traits de son visage, son cœur se coinça.
Avant même de pénétrer dans la cour, Luce avait lancé un
« Jean-François ! » inquiet. Et encore sur le seuil : «
JeanFrançois ! » Il n’y avait donc que lui au monde pour elle. Et
cette humeur sombre, inconnue, la fit négliger Mathias en
entrant, ne trouvant pas son mari à la forge, aux quatre coins
du travail, puis disparaissant un long moment dans
l’échoppe. Quand elle en ressortit, encore plus anxieuse,
délivrée du panier, elle apparut décontenancée et s’arrêta
hagarde, près de l’enclume. Mathias se dit : « encore plus
douce ». Il eut le temps d’observer le regard circulaire et
désemparé de Luce qui fouillait dans le désert de la cour.
Enfin, elle fondit sur lui.
– Il est allé chez le recteur ! C’est ça ?
– Mais non ! émit péniblement Mathias en lui désignant
la grille refroidie qui attendait sa livraison dans l’appentis des
commandes. « Il désire la porter lui-même, en personne, au
recteur. Seulement… il y a eu la… la… »
– … La quoi ?
Mathias qui ne voulait pas, n’osait pas, parler de
l’altercation à la place de Jean-François, se retrouva à la
raconter dans les détails et même un peu à son avantage
lorsqu’il avait terrassé son rival, mais constatant que l’anxiété
de Luce ne s’en trouvait pas atténuée, qu’elle était prioritaire,
il expliqua que la rixe avait beaucoup mis son maître en
retard pour aller se rendre à la réunion corporative à la
chapelle Saint Éloi.
Cela seul fut de nature à ramener Luce à l’autre réalité qui
était l’urgence de Jean-François : son élection. Il se présentait
comme syndic de sa corporation, mais son ambition affichée
n’allait pas sans une nervosité croissante car il n’était pas le
seul maître en lice comme il le répétait à sa femme dans
l’intimité du logis. Ainsi hier soir, au coucher :
– Trois on est, trois, ça ne te dit rien ?
– Est-ce un drame si tu perds ?
18
– Je ne peux pas perdre s’il y a une justice.
– La justice, avec cette canicule…
– Qu’est-ce que tu veux dire ?
– Quand il fait si chaud, un jour d’élection…
– Quoi ? Ils… ils s’abstiennent d’aller voter ?
Après, il avait très mal dormi. Mais pour l’heure,
JeanFrançois lui manquait cruellement. Pas seulement pour
partager sa peine au sujet du petit Jean de Catherine et son
angoisse au sujet de leurs enfants, mais pour agir ensemble,
comme elle avait eu le temps d’y réfléchir depuis le lavoir, et
commencer par aller à la ferme d’Angèle de toute urgence.
Presque à voix basse, Luce se confia à Mathias : « Je ne
peux pas l’attendre ». L’apprenti que ce ton chavirait
s’efforça de l’entretenir. Avec son gros reste d’accent du
Midi que celui de Lyon n’avait pas entamé, il chanta
presque : « Pourtant, si, maîtresse… vous devriez… et puis
s’il est élu… il reviendra de meilleure humeur. »
Luce y réfléchit un instant, toutefois cette idée subtile de
la part de Mathias ne la convainquit pas. Elle hocha la tête de
plus en plus négativement à mesure qu’une autre pensée se
faisait décision sur son visage. Comme si le sort de l’élection
n’était pas de taille à effacer ce qui la tourmentait.
– Il a mis son bel habit, ajouta Mathias, pensant que ce
simple détail devait tout régler.
19
3
Jean-François n’avait jamais aimé courir, il ne courait plus
depuis qu’il n’était plus apprenti, soit déjà huit ans, et même
alors, il s’efforçait de remplacer la course par la précision qui
permet de se trouver au bon moment au bon endroit. À
Lyon, personne ne pouvait se vanter de l’avoir vu courir à
pied en tablier de cuir et encore moins, comme là, se
dépêcher en habit court et bas de chausses dans son unique
pourpoint en drap de Hollande. Il l’étrennait en
remplacement du vieux de chez le fripier et le sentait sur lui,
rêche, propre et sans pli, par les soins de Luce qui l’avait
choisi le plus clair dans un mélange de couleurs tirant sur le
vert.
Ainsi mis, après avoir dû troquer sa tenue de travail en
vitesse, il se rendait à la chapelle Saint Éloi dans le quartier
Saint Paul, assez proche, seulement, parti trop tard de la rue
de l’Arbalète pour cause de rouleurs, il eut beau emprunter
des traboules reliant la rue Juiverie à l’église Saint Paul
voisine de la chapelle corporative, il sut tout du long,
refusant de courir, qu’il arriverait en retard. Autre
désagrément, il transpirait beaucoup plus au soleil qu’à la
forge où là, au moins, le feu de l’enfer, c’est lui qui le
commandait. Il régla son allure pour ne pas suer davantage
et garder la tête froide. Du reste, il fut témoin d’un
évanouissement mais ne ralentit pas.


Joseph Sabran était monté sur l’estrade à côté du vieux
syndic, Barthélémy Lesueur, en robe de cérémonie tombant
jusqu’aux pieds, et l’avait interrompu sans ménagement sous
20
le coup de l’émotion. Rien ne semblait pouvoir l’empêcher
de se livrer crûment à ses confrères nombreux et arrivés à
l’heure. Pas même dans son dos le beau vitrail de Saint Éloi
patron des forgerons et des serruriers, orfèvre en son temps
eret fin monnayeur sous Dagobert 1 . En outre, pour en
imposer, le saint patron était représenté revêtu de la mitre et
de la tiare dorées, tenant entre ses mains la longue crosse
épiscopale dorée ainsi que la châsse en or massif de Saint
Martin de Tours, son aîné en sainteté patronale. Et pour
achever l’effet de saint protecteur, son vitrail que le soleil de
midi embrasait, laissait filtrer l’unique et flamboyante source
de lumière dans la chapelle étroite. Mais plus que ce rayon
coupant, c’est la voix de Sabran qui déchirait l’air : « … et
comme je voulais pas leur céder ah ! ça non !… ils sont
revenus après avec d’autres mais ceux-là croyez-moi pas des
rouleurs des hommes à leur solde et un d’eux m’a frappé je
me défendais et un autre a battu mon apprenti à coups de
poing les rouleurs ont saccagé l’échoppe et y ont à moitié
fichu le feu et encore des menaces… j’ai plus d’apprenti il
s’est sauvé… alors moi… je suis pas si téméraire…
comment ça va finir ?... » Sabran transpirait à flots et trente
confrères transpirant venus de partout, de Saint Georges, de
Fourvière, de la Croix Rousse, de l’autre rive du fleuve,
écoutaient leur égal pareillement vêtus de pourpoints foncés,
de justaucorps boudinés et de sueur épaisse. Sabran ne
décollait plus, il cherchait encore des mots, des accents plus
alarmants, à moins qu’à court, il n’aille se répéter. Son
hésitation lui coûta la parole que le syndic encore élu, mais
coupé, reprit avec le plus d’autorité possible. Il avait
beaucoup perdu de la sienne à cause de troubles respiratoires
et surtout de son grand âge qui l’avait contraint à remiser sa
forge avant de cesser toute activité manuelle pour n’être plus
qu’un représentant que l’on consultait en dernier recours et
avec peu d’espoir.
– « On t’a entendu, dit-il, agacé, mais vous, mes âââmis,
inspira-t-il, long, de tous côtés, les façons brutales
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d’enrôlement m’arrivent aux oreilles… mon…
remplaçant… » Là, il marqua un temps pour tendre l’oreille à
des oh ! de déception mais il n’y en eut point, « … votre
prochain syndic, reprit-il, devra voir ses pouvoirs renforcés
par une… âââh… milice communale ».
Des approbations montèrent de la salle en ébullition :
« Une milice et à bas la main mise des rouleurs » reprit Jean
Brusqué, un grand sec trop sec pour transpirer qui se tenait
au bas de l’estrade.
– Suivant nos règles que je garantis, nous voilà au
complet pour élire ce nouveau syndic puisque je me fais
âââh… trop vieux – là, toujours pas de oh ! mais à la place,
lui parvint un « plus fort ! » – Il grimaça dans un effort de ses
bronches : « Il vous faut un maître instruit », et disant cela, il
eut un regard appuyé à ses pieds vers son gendre qui n’était
autre que Jean Brusqué. « Un champion de tête bien faite
comme de poigne ». Le souffle court, il avala de l’air chaud
et tâcha de transformer sa douleur en sagesse visionnaire :
« Mais ne vous trompez pas d’homme ! » Et encore,
outrepassant les modes d’élection qu’il détenait : « Vous êtes
trois candidats », prévint-il, comme d’un danger.
– Non, deux ! intervint Sabran qui ne quittait pas
l’estrade. Je me retire.
Cela provoqua quelques murmures faciles à traduire en
voix et votes qu’on aurait pu pour ainsi dire précompter
comme une indication du résultat de l’élection.
Jean-François les avait lui-même évalués en entrant, à
l’instant, le dernier. Lui qui recherchait la discrétion pour se
faire pardonner son retard ne put retenir sa réaction au
retrait de Sabran : « Lui peut-être, mais pas moi ! » lança-t-il
en se cherchant une place parmi les confrères troublés.
Démarrant ainsi, il ne trouva d’autre alternative que de les
dévisager sans baisser le regard et forçant la voix : « Les
rouleurs, je viens d’en chasser deux de chez moi avec leur
apprenti et j’attends le prochain de pied ferme. »
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D’instinct, le vieux syndic ne lui laissa pas l’avantage de
cette arrivée remarquée et précipita les modalités de vote.
– Tu es impulsif, Thierry, ça joue des tours. Aâââtention,
nous allons voter, ceux qui choisissent mon gendre, enfin, je
veux dire maître Joseph Brusqué, levez la main !
Et il leva la sienne qui comptait double. Une forêt de bras
l’imita. Le compte fut opéré par l’employé qui entretenait la
chapelle toute l’année et installait l’estrade avant chaque
réunion. Il compta les bras, un par un, comme quelqu’un qui
ne savait faire que compter avant d’en confier le nombre à
l’oreille d’un scribe qui le coucha sur un registre en autant de
bâtons. Près de lui, un second scribe du nom de Mahu qui
faisait ordinairement office d’écrivain public, transcrivit le
résultat en toutes lettres sur un livre saint attribué à l’origine
à la volonté de Saint Eloi. Après quoi, Mahu se leva pour
monter le présenter au syndic afin qu’il sache, de visu. Ces
formes anciennes respectées pour satisfaire à l’usage
scrupuleux avaient pris des minutes et énervé tout le monde
y compris le syndic qui avec sa voix double était le dernier à
savoir ce que Brusqué et Jean-François avaient calculé en un
rien de temps.
– Dix-sept, pour Joseph Brusqué, annonça-t-il en deux
syllabes bien marquées pour le gonfler. Y en a pas d’autres ?
Vous êtes sûûrs ? toussa-t-il. Alors : dix-sept. Confirmez,
ordonna-t-il à Mahu, lui rendant le livre.
S’il avait accentué exprès le nom de son gendre pour
appeler le premier vote, il fut expéditif avec Jean-François :
« Pour Thierry ».
Une deuxième forêt de bras se dressa et on aurait dit que
c’était la première qui avait bougé. Brusqué, son air sec,
compta vite les autres partisans, Jean-François mesura sa
popularité et le syndic montra fort ses deux bras baissés.
Quand le nombre exact revint jusqu’à lui par le même
détour, la salle, aux quatre coins, le murmurait dans un
mélange de surprise, d’étonnement et presque d’altercation.
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– Dix-huit ? s’interrogea haut le vieux syndic en
pâlissant. Aââlors… c’est toi ? Thierry, qui me succèderait ?
– On dirait, fit Jean-François gardant la tête froide pour
faire oublier son impulsivité.
– Permettez ! dit Brusqué. À un vote, près, je demande
qu’on recompte. Il y a eu un précédent ici même en 1704.
C’est dans le livre. Nos anciens ont revoté.
Autour et pour Jean-François, on protesta vivement :
« Non, non, c’est voté ! », tandis que Mahu plongé dans les
pages parcheminées cherchait confirmation du précédent.
Sans l’attendre, le syndic rassembla des forces pour tenter
d’imposer sa préférence par la vitesse.
– La demande est recevable. On recompte. Ceux en
faveur de Jean Brusqué. Allons !
Les bras recommencèrent. Allant aussi vite, ils ne
subissaient pas d’influence entre eux. Puis tout s’accéléra.
Jean-François eut à peine le temps de s’inquiéter des dix-sept
votes proclamés pour son rival qu’après son tour, il en obtint
deux de plus grâce à celui de Joseph Sabran qui s’était
d’abord abstenu. Il se promit de le remercier plus tard car
pour l’heure et le protocole reprenant, il dût monter sur
l’estrade, invité à venir se mettre face au syndic sortant,
visiblement ébranlé. On put croire que cette fois, le souffle
manquerait au vieillard, qu’il fallait un médecin, pourtant il
tint debout et si Jean-François n’avait jamais vu un homme
ravalant sa déception, il en vit un.
– Moi, le gérant de notre ordre, je te désigne,
JeanFrançois Thierry, mon successeur sans conteste. Comme le
veut la règle – et Mahu écrivait – ici, dans une semaine, tu
prêteras serment de garder nos secrets. Ils ne sont écrits
nulle part, c’est moi devant tous qui te les confierai à l’oreille.
– Une semaine ! échappa à Jean-François.
– Tais-toi !... Alors tu auras mon… âââh… costume, ma
robe, mon insigne et tu seras… âââh… intronisé. Par Saint
Eloi, notre patron.
– Je le respecte.
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– Mais si entre-temps, tu… âââh… manquais à
l’honneur par un comportement indigne, tu en serais déchu.
Cela résonna. En répondant posément : « J’en serai
digne », Jean-François ne put retenir sa transpiration. La
pensée rompait d’un coup les digues de sa peau et comme
un grand signal donné à la salle surchauffée, transpirer par
tous les pores fut l’unique expression des corps rassemblés à
s’élever et à planer au-dessus des têtes, faisant trêve à toutes
les humeurs.
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