L

L'Union de la Jeunesse Républicaine de France (1945-1956)

-

Livres
267 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Ce livre présente une organisation communiste de jeunesse au visage oublié : avec ses 250000 adhérents en 1945, elle est pourtant sans doute le plus grand groupe politique de jeunesse de l'Histoire de France. Par de brusques oscillations imposées de l'extérieur, elle sera tantôt large organisation de masse peu politisée, tantôt avant-garde militante resserrée. Lourd contexte historique et désaccords de conception viendront former et déformer l'U.J.R.F de son surgissement à son enfouissement en 1956.

Sujets

Informations

Publié par
Ajouté le 01 juin 2009
Nombre de lectures 53
EAN13 9782296230477
Langue Français
Signaler un abus

L'UNION DE LAJEUNESSE RÉPUBLICAINE
DEFRANCEGuillaume Quashie- Vauclin
L'UNION DE LA JEUNESSE RÉPUBLICAINE
DEFRANCE
1945-1956
Entre organisation de masse de jeunesse
et mouvement d'avant -garde communiste
Publié avec le concours de la Fondation Gabriel-Péri
L'HarmattanIllustration de couverture: Affiche de l'U.J.R.F. pour son Irf Congrés national.
89 FI 51 coll. Affiches du P.C.F. Archives départementales de la Seine-Saint-Denis
@
L'Harmattan, 2009
5-7, rue de l'Ecole polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairiehannattan.com
diffusion.hannattan@wanadoo.fr
hannattan l@wanadoo.fr
ISBN: 978-2-296-09206-8
EAN : 9782296092068A ma mèrePréface
Comme l'a dit sous le Front populaire Paul Vaillant-Couturier,
un des intellectuels alors les plus prestigieux du Parti communiste, « le
communisme est la jeunesse du monde )). Depuis sa création en 1920
au congrès de Tours, le Parti communiste a effectivement exercé une
attraction sur la jeunesse car il semblait lui apporter l'espoir et de
nouvelles perspectives dans une France ravagée par la Grande Guerre.
Le Parti socialiste S.F.I.O. ayant largement soutenu cette dernière
n'était dès lors plus en mesure de répondre aux aspirations de la
jeunesse. Aussi son influence y fut faible durant les quinze ans qui
suivirent la fin du conflit et il fallut attendre l'élan du Front populaire
pour que la S.F.I.O. retrouve une certaine audience chez les jeunes.
Rien d'étonnant dans ces conditions que la Fédération nationale des
jeunesses communistes, fondée peu après le Parti communiste, ait
connu un relatif écho, en dépit de ses effectifs limités. Elle gagna en
effet une certaine audience à travers ses mobilisations antimilitaristes
durant les années 1920 : on le vit bien dans ses luttes contre
l'Occupation de la Ruhr par les troupes françaises (1923) ou contre la
Guerre du Maroc (1925). Le Front populaire vit une inflexion
patriotique du Parti communiste, marquée par son abandon de
l'antimilitarisme et son soutien à la Défense nationale dans un contexte
international marqué par la progression du fascisme: ce fut aussi un
moment fort de la mobilisation de la jeunesse à gauche. Le Front
populaire suscita de grands espoirs, mais on le sait, ils furent brefs. La
guerre d'Espagne et l'aggravation de la situation internationale
provoquèrent la division entre les deux principales composantes de la
gauche face à une droite et un patronat qui ne rêvaient que d'une
chose: reprendre leur revanche sur « Juin 1936 )). Puis durant la
Seconde Guerre mondiale, de nombreux jeunes participèrent à la
Résistance. Durant ces deux décennies, un nombre important de futurs
cadres du P.C. se formèrent donc dans les rangs des Jeunesses
communistes.
9Cette histoire était connue, au moins dans ces grandes lignes.
En revanche, celle des liens entre le communisme français et la
jeunesse depuis la Libération était restée un terrain en friche. On savait
grosso modo qu'il avait existé une Union de la jeunesse républicaine
de France (UJ.R.F.) plus large que la Fédération nationale des
jeunesses communistes mais on ignorait à peu près tout sur ce qu'elle
fit. La Fédération nationale des Jeunesses communistes laissa en effet
la place en 1945 à l'Union de la jeunesse républicaine de France
(D.J.R.F.). Cette dernière voulait s'adresser à l'ensemble de la jeunesse
du pays, et cela à l'heure où l'Union des femmes françaises (D.F.F.)
visait à jouer un rôle analogue à l'égard des femmes de l 'Hexagone.
L'D.J.R.F. connut des débuts prometteurs puisque avec ses 250 000
adhérents, elle fut une véritable organisation de masse. Mais sept ans
plus tard, avec quelques milliers d'adhérents, elle était retombée au
niveau des effectifs de la Jeunesse communiste en 1925. Cet échec
s'explique par diverses raisons qui proviennent des changements
politiques et sociaux survenus dans le pays ainsi que ceux ayant
scandé la vie politique internationale: renforcement ininterrompu du
poids des forces de droite dans la vie politique française jusqu'au
début des années 1950, échec des grandes grèves de 1947 et début de
la guerre d'Indochine. Tous ces facteurs défavorables au P.C.F. se
situèrent bien entendu sur le fond de la Guerre froide qui commença
en 1947. Mais les évolutions survenues au sein du Mouvement
communiste international et de sa section française, le P.C.F.,
entrèrent également en ligne de compte: ce facteur ne pouvait pas
rester sans conséquences sur l'D.J.R.F., même si cette dernière se
voulait être une organisation de masse. Elle le fut à ses débuts avant de
l'être de moins en moins. TI n'empêche, l'D.J.R.F. occupa une place
particulière dans le communisme français, de la Libération à 1956,
cette année terrible pour le communisme français. L'histoire de cette
organisation se déroula en quelques grandes phases qui se présentent
ainsi. D'abord, le temps fondateur de la création (1945) où l'Union de
la jeunesse républicaine bénéficia d'un contexte favorable et du
dynamisme de son président, Raymond Guyot. Un premier revirement
s'effectua dès 1946, sous la houlette d'André Leroy, puis un nouveau
tournant survint et se traduisit par un retour aux sources, la recherche
d'une audience de masse, menée à bien par Léo Figuères à partir de
1948. Vint ensuite, deux ans plus tard, la confrontation à de grandes
10difficultés et ce, à l'heure où le Parti communiste était fragilisé par
l'absence de Maurice Thorez; victime de la maladie, ce dernier avait
en effet dû partir se reposer en U.R.S.S. Le plus dur de la Guerre
froide passé, on assista à un ultime renouveau mais il fut très
fortement ébranlé par le choc de 1956. Chacune des périodes de
l'histoire de l'U.J .R.F. fut, dans une large mesure, incarnée par la
figure de son principal dirigeant: Raymond Guyot (1945-1946),
André Leroy (1946-1948), Léo Figuères (1948-1950), Guy Ducoloné
(1950-1955) et enfin Paul Laurent (1955-1956). Pourtant, loin d'une
histoire des dirigeants les plus en vue, loin d'une histoire où tout se
déciderait au sommet - ce fut en effet loin d'être toujours le
cascette étude montre brillamment que, au-delà du rôle des dirigeants et
de la part des militants, de profondes évolutions sociétales influèrent
également sur la vie de l'Union des jeunesses républicaines de France.
Ce livre s'inscrit dans le renouvellement des recherches sur les
organisations de masse du P.C. comme Axelle Brodiez pour le
Secours populaire ou Sylvain Pattieu pour Tourisme et travail en ont
récemment fait la preuve. Sur la base d'une recherche approfondie
reposant sur de nombreuses archives, l'exploitation de la presse et des
entretiens, menée dans le cadre d'un Master 2 au Centre d'histoire
sociale du XXe siècle de l'Université de Paris 1, Guillaume
QuashieVauclin a restitué, en véritable historien, toute la densité de l'histoire
de cette organisation spécifique que fut l'Union des jeunesses
républicaines de France. Qu'il soit remercié et félicité pour avoir ainsi
comblé si heureusement une telle lacune.
Michel Dreyfus
Directeur de recherches au C.N.R.S. (Centre d'histoire sociale de
l'Université de Paris 1)
11Avertissement
Le présent ouvrage est une version partiellement remaniée de
mon mémoire de master d'histoire contemporaine consacré à l'Union
de la jeunesse républicaine de France, soutenu en juin 2008 à
l'université Paris-l Panthéon-Sorbonnel.
Pour d'évidentes raisons éditoriales, il était impossible de
publier l'ensemble des annexes - plus de 130 pages. Aussi renvoyé-je
au mémoire en lui-même, accessible au Centre d'histoire sociale du
XXe siècle et aux Archives départementales de Seine-Saint-Denis.
1 Guillaume QUASHIE- VAUCLIN, L'Union de la jeunesse républicaine de France.
1945-1956. Entre organisation de masse de jeunesse et mouvement d'avant-garde
communiste, M2, Paris-l, 2008, vol. 1 207 pp., vol. 2 137 pp. Membres du jury :
Michel Dreyfus, directeur de recherches au C.N.R.S. (Centre d'histoire sociale du
XXe siècle - Paris-I) et Michel Pigenet, professeur des universités (Centre d'histoire
socialedu XXesiècle- Paris-I).
13Sommaire
Préface 9
Avertissement 13
Sommaire 15
Sigles utilisés 17
Introduction générale 19
Prologue: Avant l'U.J.R.F., la F.N.J.C.F. 35
Introduction 35
Les années 1920 communistes (1923-1934) : les jeunes à l'avant-garde 35
Les 1930 (1934-1939) : de l'organisation
d'avantgarde à l'organisation de masse 39
Interdiction et Résistance: le temps de la guerre 49
Conclusion 59
Chapitre premier: Fondation
- 1945 61
Introduction 61
Créer l'U.J.R.F. 62
Une organisation de masse de jeunes 73
Les difficultés 94
Conclusion 100
Etude de cas: la Mayenne 101
Chapitre deuxième: Révolution -1945-1948 103
Introduction 103
La révolution Leroy 104
Les ambiguïtés de 1947 110
Les vestiges tenaces de l'U.J.R.F. originelle 119
Conclusion 122
Etude de cas: le Périgord 125
Chapitre troisième: Restauration -1948-1950 129
Introduction 129
Le Congrès de Lyon 130
Retour aux origines? 135
Conclusion 143
Etude de cas: les Côtes-du-Nord 145
Chapitre quatrième: Abîme -1950-1954 149
Introduction 149
Le paroxysme des contradictions: avant-garde, organisation de masse et
guerre froide 150
L'U.J.R.F. contestée donc intouchable 169
Conclusion 187
Etude de cas: Belfort 189
15Chapitre cinquième: Résurrection 1954-1956 191
Introduction 191
La reprise: le temps venu de l'UJ.R.F. ? Entre nouveautés... 192
La le temps venu de ? ... et renouveau 209
La mise à mort: le temps retrouvé de la J.C. 217
Conclusion 224
Etudes de cas: les Bouches-du-Rhône; Hispano-Suiza 227
Conclusion générale 233
Bibliographie succincte et sources 245
Annexes 255
Remerciements 259
Index 261
Table des matières 263
16Sigles utilisés
Organisations de jeunesse communistes
F.NJ.C.F. : Fédération nationale des jeunesses de France.
J.C. : Jeunesse(s) communiste(s).
MJ.C.(F.) : Mouvement de la jeunesse communiste (de France).
U.E.C.(F.) : Union des étudiants communistes (de France).
U.E.L.C.F. : Union des et lycéens communistes de France.
U.lAF. : Union de la jeunesse agricole de France.
UJ.e.F. : Union des jeunes communistes de
UJ.F.F. : Union des jeunes filles de France.
UJ.F.P. : Union des jeunes filles patriotes.
UJJ. : Union de la jeunesse juive.
U.J.P.P. : Union des jeunes paysans patriotes.
U.J.R.F. : Union de la jeunesse républicaine de France.
Organisations de masse
F.N.D.LR.P. : Fédération nationale des déportés et internés, résistants et patriotes.
F.S.G.T. : Fédération sportive et gymnique du travail.
S.P.F. : Secours populaire français.
U.F.F. : Union des femmes françaises.
Organisations politiques et syndicales
C.F.T.C. : Confédération française des travailleurs chrétiens.
C.G.T. : générale du travail.
F.L.N. : Front de libération nationale.
F.O. : Force ouvrière.
P.C.F. : Parti communiste français.
P.C.U.S. : Parti de l'Union soviétique.
S.F.Le. : Section française de l'Internationale communiste
S.F.I.O. : de ouvrière
U.N.E.F. : Union nationale des étudiants de France.
Organisations internationales
C.E.D. : Communauté européenne de défense.
F.M.lD. : Fédération mondiale de la jeunesse démocratique.
I.c.J. : Internationale communiste des jeunes.
UJ.E. : Union internationale des étudiants.
Mouvements et organisation de jeunesse et/ou de Résistance
AJ. : Auberges de jeunesse.
F.L.J.A : Front laïque de la jeunesse antifasciste.
17F.P.J. : Front patriotique de la jeunesse.
F.U.J.P. : Forces unies de la jeunesse patriotique.
J.A.c. : Jeunesse agricole chrétienne.
J.C.C. : Jeunes chrétiens combattants.
J.B.C. : Jeunesse étudiante chrétienne.
J.L.N. : Jeunes de la Libération nationale.
J.L.R. : Jeunesses laïques et républicaines.
J.O.C. : Jeunesse ouvrière chrétienne.
J.S. : Jeunesse(s) socialiste(s).
M.L.N. : Mouvement de libération nationale.
O.C.M.(l.) : Organisation civile et militaire (jeunes).
U.P.O.E. : Union patriotique des organisations d'étudiants.
U.P.O.J. : Union des de jeunesse.
18Introduction générale
Mouvement ouvrier et organisations de jeunesse
Le Mouvement ouvrier français ne s'est pas constitué à partir
d'organisations de jeunesse. Cependant, dès la fin du XIXe siècle,
différents groupes de jeunesse socialistes voient le jour: jeunesses
guesdistes, blanquistes, vaillantistes2... Après bien des difficultés et
des oppositions, la S.F.I.O. accepte la création en 1912 d'une
Fédération nationale des Jeunesses socialistes3. Dès lors, le
Mouvement ouvrier français disposera d'organisations de jeunesse
spécifiques à ses côtés.
Chez les communistes, elles tiennent une place de premier
plan. Le Komintern y attache une grande importance et se dote dès
novembre 1919 d'une Internationale spécifique installée à Berlin4. De
plus, intervient le fait que les premiers communistes de France sont
des jeunes, puisque ce sont les Jeunesses socialistes qui, avant la
1erS.F.I.O., rejoignent la TIr Internationale le novembre 19205. Cela
2 Yolande COHEN, Les Jeunes, le socialisme et la guerre. Histoire des mouvements
de jeunesse en France, Paris, L'Harmattan, coll. «Chemins de la mémoire », 1989,
pp.78-83.
3 Christine BOUNEAU, «Les Jeunesses et les Etudiants socialistes en France des
années 1880 aux années 1960 : groupes politiques et/ou générationnels ? »,
Histoire(àJPolitique. Politique, culture, société, n04, 2008, p.3.
4 Serge WOLIKOW, «L'Internationale communiste. 1919-1943 », in Michel
DREYFUS, José GOTOVITCH, Mikhaïl NARINSKl, Claude PENNETIER,
Brigitte STUDER, Henri WEHENKEL,Serge WOLIKOW (dir.), Komintern :
L 'Histoire et les hommes. Dictionnaire biographique de l'Internationale
communiste en France, en Belgique, au Luxembourg, en Suisse et à Moscou
(19191943), Paris, L'Atelier, coll.« Jean Maitron », 2001, p. 25.
5 Frédéric CASTAING, «Aux origines des Jeunesses communistes de France », Le
Mouvement social, n074, 1971, pp. 47-54.
19leur confère un certain ascendant sur leurs aînés. Par ailleurs,
révolution et jeunesse sont deux concepts qui se lient aisément et que
les révolutionnaires eux-mêmes n'ont pas manqué de rapprocher
depuis au moins la Révolution française6. Les communistes ne font
nullement exception et Annie Kriegel a ainsi pu dire que le « thème de
la jeunesse est au cœur du phénomène communiste. [...] C'est
qu['il...] se relie naturellement aux thèmes connexes de l'altérité, de
la relève, de la radicale novation - les communistes rêvant
effectivement d'un autre monde, d'une autre société [termes soulignés
par Annie Kriegelf. »
Historiographie des organisations de jeunesse
communistes
Jeunesse et organisations de jeunesse sont donc des éléments
majeurs dans l'univers communiste. En France, c'est la Fédération
nationale des Jeunesses communistes de France qui, jusqu'en 1945,
incarne cette espérance avant de céder sa place au lendemain de la
Seconde Guerre mondiale à une nouvelle organisation: l'Union de la
jeunesse républicaine de France. Avec officiellement plus de 300 000
adhérents8 - en réalité sans doute 250 0009 -, il s'agit sans doute de la
plus grande organisation de jeunesse politique de l'Histoire de France.
Elle n'a pourtant guère retenu l'attention des historiens jusqu'à
présent.
6 Antoine de BAECQUE, « La Révolution française et les âges de la vie », in Annick
PERCHERON, René REMOND (dir.), Age et Politique, Paris, Economica,
coll.« La vie politique », 1991, p. 39.
7 Annie KRIEGEL, Le Pain et les Roses. Jalon pour une histoire des socialismes,
Paris, PUF, coll. « 10 18 », 1968, p. 405.
8 Raymond GUYOT,« A la conquête de la jeunesse », Cahiers du communisme, n02,
1946, p. 173.
9
Cf infra.
20Le plus souvent absente - ou presque - des synthèses sur le
JO,communisme français elle n'apparaît vraiment que dans de vastes
études, comme la thèse de doctorat d'Etat d'Alain Ruscio sur les
communistes français face à la guerre d'Indochine!! ou, dans une bien
moindre mesure, la thèse de doctorat de Philippe Buton sur les à la Libération12.
D'une manière générale, en près de cinquante ans de
production scientifique prolifique sur le communisme français13, les
chercheurs se sont fort peu intéressés aux organisations de jeunesse
communistes. On ne comptait guère jusqu'à tout dernièrement que
quelques mémoires de maîtrise ou articles pour la plupart écrits dans
les années 1960 et 1970!4 ; le travaille plus abouti demeurant celui -
non universitaire - de Jacques Varin sur la J.C. de
l'entre-deuxguerres, publié en 1975 aux Editions socia1esl5.
10 Roger BOURDERON, Jean BURLES, Jacques GIRAULT, Roger MARTELLI,
Jean-Louis ROBERT, Jean-Paul SCOT, Danielle TARTAKOWSKY, Gennaine
WILLARD, Serge WOLIKOW, Le P.CF. Etapes et problèmes. 1920-1972, Paris,
Editions sociales, coll. «Problèmes », 1981 ; Jean-Paul BRUNET, Histoire du
P.CF., Paris, PUF, coll. «Que sais-je? », 1982; Yves SANTAMARIA, du
Parti communiste français, Paris, La Découverte, colI. « Repères », 1999 ; Stéphane
COURTOIS, Marc LAZAR, Histoire du Parti communiste français, Paris, PUF,
coll. «Thémis », 2000 [1e éd. 1995]. Philippe Robrieux faisant, il est vrai,
exception à la règle. Philippe ROBRlEUX, Histoire intérieure du parti communiste,
1. II, 1945-1972, Paris, Fayard, 1981.
Il
Thèse dont est issu ce livre. Alain RUSCIO, Les Communistes français et la
guerre d'Indochine. 1944-1954, Paris, L'Hannattan, 1985.
12Thèse dont est issu ce livre. Philippe BUTON, Les Lendemains qui déchantent. Le
Parti communiste français à la Libération, Paris, Presses de la Fondation nationale
des Sciences politiques, 1993.
13On tient pour fondation de l'historiographie scientifique du communisme français
les premiers travaux d'Annie Kriegel. Annie KRIEGEL, Aux origines du
communisme français: 1914-1920. Contribution à l'histoire du mouvement ouvrier
français, La Haye, Mouton, 1964 ; Annie KRIEGEL, Les Communistes français.
Essai d'ethnographie politique, Paris, Le Seuil, 1968.
14Se reporter à la bibliographie.
15Jacques VARIN, Jeunes comme JC Sur lajeunesse communiste, 1. l, De 1920 à
1939, Paris, Editions sociales, 1975.
21Après une longue parenthèse, de nouvelles études
universitaires se concentrent de nouveau sur cet objet
historiographique. Si nous avons réalisé sur ce sujet un mémoire de
Ml en 2006-200716 et un mémoire de M2 en 2007-200817, nous
n'avons pas seul rouvert le chantier. A l'Université de Provence,
Fabien Marion a consacré en 2007 un Ml à l'étude de Nous les
Garçons et les Filles, journal du Mouvement de la jeunesse
communiste de 1963 à 196918. En 2008, il a poursuivi ses recherches
sur le M.J.C.F., mais en se penchant cette fois sur sa branche féminine,
l'Union des jeunes filles de France, entre 1956 et 197419. Dans le
même temps, Cécile Sanchez, au sein de l'université de Rouen, faisait
un master sur les jeunes et la politique au temps du Front populaire,
dont elle a tiré un article consacré exclusivement à la Jeunesse
communiste de cette période20. Enfin, évoquons le Mien cours
d'Etienne Bordes à l'université Toulouse-Le Mirail portant sur le
couple jeunesse et Mouvement communiste français dans les années
1970.
On constate donc un relatif regain d'intérêt pour ces
organisations. Ce n'est pas le lieu d'en chercher les causes profondes,
politiques ou sociales. On émettra simplement l'hypothèse que ce
renouveau s'inscrit dans l'essor des recherches sur la jeunesse et,
singulièrement, sur les groupes de jeunesse politiques21. Il faut aussi
16Guillaume QUASHIE-VAUCLIN, Les Organisations dejeunesse communistes en
France. 1945-1968, Ml, Paris-l, 2007.
17 Guillaume L'Union de la jeunesse républicaine de
France. 1945-1956. Entre organisation de masse de et mouvement
d'avant-garde communiste, M2, Paris-l, 2008.
18Fabien MARION, Nous les Garçons et les Filles. Un révélateur des contradictions
du Mouvement de la jeunesse communiste de France, Ml, Université de Provence,
2007.
19 Fabien MARION, Chronique d'une disparition: L'Union des jeunes filles de
France. Permanences et changements (1956-1974), M2, Provence, 2008.
20 Cécile SANCHEZ, « Pour conquérir les jeunes, faut-il faire moins de politique?
La Jeunesse communiste sous le Front populaire », Histoire(W,Politiaue. Politique,
culture, société, n04, 2008.
21 Gilles LE BEGUEC, « Partis politiques et groupements de jeunesse »,
Histoire(iiJPolitique. Politique. culture, société, n04, 2008, p.l.
22faire la place à l'appel d'universitaires comme, en 2006, celui de
Jacques Girault22. Surtout, face au déclin de l'histoire du Mouvement
ouvrie~3 et au danger d'impasse souligné récemmenf4, l'étude des
organisations de masse, à la suite d'Axelle Brodiez25, paraît une issue
féconde dans laquelle s'engoufffer. En témoigne la très récente
multiplication des thèses de doctorat les prenant pour objet: d'Axelle
Brodiez elle-même en 2004, à Sylvain Patti eu l'an passé26, en passant
par Sandra Fayolle en 2005 - dans le champ des sciences politiques
pour cette demière27.
Les organisations de masse
Puisque c'est en premier lieu cette perspective que nous
retenons, il convient d'expliciter ce que signifie ce vocable quelque
peu abstrus au premier abord.
Les organisations de masse sont des organisations satellitaires
gravitant autour du Parti communiste ffançais et constituant des
éléments essentiels de ce que le sociologue Jacques Ion a appelé le
« conglomérat» communiste28. Il nomme ainsi les « réseaux
22 Jacques GlRAULT, Le Parti communiste français et l'année 1956, Paris,
Fondation Gabriel-Péri, coll. «Mémoires en ligne(s) », 2007, p. 194.
23Jacques GlRAULT, «Problématique du séminaire », in Jacques GIRAULT (dir.),
Ouvriers en banlieue. X1}f -XX" siècle, Paris, L'Atelier, colI. «Patrimoine », 1998,
p. 17 ; Luciano CANFORA, Les Lettres françaises, juin 2008.
24 Laird BOSWELL, «L'historiographie du communisme français est-elle dans une
impasse? », Revuefrançaise de science politique, n055, 2005, p. 919.
25
Axelle BRODIEZ, Le Secours populaire français. 1945-2000. De l'organisation
de masse à l'association de solidarité. Histoire d'engagements, thèse de doctorat,
Paris-VIII,2004.
26 Sylvain PATTlEU, Mouvement syndical et tourisme populaire en France.
1945années 1980. Le cas de Tourisme et travail, thèse de doctorat, Paris-VIII, 2008.
27Sandra FAYOLLE, L'Union des femmes françaises. Une organisation féminine de
masse du Parti communistefrançais. 1945-1965, thèse de doctorat, Paris-l, 2005.
28Jacques ION, La Fin des militants ?, Paris, L'Atelier, 1997, p. 37, cité par Axelle
Brodiez in Axelle BRODIEZ, Le Secours populaire français 1945-2000. Du
communisme à l'humanitaire, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences
23particuliers associant, autour d'un groupement central, d'autres
groupements "satellites" fonctionnellement spécialisés. » Les
organisations de masse ont ainsi pour tâche de s'adresser à un large
public débordant le seul cercle des communistes et défini selon des
critères variables: les femmes pour l'Union des femmes françaises;
les sinistrés de toutes sortes pour le Secours populaire français; les
sportifs pour la Fédération sportive et gymnique du travail; etc.
Ouvertes à tous, elles ne mettent guère en avant leur caractère
communiste afin de toucher le plus largement possible «les masses
populaires» dépendant de leur rayon d'action. Elles n'en constituent
pas moins des éléments fondamentaux du dispositif communiste car
elles sont comme de discrets et puissants diffuseurs du communisme.
Elles répandent les représentations, les analyses, les propositions et les
modèles culturels développés par le P.C.F. et, en cela, sont une clé du
maintien et du développement de son influence29.
L'étude des organisations de masse nous paraît ainsi la
condition sine qua non de l'appréhension globale du «conglomérat»
communiste. En essayant d'établir quels furent l'activité et l'écho de
la méconnue Union de la jeunesse républicaine de France, nous
voudrions ainsi apporter notre - petite - pierre à l'édifice.
Quel statut pour l'U.J.R.F. ?
Toutefois, pour mener à bien cette étude, il convient d'élucider
la question du statut de cette organisation et, au-delà, du mouvement
de jeunesse lié au Parti communiste, en général. Les études passées
insistent surtout sur sa dimension avant-gardiste de la
politiques, colI. « Nouveaux débats », 2006, p. 17.
29Roger MARTELLI, Le Rouge et le Bleu. Essai sur le communisme dans l'histoire
française, Paris, L'Atelier, 1995, pp. 29-30
24bolchevisation30 à l'action antimilitariste3!. La J.C. - puisqu'elle seule
a été étudiée jusqu'à présent - n'est guère dépeinte comme une
organisation de large rassemblement, conformément à la définition de
l'organisation de masse. Au contraire, les recherches la présentent
comme la fine pointe de la constellation communiste, celle qui va le
plus vite et le plus loin. Sylvain Boulouque incarne bien cette tendance
historiographique. En conclusion de son article consacré à la lC. de
l'entre-deux-guerres, il écrit:
La Fédération nationale des Jeunesses communistes de France
a donc été pendant l'entre-deux-guerres à la fois une copie
conforme du Parti communiste dans son implantation et sa
structure globale, et en même temps une sorte de poisson
pilote de la s.F.I.c. [...] Les Jeunesses ont été à l'avant-garde
dans un certain nombre d'étapes de la vie du communisme
français: la bolchevisation, le travail anti, la stalinisation,
l'autocritique et le contrôle biographique.32
L'organisation de jeunesse semble donc davantage relever du
mouvement d'avant-garde communiste que de l'organisation de
masse. L'Avant-Garde, n'est-ce pas d'ailleurs le nom de sonjoumal ?
Pourtant, quand en 1945, la Fédération nationale des jeunesses
communistes de France se dissout pour donner naissance à l'Union de
la jeunesse républicaine de France, on s'interdit de comprendre cette
transformation si on conçoit l'organisation en termes de mouvement
d'avant-garde. En 1945, l'Union de la jeunesse républicaine, comme
son nom l'indique, ne s'adresse pas à une élite militante mais à tout un
pan de la société française: les jeunes. On retrouve ici les traits
caractéristiques de l'organisation de masse. Comme l'U.F.F. s'adresse
à toutes les femmes, l'U.J.R.F. s'adresse à tous les jeunes. A cette fin,
30Jean-Claude HERSCHON, La Fédération nationale des jeunesses communistes en
1923-1924, maîtrise, Paris-l, 1971.
31
Yves LANCHON, L'Action antimilitariste du PC et de la Je. 1928-1935,
maîtrise, Paris-l, 1975.
32 Sylvain BOULOUQUE, « Les Jeunesses communistes: structuration,
organisation, implantation 1920-1938 », Communisme, n076/77, 2003/2004, p. 23.
25elle se dote d'un nom idoine, développe les activités
conséquentes, etc.
L'Union de la jeunesse républicaine de France est-elle alors
une pure organisation de masse? Axelle Brodiez propose en tout cas
de voir dans la conception de l'U.l.R.F. avancée par le secrétariat du
P.C.F. en mai 1946 «la définition théorique de l'organisation de
masse »33.
Cependant, l'U.l.R.F. demeure assez politique. De toutes les
organisations de masse, c'est sans doute celle qui pourrait le plus
aisément entrer dans la catégorie de « parti politique» définie par Max
Weber:
Des sociations reposant sur un engagement (formellement)
libre ayant pour but de procurer à leurs chefs le pouvoir au
sein d'un groupement et à leurs militants actifs des chances -
idéales ou matérielles - de poursuivre des buts objectifs,
d'obtenir des avantages personnels ou de réaliser les deux
ensemble.34
S'il n'est pas pour nous question d'assimiler l'U.l.R.F. à un parti
politique, la question de son statut habitera pleinement notre réflexion
tout au long des pages qui vont suivre: mouvement d'avant-garde
communiste ou organisation de masse de jeunes?
33Axelle BRODIEZ, op. cit., pp. 75-76. Les considérations du secrétariat du P.C.F.
touchant l'V.l.R.F. citées par l'historienne sont les suivantes: «doit être une
organisation large qui n'affirme pas l'étiquette communiste, mais qui travaille dans
l'esprit communiste [...] ; doit soutenir l'action du Parti, mais qui travaille dans une
forme adaptée [. ..pour] y faire pénétrer l'esprit communiste ».
34 Max WEBER, Economie et société, Paris, Plon, 1971 éd. 1921]. Cité par[1"
Michel Offerlé in Michel OFFERLE, Les Partis politiques, Paris, PVF, coll. «Que
esais-je? », 2006 [1 éd. 1987], pp. 9-10.
26