La brutalisation du monde

La brutalisation du monde

-

Livres
206 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

L'émergence des États au sortir du Moyen Âge a progressivement conduit à une réduction des violences privées. Ce tournant civilisationnel s'est traduit par un refoulement de la pulsion de mort qui a pris la forme d'un monopole de l'État sur les guerres et d'une pacification diplomatique. Mais, désormais, avec la mondialisation des violences non-étatiques et des communautarismes, les sociétés doivent faire face à la brutalisation du monde, caractérisée par des affrontements identitaires, une destruction du lien social et un affaiblissement des solidarités.

Sujets

Informations

Publié par
Ajouté le 01 septembre 2016
Nombre de lectures 0
EAN13 9782140016882
Langue Français
Signaler un abus
Josepha Laroche
La brutalisation du monde Du retrait des États à la décivilisation Deuxième édition revue et augmentée
La brutalisation du monde
Du retrait des États à la décivilisation
Collection Chaos International chaos.international@dbmail.com Dirigée par Josepha Laroche Comité de lecture Thomas Lindemann, Frédéric Ramel, Jean-Jacques Roche, Catherine Wihtol de Wenden Responsables éditoriaux Bruno Van Dooren et Valérie Le Brenne Désordre, violences, chaos... ainsi est-on tenté de qualifier ce qui se joue aujourd'hui sur la scène mondiale. Ce chaos international laisse l'observateur souvent démuni, sinon désemparé, devant ce qui semble se dérober à l'entendement. La collectionChaos International offre à ses lecteurs des grilles de lecture qui permettent de dépasser une simple approche événementielle et descriptive des relations internationales. Dans un style clair et accessible, ses ouvrages analysent les nouveaux enjeux transnationaux et restituent le processus de mondialisation dans sa complexité. AvecChaos International, les éditions L’Harmattan s'engagent à publier sur les grands enjeux internationaux, des recherches claires et accessibles aux non-spécialistes, sans pour autant céder sur l'essentiel, à savoir la qualité épistémologique des ouvrages. Turmoil, violence, chaos – these are the words we are inclined to use when characterizing the current state of world affairs. Faced with today’sInternational Chaos, we often react with bewilderment – indeed with hopelessness – before a perplexing reality seemingly impossible to grasp. In response, theInternational ChaosSeries offers readers an indispensable framework of analysis that goes beyond the simple descriptive approach to international events. Clearly written and accessible to the non-specialist, this series critically investigates the opportunities and risks of the new transnational order and reappraises the complex process of globalization. With the focal point ofInternational Chaos on today’s most pressing international dangers, the publishers at L’Harmattanpromise a series that is both accessible to general readers and grounded in the most recent and empirical research. http://www.chaos-international.org/
Josepha Laroche La brutalisation du monde
Du retrait des États à la décivilisationDeuxième édition revue et augmentée
Déjà parus Josepha Laroche,Les réalistes dans la théorie des conflits internationaux, 2016. Josepha Laroche (Éd.),Passage au crible de la scène mondiale. L’actualité internationale 2015, 2016. Josepha Laroche (Éd.),Passage au crible de la scène mondiale. L’actualité internationale 2014, 2015. Moustafa Benberrah,La Tunisie en transition. Les usages numériques d’Ennahdha, 2015. Josepha Laroche,La Grande Guerre au cinéma. Un pacifisme sans illusions, 2014 Josepha Laroche (Éd.),Passage au crible de la scène mondiale. L’actualité internationale 2013, 2014. Florent Bédécarrats,La microfinance. Entre utilité sociale et rentabilité financière, 2013.Josepha Laroche et Yves Poirmeur (Éd.),Gouverner les violences. Le processus civilisationnel en question, 2013.Michel-Olivier Lacharité,Les Compromis médiatiques de MSF au Yémen. Retour d’expériences, 2013.Josepha Laroche (Éd.),Passage au crible de la scène mondiale. L’actualité internationale 2012, 2013. Josepha Laroche (Éd.),Passage au crible de la scène mondiale. L’actualité internationale 2011, 2012. Josepha Laroche (Éd.),La loyauté dans les relations internationales, 2011.Josepha Laroche (Éd.),Passage au crible de la scène mondiale. L’actualité internationale 2009-2010, 2011. Dorota Dakowska et Elsa Tulmets (Éds.),Le Partenariat franco-allemand. Entre européanisation et transnationalisation, 2010. Thomas Lindemann,Sauver la face, sauver la paix. Sociologie constructiviste des crises internationales, 2010. SérieSynthèses. Josepha Laroche (Éd.),Un Monde en sursis. Dérives financières, régulations politiques et exigences éthiques, 2010. Alexandre Bohas,Disney. Un capitalisme mondial du rêve, 2010. Jean-Loup Samaan,La RAND Corporation (1989-2009). La reconfiguration des savoirs stratégiques aux États-Unis, 2010. Annelise Garzuel,L’Allemagne aux Nations Unies. Une diplomatie modeste, 2009. Hervé Pierre,Le Hezbollah, un acteur sur la scène internationale, 2008. Auriane Guilbaud,Le Paludisme. La lutte mondiale contre un parasite résistant, 2008. e Josepha Laroche, Alexandre Bohas,Canal+ et les majors américaineséd., 2008., 2 Cyril Blet,Une Voix mondiale pour un État. France 24, 2008. Guillaume Devin (Éd.),Faire la paix, 2005. Léa Durupt,Notation et environnement, 2005. © L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-09939-2 EAN : 9782343099392
Sommaire
Introduction.................................................................................... 7
Première partieLe refoulement de la pulsion de mort....................... 19
Chapitre 1L’emprise étatique sur l’économie psychique.................... 23
Chapitre 2Un cadrage diplomatique de la violence.............................. 55
Deuxième partieLe retour du refoulé................................19..............................
Chapitre 3La sacralisation des violences interétatiques...................... 95
Chapitre 4La mondialisation des violences non-étatiques...............125
Conclusion...................................................................................163
Glossaire...............1........7.6.................................................................Principales références bibliographiques..........................................177Index analytique..............................................................................187Index des noms de personnes........................................................195Table des matières..........................................................................197
Civiliser malgré tout. Georges Balandier,Le Grand dérangement.
C’est une sorte de folie d’être sage au milieu des fous. Jean-Jacques Rousseau,Écrits sur l'Abbé de Saint-Pierre. Á JJA
Introduction
Une mise en synergie de la psychanalyse, de l’histoire et de la sociologie s’impose pour élaborer les outils d’une meilleure compréhension de l’international. En choisissant d’a-dopter une démarche épistémologique aussi hétérodoxe, le risque peut paraître grand et l’entreprise heuristique redoutable. Mais le temps est cependant venu de relever ce défi afin de construire un cadre de réflexion plus approprié pour appré-hender lemixing micro/macroqui caractérise aujourd’hui la scène mondiale. La démarche s’avère d’autant plus insolite que pen-dant longtemps, la science politique, la science historique et la psychanalyse sont restées dans la défiance les unes envers les autres. Le concept derésistanceforgé par Freud convient particu-1 lièrement bien ici . En l’occurrence, le rejet de la psychologie a
* Tous les termes comportant un astérisque font l’objet d’une notice en fin d'ouvrage.
1. Rappelons qu’il désigne une attitude d’opposition au travail analytique, ce dernier ayant pour objet de révéler les désirs inconscients et pour effet d’infliger à l’homme une offense narcissique,cf., Sigmund Freud, « Résistances à la psychanalyse », texte écrit en français, [1925], in : Sigmund Freud (Éd.),Résultats, idées, problèmes,vol. II, 1921-1938, trad., Paris, PUF, 1992, pp. 125-139 ; Sigmund Freud, « une difficulté de la psychanalyse », in : Sigmund Freud (Éd.),L’Inquiétante étrangeté, trad., Paris, Gallimard, 1985, pp. 181-187.
marqué la science politique, et singulièrement la sociologie politique telle qu’elle s’est construite en France. Or, on observe à présent un rapprochement entre ces domaines, et on note une certaine emprise de la psychanalyse sur l’ensemble des sciences sociales. L’autoanalyse mise en œuvre par Pierre Bour-dieu, vers la fin de sa vie, apparaît ainsi plus proche de cette 2 discipline . En second lieu, partons de l’hypothèse que l’analyse du politique devrait accorder à sa dimension symbolique une place plus importante qu’elle ne le fait. À cet égard, nous considérons que l’outil analytique constitue un précieux instrument pour comprendre ce qui se joue sur la scène internationale. Il peut notamment contribuer à prendre en compte et restituer les re-présentations que les acteurs sociaux élaborent sur leurs pro-pres pratiques, comme celles qu’ils se font des conflits entre groupes. Ce qui relève de la violence, de l’agressivité ou même d’une simple compétition se verrait alors mieux approfondi. S’engager en faveur d’une approche psychanalytique du politi-que, c’est enfin choisir de prendre appui sur une science qui a déjà fait ses preuves, comme outil d’analyse, à une autre échelle – celle de l’individu – afin de l’importer sur le terrain de la 3 formation sociale . D’emblée, une telle démarche postule que la science politique n’est pas, à elle-seule, à même de restituer toute la complexité du politique à l’échelle mondiale. Il s’agit par conséquent de s’attacher dans cet ouvrage à éclairer les productions sociopolitiques à l’aide de concepts freudiens. Soulignons combien les psychanalystes demeurent réti-cents à quitter le terrain de l’analyse clinique et peu nombreux à
2. Pierre Bourdieu,Esquisse pour une auto-analyse, Paris, Raisons d’agir, 2004. 3. Freud nous y invite lorsqu’il écrit dans « Psychologie des foules et ana-lyse du moi », [1921], in : Sigmund Freud,Essais de psychanalyse, trad., Paris, Payot, 1985, p. 123 : «dans la vie psychique de l’individu pris isolément, l’Autre intervient très régulièrement en tant que modèle, soutien et adversaire, et de ce fait la psychologie individuelle est aussi, d’emblée simultanément, une psychologie sociale, en ce sens élargi mais parfaitement justifié».
8
4 tenter ce type de recherche . Essentiellement, parce qu’ils refusent de s’éloigner de leur objectif premier, à savoir la thérapie. En fait, ce sont plutôt les politistes qui ont amorcé le rapprochement ; mobilisant la psychanalyse afin de rendre compte de certains aspects du politique qui avaient été ignorés 5 ou bien sous-évalués par leur discipline . À notre connaissance, aucun politiste français ne s’est cependant encore risqué à aborder l’international avec cet ob-6 jectif explicite . Notre projet pourra donc légitimement sur-prendre, tant il est vrai que les relations internationales peuvent paraître relever par excellence du macropolitique, de laHigh 7 Politics, d’une instance étatique, éloignée des acteurs sociaux,a fortiorides individus et de leur psychisme dans ce qu’il recèle de 8 plus intime . Or, il convient de ne pas limiter les relations inter-nationales aux relations interétatiques. En effet, une telle ap-proche apparaît aujourd’hui beaucoup trop restrictive, au re-gard de la montée en puissance des acteurs non-étatiques qui ont fait irruption ces dernières décennies sur la scène mondiale. En outre, on ne saurait se contenter d’une saisie positiviste et
4. Signalons toutefois le célèbre ouvrage de Sigmund Freud et William Bullitt,Le Président Woodrow Wilson;, trad., Paris, Payot, 1990 cf., également Eugène Enriquez,La Horde et l’État, Paris, Gallimard, 1983. 5. L’AFSP (Association française de Science Politique) a par exemple organisé le 27 novembre 1971 un colloque,L'apport de la psychanalyse à la science politique, cf.,également un numéro spécial de la revuePouvoirs (11), 1979. 6. Alexander Wendt (Social Theory of International Politics,Cambridge, Cambridge University Press, 1999) écrit cependant : “Le rôle que les processus inconscients jouent dans dans la politique internationale, doit être étudié plus systéma-tiquement et non écarté”, p. 78. 7. Cette expression appartient au lexique des théoriciens réalistes. Elle renvoie au domaine diplomatico-stratégique, le seul qui soit déterminant à leurs yeux pour analyser les relations internationales.Cf. Josepha Laroche, Les réalistes dans la théorie des conflits internationaux, Paris L’Harmattan, 2016. Coll. Chaos International. 8. Pouvant même aller jusqu’au for intérieur, sur ce point,cf., Josepha Laroche, « La conscience malheureuse comme mode d’action internationale : le pacifisme de Romain Rolland », in : CURRAP (Éd.),Le For intérieur, Paris, PUF, 1995, pp. 137-149.
 9