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La guerre du Bani - Volta

De
229 pages
La guerre du Bani-Volta, qui représente l'un des soulèvements populaires les plus importants de l'ère coloniale mené après la période des conquêtes, se trouve aussi être l'une des moins connues. Déclenchée en Afrique de l'Ouest en 1915, par des populations aux ethnies, religions et cultures très variées, elle avait pour but de bouter hors de certains territoires le colonisateur français, installé comme administrateur. Elle mérite aujourd'hui un regard supplémentaire.
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EtudesLa guerre du Bani-Volta
africaines(1915-1916) Série Histoire
La guerre du Bani-Volta, qui représente l’un des soulèvements populaires les plus
importants de l’ère coloniale menée après la période des conquêtes, se trouve
aussi être, pour des raisons diverses, l’une des moins connues. Déclenchée en Lieutenant-colonel
Afrique de l’Ouest en 1915, en pleine Grande Guerre donc, par des populations
C Céleste Joseph Moussaaux ethnies, religions et cultures très variées, elle avait pour but de bouter hors de
certains territoires le colonisateur français qui y était pourtant bien installé comme
administrateur. Le facteur déclenchant fut la conscription et les impôts imposés à
des populations au départ dociles, puis la guerre a connu un bilan extrêmement
lourd. Elle mérite aujourd’hui, comme à la suite de certaines recherches antérieures,
plus poussées, certes, un regard supplémentaire. Cela pour plusieurs raisons :
les causes pour lesquelles elle est toujours aussi méconnue des héritiers des La guerre du Bani-e du Bani-e du Bani-e du Bani-e du Bani-e du Bani-e du Bani-e du Bani-e du Bani-e du Bani-e du Bani-e du Bani-e du Bani-e du Bani-VVVVVVVVVVVVoltoltoltoltoltoltoltoltoltoltoltoltoltoltoltaaaaaaapeuples qui l’ont menée d’abord ; pour l’analyse même des facteurs déclenchants,
supposés ou cachés ensuite ; pour enfi n l’analyse de son déroulé et des bilans
générés, et l’interprétation qui peut en être faite, en prenant une certaine hauteur (((191191191191191191191191191555555555555-----------1916191619161916191619161916191619161916191619161916)))))
de l’offi cier supérieur d’aujourd’hui…
Le Lieutenant-colonel COULIBALY Céleste Joseph Moussa, offi cier de
l’armée de terre du Burkina Faso (Infanterie parachutiste, )est né le 14
mars 1971 à Ouagadougou. Il entre en 1994 à l’Académ iMeilitaire de
ePo au Burkina Faso (6 Promotion "Intégration"). Breveté de l’École de
eGuerre de Paris avec la 23 promotion "Verdun" en 2016, il est titulaire
d’un Master 2 en Sciences Humaines et Sociales (Reiloigns, Cultures et
Politiques, à fi nalité recherches) de l’EPHE de Par(i2s 016), licencié
èsSciences de l’Éducation (Lomé, 1992) et Diplômé en Pcshyologie (Ouagadougou, 1991).
Il a occupé diverses fonctions militaires : commandant Udn’ité ; de Groupement d’Unités ;
Aide de camp de l’ancien Président du Faso, Blaise Copmaoré (2008-2014) ; chef de corps
du Régiment de Sécurité Présidentielle (2015). Il est deupis août 2016 Chef de Division
Formation Adjoint de l’État-Major Général des Armées. Ils t echevalier de l’ordre national
du Burkina Faso, et décoré de la médaille d’honneur militaire.
Etudes africaines
Série Histoire
ISBN : 978-2-343-11922-9
24 €
Lieutenant-colonel
La guerre du Bani-Volta (1915-1916)
C Céleste Joseph Moussa







La guerre du Bani-Volta
(1915-1916)















Céleste Joseph Moussa COULIBALY









La guerre du Bani-Volta
(1915-1916)











L’Harmattan




















© L'Harmattan, 2017
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-11922-9
EAN : 9782343119229






Remerciements



Je remercie feu mon père Charles Christian, l’ingénieur agronome et
entomologiste formé à Toulouse qui, bien qu’ayant trop tôt disparu (à mes cinq ans
et demi en octobre 1976), a toujours représenté pour moi, grâce aux nombreux
témoignages, le meilleur modèle de la recherche permanente de l’excellence et du
respect du prochain…
Je remercie ma mère Fatoumata Marie-Rose, l’institutrice dévouée et la mère
protectrice qui m’a toujours poussé à donner sainement le meilleur de moi-même en
toutes choses de la vie…
Je remercie mon épouse Flora Malo, et mon trio d’enfants adorables
Céleste K. B. Rachid, Cédric L. A. Fadil et Chloé M. H. Yasmina qui m’ont
donné envie d’y croire…
Merci à Paris, la ‟Ville Lumière”, et sa prestigieuse École De Guerre qui
m’ont accueilli et m’ont ouvert les bras, juste au moment où il le fallait…
Merci à mon directeur de mémoire, le Pr Martin Motte de La Sorbonne,
Directeur d’études à l’École Pratique des Hautes Études, qui a encadré, recadré et
poussé ma modeste contribution à l’Histoire militaire du Bani-Volta.
Merci au lieutenant-colonel Antoine Champeaux, mon co-directeur de
mémoire, qui m’a très tôt marqué déjà dès 2007 à l’École d’état-major de Koulikoro
lors de la présentation de son chef-d’œuvre filmographique « La force noire »,
coproduit avec M. Deroo ; et qui a initié et guidé mes pas dans la recherche
académique sur la guerre du Bani-Volta.
eMerci à toute la 23 promotion ‟Verdun ʺ de l’École De Guerre de Paris,
particulièrement au groupe interarmées A1 et au groupe spécifique Terre T2,
pour l’ambiance fraternelle qui m’a permis de passer cette période entre août 2015 et
juin 2016 dans la joie.
Merci à M. François Aubel, rédacteur en chef Culture du Figaro, pour
l’exercice d’expression orale en public du 22 février 2016 sur ce sujet peu connu.

5







Préface



Je dois d'emblée reconnaître le courage dont fait montre un Bobo (ou assimilé) en
soumettant son ouvrage à l'appréciation d'un Poullo et aussi la difficulté pour ce
dernier à ne pas céder à la tentation d'adopter la satire que lui autorise la parenté à
plaisanterie qui les lie. Mais à la lecture de « La guerre du Bani-Volta », je mesure à
sa juste valeur l'œuvre du Lieutenant-colonel Céleste Joseph Moussa COULIBALY.
Selon un proverbe africain, « Quand la mémoire va chercher du bois mort en
brousse, elle rapporte le fagot de son choix ». C'est donc un fagot de premier choix
que nous rapporte celle du Lieutenant-colonel Céleste Joseph Moussa COULIBALY
à travers l'étude sur la guerre du Bani-Volta (1915–1916). Le choix du sujet revêt en
effet pour l'auteur plusieurs intérêts qui sont à la fois selon lui, historiques,
académiques et surtout personnels. L'auteur le dit en effet, presque dans un ton de
confession, que la conscription forcée ayant touché son arrière-grand-père maternel,
Sibiri « Tiéfing » Konaté, né vers 1890, a été un facteur familial très important qui
l'a motivé à mener cette étude.
Qu'à cela ne tienne! En revisitant l'histoire presque récente du Burkina Faso,
Céleste Joseph Moussa COULIBALY, tel un orpailleur déterminé, au prix d'une
laborieuse prospection, a ramené à la surface une pépite qui témoigne avec éclat des
histoires de bravoures et d'héroïsme de nos peuples; des histoires ignorées ou
simplement jetées dans l'oubli. Or nos peuples ont besoin de cette « autre Histoire »
(avec grand H) qui éclaire notre passé autrement que par le prisme déformant des
récits coloniaux. Le grand auteur nigérian Chinua Achebe n'écrivait-il pas que
« Tant que les lions n'auront pas leur propre histoire, l'histoire de la chasse glorifiera
toujours le chasseur »?
La guerre du Bani-Volta est une guerre très peu connue. C'est un euphémisme
de le dire. Intervenant en pleine Première Guerre mondiale, elle ne pouvait qu'être
éclipsée. L'intérêt de cette étude est donc d’avoir levé un coin de voile. Au-delà de la
relation des faits, cet intérêt réside aussi et surtout, dans l'effort de cherche et de
recoupement des informations sur cette confrontation, disons cette guerre (car il faut
l'appeler ainsi), qui jusque-là était perçue et interprétée « selon qu'elle était racontée
par les descendants africains des peuples qui l’ont conduite et subie, ou par l’opinion

7
commune occidentale et africaine non originaire de la région concernée » comme le
souligne l'auteur.
L'étude, richement documentée et structurée en trois parties, aborde la
colonisation française en Afrique de l'ouest, en Haute-Volta et dans le sud-est du
Soudan français, la révolte des peuples du Bani-Volta et les opérations de l'armée
coloniale et enfin s'interroge sur l'approche pour la France et les peuples colonisés :
une révolte pour les uns, une guerre pour les autres.
Au Burkina Faso, il a fallu que l'Assemblée nationale décide de placer la
cérémonie d’ouverture de la deuxième session ordinaire de l'année 2016 sous le
signe du centenaire de la première insurrection en terre voltaïque, pour que l'opinion
publique en soit largement informée. Le terme « insurrection » a été certes choisi à
dessein pour faire écho au contexte politique du moment, mais c'était bel et bien une
référence à la révolte du Bani-Volta. Cette célébration officielle participe à un devoir
de mémoire ; un devoir de mémoire que Céleste Joseph Moussa COULIBALY a
accompli en écrivant cet ouvrage. Une page de l’histoire, ou plutôt, des pages de
l’histoire à lire pour comprendre!

Baba HAMA
Journaliste et écrivain
Ancien ministre de la Culture et du Tourisme

8




Préambule



Les recherches sur le Bani-Volta représentaient un défi personnel pour rappeler un
fait historique centenaire et malheureusement peu connu ; évènement majeur qui, à
notre connaissance, n’avait jamais été magnifié, jusqu’à l’année 2015, sur le plan
national au Burkina Faso ou au Mali. Par le truchement d’un Master à l’EPHE de
Paris, puis l’ouvrage présent, il nous fallait le remettre à jour pour son début en
1915, et pour son épilogue en 1916, correspondant au centenaire d’un autre fait : la
bataille de Verdun. Bataille historique commémorée, elle, en notre présence, au pied
de l’ossuaire de Douaumont dans la Meuse, le 29 mai 2016 par le Président français
François Hollande et la Chancelière allemande Angela Merkel. Chacun des deux
faits étant implicitement liés à l’apport des tirailleurs dans la Grande Guerre, et liés
aussi à l’histoire de notre propre personne dont l’arrière-grand-père maternel fut
recruté de force et fut un « poilu » d’Afrique, l’un de ces « tirailleurs sénégalais »
qui se sont battus pour la libération de la France. Pour cela, nous disons merci au
colonel Thierry Noulens et à son département des sciences humaines et sociales
de la guerre qui, par l’organisation des mémoires universitaires parallèlement au
programme de l’École De Guerre de Paris, nous ont permis de déposer beaucoup de
pièces du puzzle de notre propre histoire, essentielles pour nous-même, notre fratrie,
notre Armée, et l’Histoire…

9







Sommaire



Remerciements ................................................................................. 5

Préface .............................................................................................. 7

Préambule ......................................................................................... 9

Sommaire ........................................................................................ 11

Introduction ..................................................................................... 13

Première partie
La colonisation française en Afrique de l’Ouest, en Haute-Volta et
dans le sud-est du Soudan français ..................................................... 25

Chapitre 1
Le contexte européen de la course aux colonies ............................. 31

Chapitre 2
L’Armée coloniale française ........................................................... 39

Chapitre 3
La colonisation au Soudan français et en Haute-Volta ................... 45

Chapitre 4
Quelles sont les populations du Bani-Volta ? ................................. 59

Deuxième partie
La révolte des peuples du Bani-Volta et les opérations de l’armée
coloniale entre novembre 1915 et juillet 1916 ................................... 77


11
Chapitre 5
La Grande Guerre aux origines de la révolte .................................. 79

Chapitre 6
Analyse des types de bataille au Bani-Volta entre novembre 1915
et juillet 1916 .................................................................................. 91

Chapitre 7
Les opérations, un bilan peu connu .............................................. 119

Chapitre 8
Pourquoi le phénomène ne s’est-il pas généralisé aux royaumes
mossi voisins, alors qu’il a atteint d’autres contrées locales ? ..... 129

Troisième partie
Guerre ou révolte, quelle approche pour la France et les peuples
colonisés ? ........................................................................................ 135

Chapitre 9
Le conflit du Bani-Volta, une guerre plutôt qu’une révolte ......... 137

Chapitre 10
La guerre de Vendée en 1793 : une transposition possible dans le
conflit du Bani-Volta ? Causes, phases de déroulement et
répression ...................................................................................... 159

Chapitre 11
La guerre anticoloniale du Bani-Volta : Bugeaud plutôt que
Gallieni ? ....................................................................................... 167

Conclusion de l’étude ................................................................... 175

Sources et bibliographie ............................................................... 189

Annexes à l’étude ............................................................................. 199

Table des matières ........................................................................ 219



12




Introduction



Lorsque débute la Première Guerre mondiale en 1914, un Empire
colonial français est déjà bien dessiné en Afrique, particulièrement en
Afrique occidentale et en Afrique centrale. Les explorations
successives, les conquêtes qui s’en sont suivies, par signatures
volontaires de protectorats ou soumission par la force des armes, ont
dessiné la carte des territoires sous domination française, à l’instar
d’autres puissances coloniales rivales de la France comme la
GrandeBretagne, l’Allemagne, le Portugal, les Pays-Bas, la Belgique, l’Italie
1ou l’Espagne .
Notre étude s’attachera particulièrement à ce qui s’appelait
« l’Afrique Occidentale française », précisément sur une région qui
s’étend autour du fleuve Volta Noire, et entre le fleuve Volta Noire et
le fleuve Bani ; région où une résistance d’envergure contre la
puissance coloniale est née en novembre 1915, a grandi et a été
réprimée avec difficulté dans la colonie du Haut-Sénégal et Niger
(HSN) par une puissance coloniale française plutôt accaparée par la
Première Guerre mondiale débutée seize mois plus tôt...
Cette étude est d’autant plus intéressante que la guerre du
BaniVolta est d’abord très peu connue, et des Burkinabè et Maliens
actuels, et du reste du monde. Elle mérite ensuite qu’on s’y attarde,
parce que la confrontation qui s’étendra sur presque une année, en
plein contexte de la Première Guerre mondiale, est perçue
différemment par les descendants africains des peuples qui l’ont

1 Cf. annexe 1, carte Projet Destenave, SHD/Terre, 5H1 dossier 2.

13
conduite et subie, et par l’opinion commune occidentale et africaine
non originaire de la région concernée.
Les premiers, qui en font l’apologie, ont l’impression d’une guerre
« négligée », tant les écrits, études ou diffusions documentaires ne
sont pas légion, aussi bien dans l’ancienne métropole, la France, qu’en
Afrique. Ancien théâtre sur un continent africain où, d’ailleurs, les
archives disponibles sont peu exploitées et diffusées, et où la
publication des rares recherches est peu élargie au public ; encore
moins revalorisées dans les manuels scolaires, à l’instar d’autres
résistances à la domination coloniale européenne comme celle de
2l’Almamy Samory Touré (capturé le 29 septembre 1898 à Guélémou
dans l’actuelle Côte d’Ivoire, par le capitaine Gouraud, après un
parcours d’un peu moins de deux décennies ponctué d’accords et de
guerres de mobilité avec la puissance française).
Les seconds, Français d’abord, la qualifient volontiers de
« révolte » ou de « résistance », plutôt que de « guerre », parce que
n’ayant peut-être pas opposé des protagonistes de même nature. Les
élites politiques voltaïques des indépendances ensuite, tel le premier
Président de la Haute-Volta indépendante, Maurice Yaméogo qui,
3bien que les résistants du Bani-Volta aient en majorité appartenu au
même découpage territorial de Haute-Volta que les royaumes Mossi
de Ouagadougou au centre ou de Ouahigouya au nord, furent peu
enclins à faire l’apologie guerrière de ces peuples qui, au demeurant,
étaient les soutiens de leurs opposants politiques du moment (Nazi
4Boni ) aux indépendances en 1960, comme le souligne si bien Myron

2 Chef de guerre dès 1867 et empereur du Wassoulou en 1878 ; capturé, puis exilé au
Gabon où il mourut en captivité le 2 juin 1900.
3 Pour l’emploi du mot dans notre étude, en considérer le sens premier de ‟personne
qui participe à une action de résistance contre une occupation étrangère”, et non les
patriotes ayant pris part à la Résistance en France entre 1941 et la Libération en
1945.
4 BONI Nazi, député au Palais Bourbon (1948-1958) puis à l’Assemblée Territoriale
de Haute-Volta (1947-1959) dont il fut le président de 1958 à 1959. Contraint à

14
5Joel Echengerg . Le mouvement s’étant à l’époque étendu vers le
Bani, dans le territoire du Soudan français, où ces mêmes groupes
ethniques demeurent toujours minoritaires, donc moins visibles, la
transmission aux générations suivantes des actes de résistance comme
mythe d’une guerre qui a transcendé les ethnies et les barrières
religieuses de ceux qui l’ont menée dans le Bani-Volta, n’a pas en
conséquence été beaucoup soutenue… Les populations qui l’ont mené
auraient pu, sous d’autres cieux, figurer pour la postérité dans
l'historiographie nationaliste postcoloniale, en figure de proue de ces
héros de la résistance africaine à l'expansion coloniale.
Le choix du sujet revêt pour nous plusieurs intérêts : historiques et
académiques, puis personnels.
La recherche historique et académique d’abord, s’attache aux
histoires populaires racontées sur la guerre dans notre pays, le Burkina
Faso, ex-Haute-Volta, d’où est partie la révolte et qui a connu le gros
des batailles en sa partie ouest et sud-ouest. Et ce, dans une approche
scientifique qui pose des hypothèses, et dont la problématique est
abordée avec l’apport d’ouvrages divers et d’archives aussi variées
que riches de l’époque sur la question disponibles en France, le pays
qui a conquis, administré et finalement rendu à l’indépendance,
soixante-quinze ans, après les peuples de la région concernée. Une
étude de plus de notre part devient de fait un apport supplémentaire à
la recherche de faits historiques, qu’il ne s’agit évidemment pas de
façonner et de travestir, encore moins de ternir de préjugés et de
subjectivité, vu qu’on ne réinvente pas l’Histoire. Mais il s’agira de
les décrire tels quels, selon des sources dont nous pourrons disposer
(archives, bibliographie) ; en les considérant comme des « choses »,

l’exil en 1960 et ses biens confisqués par Maurice YAMÉOGO. Voir BONI Nazi,
Crépuscule des temps anciens, Présence Africaine, 1962, p. 6.
5 ECHENBERG Myron, « A major study of a neglected resistance war » (West
african challenge to Empire: Culture and History in the Volta-Bani colonial war)
(book review) The Journal of African History, Cambridge University Press v46i2
p(356)2, July 2005, p. 1.

15
pour paraphraser Émile Durkheim dans Les Règles de la méthode
sociologique, publié en 1894, et qui a inspiré nos premiers pas
d’étudiant en psychologie et sciences sociales à Ouagadougou. Puis
d’en tirer les analyses que l’on juge pertinentes pour le présent et la
postérité, en espérant que des études ultérieures les approfondiront ou
en relativiseront la teneur.
Peu d’intellectuels de la société et peu d’officiers des armées
burkinabè et malienne d’aujourd’hui ont abordé la question de cette
guerre du Bani-Volta ; et très peu sauront en décrire les tenants et
aboutissants en 2016, soit exactement un siècle après ; ce qui est fort
regrettable… Aucune commémoration n’avait d’ailleurs marqué le
centenaire du début de la guerre contre l’occupation coloniale en 2015
au Mali ou au Burkina Faso ; nous avions parié, lors de notre
soutenance en Master 2 en sciences historiques, philologiques et
religieuses le 21 juin 2016 à l’École Pratique des Hautes Études de
Paris, qu’il en serait de même cent un ans après, en cette année 2016
(centenaire qui plus est de « l’apocalypse de Verdun »), pour se
remémorer sa fin.
Nous avons fort heureusement été entendu ; le Président de
l’Assemblée nationale du Burkina Faso, le Dr Salifou Diallo ayant
initié, lors de la deuxième session ordinaire du Parlement en
septembre 2016, des activités commémoratives nationales en présence
de quelques chefs coutumiers de l’ouest du Burkina, au regard du sang
versé pour l’honneur et le refus…
Un facteur familial très important ensuite nous motive pour cette
étude, la conscription forcée ayant touché notre arrière-grand-père
maternel, Sibiri « Tiéfing » Konaté, né vers 1890. Aîné d’une petite
6fratrie, il a été recruté de force lors d’une levée parce que majeur,

6 Date et année non déterminées avec précision, mais probablement bien avant les
levées de 1915. Même l’année de sa naissance a été décidée par la commission. La
procuration spéciale du 17 mars 1975 autorisant sa fille aînée Moussokoro à
percevoir sa pension ne mentionne que le matricule 17.098, la Pension Militaire de

16
après une vaine tentative de son père, chef de terre dans le quartier
Bobo de Tounouma à Bobo-Dioulasso, de l’en extraire en le faisant
passer devant la commission de recrutement pour un enfant adopté
(donc à protéger absolument). Il portera même le faux patronyme
« Konaté », peu commun chez les autochtones Bobo-Fing (au lieu de
son nom réel « Sanou »), pour justifier le faux alibi inventé afin de
protéger un fils de chef, et éventuellement couvrir sa fuite en cas de
désertion si l’opportunité se présentait. Sans succès auprès du
recruteur français, il sera tirailleur. Sa descendance porte encore ce
patronyme jusqu’à nos jours, contrairement à la lignée de ses frères
cadets...
Sibiri Konaté, physiquement bien bâti, engagé comme tirailleur
esénégalais, servit, selon le témoignage de ses petits-enfants, à la 7
compagnie (basée à Kati, selon nos recherches) et fut envoyé parmi
les poilus d’Afrique à Montauban ; puis sans doute en Afrique du
7Nord et au Tchad actuel. Son unité installée à Fort-Lamy (actuel
N’Djamena) au Tchad, notre trisaïeul y prit à l’époque comme épouse,
selon le rite musulman, la fille du chef de village de Am Hadjer près
d’Abéché, autrefois capitale de l’Empire du Ouaddaï. La très jeune
8Kadidia Ouadaï, surnommée plus tard par ses descendants « Hiya » ,
qu’il ramènera en fin de Grande Guerre au pays, via le passage par le
9Cameroun où naît sa fille aînée Moussokoro le 16 août 1921. La Côte
d’Ivoire est jointe par bateau, puis Bobo-Dioulasso par route avec ses
10frères d’armes . Son épouse partait pour un voyage définitif, vers un
pays inconnu dont elle devra apprendre la culture, et ne retournera
plus jamais auprès des siens. Du recrutement du patriarche à son

Retraite N° B-53.109.638 et la Pension de Retraite du Combattant N° R.C. 75M
14.135.
7 Témoignage de petits-enfants, le passage à Montauban et en Afrique du Nord est
non validé à ce jour.
8 « Grand-mère » dans le dialecte arabe tchadien de l’intéressée.
9 Celle qui mettra au monde notre mère.
10 Le chemin de fer débuté en 1903 à Abidjan ne parvient qu’à Bouaké en 1913 à la
veille de la guerre qui en interrompt la construction. Les travaux reprennent en 1920
et Bobo n’est atteint qu’en 1947 ; Ouagadougou en 1954.

17
retour au bercail en 1921, avec femme, fille et bagages, les
témoignages recueillis évoquent une dizaine d’années. Il continuera de
servir l’Armée coloniale comme garde-cercle, y compris pendant la
Seconde Guerre mondiale, et obtiendra le grade de sergent. Le couple
mourut à deux années d’intervalle, à environ 90 ans (officiellement)
pour l’époux, le 10 octobre 1980, alors que nous débutions le cours
moyen à l’école primaire ; et le 29 mars 1982 pour son épouse
septuagénaire, dans un exemple atypique de brassage pour l’époque
(et qui devrait même servir de modèle face à l’intolérance religieuse
encore vécue aujourd’hui, en plein XXI ᵉ siècle). Lui, s’était converti
de l’animisme au catholicisme avec la pénétration rapide des Pères
Blancs, et après la rencontre dans des circonstances de Grande Guerre
de sa future épouse ; elle, était d’une pure graine de pratiquante
musulmane qui a accueilli toute sa vie, dans la vaste cour familiale du
quartier Bobo de Bolomakoté, chaque soir, les prières collectives du
mois du ramadan musulman ; formant plusieurs générations tolérantes
à la fois sur le plan religieux et ethnique. Y compris nous, qui portons
par tradition jusqu’aujourd’hui, des prénoms à la fois chrétiens et
musulmans ou vice-versa, quelle que soit la religion, pratiquée ou
non…


18
Photo du patriarche Sibiri Konaté, chef des masques de Tounouma,
et de son épouse Kadidia Ouadaï, prise en 1962 au quartier Bolomakoté.

19
La guerre du Bani-Volta n’a pas fait l’objet d’une multitude
d’études approfondies, malgré le coût humain subi, et l’histoire
guerrière des peuples de la région qui ont lutté et tenté de s’opposer au
colonisateur dans l’ancienne colonie du HSN n’a pas été assez
revalorisée pendant la décolonisation ou après les indépendances. Les
études nationales spécifiquement dédiées que nous avons trouvées
sont, au Burkina Faso, l’œuvre incontournable de M. Nazi Boni,
Crépuscule des temps anciens, éditée par Présence Africaine en 1962,
et l’article de M. Blamy Gnankambary, « La révolte bobo de 1916
dans le Cercle de Dédougou », consultable dans les Notes et
documents voltaïques, d’avril-septembre 1978. Les études d’histoire
qui englobent le sujet existent. Comme celle érudite, synthétique et
me rclaire de M le P Jeanne-Marie Kambou-Ferrand, Peuples voltaïques
et conquête coloniale : 1885-1914, parue aux éditions L’Harmattan en
1993. Cet ouvrage de référence, préfacé par l’illustre Professeur en
Histoire Joseph Ki-Zerbo (dont la plus grande Université nationale du
Burkina Faso vient de prendre le nom en cette année 2016), balaie
l’histoire d’une période de trente ans couvrant la phase de conquête
des peuples voltaïques jusqu’à la mise en place du système colonial.
Des extraits du tome 1 (d’un ouvrage en deux) tout aussi riche
11qu’utile, Burkina Faso. Cent ans d'histoire, 1895-1995 de
Yénouyaba Georges Madiéga et Oumarou Nao, nous furent fort
profitables…
rAu Mali, l’œuvre historique de synthèse du P Bakari Kamian
(que nous avons côtoyé une année durant pendant ses cours d’Histoire
donnés à l’École d’état-major de Koulikoro lors de notre stage en ce
lieu d’octobre 2007 à juin 2008), œuvre titrée Des tranchées de
Verdun à l’église Saint-Bernard, 80 000 Maliens au secours de la
France (1914-1918 et 1939-1945), et parue à Paris aux éditions
Karthala en 2001, évoque pour nous, chiffres en main, l’impact des
recrutements sur ces populations lors des deux Guerres mondiales.

11 Regroupant des contributions de participants au premier colloque international de
décembre 1996 sur l’Histoire du Burkina Faso.

20
Très peu de bibliographie locale exclusivement dédiée au sujet
donc, que nous avons comblée par les ouvrages occidentaux qui le
sont, essentiellement français, comme ceux de Bernard Souyris,
Résistances à la colonisation dans la région de la boucle du Mouhoun
(Haute-Volta) 1885-1935, paru aux éditions Panafrica Silex/Nouvelles
du sud en 2011, ou encore Oppression coloniale et résistance en
Haute-Volta. L’exemple de la région de la boucle du Mouhoun
(1885e e1935) édité chez L’Harmattan, série : XIX -XX siècle, en 2014. Un
ouvrage tout aussi incontournable, très riche, et ne portant également
que sur le sujet, est le regard historique et ethnographique de
MM. Mahir Şaul et Patrick Royer, avec West African Challenge to
Empire. Culture and History in the Volta-Bani anticolonial War,
Athens, Ohio University Press paru en 2001, avec une recherche très
poussée a posteriori sur le terrain des batailles de la région concernée.
Recherche marquée par un frottement avec le cadre géographique de
la guerre et les descendants des populations concernées, tout en
s’adossant, pour les auteurs, à une recherche scientifique systématique
d’archives en France au Service Historique de la Défense (SHD de
Vincennes), au CAOM (Centre des Archives d’Outre-Mer) ou au
CHETOM (Centre d’Histoire et d’Études des Troupes d’Outre-Mer).
En plus des Archives au Sénégal (AOF/ANS), au Burkina Faso, en
Côte d’Ivoire (ANCI) ou au MALI (ANM)... C’est l’un des ouvrages
de référence non francophone (rédigé en anglais) des plus récents et
des plus complets traitant exclusivement du sujet Bani-Volta. Il
reprend la plupart des ouvrages précédents traitant de ladite guerre, et
rétablit aussi les itinéraires des batailles. Nous n’avons pu l’obtenir
qu’en passant commande aux États-Unis d’Amérique.
Le côté du contexte même de la création et de l’utilisation de la
« force noire » n’aurait pas pu être aussi bien perçu sans les œuvres de
MM. Antoine Champeaux et Éric Deroo qui resteront des références
incontestables pour des études sur l’aspect militaire de la période
coloniale. Parmi celles-ci, La Force noire parue à Paris aux éditions

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