Le Code noir

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Avec une introduction sur l’histoire de l’esclavage et une préface vidéo exceptionnelle d'Aimé CÉSAIRE.


Pendant près de quatre cents ans, des millions d'hommes, de femmes et d'enfants africains ont perdu leur liberté, quittant de force leur sol natal. Déportés par bateaux entiers, enchaînés pour un voyage sans retour vers l'Amérique du Nord, et les Antilles, ils furent capturés pour travailler dans des conditions inhumaines, enrichissant des hommes peu scrupuleux.

Bientôt, les puissances européennes cherchèrent à justifier légalement l'esclavage des Africains. En France, le Code Noir fut ainsi promulgué en 1685 par Louis XIV. Chargé de réglementer la vie des esclaves noirs des colonies françaises antillaises, ce Code fut remanié en 1724 afin de s'appliquer également à la Louisiane.

La prise de conscience de la monstruosité de la traite et de l'esclavage fut lente et il fallut attendre 1848 pour que l'abolition de l'esclavage, portée en France par la voix de Victor Schœlcher, abroge le Code Noir.


En donnant à lire les deux versions (1685 et 1724) du Code Noir, le présent ouvrage permet de mieux comprendre les rouages d'un système qui fit passer près de onze millions d'hommes entre les mains de marchands négriers.


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Date de parution 04 mai 2013
Nombre de visites sur la page 56
EAN13 9791092305050
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0045 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Le Code Noir
Une histoire de l'esclavage
Préface vidéo de Aimé Césaire
******* L'introduction est tirée de l'ouvrage Marchands d'esclaves de la traite à l'abolition, par Julia Ferloni aux éditions de Conti dans la collectionGrande Bibliothèque Thalassa.
© MkF éditions, 2013 - pour l'édition numérique
Préface vidéo
Retrouvez l'interview exclusive d'Aimé Césaire tournée par Thalassa en 2005 à Fort-de-France
"J'ai toujours écrit sur le coup, sur le moment, ce qui me prenait à la gorge."
C'est ainsi qu'Aimé Césaire parle de son œuvre. Une œuvre immense qui a fait de lui l'un des plus grands poètes contemporains en langue française. Il a reçu une équipe de Thalassa dans son bureau de l'ancienne mairie de Fort-de-France, en Martinique. L'occasion d'évoquer avec " le chantre de la négritude " une œuvre hantée par les souvenir de la traite et de l'esclavage, sa découverte du racisme, son combat pour que le peuple noir retrouve ses racines et sa fierté.
©Thalassa, 2013 - tous droits réservés.
Introduction
De l'Europe à l'Afrique : Acheter des esclaves noirs
Pourquoi la traite négrière ou les débuts d'un commerce fructueux
« L'esclavage est une période de l'histoire universelle qui a affecté tous les continents, simultanément parfois, ou en succession. Sa “genèse” est la somme de tout ce qui est advenu pendant un temps indéterminé dans divers lieux. La traite africaine des esclaves vers le Maghreb, puis en Europe, qui est à l'origine de l'esclavage en Afrique noire, n'a fait que prendre la relève des traites qui duraient depuis des siècles en Asie, sur le continent européen et autour de la Méditerranée. Les Slaves ont fourni leur contingent deslaves, les Esclavons, nos ancêtres les Gaulois vendaient régulièrement leurs captifs d'Angleterre aux Romains, les Vikings en capturaient et en vendaient au long de leurs cabotages. Pirates musulmans et chrétiens se capturaient mutuellement... L'esclavage était amorcé depuis longtemps et il faudrait, pour l'expliquer en Afrique, en expliquer l'apparition sur le continent euroasiatique. Pourtant c'est paradoxalement en Afrique, le dernier des contingents ayant fourni la traite, que l'on cherche encore 1 une explication originelle à l'esclavage. »
Religions, Église et Traite
L'épisode de la malédiction de Cham, dans l'Ancien Testament est fréquemment cité pour légitimer e e l'esclavage des Noirs, particulièrement à partir de la seconde moitié du XVII et surtout au XIX : Cham aurait été maudit par son père Noé pour l'avoir surpris nu. Ses deux frères l'auraient alors réduit en servitude. Et de fait, les Africains reçurent le qualificatif de « fils de Cham » et de « race maudite ». Les Noirs étaient nés pour être esclaves, ainsi que l'affirma le Carmélite Maurile de Saint-Michel dans son Voyages des îles Camercanes, publié en 1652. Après son passage aux Antilles, il écrivit en effet : « [...] Cette nation porte sur le visage une malédiction temporelle, et est héritière de Cham, dont elle est descendue ; ainsi elle est née à l'esclavage de père en fils, et à la servitude éternelle [...]. Dieu a répandu les Européens dans l'Amérique pour habiter les demeures des Américains, descendus de Sem [l'un des deux fils de Noé à avoir recouvert sa nudité] ; et les descendants de Cham, qui sont nos nègres africains, 2 les y servent ».
L'existence de l'esclavage dans un monde chrétien était loin d'être un profond paradoxe. Ainsi que le souligne Alphonse Quenum, « l'Église primitive semble profondément tributaire de la pensée de Saint Paul qui n'invite pas son ami Philémon à libérer son esclave Onésime qu'il a converti et qu'il lui renvoie, mais se contente de l'exhorter à une vie plus fraternelle avec lui parce qu'il est devenu chrétien. De fait, l'Église primitive a surtout cherché à justifier cette institution, fortement enracinée dans la vie sociale, que constituait l'esclavage. Tout semblait l'y pousser : la pratique de l'esclavage dans l'Ancien
Testament, l'environnement et l'héritage de la loi romaine, la morale du Nouveau Testament qui invite sans cesse l'esclave à une religieuse soumission à l'égard de son maître. [...]
Sous l'influence de Saint Augustin, elle a longuement traîné l'idée que l'esclavage s'explique et se justifie comme le fruit du péché. Et il est difficile de considérer comme un simple fait divers que des papes et des conciles d'Églises locales s'en soient servis comme peine ecclésiastique. Par ailleurs, l'influence de la philosophie grecque, combinée avec la loi civile romaine a fortement influé sur e l'enseignement de l'Église à propos de l'esclavage, surtout à partir du XII siècle et jusqu'à la fin du 3 Moyen Âge. » Cependant, l'Église n'eut pas toujours la même attitude face à l'esclavage, dont les modalités se modifièrent au cours des siècles : à la fin du Moyen Âge, les esclaves blancs se faisaient de plus en plus rares, progressivement remplacés par ceux à la peau sombre. Si après le concile de Nicée de 325, la liberté égale des hommes était rappelée et souhaitée, en 1454, pour des raisons politiques, les Portugais étant ses alliés, la papauté approuva et légitima la traite — en effet, on sauvait les Africains des flammes de l'Enfer en les baptisant et leur donnant une instruction religieuse —, jusqu'à ce que Pie II en 1462, puis Paul III en 1537 s'opposent formellement à l'esclavage des non-chrétiens. Mais cette position ne dura pas : le Saint-Siège ne pouvait entraver les visées e économiques des plus grandes nations catholiques, il s'inclina donc à la fin du XVII siècle, ne formulant une défense expresse et définitive qu'en 1839. En revanche, ainsi que le souligne Alphonse Quenum, la branche protestante du christianisme s'opposa très tôt à la réduction des Noirs en servitude, s'appuyant 4 sur le postulat qu'il fallait aimer son prochain comme soi-même.
Des considérations d'ordre moral, soulignant l'absence d'humanité des Noirs et les ravalant au rang de bêtes, furent également mises en avant pour légitimer traite et servitude des Africains. « Tous les voyageurs qui les ont fréquentés, tous les écrivains qui en ont parlé, s'accordent à les représenter comme une nation qui a, si l'on peut s'exprimer ainsi, l'âme aussi noire que le corps. Tout sentiment d'honneur et d'humanité est inconnu à ces barbares : nulles idées, nulles connaissances qui appartiennent à des hommes [...]. La brutalité, la cruauté, l'ingratitude, voilà ce qui forme leur caractère. Leur naturel est 5 pervers ; toutes leurs inclinations sont vicieuses. » Les philosophes des Lumières ne s'offusquèrent pas non plus de la pratique de la traite. Il leur sembla même que les Africains fussent naturellement désignés pour le dur labeur des colonies. Ainsi trouvait-on dans l'Encyclopédiel'article « Nègres » : « [...] à L'excessive chaleur de la zone torride, le changement de nourriture et la faiblesse de tempérament des hommes blancs ne leur permettant pas de résister dans ce climat à des travaux pénibles, les terres de l'Amérique, occupées par les Européens, seraient encore incultes, sans le secours des nègres que l'on y a fait passer de presque toutes les parties de la Guinée. Ces hommes noirs, nés vigoureux et accoutumés à une nourriture grossière, trouvent en Amérique les douceurs qui leur rendent la vie animale bien meilleure que dans leurs pays. Ce changement en bien les met en état de résister au travail, et de se multiplier abondamment. [...] Les vaisseaux transportent dans les colonies les nègres qu'ils ont trafiqués, soit que ces nègres aient été pris en guerre ou enlevés par des brigands, ou livrés à prix d'argent par des 6 parents dénaturés, ou bien vendus par ordre de leur roi, en punition de quelque crime commis [...]. »
Les premiers pas des négriers en Afrique
Sous les explications et légitimations d'ordre théologique, moral et biologique, la véritable raison de la traite des Noirs et de leur réduction en esclavage relève du domaine économique. Depuis la Grande Peste, la demande en main-d'œuvre servile, qui depuis l'Empire Romain n'avait pas complètement disparu dans le monde méditerranéen, augmenta, notamment dans le domaine agricole. Les plantations de canne à sucre, en particulier, dont les Européens avaient appris les techniques de raffinage des Arabes lors des croisades gagnèrent rapidement les pourtours de la Méditerranée jusqu'à Madère. En 1500, les Portugais en implantèrent sur l'île de Sao Tomé au large du Gabon, se procurant les esclaves nécessaires au Congo. L'installation de plantations aux Amériques ne fit qu'accélérer et amplifier le mouvement.
e Mais jusqu'au milieu du XV siècle, on comptait encore peu d'esclaves noirs en Europe même. Jusqu'à la découverte des Amériques, l'Europe n'avait en effet pas besoin de main-d'œuvre servile en masse ; les esclaves qu'elle employait par exemple en Méditerranée orientale à la fin du Moyen Âge étaient majoritairement des chrétiens orthodoxes traités notamment par les marchands italiens. C'étaient le Sud du Portugal et Madère qui possédaient le plus grand nombre d'esclaves noirs. Ces derniers leur étaient vendus par les réseaux commerciaux musulmans. C'est pour se passer de cet intermédiaire que les Portugais décidèrent de descendre le long des côtes de l'Afrique, tout d'abord à la recherche d'or, puis lorsque l'exploitation américaine débuta, d'esclaves. C'est ainsi que le Portugais Nuno Tristao donna le coup d'envoi de la traite européenne en 1441 en vendant des esclaves originaires d'Afrique de l'Ouest à Lisbonne. Pendant un siècle, les activités européennes de traite restèrent limitées. Elles prirent leur essor en 1520, lorsque l'Espagne, face à la mortalité massive des populations d'Amérique centrale et latine, décida d'importer massivement des Africains dans leurs possessions d'outre-Atlantique, avec l'accord du Saint-Siège, pourvu que les esclaves noirs reçoivent une instruction religieuse. En raison du traité de Tordesillas qui interdisait aux Espagnols, déjà possesseurs d'une bonne partie de l'Amérique du Sud, de e convoiter les richesses africaines, ce furent les Portugais qui se chargèrent au XVI siècle, puis les Hollandais, un siècle plus tard, d'alimenter le marché espagnol, bien que le plus gros demandeur de main-d'œuvre servile fût le Brésil, possession lusitanienne. Ce dernier s'approvisionnait particulièrement en Angola et au Congo, qui devinrent encore plus des terrains de traite portugais lorsque les Hollandais les chassèrent entre 1660 et 1715 du Sénégal et du Golfe du Bénin. Anglais et Français ne s'imposèrent qu'au Siècle des Lumières, suivis dans les dernières décennies par les Américains.
Les premiers Français, probablement des Normands, commencèrent à fréquenter les embouchures des fleuves Sénégal et Gambie vers 1530. Entre 1570 et 1610, quelque 330 navires quittèrent les côtes normandes pour l'Afrique de l'Ouest. Ces marins qui n'hésitaient pas à se livrer de temps à autre à la piraterie semblaient alors plus attirés par l'or et le poivre que par les corps d'ébène. Puis lors de la crise du trafic traditionnel de céréales ou de produits de pêcheries, la « solution insulaire » apparut à de nombreux ports comme la planche de salut : le commerce avec les îles était peu contraignant, exceptée la taxe de 5 %, bientôt baissée à 3 % perçue par la Compagnie des Indes sur la marchandise.
La Guadeloupe et la Martinique devinrent colonies françaises en 1635 et 1642, Cayenne, en Guyane ne tarda pas non plus à passer sous domination française. Or les « engagés », chargés de mettre en valeur
les nouveaux territoires antillais, n'étaient pas légions. Pour pallier ce manque, on pensa, en France comme ailleurs, aux esclaves noirs, qu'on achetait encore de manière sporadique. L'appât du gain apporta un argument supplémentaire à la préférence d'un non-libre à celle d'un « engagé » : l'achat du premier coûtait bien moins cher que l'entretien du second, et l'esclave restait lié à vie à son maître qui possédait également la descendance de son travailleur forcé. Ce secteur d'activité réussit si bien aux économies européennes qu'on pouvait lire en 1720 dans un Mémoire adressé au Roi par les marchands de Nantes : « Les richesses de nos colonies sont aujourd'hui le principal objet de notre commerce et le commerce de Guinée en est tellement la base que, si les négociants français abandonnaient cette branche du commerce, nos colonies seraient nécessairement approvisionnées par les étrangers de Noirs ; et par une suite infaillible, de toutes les denrées de l'Europe qui s'y consomment [...]. De là, le fait que nous n'avons point 7 de branches de commerce aussi précieux en l'état que le commerce de Guinée [...] ».
En quelque sorte, selon ces négociants de Nantes, la concurrence exercée par les nations européennes dans le cadre du commerce avec les îles condamnait les marins français à se livrer à la traite négrière. S'ils n'achetaient pas de Noirs, essentiels au développement économique des Amériques, d'autres le feraient à leur place. Les explications morales et religieuses s'effaçaient devant les impératifs e commerciaux. Tant et si bien qu'au XVIII siècle, on pouvait considérer l'Europe négrière comme une réalité. Pratiquée majoritairement par les pays possédant une façade atlantique (à la tête desquels on retrouve l'Angleterre, puis le Portugal et la France, et loin derrière, la Hollande et le Danemark), la traite négrière entra également dans l'économie de contrées au débouché maritime inexistant. C'est ainsi que la Suisse participa au financement de campagnes de traite, au départ de Marseille et surtout de Nantes. Prusse, Russie, Belgique, Suède ou encore la Norvège se livrèrent de manière beaucoup plus ponctuelle à cette activité.
Les grands ports de la traite, l'exemple de la France
 Nantes, Bordeaux, Le Havre et La Rochelle devinrent les têtes de pont du commerce négrier français. Si la France s'essaya ainsi avec succès à ce type d'activité, c'était aussi parce que c'était un moyen efficace pour lutter contre l'ennemi de toujours, l'Angleterre, plus qu'experte dans le monde du négoce. Trois grands ports anglais se partageaient le commerce triangulaire : Londres, Bristol et Liverpool. Ce dernier s'imposant au milieu du Siècle des Lumières. L'Angleterre menaçait de ravir à la France son commerce avec les « Isles », ainsi qu'en témoigne Gaston-Martin : « Les Anglais sont plus redoutables encore. Non seulement ils peuvent fournir aux Antilles françaises les mêmes produits qu'aux Hollandais et à des conditions sensiblement avantageuses, mais ils sont de plus les principaux fournisseurs du marché négrier. En 1713, le traité de l'Asiento[privilège d'introduire les esclaves dans l'empire espagnol, qui tout d'abord avait été accordé aux Portugais] a fait passer entre leurs mains la fourniture des nègres aux colonies espagnoles dont la France avait été chargée jusque-là. Ils en ont profité pour essayer d'établir un véritable monopole de ce trafic, et en viennent offrir les produits jusque dans nos domaines. Si on les laisse faire, ils nous évinceront de nos propres territoires ; et l'éventualité inquiète autant les négociants que le pouvoir. Pour ne pas perdre un marché qui absorbe les vins de France, comme les toiles des Indes, les meubles, comme les vêtements, et jusqu'aux matériaux de