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Provins

De
332 pages
Sous l'autorité des comtes de Champagne, Provins a constitué son identité économique, sociale et juridique et affirmé son rayonnement bien au-delà de ses murailles. Créée vers 1152 par le comte Henri le Libéral, la commune s'épanouit sous le règne du roi Philippe le Bel. Dirigée par un petit groupe de notables, la commune s'investit au service du souverain et s'adapte avec souplesse aux exigences de la monarchie. A partir de 1315, la ville connaîtra crises et difficultés financières. Une contribution à l'histoire des communes médiévales
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PROVINS
Une commune du comté de Champagne et de Brie (1152-1355)

@L'Hannatlan,2005 ISBN: 2-7475-7911-5 EAN 9782747579117

Véronique TERRASSE

PROVINS
Une commune du comté de Champagne et de Brie
(1152-1355)

Préface de Christian JACOB

Ouvrage publié avec le soutien de la ville de Provins

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti 15 10I24 Torino ITALIE

Carlu/aire de /a Ville (Bibliothèque de Provins. Ms 89 )

FO 189. Lettres de franchises de Provins. 1230

PRÉFACE

Depuis

Claude

HATON

au XVlème

siècle,

en passant

par RUFFIER

et

GRILLON

au XVllème

siècle

jusqu'à
historiques

Christophe
publiés

OPOIX,
sur la Ville

Félix
de

BOURQUELOT PROVINS. L'ouvrage contribution vivace
La Ville

ou plus récemment d'ouvrages

le Chanoine

VEISSIERE,

nombreux

ont été les auteurs

de Véronique inédite

TERRASSE

apporte Cité,

incontestablement

une

sur l'histoire

de notre

ville de Saint-Ayoul,

depuis

plus d'un millénaire.
telle plonge un éclairage provinoise. par cette Comtes que nous la connaissons au cœur sur dans du Xllème la naissance aujourd'hui ses structures siècle. Cette

occidentale,

et son organisation, étude de nous offre

ses racines remarquable

et l'essor encore

la société

urbaine

PROVINS période

reste historique

marquée sous

physiquement des sociale

de son apogée

où,

l'autorité

de Champagne, et où elle

elle a constitué a affirmé son

son identité rayonnement

économique, bien au-delà

et juridique

d'elle-même.

La thèse mécanismes de grands glorieuses. Ce travail mémorable

de Véronique moments

TERRASSE subtiles

nous permet
qui ont permis

de saisir

les

socio-économiques de grandeur,

à PROVINS moins

mais également

des périodes

remarquable des ouvrages

a d'ores-et-déjà de référence.

trouvé

sa place

dans

la liste

Christian

Jacob

Ministre

INTRODUCTION La commune
d'institution de sa force distingue cités place urbaine. nettement Son bourgs

médiévale
Municipalité par ces traits avec

de Provins
à la stature des le pouvoir puissantes

offre
central

l'exemple d'un type original
modestes, puis nées tirant royal, dans d'autres celles du règne l'essentiel Provins les grandes institutions mises en VII de Louis se princier

et aux ambitions communes

de la coopération

de Flandre. destinées dans des

caractère et des

instrumental cités

marqué royal

la rapproche telles, à partir

urbaines

à servir

l'autorité

du souverain, du domaine

par exemple,

(1131-1180). la ville Thibaut rang foires royaume se traduisit d'une contraire, qu'après jamais pleine celle des qu'elle

Mais, elle se différencie
«gouverne». Troyes pôles Provins, une des économiques et compte La puissance politique autonomie. long

également
confiée capitales européens

de ces dernières
du comté du XIIIe aussi parmi

par l'importance
en 1230 Elle figure

de
par au

à l'administration siècle

échevinale

IV est avec grands

de Champagne.

par l'importance populeuses et démographique municipal fort,

de ses cités du ne

et de sa draperie de France.

sans

doute

les plus

de la ville

au plan d'un de

économique pouvoir la commune à son

pas au plan et entière d'une

par l'apparition L'histoire et qui, souverain. qui, quoique et difficile du pouvoir

jouissant est, au

provinoise apogée,

institution protectrice

non dépourvue même

de dynamisme,

ne s'affirma ne s'émancipa

un cheminement de la tutelle

Retracer cette histoire s'avère une entreprise difficile. Les sources, arides, petit nombre, concentrées sur un intervalle de temps restreint, laissent subsister longues périodes d'obscurité dans l'existence

en de

Avant 1230, les textes La date elle-même de création de cette institution reste incertaine: 1152 n'est que l'année où un texte mentionne pour la première fois une commune à Provins. Plus encore, les traces recelées par les archives antérieures à 1230 sont ténues au point que l'existence même de la commune, en tout cas sous une forme institutionnelle, est discutée et que sa

sur lesquels s'appuyer sont au nombre

de

de la commune. moins de cinq.

pérennitéjusqu'au règne de Thibaut IVparaît pour le moins peu assurée. A partir de
1230, année où le comte de Champagne accorde à Provins une charte de franchises instaurant un échevinage, les informations se font moins rares et plus sûres tout en

restant encore très fragmentaires jusqu'en

1271. Entre ces deux dates, ce qu'on peut

savoir de la commune provient essentiellement, pour ce qui est des sources directes, de quelques chartes de franchises octroyées ou renouvelées par les comtes. L'intervalle de soixante-dix ans qui suit 1270 s'affirme comme le véritable coeur de l'enquête sur la commune provinoise puisqu'on dispose enfin avec le Carlu/aire de /a ville, d'un accès direct à de multiplesaspects de la vie communale. Après 1339, les sources tarissent et le voile retombe, épais, sur les dernières années de la communeà peine éclairées par les faibles lueurs de quelques informations tardives, brèves et bien

dispersées tirées de recherches modernes et de compilations d'actes médiévaux menées à bien par des érudits provinois des XVIIe et XVIIIesiècles.
Unique vestige des archives de l'échevinage provinois, le Carlu/aire de /a ville
1

occupe une place centrale dans cette enquête. Oeuvre des clercs de la commune ou de copistes travaillant sous leurs ordres, ce volume qu'une main anonyme du XIVe siècle présente comme le «librum Pruvini stantem in domo communie dicti Pruvini», contient non seulement les chartes octroyées à la commune par les comtes, les rois ou leurs représentants mais encore des comptes et des registres de juridiction, témoins de l'administration quotidienne de la ville et du vilois par l'échevinage. Les registres de juridiction souvent intitulés «Registre des desavoes dou corps de /a ville et du vi/ois...» intègrent eux-mêmes des actes d'une grande diversité, du contrat de vente ou de location au règlement de métier en passant par des reconnaissances de dettes, des quittances, des contrats d'apprentissage, des établissements de tutelle, des nantissements, des partages d'héritage, des enquêtes, des condamnations, des assurements... tous actes civils ou pénaux parmi lesquels, il est vrai, le désaveu, sauf dans les derniers registres, tient une place largement prépondérante. Outre la diversité des informations qu'il contient, le Carlu/aire offre les avantages d'une source relativement continue sur près de soixante ans. Il se prête donc à une exploitation systématique par la constitution de séries informatives diachroniques et synchroniques variées qui multiplient les angles d'approche possibles de l'histoire communale. Sa situation temporelle, à la charnière des XIIIe et XIVe siècles, offre la perspective de conduire pour Provins, dans le domaine politique et social, un travail similaire à celui mené au plan économique par R.H. Bautier lorsqu'il s'attacha à cerner les transformations du commerce aux foires de Champagne: retracer une chronologie aussi fine et précise que possible des évolutions de la commune à un moment où s'amorcent les difficultés,les crises et les mutations du siècle suivant. Un vaste travail restait donc à faire à partir de ce manuscrit et ce en dépit de son utilisation par les historiens provinois dès l'époque moderne et des recherches de F.Bourquelot et d'E. Chapin qui usèrent largement de ce volume.

1 Edité, avec un index des noms de lieu et de personnel par PROU (M.) et AURIAC (J. d'), Actes et comptes de /a commune de Provins de l'an 1271 à l'an 13301 Provins, Société d'Histoire et d'Archéologie de l'Arrondissement de Provinsl 1933. Une grande partie des informations de cette étude provient de ce
« Carlu/aire»

6

Trois temps rythment la réflexion sur la commune provinoise. Le premier temps de la recherche s'articule autour d'une question: ce qu'a été la commune de Provins. Phénomène perpétué sur une durée probable de deux siècles, la commune devait être saisie en tant qu'objet muable. L'observation de ses transformations, le repérage des étapes de son évolution constituent un des principaux fils conducteurs de cette première approche. Les hasards de la conservation des sources ont fait que les réponses apportées à ces interrogations, l'ont été surtout dans le domaine
institutionnel. approfondie Le choix de ce cheminement supposait, bien entendu, une enquête aussi que possible, en dépit de la rareté des informations, sur les origines

communales. Le premier chapitre tente de jeter quelques lumières sur les circonstances de sa naissance et les premiers privilèges qui lui furent accordés, avant de procéder dans le deuxième chapitre à l'examen des institutions communales. Celuici ne pouvait pas se limiter au seul recensement des magistrats et de leurs pouvoirs, tâche déjà en grande partie menée à bien par F. Bourquelot et E. Chapin; il fallait plutôt viser à éclairer le schéma de fonctionnement de ces institutions; autrement dit, établir le rôle dévolu à la commune par les chartes au sein de la ville, saisir et préciser les rapports instaurés entre elle et les princes, exposer les éventuels éléments d'organisation interne imposés par ces textes tandis que leur comparaison avec les rouages réellement établis fournissait un élément d'appréciation du degré d'autonomie de la municipalité. Ces objectifs rendaient nécessaire analytique traditionnelle des chartes pour opter en faveur l'abandon d'une lecture d'une lecture "systémique"

des franchises de 1230, seul texte "fondateur" encore disponible. Ce dernier mode d'approche semblait, en effet, plus à même de restituer la cohésion et la logique d'ensemble qui sous-tendent les libertés accordées à la commune provinoise. Il devenait ensuite plus facile, sur les bases jetées par ce chapitre, de suivre les transformations de cet organisme et d'en apprécier l'importance. L'ultime étape de cette première partie s'attache à enquêter sur l'octroi en 1252 d'une nouvelle charte de libertés communales. antérieurs, à quelques partielle mais sensible Considéré comme une simple confirmation des privilèges modifications près, ce texte marque en réalité une réorientation des relations du comte et de la commune, réorientation liée aux

difficultés alors rencontrées par cette institution. La progression à l'intérieur du thème de l'évolution institutionnelle communale s'interrompt à la mort de Thibaut IV, le règne de ses successeurs voyant la stabilisation et la consolidation du pouvoir municipal étudiées dans le cadre de la troisième partie.
La deuxième et dans humaine domaine des le premier et sociale dès la partie partie tiers de tente du XIVe une description siècle. n'éclairent dans Elle Les de la commune se consacre premières guère la commune pas incursions à la fin du XIIIe risquées de statut à son sources siècle ce

à l'étude

de la dimension dans juridique car

la commune.

précédente à entrer

que les questions ou soumises des

personnes

autorisées de franchises

autorité, d'information

les chartes

ne représentent

la meilleure

7

pour appréhender

la structure,

le poids

démographique

et social

d'une

communauté

singulière et les resituer au sein d'une ville. Ces trois chapitres représentent les points les plus délicats et les plus frustrants de l'enquête, car les sources laissent en suspens bien des questions. Il est, par exemple, possible de se faire, à travers elles, quelque idée de la répartition de la population communale dans les différentes activités économiques et les divers métiers de Provins, mais la reconstitution de la hiérarchie sociale intra communale est, en revanche, infiniment plus sujette à caution, et, en tout état de cause, seules des hypothèses peuvent être risquées quant à l'éventuelle différenciation, hormis les caractéristiques de statut, du groupe des bourgeois d'avec le reste de la population urbaine. Les imprécisions de ce tableau sont aggravées par l'obscurité qui entoure, dans cette ville, y compris pour la draperie pourtant, toute l'organisation du travail, principe structurant fondamental si importante de société s'il

en est. Avec le naufrage quasi complet des archives propres à éclairer ces aspects de l'organisation sociale provinoise, on a sans doute perdu toute chance d'explorer en profondeur certaines dimensions des troubles qui secouent à plusieurs reprises la ville et la commune Traitée à partir de la fin du XIIIe siècle. à nouveau dans une perspective dynamique, la troisième partie

s'attache à mettre en évidence les transformations administratives et politiques qui affectent la commune entre 1270 et 1355. Le problème du "déclin" municipal, de sa chronologie et de son processus forme un fil conducteur traversant les trois chapitres de cette partie. L'observation détaillée du quotidien Carlu/aire de /a Ville oriente et alimente le questionnement administratif par le biais du de la thèse traditionnelle sur les angles ou de ses

l'affaiblissement communal sous la royauté. Elle ouvre la porte, en multipliant d'approche, à une appréciation du gouvernement échevinal, de ses succès

échecs à la fin du XIIIe siècle, très différente de celle obtenue par une approche très focalisée sur les crises sociales ou les déficits des comptes de la ville. Le premier chapitre, couvrant un intervalle d'environ 35 ans (du règne de Thibaut V au mariage de Philippe le Bel avec la comtesse Jeanne), met en lumière les ambiguïtés d'une période où la commune, pourtant mieux assurée de sa place au sein de la ville, affronte, dans un contexte de changement dynastique, des troubles sociaux d'une violence croissante nés de la contestation de la politique fiscale des derniers comtes puis du roi Philippe le Hardi. Le deuxième chapitre montre comment, les dernières séquelles des crises surmontées, par le biais de l'engagement au service du roi, la commune connaît une période d'épanouissement administratif. L'étude détaillée des divers aspects de la gestion de la ville Uuridiction civile, justice pénale, police et sécurité publique, réglementation économique...) et des hommes qui en ont la charge permet de témoigner de la vitalité de l'institution sous le règne de Philippe le Bel. Cette ultime partie se clôt sur le déclin de la commune provinoise, minée par l'opposition de plus en plus déterminée du commun à la gestion des dirigeants municipaux, progressivement privés du soutien du pouvoir royal.

8

REMERCIEMENTS

Arrivée au terme d'un long parcours qui me conduisit, par des chemins inattendus et parfois difficiles, d'une tentative de recherche sur l'économie provinoise au temps des foires de Champagne à l'étude d'une structure politique, celle de la commune de Provins, je tiens à exprimer toute ma gratitude envers tous ceux qui contribuèrent à l'achèvement de ce travail. Elle va d'abord à Monsieur Philippe Braunstein, directeur de recherche à l'E.H.E.S.S., qui m'accorda avec une générosité vraie du temps, une attention humaine et chaleureuse et une confiance sans lesquelles ce présent ouvrage n'aurait pas pu voir le jour. Sa direction sûre, exigeante au meilleur sens du terme mais pleine de tact et de délicatesse, sut, en m'enseignant la valeur de a comparaison et de l'approche indirecte, m'éviter les écueils d'une méthode de recherche qui très centrée, par nécessité, sur les détails des sources provinoises aurait pu conduire à l'asphyxie. Je lui sais gré encore des portes qu'il m'ouvrit par ses démarches et son appui, des contacts qu'il me permit de nouer et, parmi les nombreux conseils utiles dispensés, des pistes de réflexion fructueuses qu'il m'indiqua. Mes remerciements s'adressent aussi à Mesdames Dominique Cardon, Piponnier et Monsieur Albert Rigaudière, qui ont accepté de me donner de

Françoise

leur temps, de leur intérêt et qui par leur savoir m'ont permis d'éclairer et de mieux comprendre des points particulièrement techniques des pratiques de production et des pratiques d'administration provinoises. Quant à MM Jean Mesqui et Michel Veissière (hélas décédé avant la fin de ce Madame Pascale Verdier, que leurs propres recherches sur l'histoire de Provins rendus familiers des fonds provinois, ils ont largement facilité par leur des archives mes premières explorations, des renseignements tirés de leurs travaux n'hésitant pas, de plus, à me personnels.

travail), avaient

connaissance communiquer

Je remercie encore les personnes du Centre d'Histoire juridique aux Archives Nationales et de l'\.R.H.T., ainsi que les bibliothécaires de la Bibliothèque municipale de Provins qui m'accueillirent avec gentillesse et dont la compétence me livra accès à de multiples sources. J'adresse à ce propos une pensée particulière à Madame Anne Marzin, conservateur à la Bibliothèque municipale de Provins, dont la qualité
professionnelle aide précieuse. mais aussi la disponibilité, l'amitié et les encouragements furent une

Ma reconnaissance enfin va aux membres de ma famille qui par leur soutien moral et logistique contribuèrent largement à la réalisation de ce travail. Quant à mes parents, comment résumer en quelques mots tout ce que je leur dois, de leur présence dans les moments difficiles comme du temps passé à la relecture de chapitres ou à la traduction de certains articles en allemand... Puissent-ils trouver dans ce travail que je leur dédie un hommage à tout ce qu'ils m'ont apporté.

10

PREMIÈRE PARTIE LE MOUVEMENT D'ÉMANCIPATION COMMUNAL

CHAPITRE

I

AUX ORIGINES

DE LA COMMUNE

I. UNE NAISSANCE OBSCURE
1) Les données du problème

Dans les recherches sur l'histoire de Provins, l'habitude a été prise depuis les travaux monumentaux de F. Bourquelot de ne considérer la commune qu'à partir des lettres de franchise du comte Thibaud IV en 1230 qui instauraient un gouvernement municipal. Pourtant les archives provinoises conservent la trace ténue de l'existence d'une commune bien antérieure à cette année. Elle n'a pas échappé aux historiens du XIXe siècle2 comme du XXe siècle mais ils n'y ont souvent consacré qu'une attention fugitive. La première analyse réelle en a été tentée par E. Chapin dont l'approche était entravée par l'assimilation entre "commune" et "organisation municipale", et la conviction que le terme même de "commune" avait un sens très vague.3 Beaucoup plus récemment, J. Mesqui dans l'Histoire de Provins a repris cette étude et a mis en valeur quelques éléments peu exploités jusqu'alors en dépit de la rareté d'information.

-

De fait, seuls deux documents témoignent de manière directe sur cette première communeet encore ne comportent-ilschacun qu'un bref passage révélateur. Le premier d'entre eux figure dans une charte de 1153 où le comte Henrile Libéral
2 F. Bourquelot

avait déjà acquis la conviction de l'existence d'une commune ou de libertés municipales avant 1230 mais il ne poursuit pas ses recherches au-delà de ce constat. BOURQUELOT (F.), Histoire de Provins,
particulier apparaît assez nettement

2 voL, 1839-1840, Marseille, Lafitte, 1976 (rééd.), p. 206-7. 3 Cette assimilation entre la commune et un mode de gouvernement dans deux passages commentant plusieurs actes de Troyes

et de Provins

où figure le mot "communia":

"l'usage trop lâche du mot vague "commune" et de ses dérivatifs dans les documents du Moyen Age nous permet seulement de dire qu'il existait peut-être une commune à Troyes". Conclusion presque identique en ce qui concerne les sources mentionnant une commune à Provins avant 1230 ; "en l'absence d'autres documents nous ne pouvons savoir s'jl existait une organisation communale à Provins dès cette époque". CHAPIN (E.), Les villes de foire de Champagne des origines au début du XIVe siècle, Paris, Champion, 1937,

p.141-144.

accorde divers privilèges aux bénédictins du prieuré de Saint Ayoul.4 Le second passage, beaucoup plus tardif, date de 1190. Ilest inclus dans une charte de Henri Il, où le comte, en vue des préparatifs de son départ en croisade, acense la taille qui pesait sur Provins.5 Ces deux textes suscitent bien des interrogations quant aux origines de la commune et à son évolution entre 1153 et 1190, interrogations auxquelles en raison de l'indigence des documents il est malaisé de répondre. Pourtant en dépit de la brièveté et de l'aspect très allusif de ces quelques lignes, leur analyse lexicale fine a fourni certains indices susceptibles de dissiper partiellement l'obscurité mais leur fragilité a requis le renfort de comparaison avec d'autres exemples mieux connus afin d'en vérifier la vraisemblance. C'est pourquoi aussi les positions qui suivent ne peuvent prétendre qu'au titre de reconstitution quasi archéologique: elles représentent un tableau certes global, mais composite, puisqu'il est fondé sur l'exposition des éléments d'origine associés à des essais de restitution des vides reposant sur l'examen de la logique interne des sources et la confrontation à des références externes.
2) La commune de 1153 est-elle une création d'Henri le libéral?

Le texte de 1153 évoque la commune sous la forme "meae communiae Pruvinl'. La présence d'un pronom possessif retient l'attention d'autant qu'il n'apparaît pas dans le document de 1190. Par son utilisation le comte semble revendiquer la "possession" de la commune en même temps qu'il établit un rapport personnel très fort de dispensateur de privilèges, détenteur d'autorité, puisqu'il rappelle l'exemption des hommes de sa commune de la taxe due à Saint Ayoul par tous les autres habitants de Provins et de sa banlieue. Le mot "communia" donne une indication quant à la compréhension de cette "revendication" a priori curieuse. En effet, A Chédeville dans l'Histoire de la France urbaine distingue soigneusement celle-ci de la "communio". Elle correspond en particulier dans le domaine royal voisin de la Champagne, sous Louis VI et Louis VII, contemporains d'Henri le Libéral (1152-1181) à une institution de droit

4

"Ego Henricus notum

Trecensis situm super duntaxat

comes

Pa/atinus, Vousiae,

ecc/esiae questam quas /audo

sancti Aygu/phi nul/um gentibus monachi et conceda que predicto

cunctis unum foragii

fieri va/a, quod in ipsa ecc/esia ripariam exceptis, clerici in villa et ban/euca domo
(F.),

magisterium

habeo

de Pruvino bona augere ; mo/endinum autem ad co/um, moventes, possidenda par M. tailliam
CAILLOT,

desiderans, quod dicitur asinos, meae et

beati Aygu/phi, vel p/ures liberas, communiae

mo/endino, ecc/esiae

equos, hominibus

Pruvini, ab omnibus et domos excepta, notum

in eisdem dictae

degentibus,

Pruvini

pertrusagii pacifiee...".

Lietardi

imperpetuum et futuris quod

BOURQUELOT

Histoire de Provins, comes pa/atinus ascensivi

p. 381 ; B. P., ms 92, "Cartu/aire" composé facio praesentibus sexcentarum

f.o 232. et totius castelli et perso/uta,

5 "Ego Henricus, castel/ariae castel/ariae perpetua

Pruvini

sub annua pensione concessi,

librarum [..]. Unde toti communi incrementum sub hac pensione annuatim

et ejus successoribus et de castel/aria

quod propter quodcumque

castelli sive castel/ariae ab omni taillia... ".

ibidemaliquidnequaquamtailliabo.nectailliarepotero.Scilicet universi de castel/a
BOURQUELOT

et eorum heredes

quiti erunt et immunes

in perpetuum

(F.), o. c., p. 207-208.

14

public reconnue et "privilégiée"
"communio,,6 ou association

utilisée

comme
reposant

instrument

de contrôle
commun

de la
dont les

d'aide mutuelle

sur un serment

bourgeois disputent la maîtrise aux détenteurs du pouvoir public. En ce cas il faudrait comprendre "meae communiae" comme une référence à un ensemble de privilèges et de franchises octroyées par le comte à un groupe d'hommes sans doute encore restreint. Au reste, le contexte de citation de ladite commune - dispense de taxe - plaide pour une telle interprétation. La comparaison avec la situation dans le domaine royal doit-elle
provinoise

être poursuivie
qui aurait

plus loin?
d'Henri

Faut-il

conclure

à la préexistence

d'une communia
communale?

obtenu

le Libéral,

bon gré mal gré,

une charte

Aucune source ne vient étayer directement une telle hypothèse, la concession de franchises ne constituant pas en soi la preuve de l'existence d'un groupe organisé et capable d'exercer une pression sur les autorités. En effet, des recherches diverses ont montré avec clarté que loin de répondre toujours à une demande, pressante ou non, la concession de charte peut fort bien, surtout dans le cas de villes neuves ou de communautés rurales il est vrai, relever de la seule initiative de seigneurs désireux, par

exemple, de développer telle ou telle fondation.?
Toutefois une étude consacrée par A. RigaudièreB au processus d'accès des

communautés urbaines à des formes d'existence institutionnelle, nommées commune ou consulat, doit prémunir contre toute tentation d'écarter de façon hâtive, faute de preuves absolues, l'hypothèse de la présence sinon d'une "communio" provinoise à tout le moins d'une communauté présentant un certain degré d'organisation vers le milieu du XIIe siècle. A. Rigaudière affirme en effet que commune ou consulat, sous leur forme institutionnelle, ne constituent guère qu'une manifestation tardive voire accessoire du cheminement qui a transformé la communauté citadine d'un agrégat d'individus c'est-à-dire
commun

en un "corps", une "université" ; un être singulier doué d'une "personnalité" d'une capacité reconnue, même limitée, à décider ensemble et agir en en son nom propre. Ainsi abordé, le problème de la "communia" de 1153 peut

6 "Louis VI à la fin de son règne, puis Louis VII, se contentèrent
accordant des chartes d'allure dont la précision novatrice aboutissait la communio, reconnue politique". sinon révolutionnaire,

d'approuver

les communes

existantes

en leur

en réalité à bloquer

l'évolution

du processus institution

communal: de droit public de sa

faisait place à la communia, des moyens

et privilégiée

par le monarque

qui eut bientôt

d'en faire un simple

instrument

CHEDEVILLE

(A.), LE GOFF ( J.), ROSSIAUD
à la Renaissance, net dans le cas des fondations

( J.) , Histoire de la France urbaine, 1.2, La ville

médiévale des Carolingiens 7 Ceci est particulièrement constituent un des moyens

Ed. du Seuil,1980, p. 175.
de bourgs nouvelle au XIe et XIIe siècles dont l' "exploitation" où les franchises raisonnable devait

d'attirer et de fixer une population

permettre aux seigneurs de tirer bénéfice. 8 RIGAUDIERE (A.), Universitas corpus, communitas et consulatus dans les chartes des villes et des bourgs

d'Auvergne du XIIe au XVe siècle, ln Gouverner

la ville au Moyen

Age,

Paris, Anthropos, 1993, p. 21-51.

15

se résumer par cette alternative brutale, que l'on veillera à nuancer plus tard: création comtale ou reconnaissance plus ou moins consentie des demandes d'une communauté en voie d'affirmation? La charte des privilèges9 aurait pu fournir de précieuses indications mais elle n'a pas été conservée, si tant est que ces privilèges aient jamais fait l'objet d'une rédaction.
3) Date de création de la commune

On peut essayer de la déterminer à partir de la charte de 1153, si, comme ce texte invite à y penser, la "communia" de Provins doit bien sa naissance officielle à Henri le Libéral, celle-ci ne pourrait remonter, au plus tôt, qu'à 1152, commencement du règne de ce prince. La commune n'aurait alors tout au plus que quelques mois d'existence lors de sa première évocation connue. La proximité probable entre l'accès au pouvoir du comte Henri et la création de la commune provinoise relance la question des circonstances de l'apparition de cette dernière. Les premiers mois de succession peuvent représenter une période de fragilité même dans le processus de renforcement de l'autorité comtale en Champagne entamé depuis Thibaut Il,10propice soit à des gestes de conciliation de la part du nouveau venu soit à des tentatives de pression de la part des gouvernés. Toutefois l'hypothèse d'une commune arrachée à la suite d'une confrontation brutale semble devoir être écartée pour plusieurs raisons parmi lesquelles
un silence absolu des sources de toute nature

- même

si, bien sûr leur disparition doit

être envisagée - qui plaide peu en faveur d'un affrontement majeur. D'autre part, on l'a vu, le contexte global d'affirmation de l'emprise des comtes en ces régions s'y prêtait peu. Enfin, d'une manière plus générale, on se référera aux résultats récents de la recherche historique qui après avoir longtemps surévalué le caractère révolutionnaire brutal du "phénomène communal" dans le cadre d'une vision romantique issue du XIXe

9 P. Charbonnier
d'approche indicateurs position mesure modèle

dans un article consacré susceptible retenus, de résoudre la première l'auteur, rubrique

aux chartes figure comme

urbaines

dans la France le problème

centrale

expose

une méthode Parmi les de la charte

par l'analyse

interne

des textes,

de leurs origines. des origines

particulièrement

révélatrice

dans la mesure l'élément

où, explique

de façon logique ou spontanée, Son contenu fait ensuite Mais cette analyse

on aura tendance se nuance

à placer en première

le plus important. aux habitants présence

l'objet d'un examen

sous l'angle de l'intérêt - la au cas par cas par la prise d'un jointe une grande souplesse des

profite-t-elle de charte,

ou au seigneur? facteurs originales...) des

en compte

d'une multitude d'autres

(importance

des concessions,

date du texte, copie intégrale

de clauses ln Les

qui confère

à cette méthode actes

à une non moins grande rigueur. CHARBONNIER
mouvement seigneurial? origines

(P), Les chartes urbaines dans la France centrale: un
libertés urbaines. du XVIe congrès historiens 1990. p. 265-80. et de Brie. A sa mort

médiévistes de l'enseignement supérieur, publication de l'université de Rouen. Rouen, 10 C'est sous Thibaud Il. en effet, que s'organise définitivement le comté de Champagne en 1152 Troyes Champagne, devient "fief dominant et forme avec ses dépendances
BOURGEOIS

le lot de l'aîné des fils de Thibaut à qui

Blois et Chartres doivent hommage".
Paris, Jouve,

(R.), Le mouvement

communal dans le comté de

1904, p. 18-19.

16

par exemple sous la plume d'historiens tels A. Chédeville, à la rareté des révoltes populaires à l'origine de la fondation d'une commune. L'inaccessibilité de l'événementiel ne masquera pourtant pas un élément important mais d'explication impossible faute de source; la précocité de la commune provinoise. En effet, la date de 1152-3 (Annexe, tableau 1) en ferait l'une des plus anciennes à l'existence connue en Champagne. Cette précocité apparaît d'autant plus remarquable que les trois premiers comtes de Champagne semblent avoir octroyé les chartes de
siècle, a plutôt conclu,
commune
des chartes

ou de franchises
connues
11

avec une certaine
des règnes

parcimonie.

De fait, la grande
IV. (carte

majorité

date

de Thibaut

III et Thibaut

1)

4) Enquête sur les libertés de la commune

de 1153

Bien qu'il ne soit pas possible de reconstituer avec exactitude le contenu des franchises communales, on peut cerner les domaines qu'elles concernaient. J. Mesqui a entamé la réflexion sur ces premiers privilèges communaux. Tout en conservant une grande prudence, il propose deux sphères d'application à ces franchises: la fiscalité et la liberté certaines personnelle. taxes

hommes de la commune

Pour le premier domaine, l'hypothèse s'avère acceptable: les du comte devaient probablement bénéficier de l'exemption de liées à la circulation des marchandises. En effet, il faut

peut-être

rappeler que la charte de 1153 les soustrait à l'obligation de s'acquitter des droits afférents au moulin de Saint-Ayoul et payables à la porte (ad colum). De même, dans
la charte de 1190, c'est encore

pour la seconde
Henri Il s'engageait

fois. En échange du versement
devant toute la commune

à propos de fiscalité qu'est mentionnée la commune annuel de six cents livres, le comte
du château

et de la châtellerie à ne plus

lever de taille. Il ressort de ce dernier passage que les franchises antérieures à cette date - sans qu'on puisse être assuré de la validité de cette affirmation pour 1153, trentesept ans d'écart laissant le temps à de nombreuses modifications, adjonctions, suppressions ou corrections - ne libéraient pas les communiers de ce dernier impôt. Enfin, l'octroi de privilèges fiscaux aux Provinois s'avère d'autant plus probable qu'ils constituent un point essentiel des franchises abrégées des coutumes de Lorris-enGâtinais
12

que les comtes, à partirde HenriI (Annexe,tableau 1),commencèrentà

11 Des références de chartes de franchises et communales ont été rassemblées en nombre important par R. Bourgeois, H. d'Arbois de Jubainville (Histoire des dues et des comtes de Champagne et de Brie, t.V c) et E. Chapin. R. Bourgeois, dans ses recherches, donne au mot commune groupe important d'avoir des mandataires ou représentants justice. C'est pourquoi il fait entrer dans la catégorie un sens relativement large l'assimilant "au droit d'un permanents" chargés d'administrer et de rendre la des textes où ce mot est totalement

des chartes communales

absent. Ce brassage paraît acceptable dans la mesure où des historiens du droit comme A. Rigaudière ont bien montré le peu de validité de la classification rigide entre chartes de commune, de consulat et de simple franchise. 12 H. d'Arbois de Jubainville et R. Bourgeois grâce à un travail de classification des chartes de franchise, communales ou non, en Champagne comtale ont pu établir la présence de quatre types de modèles essentiels dont l'un dénommé le groupe de Troyes correspond à une série des chartes délivrées à partir de 1230. Sur la diffusion des coutumes de Lorris voir aussi PROU (M.), Les Coutumes de Lorris et leur
propagation au XIIe et XIIIe siècles, Nouvelle Revue historique du Droit français et étranger, t. VIII, 1884, p. 204.

17

.
Fismes

Ainaumont

.

Vitry

~
c: o ~ cè <0 ""2\.(")

Provins

..
Bray sur Seine

Vass

~
CI)

et:

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o 10 km -=::::J

.
Il
[]

Chartes délivrées par Thibaut Il Chartes délivrées par Henri I Chartes délivrées par Henri Il

. o
8

Chartes délivrées par Thibaut III Chartes délivrées par Thibaut IV Chartes délivrées par Thibaut V

Carte1
Chartes de franchises et chartes de commune dans le comté

de Champagne

et de Brie (de Thibaut Il à Thibaut V)

18

diffuser sur leur territoire (carte 2). Mais à la différence de l'original, les chartes champenoises ne prévoyaient pas nécessairement la disparition de la taille: celle-ci fut par exemple
Pour d'un comme caractère ville certain

maintenue

à Ervy (charte
le second définition du mot quelles

de 1199).13
domaine, trop moderne librement "liberté" les positions de la liberté de sa personne. âge. Dans bien évoque médiévaux de corps de ces la fin constitutifs tendance lien à la terre localités étaient du de J. Mesqui personnelle C'est le contexte souffrent donnée oublier d'une On pourrait le

ce qui concerne flou lié à une

la capacité éminemment comme suivant état

de pouvoir concret Provins

disposer formes d'E. les pôles des fragilisent

.au moyen pouvaient-elles lorsqu'elle

de foire penser

revêtir?

d'abord d'un de venir Troyes constat mentionnent bien leurs que

les réflexions dans

Chapin, obligations

le développement au "droit serviles". dans hypothèses. XIIe siècle d'aller et de Le ne Mais,

"nouvel

bourgeois" Patault

commerciaux des hommes la première rédigées parmi

librement

et à l'exemption de A.M. âge

et des- redevances partie dès les traits

les recherches

sur la condition

la région

à la fin du moyen que les aucune les seigneurs sur leurs coutumes contrainte

champenoises de résidence aient

de la servilité,14 à maintenir très répandu, bel et bien par qu'en

champenois terres, Toutefois, remet

eu indiscutablement l'idée d'un

hommes

en cause

si ce n'est soumis exemple,

généralisé. telle ne reçurent

les habitants les résidents de quitter de chartes ces

de certaines lieux pour

à une

astreinte: le droit

de Chaumont-en-Bassigny s'installer

et d'Ervy, où ils voulaient

1190 et 1199, par l'entremise
de cette le mérite sorte a jamais pesé n'en de son abolition date droit avant. dans

abrégées

de celle

sur les habitants revient

de Provins,

de Lorris. Si une contrainte ce qu'on ne peut pas affirmer,
à la création des plus de la commune. plausibles qu'il n'ait pour pas été l'activité du XIIe

pas nécessairement une occasion

Cette
l'octroi donné

dernière d'un bien

représente circulation,

assurément mais,

de libre

en définitive,

rien ne prouve

En effet,

la captation auraient la levée

des flux commerciaux pu justifier totale d'appui d'une dès éventuelle

que Thibaud la première obligation

Il ente'ndait

fixer durablement
marchande siècle dans l'assouplissement les villes

dans ses terres
la principauté, voire

de Champagne

et le développement

de
moitié

de résidence

qui servaient

de point

à la politique

de ce prince.

13 Ervy n'est pas le seul exemple ~alement soumis. 1 PATAULT (A.M.), Hommes Université

de maintien et femmes

de la taille. Les habitants en Champagne

de la Villeneuve-au-Châtelot méridionale

y restent

de Corps

à la fin du Moyen-Age,

de Nancy Il, 1978, [Annales

de l'Est], p. 144.

19

.
Fismes

Ainaumont

Vitry

~
~
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Provins 8

Vassy

~
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~
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~ :::3

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15
o 10 km -==::J

Il
[J

Charte modèle: Lorris en Gâtinais Charte modèle: Soissons

8

Charte modèle: Beaumont-en-Argonne Charte modèle: Troyes

o

Carte 2 Les modèles de chartes de franchises et de chartes de commune dans le Comté de Champagne et Brie (de Thibaut Il à Thibaut V)

20

Pour étoffer ces premiers
plus tardif: la charte les références dans l'ensemble une ou de 1230. antérieurs, occupent se présente indépendamment évocations

éléments, Non que

on peut celle-ci passées une place nouvelles de ses

recourir confirme se bornant très

à un document simplement à quelques tandis le comte elle les

beaucoup privilèges qui allusions que

aux concessions du document série de mesures des actes

marginale, prises par mais

le texte

comme

Thibaut offre par avant cette

IV
ces

presque

ancêtres;

des informations

complémentaires en dressant limites. méthode: de dater parfois un bilan Deux tout

sur le contenu de ce qui n'existait importantes

des franchises pas avant doivent utilisée libertés

1230
année, être aucun

et aussi, par la négative
sur leur étendue à propos temporel elle n'ont possible ou si elles émises indice auxquelles qu'elles toujours Provins

et leurs de cette susceptible renvoie une furent

réserves d'abord

toutefois ne fournit déjà

la

source les

avec

précision

existantes

plus

rien ne dit qu'elles
récente dans - ensuite, cadre concernaient un autre

s'appliquaient
selon avant les cas, même

déjà en 1153 et
il n'est l'apparition même pas de la commune

pas

origine données

de discerner

si elles

plus spécifiquement

de cette

dernière.
Dans le domaine des institutions, rien dans le document de 1230 ne laisse supposer l'existence de représentants permanents et officiels de la commune avant

cette date. Cependant, il est possible qu'elle ait disposé à une date précoce de
représentants élus. En effet une lettre, disparue,
du pape Innocent Il, datée de 1212,

d'une plainte des bourgeois et des jurés de Provins.15 De même, les modalités de choix des équipes échevinales, désignées au sein du corps des jurés, d'après les renseignements très tardifs contenus dans un compte communal de 1320, plaident en faveur de la précocité de leur création, sans doute antérieure à la charte de 1230 puisque celle-ci, qui instaure les 13 échevins, reste muette au sujet des jurés. La
coexistence de ces deux collèges pourrait, au reste, expliquer le changement ultérieur de terminologie - par souci de distinction - désignant les magistrats chargés par le comte de gouverner la commune et la ville: le texte de 1230 les appelle jurés, mais dans les chartes postérieures le nom d'échevin s'est imposé. L'existence d'un corps de jurés à Provins est donc probablement beaucoup plus ancienne que ne le suggère la

aurait porté mention

date tardive de leur

première

manifestation

sûre,

en 1281,

au côté des échevins, dans
Mais, remonte-t-elle à

une charte de paix accordée

à la ville par Edmond de Lancastre.

15 LEFEVRE
administration, jurés vous donner

(E.),

Notice

sur la commune nous ont signifié des négociations

de Provins,

son origine

et son étendue, dans vos cloîtres Comme de cette

ses

privilèges

et son

Bulletin de la Société libre d'Agriculture, Sciences et Arts de Provins, 1849-1859, p 166 : "Les
de Provins d'exercer que dans vos églises, à leur préjudice mande et dans vos chapitres. de Dieu ne et de ne plus permettez et grèvement. la maison

et bourgeois vous

doit pas être une maison aux dits bourgeois

de négociations, de sujets

je vous

de vous désister

présomption

de plainte".

21

la première commune? La mention de jurés à Provins en 1212 suit de quelques années seulement le début de la diffusion en Champagne de la charte de Beaumont-enArgonne (Annexe, tableau 1). Cette dernière, octroyée en 1182 par Guillaume aux Blanches Mains communauté de actes administratifs collège des jurés corps de quarante instaurait à côté d'un corps de magistrats chargé de diriger la Beaumont, un conseil de 40 bourgeois qui vérifiait et approuvait les de l'échevinage. Or, à Provins, une liste de 1316 révèle que le comportait 40 membres. On peut donc envisager que la création d'un jurés à Provins se soit faite à l'occasion de l'extension des coutumes

de Beaumont-en-Argonne dans le comté au début du XIIIe siècle (carte 2). Mais, ces quelques indices n'excluent en rien l'hypothèse d'un groupe de représentants de la population de Provins, plus restreint ou d'organisation différente, apparu avec les libertés de 1152 car des chartes de franchises champenoises du XIIe siècle, dont certaines pourtant imitées des coutumes de Lorris-en-Gâtinais, fournissent un petit nombre d'exemples de communautés rurales ou urbaines à qui les comtes accordèrent le droit de se faire représenter: ainsi en alla-t-il des habitants de Meaux en 1179, de la Villeneuve-au-Châtelot dotés la même année de six échevins, ainsi encore des habitants de la montagne au-delà de l'Aisne représentés à partir 1200 par quatre jurés. Les magistrats des communautés disposant de franchises sur le modèle de Lorris ne jouissaient que d'une autorité réduite: à la Villeneuve-au-Chatelot, les échevins administraient les affaires communes de la ville et secondaient le prévôt dans ses plaids, les jurés de la montagne au-delà de l'Aisne avaient à charge de défendre les droits du comte et ceux des habitants. En revanche, les élus des communautés qui comme la Neuville-au-Pont vivaient sous le régime de libertés reprises de la charte de Beaumont-en-Argonne avaient des pouvoirs plus étendus touchant au domaine judiciaire et même financier quoique moins importants que ceux reconnus en 1179 par Henri le Libéral aux magistrats de Meaux. Cette dernière ville, dotée d'une charte communale imitée de celle de Soissons, possédait une large autonomie administrative. Mais, l'exemple meldois constitue un cas isolé jusqu'en 1227 (Annexe, tableau 1). Cette exception se justifiait sans doute par la volonté du comte de juguler ainsi le pouvoir concurrent de l'évêque. A Provins, où le pouvoir du comte ne se heurtait à celui d'aucun rival, il paraît peu vraisemblable, au vu des exemples précédents et surtout par ce qu'on sait de la modestie du rôle des jurés provinois à la fin du XIIIe siècle, que les princes aient été disposés à accorder de larges pouvoirs administratifs aux représentants de la communauté urbaine alors même que la ville était devenue leur seconde capitale. L'essentiel de l'autorité restait donc certainement aux mains du prévôt. Il est presque sûr, par exemple, qu'en matière judiciaire les membres de la commune dépendaient
encore du comte ou de ses représentants, de juger ne fut délégué aux magistrats

assistés

ou non des jurés,

puisque

le pouvoir

communaux

qu'en

1230.

22

Au sujet de la justice, plusieurs indications peuvent encore être retenues. Le texte de 1230 cite à plusieurs reprises des" us et coutumes" de Provins. Ces derniers ne ressortent peut-être pas des franchises accordées par Henri le Libéral à "sa commune". En effet, la seule précision apportée par la charte mentionne les usages de Provins et non de la commune de Provins. En outre, le comte Henri I n'inaugura pas la politique de concessions envers cette ville puisqu'un document de 1137 se réfère aux coutumes, au sens financier du terme, que Thibaut Il avait l'habitude de percevoir en certains lieux. Ilest donc clair qu'en matière fiscale un ensemble de pratiques avait été fixé dès le deuxième quart du XIIe siècle au moins, et on ne peut pas exclure qu'il ait aussi touché le domaine judiciaire. Quoi qu'il en soit, les extraits suivants de la charte de 1230 "et si retien le champion vaincu dont je aurai ma amande aus us et aux coustumes de Provins"; "mais s'ils faisaient jugement ou esgart qui ne fust souffisans,
il serait adrecie a mon esgart aus us et aus coustumes de Provins, sauf ce que il ne leur cousteroit rianf' montrent qu'ils comportaient des tarifs d'amende pour certains délits et

déterminaient
encore constater
Dans des communiers

peut-être aussi certaines
au passage en matière

modalités
de procédure

de règlement
la persistance

de litiges. On peut
du duel judiciaire.
des obligations l'étroitesse des

le dQmaine avant

militaire Thibaut

l'existence

d'allégements douteuse. peser encore fortes de chevaux et changeurs que fut fixée et

significatifs Au vu de

IV s'avère
devait à des contraintes d'âge

concessions des bourgeois, présenter exactions que par

de 1230, les en personne importantes la charte sans

le ban du prince soumettant à l'ost telles que que sans

lourdement telles que

sur les épaules l'obligation de se et à des Ce n'est de se faire soixante saisie de ans, ainsi envers requis domicile de se et, d'une aux du lourdes

limites

ni de fonction

ou de période ou de charrettes. le droit d'âge, maintien

les réquisitions marchands de foire,

de 1230 pénalité des

obtinrent une limite Le

remplacer et décidé que le obligations

en temps montures des

la location remboursement militaires

et des véhicules morts fréquent la coutume des

en lieu et place estropiés. dans la politique limitait mobilisées

de leur

chevaux relativement Alors avec habitants du comte peu que

semble privilégiées. compatible même, les sollicitation très

des comtes le service à leur obligés

les communautés à un éloignement dans la journée à chaque plus présenter manière

de Lorris

le retour de sans

personnes

Chaumont limites abrégées autant que

et d'Ervy de temps

étaient

ni de distance

générale,

des chartes restreignent

de celle de Lorris
leur modèle les

données charges

communautés service militaire.

champenoises

Les anciennes économiques, comme

franchises le révèle

communales paraissent avoir contenu des clauses l'examen de ce court extrait de la charte de 1230

:

"et est à savoir que tuit cil de la commune puent et pourront vendre et acheter héritage et autres choses si comme ils ont fait avant, et ont et auront leur franchises et leur usaiges si comme ils les ont heues devanf'. Ces dispositions possèdent clairement une

23

double portée: elles touchentd'abord les échanges commerciauxen général - "vendre
et acheter [...] autres choses" - confirmant la validité des anciens usages et franchises de la commune qui consistaient selon toute probabilité, pour ces dernières en exemption de taxe, péage et autres tonlieux, si on s'en réfère à la charte de 1153, concessions précieuses pour une villegrandissant grâce aux foires. Elles visent ensuite le commerce d'une marchandise d'un genre particulier: les "héritaiges". Ce terme, comme l'affirme E. Chapin en se fondant sur le contexte de sa première apparition dans le texte,16désigne la propriété immobilière et non les possessions venues par succession.17 Ce passage met en cause le statut des tenures dépendantes de la censive comtale à Provins. La liberté d'en disposer aussi bien pour l'achat que pour la vente dépend nettement de l'appartenance à la commune de leur bénéficiaire. Ce droit présuppose l'abolition de la mainmorte, abolition confirmée par le fait que dans des sources certes beaucoup plus tardives, la perception de cette redevance servile engendre d'assez nombreux conflits entre les échevins et des établissements religieux possesseurs d'hommesde corps dans le territoiresoumis à l'autorité communale.18 Ces franchises figuraient-elles parmi celles octroyées par Henri le Libéral vers 1153? Quoique impossible à prouver,cette supposition ne relève pas de la plus complète gratuité et correspondrait assez bien à l'évolution générale du droit foncier rappelée par A.M. Patault. Elle signale que c'est à partir du XIIe siècle que les hommes libres conquirent le droit de disposer de leurs tenures encore qu'en raison de particularités propres à la Champagne certaines communautés n'en purent jouir que de façon tardive et parfois restreinte aussi bien dans la faculté d'aliénation19 que dans celle d'acquisition.20 La concession de ce droit à Provins, relativement rapide et étendue

16 Le terme sont soumises. aisemant

"éritaige"

apparaît devra

dans
composée

le paragraphe "dou

qui fixe les taux de la jurée. Deux catégories
où entrent La seconde d'ailleurs "veisseil ou en met ou "éritaige"

de biens y
vin et tuit

La première

mueble" de la livre.

d'or et d'argent"

six deniers

qui désigne

par opposition

les biens immeubles devra deux deniers 17 GODEFROY, Dictionnaire de l'ancien 18 C'est par exemple en 1318 un procès et aux échevins hommes Parlement RIVOT 1. III, p. 1208. de Provins. Cette question Le prieur suscite et femmes de corps habitant

de la livre. français, opposant prétend 1. IV, "Héritage". le couvent le droit de Saint-Martin-des-Champs de lever mainmorte, de Provins. la commune de Paris au maire de Paris, avoir

tailles et chevages sur les
Olim du Parlement de Provins. par un arrêt du

en ville et dans également

la châtellerie dans

un conflit entre la commune fO 117.

et le roi, tranché

qui laisse au souverain le droit de lever la mainmorte
(P. CI), Anecdotes sur l'histoire de Provins,

B. P., ms. 101,

19 C'est le cas par exemple

de la Villeuneuve-au-Chêne

dont la charte de franchise, octroyée en 1255
à d'autres était qu'à des bourgeois en droit, de la même ville. limitée,

seulement interdit aux bourgeois de vendre leur héritage 20 La possibilité d'acquérir des héritages en Champagne

villes appartenant
les habitants Champagne,

pour les bourgeois des au comte par l'interdiction de le faire sur les terres d'un seigneur haut justicier lorsque
serfs. LE GRAND (L.), Les coustumes générales du bailliage de Troyes en

étaient

1661, art. 59.

24

comme cessions des du

le prouvent de tenures situés

les dans

multiples l'enclos de urbaines

exemples par des E. Chapin foires, En

de la seconde et dont une peut effet, au XIIe s'expliquer une siècle des

moitié large

du XIIe majorité

siècle concernent

de

rassemblés

terrains décollage

par les conditions sources résidait dans essentielles

locales de

économique des fortunes

la ville.

l'édification de terres Dès situées lors,

à Provins

la possession des marchands. et donc du moins

et d'immeubles il était dans

sur les champs importance que pussent

de foire pour faire

et destinés

à l'accueil

de première des foires

encourager bâties l'objet

les investissements ou non bâties, celles de transactions.

le développement l'enclos

les tenures

commercial,

Au total pour franchises communales

autant qu'on ait vraiment pu approcher le premier état des provinoises, celles-ci ne paraissent pas, tant s'en faut, avoir été

d'une ampleur exceptionnelle. Elles n'entament guère les fondements du pouvoir comtal sur la ville et semblent surtout viser des domaines très précis (fiscalité, "liberté" de commerce, régime des tenures...) dont l'intérêt pour la croissance économique provinoise a déjà été plusieurs fois souligné. Par cette orientation générale aussi bien que par plusieurs détails, les libertés accordées à Provins antérieurement à 1230, sans doute par Henri I peuvent être rapprochées des chartes imitées des coutumes de Lorris-en-Gâtinais très largement diffusées en Champagne à partir du règne de ce prince et jusqu'à la mort de Thibaut III. La conduite du Libéral vis-à-vis de Provins paraît donc avoir avant tout répondu aux exigences d'une politique globale axée sur un projet d'affermissement du pouvoir de la dynastie passant notamment par l'enrichissement successeurs. des territoires contrôlés, projet maintenu et poursuivi par ses deux

5) L'évolution de la commune Trente-sept
apparition Libéral toute perceptible vocabulaire Premier dans a certainement connaissance quelques

entre 1153 et 1190
de la commune la toute jeune de sa seconde institution nous textes prive du de de

ans séparent
Durant des infimes. connu

la première cet intervalle modifications. la

mention

les textes.

de temps, Le manque

de sources des deux mais

sûre,
traces

néanmoins entrevoir la disparition

comparaison

en rend

Des modifications
du pronom

modestes
l'évolution

significatives

et de ton laissent changement, outre

le sens général de
Provins,

possessif

de la commune. dans le texte de 1190,
s'élargit

les références géographiques sont modifiées: de
encore

la commune

au

cadre de la châtellenie. Seconde mutation, la position de la commune dans le

texte,

que ceci puisse en partie s'expliquerpar la différencedes documents, l'un ne

s'adressant pas aux habitants de Provins, l'autre leur étant destiné de façon directe. Au lieu d'apparaître comme le bénéficiaire entièrement passif d'une grâce voulue par le seul prince, elle prend désormais figure d'interlocuteur avec lequel le comte a négocié et accepté de s'engager. Ces maigres détails semblent évoquer un renforcement du

25

rayonnement importance alors déjà cerner dans pressenti plus

spatial sociale la droite

de la commune, et économique ligne

voire ou même

son

importance Une

numérique telle ou 1153 évolution

et par

là son

"politique".

s'inscrirait des habitants de va tenter

du phénomène

d'affirmation

de la communauté de 1152 qu'on

lors de la concession précisément.

des franchises

II. HYPOTHESE DE LA COMMUNE
On a rappelé ou commune d'organisation Rigaudière de cette En dépit des

SUR LES ORIGINES DE PROVINS
précédemment à une communautés que étape urbaines. toute dans

ET LA COMPOSITION

SOCIALE

création un Diverses

de consulat, de monographies montrent bien

ville dont

de franchise et d'A. celles

correspond

processus

"personnalisation"

sur Saint-Flour,21 institution de la grâce carence

de P. Desportes à des groupes répétée dans des la capitale

sur Reims22

la cristallisation l'élément moteur. de leur

de notables sources briarde

qui en constituent provinoises, ont subsisté.

quelques Mais

preuves

l'existence

de tels "noyaux"

leur minceur,

opacité

liée

à la difficulté

d'effectuer

des

recoupements

sûrs

entre

ces

divers grande

ensembles, faute d'avoir pu en identifier les membres, incitent prudence quant aux interprétations qu'il sera possible d'en tirer.

à la plus

1) Un creuset possible pour la commune: les "hommes du vieux marché",
Une charte de 1137 jette quelques lueurs sur un possible creuset de formation de la commune provinoise. Par cet acte Thibaut Il promettait le retour de la foire de la Saint-Martin dans ses anciennes limites. Jusqu'à présent ce texte bien connu des historiens et abondamment cité, avait surtout été étudié du point de vue des foires. Certains éléments laissés de côté se révèlent porteurs de pistes intéressantes pour l'histoire de la commune. Quels sont-ils? Tout d'abord l'insistance remarquable du

21 A. financière,

Rigaudière P.U.F.,

(Saint-Flour, 1982,

ville

d'Auvergne

au

bas

Moyen

Age.

Etude

d'histoire

administrative

et

p. 87, 94 et sq.) note des habitants et les Rémois
rapporté

l'émergence de St-Flour

au cours du XIIIe siècle d'un
autour duquel siècles.
complexe

groupe

d'individus la conquête

dynamiques

de la communauté (P.), Reims
d'évolution

s'organise Paris,
dans

au XIVe siècle 1979,

des libertés. 22 DESPORTES
156-167. Le schéma

aux XIIIe
à Reims

et XIVe
plus

Picard, étroitement pouvoir

p. 73, 76. 78, 83, où une partie de la et
qui

s'avère

la mesure

bourgeoisiel
des
échevinage). secouent

sans doute enrichie au sein de la familia épiscopale,
et en
trouve

se trouve du
des

associée seigneurial

au pouvoir
(prévôté

archevêques

profite,

contrôlant
la bourgeoisie

les

principaux
rémoise

organes

On

néanmoins

à la pointe

différents

combats

communaux

la ville au XIIe et au XIIIe siècle.

26

comte à faire
déplacée condition,

observer qu'il rend la foire aux hommes du "vieux marché" après l'avoir en un autre lieu. Il souligne aussi avec vigueur que cette grâce est soumise à "Hoc autem, ea conditione facio...", et condition sonnante et trébuchante: le

comte percevra la moitié des prix des locations d'immeubles consenties aux marchands lors des foires par les hommes du "vieux marché", ceci venant s'ajouter en nouveauté selon toute apparence aux coutumes et rentes habituelles. Ainsi éclairée, cette charte pourrait bien apparaître comme le résultat d'une négociation entre Thibaud et un groupe de Provinois détenteurs de biens immobiliers sur le terrain réservé à la foire de la Saint-Martin, possessions dont ils tirent des revenus suffisamment élevés pour justifier la convoitise du comte. Au reste en allant plus loin, il ne paraît pas impossible que le premier déplacement de la foire, hors de ses anciennes limites, ait servi de moyen de pression pour amener à soumission un groupe peut-être rétif devant les nouvelles exigences financières de l'autorité. Quelque manœuvre que dissimule cette concession, toujours est-il que ce groupe revêt assez d'importance aux yeux du comte pour qu'il accepte de lui restituer la foire à des conditions certes avantageuses mais qui

n'outrepassent pas celles dont il bénéficiait dans le lieu où il avait auparavant déplacé son grand marché. Dès 1137, on saisit donc à Provins l'existence d'un groupe de notables doté d'un poids économique et d'une cohésion suffisants pour se poser en interlocuteurface à Thibaud Il et, même peut-être risquer une "épreuve de force" où on devine sans peine l'inégalité des négociateurs. Un groupe organisé, reconnu par le comte, actif dans la défense de ses intérêts... mais, constitue-t-il pour autant un de ces noyaux d'hommes de premier plan se présentant en délégués du bien commun autour
desquels se développe la conscience d'elle-même de la communauté des habitants de

la ville et se forge son organisation? La réponse est difficile. Certains indices laissent à penser que ces "hommes du vieux marché" ou certains d'entre eux ont occupé une position d'intermédiaires entre le comte et la communauté des Provinois.
2) Les hommes du "vieux marché" et l'auton'té : le problème des probi homini

Un acte de vente de date imprécise, peut-être de 1138 ou 1140, constitue l'un

de ces indices. Ilmet en scène un nommé GirardusEspanellus,le vendeur,et le prieur
de Saint-Ayoul, l'acheteur. L'affaire se conclut en présence des prud'hommes de Provins. La prise en compte de deux éléments peut nous amener à risquer un rapprochement entre les hommes du "vieux marché" et ces prud'hommes, avec toute la prudence imposée par le caractère décidément bien anonyme des unset des autres.

En effet, des études menées en Champagne et en Bourgogne par Jeanclos sur
l'arbitrage entre le XIIe et le XVe siècle ont montré que les prud'hommes sont en général choisis parmi les "optimates ou gens importants du lieu". Or, on a vu tout à l'heureque par leur fortune au moins les "hommes du vieux marché" peuvent se ranger dans cette dernière catégorie. On sait aussi que dans les diverses villes où il a pu être
étudié et approximativement dénombré, le groupe dominant se limite à quelques

27

familles représentant

au mieux plusieurs dizaines d'individus.23 La qualité éventuelle

de

"probi hominP' pour certains des hommes du "vieux marché" n'est pas indifférente car leur intervention en tant que témoins au côté du comte les situe au premier rang social, renforce leur prestige et les intègre d'une certaine façon au cercle du pouvoir et de l'autorité par la participation à ses rites, ses expressions "officielles", ses conduites, son langage et leur maîtrise. Ce double ancrage, dans la communauté provinoise d'une part - ils sont" de Pruvino" note le texte - et dans le monde du pouvoir d'autre part grâce à leur poids économique, leur prestige social et leur familiarité avec le prince, place bel et bien ces hommes Provins et le comte. en position d'intermédiaires potentiels entre les habitants de

3) Les "hommes du vieux marché" : approche sociale rétrospective

Une charte d'Henri le Libéral, de 1164, apporte de manière indirecte des éléments d'information complémentairesquant à ce groupe. Elleporteconfirmation des limitesdonnées à la foirede mai par son père Thibaud II.Plusieurs éléments doivent retenir l'attentionet, en premier lieu, l'adresse faite aux "ecclesiisJclericisJ militibus,
burgensibus, omnibusque hominibus infra terminos nundinarum mai' domos habentibus..." qui sont les destinataires de ce document. En deuxièmelieu,l'apparition du terme "universitas". Troisième élément enfin, le rappel par le comte lui-mêmedes procédures suivies par Thibaud" pour déterminer aussi bien les limites de la foire de mai que le montant des droits qu'il percevrait sur la location aux marchands des immeubles situés sur les champs de foire. Loin d'apparaître comme une décision unilatérale du comte, la délimitation du grand marché de mai et surtout la fixation de la part du comte dans les bénéfices locatifs réalisés lors des foires, tant celle de mai que celle de la Saint-Martin, évoquée dans le même document,24 a fait l'objet de consultations: celle des "fidèles" dont le prince a reçu le conseil et celle, dans les deux cas, des "ancêtres" du groupe cité en tête de charte pour obtenir leur "accord". La

23 A Reims au XIIIe s. le patriciat vers 1200. A Tours, 8. Chevalier personnes dans une ville d'environ royale. Origine et développement

est composé estime

d'une cinquantaine

de familles pour dix mille habitants un groupe étroit d'environ CHEVALIER

au plus

que les notables

constituent

deux cents

neuf mille habitants d'une capitale

à la fin du XIVe siècle.

(8.), Tours ville

à la fin du Moyen Age, Louvain - Paris, 1975, p. 182. A SaintFlour, ville de bien plus petite taille, les familles dites bourgeoises ne dépassent pas cinq unités. 24 Après avoir rappelé l'interdiction aux marchands de résider hors des limites de la foire de mai, la charte

précise cependant qu'en cas de trop grande affluence, les marchands étaient autorisés à loger "in fora novo".
S'il faut en croire R.H. 8autier, de la Saint-Martin, Michel Veissière, 1993, p. 156. déplacée les foires de Champagne. cette nouvelle à deux reprises ln De l'histoire foire est celle dont parle le document au moins par le comte Thibaud de la réforme. Historiques et Archéologiques de 1137, c'est à dire celle (R.H.), Provins et offerts au chanoine II. 8AUTIER Mélanges

de la Brie à l'histoire

Paris, Fédération

des Sociétés

de Paris et de !'lIe-de-France,

28

version disparu comtaux il s'agit négligeable d'une marché". clercs,

originale dans

du règlement

des

foires

de mai, le texte

probablement

concédé

vers

1141,

a

un incendie.

En revanche, immobilières qui présentait doute établit serrée,

précisant

le montant pour la foire

des prélèvements de la Saint-Martin:

sur les locations de la charte à l'hypothèse sans elle bourgeois

a été conservé de 1164 le document entre entre (bien hommes Thibaud ces

de 1137.

La confirmation

apporte

donc comme les et les

un soutien l'aboutissement du

non

de 1137 Il et derniers

négociation, Par ailleurs, Enfin au moins certaine cohésion chevaliers,

hommes hommes dont

"vieux d'église,

un lien

et autres d'éclairer

mentionnés faiblement) mais des

en 1164 la composition ces hommes niveaux

ils seraient sociale de ce

les ancêtres. hétérogène moins d'une foires. une Cette

elle permet

groupe "des hommes du vieux marché". A première
par les états cohésion d'intérêts sinon fondée de ses membres d'une similitude en 1164

vue, elle peut sembler
devaient tirer de fortune dans puisque une

fort
au

du moins l'enclos "universitas" qui le des le groupe

communauté

sur la possession

de bâtiments un très fort degré comme des

a en tout cas atteint

des descendants c'est-à-dire, composent" selon

des "hommes
A. Rigaudière d'une

du vieux marché" est reconnu
comme un corps au sens "indépendant juridique toute est difficile " clercs25 sauf

membres

et doté

personnalité de source

du terme. étude

à définir
environs s'en des tenir

le

statut

dont jouissaient
Le manque perspectives hommes d'Eglise

les ancêtres
interdisant générales. et autres

de ce groupe

Il reste maintenant de personnages aux
il faudra sur le cas l'évidence

de 1137. à quelques

généalogique,

de se prononcer à rappeler qu'à

ascendants

des

ils n'appartenaient
ou nobles ce serait (ne serait-ce notamment Quant classée dont oublier que

pas forcément
la constitution le caractère par le jeu des

à l'Eglise.
très

Il en va de même
pu paraître au début progressive mouvant

pour le cas des "milites"
le problème, siècle mais, du XIIe de cet état à cet ordre) prestigieuses. des états entre s'agit " de très

en lignage encore de l'agrégation familles les

aurait

simplifier

de la chevalerie et les cette moins nomenclature

au niveau

moins

puissantes dans

aux" bourgeois" ce mot désigne
par ordre de dignité les de décroissant, nobles membres
relevée

à l'évidence une catégorie

de Provinois

intermédiaire

les ecclésiastiques, vraisemblablement
"burgensibus

et les "hommes"

autrement une

dit les serfs. légère variante d'une

de la
dans

commune,
confirmation

l'adresse

pru vin
outre octroyée

i" -

une

de 1165 de l'acte de 1164
l'hypothèse bourgeoisie

permettant,
personnelle

la

date

du

document,

d'écarter

par le comte. Sans

doute leurs "ancêtres"

se classaient-ils

plutôt

25

Rien

d'étonnant

dans la présence parmi les propriétaires
observent d'une le voeu de pauvreté tentative de réforme introduite d'histoire

de membres A Provins,

du clergé;

seuls les moines Thibaud

et les II. Les

chanoines cohabitent chanoines Age:

réguliers à la suite possèdent

personnelle.

les deux catégories par le comte

de chanoines au Moyen de Provins,

à saint-Quiriace et d'archéologie

à titre individuel des maisons.VEISSIERE de Provins, XI-XIIe s., Société

(M.), Une communauté

canoniale

Saint-Quiriace

de l'arrondissement

1961, p. 18,32.

29

parmi les hommes libres26et non parmi les hommes de corps dont les descendants toujours serfs figuraient encore en 1164 parmi les détenteurs de biens immobiliers à l'emplacement des foires. Ainsi, si lion se fie à la composition sociale de l'université de 1164, le groupe d'hommes du "vieux marché" aurait accueilli en son sein dès 1137 des nobles, des hommes libres27et des hommes de corps auxquels s'ajoutent peut-être des membres du clergé soit à titre personnel soit à titre de représentants éventuels des établissements religieux propriétaires de biens immobiliers sur les champs de foire. 4) Hypothèses sur la naissance de la commune Revenant sur l'ensemble des indices mis à jour à propos des hommes du "vieux marché"; poids économique et donc social important, capacité d'action concertée, relation ambiguë au pouvoir tantôt de coopération tantôt d'opposition, situation potentielle d'intermédiaire entre le comte et la population provinoise... on peut alors se demander si ce groupe n'a pas servi de matrice à la commune. Là des hommes distingués par leur richesse sinon par leur état auraient pu se former à l'action commune, se frotter à l'exercice du pouvoir politique puis progressivement se poser en interlocuteurs reconnus tantôt s'exprimant au nom des intérêts de leur groupe, tantôt prenant la défense d'autres membres de la communauté des habitants de Provins. Mais, si tel a bien été le cas, quel avenir pouvait-il espérer après la création de la commune? On ne peut pas apporter ici de réponse claire, néanmoins sa trace se perd après 1165 en une période où d'après les maigres éléments dont on dispose, le rôle de la commune a semblé se renforcer. Que signifie cet effacement? Le groupe a-t-il cessé d'exister, s'est-il transformé, son influence a-t-elle été peu à peu relayée par celle de la commune à la suite d'un affaiblissement? Plusieurs facteurs pourraient soutenir cette dernière conjecture. En premier lieu, il faut évoquer la "disparition progressive de la présence des familles nobles sur le théâtre des activités urbaines" à Provins28 au cours du XIIe siècle. Le retrait de la noblesse du champ provinois lié à l'aliénation de son patrimoine citadin au bénéfice des établissements religieux aurait donc pu contribuer au déclin de ce groupe dont elle était l'une des composantes. En second lieu, on peut envisager un effritement de son assise économique en raison de l'émergence d'une nouvelle source de richesses plus performante peut-être que la possession des biens immobiliers dans le secteur des foires: l'industrie drapière autour de laquelle se constituent, à Provins,les grandes fortunes du XIIIesiècle. Sans exclure l'adaptation

26 En effet, si A.M. Patault
développement remonte

estime que celle-ci a été connue très tôt en Champagne, elle note que son
moitié du XIIIe siècle.
BRUSSEL,

à la première

27 Brussel rappelle que seul l'homme libre peut être reçu en bourgeoisie.

Nouvel examen de

fusage général des fiefs en France pendant les XI, XII, XIII et XIVe siècles, 1750, tll, p. 903. 28 MESQUI (J.), PLAVlNET (P), VEISSIERE (M.), Histoire de Provins et de sa région, Toulouse, Privat 1988, p. 108-10.

30

d'une partie plus ou moins importante des membres de cette université aux nouvelles conditions économiques, il n'en demeure pas moins qu'elles ont pu favoriser la redistribution du pouvoir économique dans la communauté des habitants de Provins, et en déplacer le centre de gravité vers la commune, vers la bourgeoisie qui était de toute façon déjà représentée au sein du corps autrefois prééminent sur la scène provinoise. Toujours est-il que lorsque les archives de Provins découvrent de nouveau un groupe doté d'un poids social et économique suffisant pour être reconnu comme interlocuteur par le comte il s'agit de bourgeois préoccupés d'obtenir une limitation de l'accès de la draperie à l'encontre des étrangers et, fait remarquable, la charte de Thibaud IV, antérieure à 1230,29 les présente en garants de l'intérêt public. En conclusion quelle reconstitution peut-on proposer sur les origines et l'évolution de la commune de Provins avant 1230 à partir de l'ensemble des éléments dégagés dans les pages précédentes? Au cours du XIIe siècle, Provins a vu l'émergence d'un groupe de notables tirant leur poids économique et social, au moins en partie, de la possession des biens immobiliers sur les champs de foire. Cet ensemble, composite par les statuts sociaux de ses membres, se forge cependant une forte cohésion reposant sur une convergence d'intérêts économiques obtenus du comte et défendus contre lui. Ilaccède sans doute peu à peu à la position d'interlocuteur face aux princes champenois qu'il assiste peut-être également dans certaines fonctions de l'exercice du pouvoir. A l'intérieur de ce groupe, véritable université, les éléments non nobles et non clercs forment peut-être une association jurée demandant peut-être la constitution d'une commune octroyée ou reconnue en 1152 ou 1153 par Henri le Libéral. Peu à peu ce second corps non encore doté d'institution s'affirme et l'emporte sur l'ancienne université affaiblie par la disparition progressive de l'élément noble de la scène urbaine et la transformation des structures économiques à travers la montée de l'industrie textile, processus entériné définitivement par l'octroi en 1230 à la commune d'institutions sous la forme de représentants permanents dotés d'un véritable pouvoir d'administration et de gestion.

29

B.N.,

ms.

Lat. 5992,

Liber

principium,

tO.3D?

vo.

31