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Réflexions sur l'esclavage des nègres

126 pages
Dans ce texte remarquable, ainsi que dans les textes complémentaires qui le suivent dans notre réédition, Condorcet s'affronte aux légitimations traditionnelles du système colonial à l'ancienne, démantèle toutes les justifications commerciales, politiques et morales de la traite et, au nom de la justice et surtout des droits humains naturels, il élabore en même temps une vision d'affranchissement pragmatique, humanitaire et courageux.
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REFLEXIONS

SUR L'ESCLAVAGE

DES NEGRES
ET AUTRES TEXTES ABOLITIONNISTES

COLLECfION

AUTREMENT MEMES dirigée par Roger Little
Professeur émérite de Trinity College Dublin, Chevalier dans l'ordre national du mérite, Prix de l'Académie française etc.

Cette collection présente en réédition des textes introuvables en dehors des bibliothèques spécialisées, tombés dans le domaine public et qui traitent, sous forme de roman, nouvelles, pièce de théâtre, témoignage, essai, récit de voyage etc., rédigés par un écrivain blanc, des Noirs ou, plus généralement, de l'Autre. Exceptionnellement, avec le gracieux accord des ayants droit, elle accueille des textes protégés par copyright, voire inédits. Des textes étrangers traduits en français ne sont évidemment pas exclus. Il s'agit donc de remettre à la disposition du public un volet plutôt négligé du discours postcolonial (au sens large de ce tenne : celui qui recouvre la période depuis l'installation des établissements d'outre-mer). Le choix des textes se fait d'abord selon les qualités intrinsèques et historiques de l'ouvrage, mais tient compte aussi de l'importance à lui accorder dans la perspective contemporaine. Chaque volume est présenté par un spécialiste qui, tout en privilégiant une optique libérale, met en valeur l'intérêt historique, sociologique, psychologique et littéraire du texte.

«

Tout se passe dedans, les autres, c'est notre dedans extérieur, les autres, c'est la prolongation de notre intérieur. »
Sony Labou Tansi

Titres parus et en perspective: Voir en fin de volume

CONDORCET

REFLEXIONS SUR L'ESCLA VAGE DES NEGRES
ET AUTRES TEXTES ABOLITIONNISTES

Présentation de David Williams

L'Harmattan

Le médaillon de la couverture reproduit une gravure anonyme de Condorcet (de date, dessinateur et graveur inconnus) conservée à la Bibliothèque Nationale de France.

@ L'Harmattan, 2003 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 PARIS - FRANCE L 'Hannattan, Inc. 55, rue Saint-Jacques, Montréal (Qc) Canada H2Y 1K9 L'Harmattan, Italia s.r.!. Via Bava 37 10124 Torino L 'Harmattan, Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest
(QL'Harmattan, 2002 ISBN: 2-7475-3702-1

Pour Corette

Principaux

ouvrages

de David Williams

Voltaire: Literary Critic, Genève: Institut et Musée Voltaire, 1966 Voltaire: Commentaire, ,ur Corneille (Œuvres complètes de Voltaire, Vols 53-55), Oxford: Fondation Voltaire, 1974-75 Voltaire: Essay upon the Epick Poetry of the European Nation, from Homer down to Milton I E"ai sur la poésie épique (Œuvres complètes de Voltaire, vol. 38), Oxford: Fondation Voltaire, 1996 Voltaire: Political Writings, Cambridge: Cambridge University Press, 1994 Voltaire: "Candide", Critical Guides to French Texts n° 117, Londres: Grant & Cutler, 1997 Voltaire and hi, World, en collaboration avec Haydn T. Mason et al, Oxford: Fondation Voltaire, 1985 The Enlightenment, Cambridge: Cambridge University Press, 1999 Condorcet Studies Il, New York: Peter Lang, 1987 New Dawn,: The French Experience from Republic to Monarchy 1792..1824, en collaboration avec Maire F. Cross, Londres: Macmillan, 2000 Rous,eau: du promeneur solitaire", Critical "Le' Rêverie, Guides to French Texts n° 35, Londres: Grant & Cutler, 1984 The Varied Pattern: Studies in the Eighteenth Century, en collaboration avec Peter Hughes, Amsterdam & Toronto: A.M. Hakkert, 1971 The Triumph of Culture in the Eighteenth Century, en collaboration avec Peter Hughes, Amsterdam & Toronto: A.M. Hakkert, 1972 City and Society in the Eighteenth Century, en collaboration avec Paul Fritz, Amsterdam & Toronto: A.M. Hakkert, 1973 1789: The Long and the Short of it. A Collection of Bicentennial E,say" Sheffield (G.-B.): Sheffield Academic Press, 1989

INTRODUCTION par David Williams

INTRODUCTION par David Williams

L'esclavage dans les colonies françaises au dix-huitième siècle Les tout débuts de la présence française aux Antilles remontent à la première décennie du seizième siècle, les premières implantations antillaises étant de genre militaire ou paramilitaire. Autorisée à l'origine sous le règne de Louis XIII, la traite des esclaves s'affermit en 1635, suite au monopole accordé à la première Compagnie des Indes. Aux dépens de l' AngleteITe, et surtout de l'Espagne, la France s'appropria vite à l'aide des aventuriers et des flibustiers de nouveaux territoires dont le plus grand était celui de Saint-Domingue, aujourd'hui la République d'Haïti. Saint-Domingue faisait partie à l'époque de I'Hispaniola, et fut cédé à la France par l'Espagne en 1697 (Traité de Ryswick). Saint-Domingue deviendrait au cours du siècle suivant la colonie la plus riche, la plus productive, et la plus explosive du nouvel empire français. En 1791 la colonie exporta vers l'Europe plus de sucre, plus de café, plus d'indigo et plus de coton qu'aucun autre pays colonial de l'époque. L'établissement d'autres colonies françaises se poursuivait de façon plus calme et plus réglée sous l'égide du Cardinal de Richelieu qui encouragea, toujours pour des raisons militaires, la fondation de la Compagnie des îles de 1'Amérique qui prit le contrôle de la Martinique, la Guadeloupe, Marie-Galante, Désirade, et d'autres îles plus petites auxquelles les Espagnols avaient en effet accordé peu de valeur. L'empire colonial naissant fut ensuite réorganisé par Colbert, vrai fondateur d'un système colonial qui durait jusqu'à la Révolution. Les soixante articles du Code Noir réglant la vie des esclaves, rédigés par

Colbert, furent adoptés en 1685, et furent reconfinnés au dixhuitième siècle par un décret royal de 1767.1 En l'absence de métaux précieux, les richesses commerciales des colonies antillaises dépendaient de l'agriculture, surtout du tabac, du café et de la canne à sucre. La transfonnation des colons aventuriers en fenniers à partir de 1670 était suivie assez rapidement par la création en abondance d'une main d'œuvre peu coûteuse composée d'abord non seulement des Noirs transportés des côtes atlantiques de l'Afrique, mais aussi d'indigènes amérindiens, ces derniers disparaissant relativement vite. Avant la création des plantations, il y avait peu d'esclaves noirs aux Antilles françaises, mais entre 1650 et 1770 la population esclave augmenta de façon exponentielle, tandis que le nombre des Blancs restait plus ou moins stable.2 Avant 1700 les marchands, en se servant de vaisseaux anglais et hollandais ainsi que français, avaient réussi à transporter aux colonies antillaises françaises environ 157.000 esclaves. Selon Stein, la nouvelle élite des planteurs possédait au dix-huitième siècle une exploitation de 750 hectares en moyenne et une main d'œuvre de 120 esclaves. Ce fut donc au dix-huitième siècle que la traite française démaITa, surtout après le Traité d'Utrecht de 1713, les années 1736-43 marquant le point culminant avant 1750 des transportations
1 Le Code Noir~dont il y avait plusieurs éditions au dix-huitième siècle~ réglait parmi d'autres choses le baptême et l'instruction religieuse des esclaves~ ainsi que des détails administratifs portant par exemple sur la nourriture, les vêtements, la punition, le droit d'assemblée et les conditions de travail. Voir Ridden, pp. 321-29. Sala-Molins nous a assuré une édition excellente du Code y compris un commentaire utile et incisif. Voir aussi l'édition du Code plus récente de Mack-Kit. 2 Pour un tableau global, voir Daget, pp. 102-3. Selon Frostin~ en 1713 il Y avait à Saint-Domingue 24.146 esclaves et 5.709 Blancs. En ce qui concerne la Guadeloupe~il y avait en 1656 quelque 12.000 Blancs et 3.000 esclaves nègres~ tandis qu'en 1770 la main d' œuvre d'esclaves noirs était passée de 3.000 à 80.ooo~ le nombre des Blancs restant plus ou moins inchangé. À Martinique, il y avait en 1660 2.642 esclaves africains et 2.489 Blancs (10.656 esclaves et 4.857 Blancs en 1684) voir Stein~ p. 9~ 13; Abénon, pp. 43, 217; Butel~ pp. 79-108. La montée en flèche des chiffres portant sur l'importation d'Africains entre 1690 et 1713 est particulièrement frappante: voir Frostin~ pp. 138-39. x

d'esclaves africains aux Antilles (16.000 esclaves par an). L'Âge d'or de Saint-Domingue commença en effet dans les années trente, le commerce florissant saint-dominicain permettant à la France de faire concurrence aux activités commerciales britanniques. Selon E. et R. Badinter (pp. 2293(0), en 1787 le trafic des Noirs occupait 92 bâtiments dans treize villes françaises jaugeant ensemble 32.528 tonnes, et la vente de 30.389 esclaves produisait 41.912.000 livres, le profit net par tête étant de 233 livres. Le sucre, acheté 10 sous la livre, était revendu le double, assurant un bénéfice de 15 millions aux commerçants. Après 1743 la traite diminua temporairement, et s'arrêta tout à fait pendant la Guerre de Sept Ans. Entre 1763 et 1777 la traite redémarra, les navires transportant dans des conditions affreuses environ 20.000 esclaves africains chaque année, dont la plupart venaient du Sénégal, de l'Angola et surtout du Dahomey (Bénin). La Guerre d'Indépendance inaugura une période de crise pour les commerçants ainsi que pour les planteurs, mais en 1789 la balance de la France dépendait tout à fait du commerce colonial et de l'esclavage. Le duc de La Rochefoucauld-Liancourt observa en 1791 que «la ruine du commerce colonial atteindrait plus de 4 millions d'individus».1 À l'aube de la Révolution il y avait environ 800 plantations de canne à sucre au nord de l'île, et plus de 2000 plantations de café. La population comprenait environ 30-40.000 Blancs et 20-30.000 mulâtres.2 Entre 1779 et 1791 le nombre d'esclaves à Saint-Domingue passa de 250.000 à 480.000. À partir surtout des émeutes inspirées par François Macandal3 entre 1751 et 1757, marquant en effet les débuts d'une résistance sérieuse contre le système colonial français, les planteurs étaient bien conscients de la possibilité d'insurrection dans les colonies françaises. La plupart d'entre
Cité par E. et R. Badinter, p. 300. Sur les chiffres cités, voir surtout Thibeau, pp. 71-72; Abénon et al, pp. 25-32. 2 L'abbé Grégoire cita dans ses Mémoires en faveur des gens de couleur ou sang-mêlés de Saint-Domingue (p. 15) les chiffres suivants par rapport à la population mulâtre pour r année 1787: SaintDomingue: 19.632; Martinique: 5.000; Guadeloupe: 4.000; Tobago: 400; Marie-Galante: moins de 400. 3 AlTêtéet brOlé en 1758. Xl l

eux étaient en conséquence très méfiants du mouvement abolitionniste naissant à Paris, craignaient les dangers potentiels de la convocation des États-Généraux, prévue pour mai 1789, et se méfiaient surtout des ambitions de la minorité des planteurs les plus riches et puissants qui rejetaient une politique de discrétion en insistant sur leur droit de représentation auprès des États-Généraux, et plus tard à l'Assemblée Nationale. Ceux-ci anticipaient à juste titre la logique d'un processus constitutionnel qui proclamerait par la suite un nouvel ordre fondé sur des principes dangereux de liberté et d'égalité. En 1788, en collaboration avec un groupe de commerçants, d'industriels et d'armateurs liés au commerce colonial des grands ports de Nantes, Bordeaux, Marseille, La Rochelle et Le Havre, les planteurs s'organisèrent en métropole sous forme d'un lobby politique activiste, connu après 1789 sous le nom du Club (ou Comité) Massiac (d'après le Marquis de Massiac qui possédait des plantations de canne à sucre à Saint-Marc, et dont la maison à Paris servait de lieu de rencontre). Le Club Massiac constituait un groupe de pression puissant qui affrontait Condorcet et les autres abolitionnistes de la Société des Amis des Noirs de manière implacable. Il est difficile de sous-estimer la virulence et l'efficacité de leur opposition qui devint même plus vigoureuse à la nouvelle de la révolte manquée d'octobre 1790 menée par Vincent Ogé,l suivie par les émeutes du 22 aoftt 1791 inspirées par la rhétorique de libération de Boukman Dutty.2

1 Mulâtre riche résidant en France, et fondateur avec Julien Raimond de la Société des Cultivateurs Américains, Ogé essaya en octobre 1790 d'inciter à la révolte les gens de couleur saint-dominicains sans l'aide des nègres. Vaincu et capturé, il fut exécuté de manière particulièrement barbare. 2 Sous-chef d'équipe et cocher jamaïquain qui est censé avoir présidé une réunion de 200 esclaves tenue le 14 aoOt à la plantation Lenormand (d'où Macandal s'était échappé 34 ans auparavant). Voir Fouchard, pp. 340-41,358.

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