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Sénégal - Et les yeux pour me dire

De
200 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 0001
Lecture(s) : 556
EAN13 : 9782296173545
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Collection « MÉMOIRES AFRICAINES » DANS LA MÊME COLLECTION
Théodore ATEBA YENE : Cameroun — Mémoire d'un colonisé, 153 p.
Ardo Ousmane BA : Guinée — Camp Boiro, sinistre geôle de
Sékou Touré, 276 p.
Jean CHAPELLE : Souvenirs du Sahel, 288 p.
Joseph Issoufou CONOMBO : Burkina Faso — MBa Tenga, tradi-
tions des Mossé dans l'empire du Moogho Naba, 200 p. : Afrique — Souvenirs de guerre d'un
« tirailleur sénégalais », 200 p.
Birago DIOP : Sénégal — Du temps de, mémoires IV, 220 p.
Gaston DONNAT : Cameroun, Algérie, Afrique — Afin que nul
n'oublie, l'itinéraire d'un anticolonialiste, 400 p.
Léon KAPTUE : Cameroun — Travail et main-d'oeuvre au Came-
roun sous régime français (1916-1952), 282 p.
Magatte Lô : Sénégal — L'heure du choix, 107 p.
Magatte L6 : Sénégal — Syndicalisme et participation responsable,
151 p.
Pierre TITI NWEL : Cameroun — Thong Likeng, fondateur de la
religion Nyambe Bantu, 238 p.
Sékou TRAORE : Afrique — la F.E.A.N.F. en France, 104 p.
Eugène WONYU : Cameroun — De l'U.P.C. à l'U.C., témoignage
à l'aube de l'indépendance (1953-1961), 336 p. BIRAGO DIOP
ET LES YEUX POUR ME DIRE
Mémoires V
L'Harmattan
5-7, rue de l'École-Polytechnique
75005 PARIS DU MÊME AUTEUR
Les Contes d'Amadou Koumba — Présence Africaine.
Les Nouveaux Contes d'Amadou Koumba — Présence
Africaine.
Présence Afr icaine. Leurres et Lueurs —
Contes et Lavanes — Présence Af ricaine.
L'Os de Mor Lam — N.E.A., Da kar.
Contes d'Awa — N.E.A., Dakar.
La Plume Raboutée (Mémoires I) — Présence Africaine, N.E.A.
Dakar.
— Présence Africaine. A Rebrousse-Temps (Mémoires II)
A Rebrousse-Gens (Mémoires III)
Du Temps de... (Mémoires IV) — L'Harmattan.
© L'Harmattan, 1989
I.S.B.N. : 2-7384-0333-6
I.S.S.N. : 0-297-1763 MON RETOUR AUX LETTRES Rappelé de mon ambassade, j'avais formé (ainsi que je l'ai déjà
rapporté) avec Doudou Guèye Ali Maram, rentré d'exil « politi-
que » du Mali et de la Côte-d'Ivoire, l'Association des Écrivains
Sénégalais qui deviendra par la suite Association des Écrivains du
Sénégal-A.E.S., étant donné la présence chez nous d'Hommes de
plume venus d'Outre-Atlantique, antillo-guyanais et haïtiens, tels :
Roger Dorsinville, Jean-François Brière, Lucien Lemoine, Joseph
Zobel, Bertène Juminer l'ex-tunisois, qui m'était arrivé d'Iran. Plus
tard nous rejoindra un Français de France, le R.P. Gravrand, spé-
cialiste du peuple sérère.
Après nos retrouvailles à Dakar et à ses visites quasi quotidien-
nes à la clinique comme à la maison, Bertène Juminer, qui avait
découvert « Les Héritiers de la Presqu'île » (comme il en avait fait
autant des « Bâtards » de la faune estudiantine de Montpellier dans
l'Hérault) m'avait incité à rassembler les Contes publiés dans la
Revue (défunte) A WA d'Annette Mbaye d'Erneville. J'avais aussi
adapté L'Os, mon Conte, devenu L'Os de Mor Lam, joué par la
Troupe du Théâtre National Daniel-Sorano et publié par les Nou-
velles Éditions Africaines à Dakar, pour justifier à la fois mes titres
de Président des Comités de Lecture de celles-ci et de celui-là.
Une fois « La Plume Raboutée », j'allais me mettre, non plus
à conter, mais à raconter. Et mon auto-bio-bibliographie, Tous
Contes Faits, publiée dans A WA d'Annette MBaye, me servira de
rudiment de canevas dans la rédaction de mes Mémoires. Puisqu'il
me fallait donner l'exemple à mes ouailles. « Les Filles » s'étaient
mises aussi à taquiner le stylo, la Pointe Bic ou la machine à écrire.
Annette « la doyenne », l'infatigable et toujours disponible, m'amè-
nera à la clinique un mardi au crépuscule Mariama Ba, fille de Ba
Niélé (qui avait été le secrétaire de mon frère Massyla). Elles
m'avaient remis un manuscrit. Et Mariama m'avait dit :
« — Si c'est bon, Tu en fais ce que tu veux. Si ce n'est pas
bon, Tu me le rends ». J'avais passé une partie de la nuit à lire
le manuscrit de Une Si Longue Lettre. Le lendemain mercredi après-
midi, au Comité de Lecture des N.E.A., j'avais remis parmi mes
fiches de lecture, celle du manuscrit de Mariama, avec l'annota-
tion la plus courte que j'ai jamais faite : « — Nous avons trouvé
une Bête de plume. À publier tout de suite ». Le livre aussitôt sorti
avait obtenu le Prix Noma du Japon. (Jeune normalienne à Rufis-
7 que, Mariama Bâ avait eu un de ses devoirs de français publié dans
un livre de M. Davesne, inspecteur de l'enseignement).
Nafissatou Niang-Diallo avait écrit un roman autobiographique,
De Tilène au Plateau. La mort de Mariama et celle de Nafissatou,
avaient, un moment, « ébranlé » les jeunes femmes qui écrivaient.
Mais Aminata Sow-Fall avait fait publier La Grève des Battu (qui
aura le Prix de l'Afrique Noire de l'A.D.E.L.F. du fidèle ami et
« découvreur » Robert Cornevin). Et Fatou Sow-NDiaye son « frais
livre » pour les enfants, Takam-Takam.
L'A.E.S. « sans domicile fixe », ira tenir ses assises de l'Ave-
nue Malick Sy au Centre Culturel Biaise Senghor. De là, à la rue
Kléber, pour enfin installer ses pénates au 127 de l'Avenue du Pré-
sident Lamine Guèye angle rue Félix-Faure. Elle y hébergera même
le Pen-Club Sénégal, né en 1965, avec comme premier Président,
mon confrère et ami Ousmane-Socé Diop. Le second en sera le
Magistrat Ousmane Goundiam qui mourra Ambassadeur en Ara-
bie Saoudite et aura comme successeur Ousmane Sembène, écrivain
et cinéaste.
En octobre 1967, j'avais été voir, au 44 de la rue Jules-Ferry,
un ami du ménage de ma fille Renée et Jacky Tancrède, M.J.-C
Tibes, directeur du Bureau Africain du Droit d'Auteur, et prendre
connaissance de la correspondance ci-après :
Société des Gens des Lettres de France
36, rue du Faubourg Saint-Jacques
Paris (14e) « Par avion »
Paris, le 19 octobre 1967
Monsieur J.-C. Tibes
Boîte Postale 3 211
Dakar (Sénégal)
Cher Monsieur,
Comme suite à votre lettre du 13 octobre, nous vous con-
firmons que M. Birago Diop a été admis membre adhérent,
lors de notre premier comité d'octobre.
8 Toutefois, la qualité de membre adhérent, ne lui permet
pas de parrainer de nouveaux membres, en effet, seuls les
sociétaires peuvent être parrains de candidats.
Nous vous prions d'agréer, cher Monsieur, l'expression de
nos meilleurs sentiments.
Le délégué administratif
Robert Dupuy
J'étais bien loin de penser, en y arrivant que, cinq ans plus tard,
je ferais partie de « La Maison » qui aura changé, sinon de « natio-
nalité » mais de nom. (Car y viendront toujours en stage les futurs
responsables des futurs Bureaux du Droit d'Auteur des autres États
africains). Le B.A.D.A. deviendra le Bureau Sénégalais du Droit
d'Auteur-B.S.D.A. Et j'en serai le Président du Conseil d'Admi-
nistration. Non sans tiraillements.
Le Directeur-Général, successeur de Tibes, mon cousin NDéné,
magistrat, avait dit au Président de la République que c'est moi
qu'il désirait comme Président du Conseil d'Administration. Le chef
de l'État avait d'abord refusé. « Parce qu'Il ne voulait pas se voir
non rapporter un décret déjà signé. Car Birago répond toujours
tout ce qu'on lui propose ! ». J'avais alors conseillé à NDéné : à
« — Va lui dire que j'accepterai parce que c'est à Toi que j'aurai
affaire. Et que nous en ferons même une affaire de famille ».
Et le Président de la République avait signé le décret de ma
nomination.
J'étais devenu ainsi, non pas « le défenseur de la veuve et de
l'orphelin », mais le protecteur officiel des intérêts des artistes de
tous genres, et particulièrement des consoeurs et confrères confir-
més et « en herbe », de l'écrivain que j'allais tenter de redevenir
et me rendre moi-même.
Le branle avait été donné et la récolte, en très peu de temps
sera prometteuse. Mariama Ba « partira » avant la parution de son
deuxième livre Un Chant Écarlate, dont le manuscrit, qu'elle
m'avait apporté, s'intitulait Le Tertre Ensanglanté. Nafissatou
Niang-Diallo nous quittera aussi. Et les filles « paniqueront » un
moment, en pensant « au pouvoir néfaste de l'écriture ». Mais nous
aurons au tableau : Collier de Cheville de N'Dèye-Boury NDiaye,
Filles du Soleil de NDèye-Koumba MBengue, Le Revenant (en 2
volumes) et l'Appel des Arènes, d'Aminata-Sow Fall, Le Froid et
le Piment de Mame-Seck MBacké, ancienne assistante sociale au
Consulat général du Sénégal à Paris ; Chants de Rivière Froide de
9 Kiné-Kirama Fall, Le Baobab Fou de Ken Bugul. Et après Le
Quimboiseur l'avait dit, Juletane de Myriam Werner-Vieyra. Je
passe sur la liste des garçons, plus ou moins mûrs, débutants et
« confirmés » depuis longtemps, poètes ou romanciers et poètes et
romanciers. Tels les déjà « anciens » Abdou-Anta Kâ et Cheikh-
Aliou NDao ; ou le jeune Docteur-Vétérinaire-Pêcheur Malick-Ibra
Dia avec L'Impossible Compromis.
La récolte avait été si bonne que le Président de la République
Nous avait « commandé » une Anthologie de la Jeune Poésie Séné-
galaise. Il Nous avait envoyés à Gorée, avec son Conseiller cultu-
rel Pierre Klein, passer une agréable journée de mai 1973 pour la
« confectionner ». (Je n'avais pas mis les pieds dans l'île depuis
les vacances pascales de 1925).
L'Anthologie de la Jeune Poésie Sénégalaise, n'est jamais sor-
tie. Car, elle attend toujours dans ses tiroirs, la préface person-
nelle du Président Senghor. Mais il me passera entre les mains une
mince plaquette de poèmes (publiée, je crois bien à Rome) signée
Senghor et J.F. Brière. Je n'ai pas retenu les auteurs qui y
figuraient.
L'orgueil du praticien, pour ne pas dire la passion de mon vrai
« métier », que je n'avais qu'occasionnellement exercé du temps que
j'étais vétérinaire-fonctionnaire, m'avait rattrapé dans ma clinique
avec la clientèle quotidienne. J'avais été plus que maniable, « mani-
pulé », rendu idiot, sinon fou, comme je l'ai déjà rapporté, et, ou,
au mieux — revenant à mon français-wolof — « déforcé ». Et mon
lecteur, le moins sensible, pourrait s'en ébahir, à juste raison, quand
j'ajouterai, qu'en plus de la tentative de captation de mes biens,
maisons et terrains, mon beau-neveu m'avait fait signer un papier
l'autorisant à adapter au cinéma n'importe lequel de mes Contes.
Je m'étais peu à peu « désintoxiqué », ayant des dérivatifs dans
mes nouvelles occupations extra-professionnelles. En plus de mon
bureau-clinique du Point E (qui était devenu une sorte d'annexe
de l'Association des Écrivains du Sénégal-A.E.S. que fréquentaient
des écrivains filles et garçons) j'avais mon bureau du B.S.D.A. au
44, de la rue Jules-Ferry, et mon troisième au Siège de l'A.E.S.,
rue Félix-Faure angle avenue du Président-Lamine-Guèye. Mais, aux
10 professeurs Yétiv et Edriss Mackward (métis-marocain de Saint-
Louis, ancien condisciple de mes filles au lycée Faidherbe), venus
des U.S.A., qui lui avaient fait une visite et lui avaient demandé
« où ils pouvaient rencontrer Birago Diop », le Président de la
République, « retiré des affaires », avait répondu : « — Chez Bar-
bier ». (C'est-à-dire au café-restaurant Le Saint-Louis, où, après
le restaurant de l'Étoile, place Tacher, et Le Café de France, rue
Blanchot angle Jules-Ferry, Lucien Barbier s'était installé, en août
1965, rue Félix-Faure, juste en face du Siège de l'A.E.S. Mes « pis-
teurs » auraient aussi bien pu y trouver MM. Michel Rocard ou
Paul Marc-Henry de passage à Dakar, que mes amis Henri-Charles
Gallenca, Président de la Chambre de Commerce et Biarnès, du
journal Le Monde ; faisant leur campagne électorale pour la repré-
sentation des Français de l'extérieur ; ou l'aumônier général des
troupes de l'Armée Française, en croisière autour du monde, qui
y traitait les ecclésiastiques de Dakar et peut-être de plus loin. En
somme un lieu « mal famé »).
Le Professeur Yétiv, quand il m'avait trouvé, midi passé,
m'avait dit que le Poète-Président avait ajouté : « — Allez le voir,
c'est un ami ». Je lui avais appris que « je n'étais pas son ami,
mais son frère ».
Deux ans plus tôt, le Président de la République avait eu la
gentillesse de ne pas me faire adresser « chez Barbier », mais à ma
clinique, l'invitation pour moi et mon épouse, au dîner qu'il offrait
au Palais le 15 mars 1979 en l'honneur des Membres de l'Acadé-
mie Goncourt en visite à Dakar, dont MM. Sabatier, Lanoux, Stil,
Robles, Nourrissier, Hervé Bazin et Mme. Sur les cartes du menu,
il y avait des « Pommes Allumettes ». Et entre M. Sabatier et moi,
Mme Bazin. Je n'avais pas pu résister. J'avais tiré mon stylo, et
j'avais ajouté « Suédoises », et puis tendu par-dessus la chaise de
Mme Bazin, mon menu et mon stylo à son voisin de droite. Il
avait souri, signé et rendu ma carte par l'intermédiaire de notre
voisine. En rentrant à la maison, Paule qui, au repas, était
presqu'en face de moi, m'avait demandé qu'est-ce que je « trafi-
quais à table ? ».
Un mois après ce dîner présidentiel, je m'étais laissé, le 14 avril,
enfin « soumettre à la question » par Ibrahima Baba-Kaké, à la
maison, après des années de refus, pour Radio-France. Ce qui fait
que « mon » disque porte le n° 9, alors que j'avais été depuis deux
lustres, un des premiers « sollicités ». Il est vrai que j'avais été
11 « rodé » au tournage, quelques mois auparavant avec le cinéaste
Paulin Vieyra. Et j'avais su combien est dur « le métier d'artiste ».
(Paulin Vieyra n'avait pas seulement adapté Petit Mari, en me
faisant assister au tournage du film dans la baie de Ouakam. Mais
encore, pendant 15 jours, il m'avait filmé et « soumis à la ques-
tion », à la clinique, à la maison, dans le patio du Café-Restaurant
Le Saint-Louis de Lucien Barbier. Il avait eu recours aussi à celui-
ci et à Mohamadou Kane. Ce dernier, futur Doyen de la Faculté
des Lettres de l'Université de Dakar — après son Agrégation et sa
thèse de Doctorat — « confortera » sa somme vaste et personnelle
par la réédition de son Essai sur les Contes d'Amadou Koumba
édité par les Nouvelles Éditions Africaines en 1984, après Les Con-
tes d'Amadou Koumba, du Conte traditionnel au Conte d'Expres-
sion Française. Publication de la Faculté des Lettres de Dakar, Lan-
gues et Littératures n° 116, 1968 Dakar, 243 pages. Et son livre
Birago Diop, l'Homme et l'CEuvre, dans la Collection « Appro-
che » de Présence Africaine en 1971).
J'avais passé, de la deuxième quinzaine de janvier à la mi-mai
1979, le stylo plus souvent à la main, à la clinique, que les pinces,
la seringue et le bistouri, pour dédicacer à des clients (venus avec
ou sans leurs chiens ou chats) ; et, rentré à la maison, à des amis
et connaissances, mon livre La Plume Raboutée qui venait de sor-
tir dans les librairies de Dakar. J'avais envoyé déjà à mon éditeur
de Paris une liste — avec adresses — plus que le double de mes
services de presse, pour les amis anciens et ceux, relativement plus
récents, dispersés à travers la France, et pour mes filles.
Le 17 mai, j'avais reçu du Directeur de l'École Nationale Vété-
rinaire d'Alfort une invitation, en tant qu'Hôte d'Honneur de
l'École de Toulouse pour la célébration du bicentenaire de Claude
Bourgelat.
Dans mon agenda de l'an 1979 (un des rares que j'ai conser-
vés, pour ne pas dire que je n'ai pas égarés), j'essaie de décrypter
mon gribouillage aux « mots » tracés à la fine pointe d'aiguille et
à l'encre ternie par le temps. J'arrive à lire : « Mai 23 mercredi
Saint-Didier » facilement puisqu'en caractères d'imprimerie. Et la
12 suite : « A.F. Vol. 306 Yoff 8 h 20 — Monique Warnier — Roissy
15 h 21. Annie et Antoine Rozier, Vert/Saint-Denis 17 h 30 ».
J'avais voyagé avec l'épouse de Paul-André Warnier, Directeur de
l'I.C.O.T.A.F., Monique, qui faisait presque tous les six mois la
navette Dakar-Paris-Dakar pour venir voir ses filles en France.
Notre avion était arrivé à Roissy-Charles-de-Gaulle avec 35 minu-
tes d'avance. Monique Warnier m'avait guidé dans les satellites et
sur les escalators. Et à la banque des bagages, j'avais trouvé, à
l'accueil, Annie Rozier et son fils Antoine. Pendant ce temps, le
fidèle et dévoué ami Lamine Diagne était allé à ma recherche jus-
que dans les ailes de l'avion d'Air-France, me dira-t-il le lendemain
matin, quand je lui téléphonerai à l'U.N.E.S.C.O., de chez les
Rozier à Vert-Saint-Denis, rue Pierre-Levée.
Si j'ai toujours su voir, je n'ai jamais pu regarder. Et je me
confesse rien moins que « touriste » et indifférent aux paysages
comme aux monuments. Peut-être parce que j'ai trop lu. En voyage
je me sens comme un simple colis, en voiture, en chemin de fer,
comme en avion.
Sur la route qui nous menait, Annie Rozier, Antoine et moi,
de Roissy-Charles-de-Gaulle à Melun en Seine-et-Marne (à 45 km
au sud-est de Paris) et à Vert-Saint-Denis, 7, rue Pierre-Levée, leur
domicile (dans la grande banlieue du chef-lieu de la préfecture),
je n'avais remarqué, très peu de temps après notre départ de l'aéro-
port, qu'un poteau d'un mètre environ sommé d'une plaque por-
tant l'inscription : « Deuil-la-Barre - 12 km ». (Moins d'un lustre
plus tard, Deuil-la-Barre me sera un hâvre de grâce à mes séjours
en France).
J'avais trouvé, nous attendant sur le pas de la porte de la petite
maison à un étage, les trois autres hommes du foyer. Le père, Jac-
ques, avec toujours son sourire aimable et son regard pétillant de
gracieuse ironie, que soulignaient sa belle voix et sa stature d'ath-
lète ; les deux autres fils que j'apprendrai vite et sans peine à per-
cer : François, calme et pondéré, Marc « le canard inquiet et per-
turbé de la poussinière tranquille ». (Sa mère me dira plus tard que
« sa vie d'adulte l'avait meurtri »).
J'étais sorti les deux jours suivants de la maison, à la décou-
verte du petit bourg ensoleillé de Vert-Saint-Denis et pour accom-
pagner Annie Rozier qui allait faire ses courses à Melun.
Le samedi 26 mai, nous étions partis d'assez bon matin Jac-
ques Rozier et moi pour Alfort. J'avais retrouvé des confrères
« anciens » et plus jeunes (avant et après les discours de la céré-
13 monie, dans le grand amphithéâtre, et la remise de diplômes aux
Hôtes d'Honneur, sous le Haut-Patronage, du Président de la Répu-
blique Française) : Mornet, Marty, Pagot, Jacquet, Le Duc, Karim
Gaye, François Dieng, Lamine NDiaye (qui avait remplacé Jean Fer-
ney à l'Institut Inter-États de Médecine et de Sciences Vétérinaires
de Dakar), d'Erneville, El Fourgi, Patron des Vétérinaires de Tuni-
sie du temps de mon ambassade, Kader Diallo...
Contrairement aux usages, les discours avaient précédé le repas,
un buffet-cocktail qui se tenait sous d'immenses bâches dans la
grande cour de l'école.
Nous étions un petit groupe d'anciens et de plus jeunes à évo-
quer nos souvenirs de bahut, d'Exo et de Colo, quand le Direc-
teur de l'École d'Alfort Ch. Pilet, qui était à quelques pas avec
le Président de la République, était venu me chercher pour me pré-
senter à M. Giscard d'Estaing.
Les premiers mots du Chef de l'État Français, la présentation
faite, avaient été : « — Ma femme a beaucoup aimé vos contes ».
J'étais aussi flatté qu'incrédule, sinon intrigué. Car je savais qu'on
ne trouve les livres de mon éditeur ni sur la rive droite, ni sur la
rive gauche de la Seine, mais seulement à sa librairie. Et je ne
voyais pas M' Anne-Aymone Giscard d'Estaing descendant la rue
des Écoles au Quartier Latin.
(C'est quelque temps après mon retour à Dakar, et dînant chez
Yves et Joce Perilhou, que j'avais raconté ma « brève rencontre »
avec le Président de la République Française et parlé de ma per-
plexité. Joce m'avait alors ôté de mon doute en m'apprenant que
« c'était la soeur de Mme Giscard d'Estaing, Mère Supérieure des
Carmélites de Keur Galaye, qui avait acheté mon livre Contes
d'Amadou Koumba qu'elle avait fait relier par Mme Raux et avait
envoyé à sa soeur la Présidente).
Un quart d'heure à peine après le départ du Président de la
République, et l'évacuation du restaurant improvisé, par les der-
niers convives, les vannes du Ciel s'étaient plus que largement
ouvertes et les bâches s'étaient affaissées jusqu'à terre sous le poids
de la pluie en cataractes.
Le lendemain, dimanche, avait été une journée « familiale »,
ensoleillée, passée sur le pas de la porte de la maison des Rozier.
J'étais remonté sur une bicyclette — celle d'Annie (ce qui ne m'était
pas arrivé depuis Ouagadougou et Bobo-Dioulasso en Haute-Volta,
14 c'est-à-dire depuis plus de 30 ans) pour monter et descendre la rue
Pierre-Levée.
Le lundi 28 j'avais donné à Annie Rozier sa première leçon pour
confectionner le tjeb-djène-riz-au-poisson, « le plat national » séné-
galais. Pierre et Jacqueline Cuq, Henri et Jacqueline Lepissier
étaient venus dîner chez les Rozier. Après le repas et une concer-
tation amicale, j'avais refait ma valise. Et j'étais parti avec les Cuq
pour coucher rue du D' Arnold-Netter chez eux et passer à Paris
la journée et demie qui me restaient de mon séjour en France.
Au lever, j'avais ouvert la fenêtre de la chambre de l'étage, en
angle de l'appartement. Et sur le mur de l'immeuble d'en face,
j'avais lu sur une plaque bleue, à moins de deux mètres au-dessus
du trottoir, en caractères blancs : « Rue de Rambervillières ». En
descendant pour le petit déjeuner, j'avais appris à Jacqueline Cuq
que j'avais des amis anciens dakarois au n° 2 de cette rue.
Lamine Diagne était venu me prendre rue du Dr-de-Netter pour
m'accompagner à Présence Africaine, rue des Écoles. J'y avais, non
seulement acheté deux exemplaires de La Plume Raboutée — pour
mon guide et pour Amadou Mahtar MBow, son Patron et Direc-
teur de l'U.N.E.S.C.O. — mais aussi reçu de mon éditeur, un chè-
que pour le montant annuel de mes droits d'auteurs. (Ceux-ci n'ont
jamais varié, depuis ce temps, de plus d'un millier de francs lourds,
en dépit des rééditions, des livres de poche de mes productions sui-
vantes et des adaptations de certains de mes Contes).
J'étais revenu l'après-midi chez les Cuq et j'avais été au n° 2
de la rue de Rambervillières — qui n'a pas plus de 150 mètres de
long — faire une visite à l'Amiral et Janine Costagliola. Annie et
Jacques Rozier étaient venus dîner rue du Dr-de-Natter, en com-
pagnie de MM. Marx, Rocheron et Ventandour, anciens Dakarois.
Au réveil le 30 mai, j'avais « replié bagages » et « fait » mes
uniques compagnes de voyage, ma valise d'effets, où était niché
mon diplôme d'Alfort et ma serviette fourre-tout : livres,
« papiers », pipes et tabac Lamine Diagne était revenu me qué-
rir. J'avais pris congé de mes aimables logeurs. Mon fidèle « tuteur
parisien » m'avait emmené à l'U.N.E.S.C.O. où j'avais fait la con-
naissance de l'écrivain René Depestre et déjeuné chez Raymonde
MBow en la compagnie de NDèye-Koumba Mbengue. Lamine
m'avait reconduit à Roissy-Charles-de-Gaulle d'où mon avion avait
décollé à 16 h 15.
t er Le surlendemain, vendredi juin, j'assistais au Théâtre Natio-
nal Daniel-Sorano, à la représentation chorégraphique de mon
15 Conte La Cuiller Sale par la Troupe de Germaine Acogny, Mudra-
Afrique, créée sous la tutelle de Maurice Béjart par le Président
de la République.
J'étais parti pour Paris « Vétérinaire », j'en étais revenu « écri-
vain », malgré, ou à cause du diplôme que j'en avais rapporté, et
que je considérais comme le couronnement d'une carrière adminis-
trative et privée.
J'en extrais les lignes suivantes ornées d'un ruban tricolore
cacheté de cire rouge : « Le Directeur de l'École Nationale Vétéri-
naire de Toulouse, confère le titre « d'Hôte d'Honneur » à M. le
Dr B. Diop en raison de ses mérites, de ses qualités intellectuelles
et professionnelles mis au service du rayonnement de la Culture
Vétérinaire Française à l'Étranger ».
Ma clinique où j'avais failli « perdre la tête », ainsi que je l'ai
déjà dit, était devenue en même temps une « dédicacière ou un dédi-
catorium » (pour faire encore une fois plus pédant ou plus wolof-
français). Et je n'avais plus « goût au métier ».
Un beau matin de la mi-juin, s'était fait annoncer, par Moussa
Diawara, le Dr Yves Renner, un des premiers sortis de l'Institut
de Médecine Vétérinaire Inter-États de Dakar. Né à Dakar, il y
avait fait toutes ses études et y avait épousé la fille de M. Allenc,
Professeur d'anglais à l'Université, parti en France. Yves Renner
était aussi « entré » en France pour s'y installer. Et puis en Belgi-
que. Les confrères de France, comme ceux de Belgique s'y étaient
opposés ; son diplôme de Dakar n'y avait pas d'équivalence offi-
cielle. Il était revenu à son Dakar natal pour ouvrir une clinique.
Je lui avais demandé quelle avait été la réaction de son beau-père.
Sa réponse avait été : « — Il en est plus qu'heureux ; parce que
ça lui permettra de revenir faire chasser ses chiens ».
À son heureux et grand ébahissement, je lui avais proposé ma
succession. Il avait sauté sur « l'occasion ». Je m'étais occupé des
formalités administratives pour son installation. Il trouvera une villa
à quelques mètres de sa clinique.
Le samedi 30 juin 1979, au crépuscule, ma dernière consulta-
tion de Vétérinaire de quartier avait été celle de la chienne Trom-
pette de Mlle Le Baraillec. La demeure de celle-ci, à quelques pas
16 de la clinique était un vrai refuge. Elle hébergeait chez Elle les
chiens et les chats errants des environs, qui y trouvaient asile et
subsistance. Elle avait été une des premières de mes premiers clients
à mes débuts. J'avais fini par ne plus envoyer les notes d'honorai-
res à cette « providence » des bêtes sans maîtres.
Le dimanche matin l er juillet, pendant que le Dr Yves Renner
s'installait, nous brûlions Moussa Diawara et moi, nos registres de
consultations (hormis le premier et le dernier) qui représentaient 15
ans moins 2 mois de pratique.
11 y avait eu un problème au sujet de mon fidèle compagnon,
chauffeur et infirmier, que mon successeur voulait garder et dont
je n'avais pu me passer (en tant que chauffeur) depuis un quart
de siècle, au Sénégal comme en Tunisie. Et Yves Renner avait pro-
posé : « — Vous le prendrez quand vous en aurez besoin ». Je
n'avais pas abusé du compromis. Moussa venait me chercher le
matin avec ma voiture pour passer à la maison de la Médina (où
il habitait depuis notre transfert de Saint-Louis en 1958 et à notre
retour de Tunisie en 1964) et faire les courses en ville. À 9 h, il
était à sa clinique. Il revenait, midi passé, « chez Barbier » me
reprendre, et déjeuner à la maison.
Et c'est à la clinique qu'on le ramènera — plus que malade —
le samedi 25 octobre après la Tabaski du lundi 20, de Saint-Louis.
Nous le transporterons, Renner et moi, à la clinique « Sokhna
Fatma » du Dr Doudou Fall, frère de Cheikh Fall, de Kader Fall
le Ministre, d'Aminata-Sow Fall et du « petit dernier » Masser le
Saint-Louisien qui s'est fait antillais. Moussa nous quittera le len-
demain dimanche 26 octobre 1980 à 16 h 50 à l'Hôpital Aristide-
le-Dantec. Je ferai transférer sa dépouille au cimetière de Maroum-
Yala de Sor à Saint-Louis. J'avais donné de quoi acheter du ciment,
et payé le voyage à un mien neveu, ex-douanier, reconverti maçon-
entrepreneur, pour qu'il aille bâtir la tombe de Moussa Diawara
et celle de mon ami Alexandre Ka, décédé cinq mois plus tôt à
l'hôpital Principal de Dakar. Je n'apprendrai que six mois plus tard,
que seule la tombe d'Alexandre avait été faite — trois mois après
ma commande. Mon maçon de neveu avait mangé l'argent sinon
le ciment de reste.
17 Captif du Temps qui passe et de « celui qui s'en est allé », que
je poursuis et souvent anticipe, mais non point leur esclave, j'ai
déjà parlé de ma rencontre avec Peter Brook à Tunis. Je vais le
retrouver à Paris et puis le recevoir à Dakar, dans quelque méan-
dre des jours enfuis avant et après d'autres.
En juillet 1979, j'avais lu dans la Presse Française, notamment
dans un petit entrefilet du Canard Enchaîné que « La Troupe Expé-
rimentale et Cosmopolite » de Peter Brook avait présenté avec suc-
cès au Festival d'Avignon, une adaptation de mon Conte L'Os (In
Les nouveaux Contes d'Amadou Koumba). Je l'avais moi-même
fait porter sur la scène du Théâtre National Daniel-Sorano de Dakar
en 1967 par Maurice-Sonar Senghor, le directeur, et sa Troupe),
et fait éditer la pièce en 1977 aux Nouvelles Éditions Africaines-
Dakar.
J'avais enfin reçu de la Confédération Internationale des Sociétés
d'Auteurs et Compositeurs — C.I.S.A.C. — une lettre me deman-
dant, au nom de M. Malick Bowens, les droits d'adaptation de
L'Os de Mor Lam, pour la Troupe de Peter Brook. Il s'ajoutera,
sur les affiches et les prospectus, le nom de J.C. Carrière. J'igno-
rais totalement Malick Bowens sur qui des renseignements m'étaient
également demandés. Si le prénom était bien typiquement « afro-
arabe », le patronyme avait, pour moi, quelque relent anglo-saxon.
Comme toujours, j'avais accordé l'autorisation, qu'il n'avait pas
attendue pour aller au Festival d'Avignon, ni pour débuter aux
ter Bouffes du Nord, le octobre et à bureau fermé jusqu'en fin
d'année. (Je me suis toujours considéré, en ce qui concerne mes
écrits, comme la poule qui pond ses oeufs, sans en connaître le plus
souvent le devenir : poussins, poulets, omelettes, ou sur-le-plat. Je
n'ai jamais refusé ou marchandé, ni traduction, ni adaptation de
mes quatre livres de Contes, de mon unique recueil de poèmes, de
ma Pièce. Il en sera de même de mes quatre ou cinq Tomes de
Mémoires).
Certificat et L'os de Malick Bowens et J.C. Carrière deviendra
(au fil du temps et des représentations en Province et à l'Étranger)
L'Os de Mor Lam, comme ma pièce du Théâtre National Daniel-
Sorano de Dakar. (J.C. Carrière avait sans doute abandonné la
tutelle de leur pièce à Malick Bowens). J'avais lu dans le journal
France-Soir du 5 août 1979 ces lignes : « — Jean C. Carrière pré-
pare Hadrien VII de Milos Forman avec Peter Brook ». Et j'aurai
mon nom sur les prospectus. Délicate attention du Patron de la
18 Troupe, qui laissera celle-ci « tourner » toute seule jusqu'en Aus-
tralie, m'apprendra-t-il chez moi à Dakar.
Après le Festival d'Avignon, en fin juillet, la Troupe de Peter
Brook avait rejoint Paris où elle allait présenter sa pièce et La Con-
férence des Oiseaux. Je pensais quand même avoir une occasion
de voir « leur Os » aux Bouffes du Nord, puisque je partais début
août, faire ma cure à Bagnères-de-Bigorre, en passant par Toulouse,
Aspet et Sengouagnet-en-Comminges, mon domicile fiscal en
France. Je ne la verrai que le 3 novembre.
J'avais pris l'avion le samedi 4 août à 8 h pour Marseille à 15 h
et Toulouse à 18 h 35. Renée m'attendait à l'aéroport de Blagnac
d'où nous étions partis directement vers Aspet-en-Comminges et
chez elle, à 4 km en aval de Sengouagnet et de notre maison, à
quelques pas du Gers (qui rejoint la rivière du Job pour se jeter
dans la Garonne en amont de Saint-Gaudens).
Le ménage de Jacky et Nénou Tancrède m'hébergera à Aspet
trois semaines, puisque j'étais venu en célibataire. Paule avait pré-
féré rester chez elle à Dakar, pour les tournois de bridge, les pla-
ges et l'île de NGor et... « ses vacances d'été ».
Ma principale occupation, durant mon séjour chez l'aînée de
mes deux filles, avait été « d'écrire ». J'avais envoyé des cartes pos-
tales à des amis et relations du Sénégal, et dédicacé le premier tome
de mes Mémoires, pour des connaissances et amis de Haute-
Garonne. Le premier de ces derniers avait été M. Henri Pradère,
de Sengouagnet. Cousin et frère de lait de ma femme (tout jeune
orphelin, il avait été nourri au sein par ma belle-mère en même
temps que Paule), Henri Pradère, ancien magistrat, était alors un
des responsables de la clinique de Neaufle-le-Château, qui avait eu
comme principal pensionnaire l'Imam Khomeiny. Il me dira « qu'il
avait recueilli dans mon livre des renseignements sur sa famille qu'il
ignorait. Il m'apprendra « les démêlés du personnel de sa clinique
avec le futur et terrible puissant Maître de l'ex-empire du Shah
d'Iran : « L'Ayatollah avait, par exemple, exigé, en salle de con-
sultations, de garder sur le billard, ses chaussures aux pieds et son
turban à la tête, avec, autour de lui et des médecins, ses disciples
et serviteurs ».
19 Les cartes postales avaient été envoyées, au fil des jours à
NDéné, Mambaye, Pierre et Maryvonne Douçot, à Alioune pour
toute la famille de la Médina, à Jo mon ophtalmologue et Mina
Diallo, Joce Périlhou, Lucien et Lucie Barbier, Lamine Diop,
Mohamadou Kane et Amadou Diaw ; à mon cardiologue Daouda
Diouf et à mon radiologue MBaye NDoye. À mes éditeurs Ama-
dou Seck et Roger Dorsinville. À « Madou » le Général Fall, Mah-
madou Ba, mon boy-cuisinier et Yves Renner mon successeur. À
Annie Ravisé et Henri Duret, le jour-même, 19 août, où Jean et
Monique Ferney, venant de l'Ariège, me faisaient une visite.
Le 27 août je déménageais de la Haute-Garonne pour les
Hautes-Pyrénées, Bagnères-de-Bigorre et le Castet-de-Gerde ; et
commençais ma cure le lendemain en « externe », logeant chez mes
enfants Jean-Louis et Andrée Lalanne.
Mon courrier-cartes postales — entrecoupé de dédicaces — y
avait débuté pour Henri et Charlette Lecomte, pour Mohamadou
Kane. La vue du pic du Midi de Bigorre, adressée à celui-ci, avait
été signée en collaboration avec Séfa, une amie de Pierre Klein ;
laquelle, de passage à Bagnères-de-Bigorre, était venue me voir au
Castet. Je m'étais rappelé au bon souvenir de Georges et Gene-
viève Duchemin à La Colle-sur-Loup au-dessus de Nice ; de Bruno
et Marie-Claire Cheramy rentrés d'Afrique ; de mon neveu Abdou-
laye Diop, le Procureur Général à Dakar ; de Marc et Yvette San-
kalé à Marseille...
Et avaient commencé les sorties en montagne et en Espagne
toute proche ; avec comme guide, mon « increvable » deuxième gen-
dre, le calme et solide montagnard Jean-Louis.
Le mercredi 5 septembre, au retour de Bielsa, où nous étions
allés faire ma provision de Porto d'Espagne, nous étions montés
jusqu'en fin de journée au Sauguet en face du Cirque de Gavar-
nie. Le lendemain nous avions eu la visite de Jeanne et Marius Mes-
de, ancien Directeur-Adjoint des Services de l'Agriculture de la
Mauritanie et du Sénégal. Venus de Tarbes où Mme Mescle avait
ses parents, le ménage nous avait appris qu'aux heures, où nous
étions la veille sur le flanc de la montagne le Sauguet, ils se trou-
vaient eux de l'autre côté de la route sur les pentes de Gavarnie.
En redescendant la côte de la maison, après avoir raccompa-
gné les Mescle jusqu'à la route, j'avais dit à Dédée que nous
n'avions pas pensé à demander à nos visiteurs de fixer une date
pour venir déjeuner ou dîner au Castet. Ils étaient repartis en mon-
tagne. Rentrés à l'hôtel, ils s'étaient couchés assez tôt. Seule Jeanne
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