Clair obscur

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L’université n’en croit pas ses yeux: l’affable garde-barrière abat une jeune professeur et en finit une fois pour toutes devant une foule de témoins, parmi lesquels se trouve sa femme. Meurtre et suicide au fusil de chasse. Un drame passionnel classique. Et pourtant. Le commissaire Legrand et son vieil ami Red, ancien de Scotland Yard, aujourd’hui privé, vont démêler les fils d’un puzzle plus complexe qu’il en a l’air… De l’amour à la haine, il y a la détresse, la rage et la manipulation. Au-delà, il y a meurtre. S’inspirant de faits réels, Roger Isnard fouille l’âme humaine et en extirpe les secrets, les frustrations et le désespoir. Autour d’un duo attachant, il soigne une enquête policière sans faille, conjuguant suspense et psychologie.

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EAN13 9782748361520
Langue Français

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Clair-obscur Roger Isnard










Clair-obscur






















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Cet ouvrage a fait l’objet d’une première publication aux Éditions Publibook en 2011


Préliminaires



J’ai écrit cette histoire en me servant d’un fait divers
réel. Pour ce qui est du contenu, ce n’est que le fruit de
mon imagination. J’ai essayé, avec ce roman, de montrer
toute la complexité dans les choix que l’être humain doit
faire face à certaines situations difficiles. La passion
anime la vie, donne de l’énergie, mais il arrive aussi
qu’elle soit mauvaise conseillère lorsque l’on n’arrive pas
à la maîtriser…

9


Chapitre I
Une journée particulière



Ce matin-là, il n’y avait rien d’extraordinaire qui aurait
pu attirer l’attention, laisser supposer que cette université
allait devenir la une des journaux. Les étudiants, comme à
l’habitude, arrivaient soit en groupe, soit isolément. Les
professeurs disaient bonjour au garde-barrière et à son
épouse comme à l’ordinaire. Le temps était des plus
cléments, les moineaux piaillaient sur les branches des
arbres encore feuillus. Une légère brise faisait du bien dès
qu’on la ressentait dans ses cheveux. Le soleil brillait sans
être trop chaud. Bref, on se sentait bien. Ni trop chaud ni
trop froid, juste ce qu’il faut pour affronter une nouvelle
journée. Une de ces journées comme toujours. Les mêmes
bonjours, les mêmes sourires. La seule chose qui aurait pu
paraître curieuse, sans plus, c’était de voir le
gardebarrière regarder sa montre assez souvent, l’air désemparé.
Mais venant de lui, cela ne troublait personne, car on le
savait assez primaire, sans instruction. Sa vie était
tellement monotone que ça ne pouvait pas être quelque
chose d’important. Parfois, les étudiants et les étudiantes
riaient en le regardant, car on le savait porté sur les jolies
filles et on savait aussi que sa femme en riait et qu’elle ne
se gênait pas pour le critiquer en public au vu et au su de
tout le monde. Mais comme ils étaient toujours ensemble,
on pensait que pour des gens ordinaires comme eux, ça ne
devait pas poser beaucoup de problèmes, et qu’ils ne
devaient pas trop prendre au sérieux ce genre de chose.
C’est pourquoi on en riait sans y prêter d’importance.
11 Midi venait de sonner lorsqu’on entendit deux coups de
fusil qui venaient de la barrière. Une femme était allongée
par terre et à ses côtés, le garde-barrière gisait dans une
marre de sang qui venait se mêler à l’autre juste à côté…
Les moineaux s’étaient envolés précipitamment, affolés
par ces bruits inaccoutumés, insolites, qu’on n’avait pas
l’habitude d’entendre en pareil lieu. Un groupe de curieux
était déjà autour des corps, tandis que l’épouse du gardien
hurlait : « Venez vite, mon mari est devenu fou ! Il vient
de commettre un crime et s’est suicidé ! Au secours, au
secours ! ».
À terre gisait Marilyne, professeur de biologie
cellulaire très connue, et à ses côtés, monsieur Jourdan, le
garde-barrière. Tous deux morts. La police ne tarda pas à
se retrouver sur les lieux pour les premières investigations.
De très nombreux témoins avaient tout vu du drame et
étaient abasourdis. La plupart étaient des étudiants et
étudiantes, les autres des passants. Ils avaient tous vu le
garde-barrière sortir avec un fusil de chasse en direction
de ce malheureux professeur et tirer à bout portant dans
son joli visage en lui hurlant : « Tu es à moi, tu entends, tu
n’es qu’à moi, à moi seul ! ».
Un premier coup de fusil… Puis on l’avait vu se tirer
une balle en pleine tête quelques instants après avoir dit :
« Qu’est-ce que j’ai fait, qu’est-ce que j’ai fait ? ».
Et le deuxième coup était parti et tout avait été fini ou
presque, car madame Jourdan, l’épouse du garde-barrière,
n’arrêtait pas de hurler et de pleurer en appelant au
secours. La police n’eut pas trop de mal à recueillir les
premiers témoignages et à conclure au drame passionnel.
En effet, on s’était aperçu de son empressement dès qu’il
apercevait la jeune et jolie professeur, et surtout toutes ses
manières à lui de trop lui sourire et même parfois de lui
mettre le bras sur le sien en lui parlant. Tout le monde
prenait cela à la légère, car personne n’aurait pensé un seul
instant à ce qui allait arriver.
12 À la faculté, tout le monde ne parlait que de ça,
comment cela était-il possible ? Elle si jeune, si belle et
intelligente, et lui si ordinaire, si vieux, qui plus est père
de deux enfants. Personne ne comprenait. On pensa à la
folie subite, mais très vite la police découvrit des lettres du
garde-barrière qui ne laissaient aucun doute sur le type de
relation qu’ils entretenaient tous deux. Oui c’était clair,
pour la police il s’agissait bel et bien d’un drame
passionnel. De plus, l’épouse du garde n’arrêtait pas de
répéter : « J’aurais dû m’en douter. Ah ! Il cachait bien
son jeu ! Qu’est-ce que je vais devenir maintenant ? »,
disait-elle en se cachant le visage de ses deux mains.

13


Chapitre II
Marilyne



Tous les étudiants de l’université la connaissaient et la
respectaient. Elle était non seulement intelligente mais
aussi très belle. C’était un professeur de biologie cellulaire
que tout le monde admirait pour son immense savoir et ses
travaux de recherche. Elle n’avait que vingt-huit ans. Elle
était brune avec de jolis yeux marron foncé, en amande.
On ne la voyait pourtant jamais sourire et on pensait que
c’était dû à ce qu’elle était très préoccupée par ses travaux
de recherche. On ne lui connaissait aucun amoureux, bien
que beaucoup de ses collègues lui aient fait une cour
assidue. Elle était toujours restée de marbre face à leurs
avances.
Ce matin de fin décembre était froid mais sans plus.
Cependant, il fallait se couvrir, revêtir de bons vêtements
chauds et tout se passait bien. On ne ressentait alors pas
trop le froid. Marilyne, comme à l’ordinaire, se rendait à
son travail à la fac, revêtue d’un joli manteau cent pour
cent laine, de couleur rouge. Elle adorait cette couleur.
Avec ses cheveux noirs, elle pensait que ça lui convenait
très bien. Ses souliers de marque lui donnaient la touche
finale d’une femme distinguée. Sans parler de ses gants de
luxe et de sa jolie montre en or dont lui avait fait cadeau sa
grand-mère lorsqu’elle avait appris son succès au
baccalauréat. Son sac également rouge ne dépareillait pas.
Il était lui aussi très élégant. Bref, ses vêtements la
rendaient encore plus attirante. Remarquez, elle n’avait
pas besoin de ça pour plaire. Elle était également très belle
lorsqu’elle revêtait sa blouse blanche de laboratoire. Là,
15 on ne pouvait qu’admirer ses jolies formes et son anatomie
parfaite. Tout de suite, ceux qui avaient la chance de la
côtoyer se sentaient attirés par sa gentillesse. Jamais elle
ne se prenait pour quelqu’un de supérieur aux autres. Elle
avait des mots gentils, avec ce sourire qui n’appartenait
qu’à elle. Elle n’était pas fière, même si elle savait tenir
son rang.
« Bonjour, Monsieur Jourdan, comment allez-vous
aujourd’hui ? Pas trop froid, j’espère ? », disait-elle au
garde-barrière de la cité universitaire. Il lui arrivait même
d’offrir à son épouse des chocolats à l’occasion des fêtes
de Noël ou de Pâques. Il en était de même pour la femme
d’entretien du labo, où souvent elle travaillait jusqu’à
assez tard dans la nuit.
« Oh ! Comme vous travaillez bien, c’est nickel !
Formidable, comme toujours ! », disait-elle, même si ce
n’était pas toujours aussi parfait qu’elle le prétendait. Elle
n’aimait pas faire de la peine. Mais elle savait se faire
respecter sans brusquer, tout en douceur. Sa gentillesse et
son intelligence faisaient qu’on voulait d’emblée lui plaire
et ne pas la décevoir. Sa grande beauté ne faisait
qu’ajouter au reste. Elle avait quelque chose en plus que
n’ont pas la plupart des femmes. Il y en a très peu qui
sortent de l’ordinaire, qui laissent quelque chose
d’inavoué, de presque insolent aux yeux des hommes qui
aimeraient posséder ces créatures si exceptionnellement
belles. Elle était de ce type-là. Quand on la voyait, on avait
beau dire mais c’était comme ça, on n’y pouvait rien. Sa
seule présence suffisait à transporter les passions les plus
cachées, à soulever les instincts les plus profonds. Elle
menait une vie simple ; aux yeux de tous, c’était une
femme sans histoire, sans intrigue, sans amour, si ce n’est
celui pour son métier qu’elle prenait très à cœur. Les
étudiants et certains de ses confrères ne comprenaient pas
toujours comment une telle jeune femme pût rester comme
ça, toujours plongée dans ses études de recherche et à
16 enseigner. N’avait-elle jamais envie d’autre chose, d’avoir
des enfants par exemple, un mari ? Ne serait-elle pas plus
heureuse si elle se sentait aimée d’une famille, de sa
famille ?
Le vent commençait à souffler, un mistral qui avait
nettement rafraîchi l’atmosphère. Même les oiseaux,
habitués jusqu’alors à un climat plus serein, semblaient ne
plus faire face à ce vent trop fort qui les déportait en plein
vol. Les branches s’agitaient, semblables à des fantômes
décharnés qui criaient leur colère. Il y avait aussi les
passants dans les rues qui se pressaient, enveloppés dans
leur manteau de laine. Subitement, on sentait le froid nous
pénétrer, nous faire grelotter lorsque les bourrasques du
vent nous entraînaient. On avait alors du mal à marcher.
On ne comprenait pas ce changement si brusque du climat.
Tout le monde en parlait. Le matin vers 5 heures, lorsque
la ville s’éveillait pour aller au travail, dans les cafés on en
parlait. C’était le sujet de conversation de ces gens à la vie
si monotone. Le climat et le football étaient des sujets
courants autour d’une bonne tasse de café chaud. On
parlait aussi de femmes, lorsqu’à la télévision
apparaissaient de jolies danseuses à l’occasion de
chansons chantées en américain et que personne ne
comprenait. On regardait quand même… que voulez-vous,
il fallait bien s’offrir un peu de rêve ! Tous les matins, les
engins de la voirie passaient pour nettoyer les rues.
Marilyne était là, comme les autres, autour d’une tasse de
café chaud. Tout le monde la regardait. Personne n’osait
lui parler. Il y avait trop de monde. Qu’aurait-on pensé ?
Personne ne savait ce qu’elle faisait dans la vie. On
n’aurait pas compris pourquoi elle se trouvait seule, une si
jolie jeune femme… D’ailleurs, elle ne parlait à personne.
Elle allumait toujours une seule cigarette et se mettait à
réfléchir, mais à quoi ? Nul ne le savait. Souvent, les
hommes regardaient ses jolies jambes ; ils ne pouvaient
s’en empêcher. Son pantalon noir la moulait et la rendait
17 encore plus désirable. Décidément, elle était très bien
roulée. Son visage de poupée et l’intensité de son regard
en ajoutaient encore plus. Puis elle se levait, prenait son
sac et sortait sans rien dire. Il arrivait parfois qu’un garçon
de café lui parle en souriant, fier d’avoir réussi à lui
adresser quelques mots. Elle répondait gentiment, sans
plus, sans jamais dévoiler son identité ni le travail qu’elle
faisait. Lorsqu’on lui demandait ce qu’elle faisait dans la
vie, elle répondait :
— Comme vous, je travaille.
— Vous êtes dans quoi ?
— Qu’est-ce que ça peut vous faire ? Vous êtes bien
curieux, se contentait-elle de répondre en souriant
gentiment.
Elle ne voulait pas blesser, rendre ridicules les autres.
Mais cela suffisait pour éloigner les trop curieux.
Visiblement, elle ne voulait rien dire. Cependant, un jour
elle rencontra un de ses confrères. Il vint à sa table et ils
discutèrent de sciences. Une fois qu’elle fut partie, ce
dernier renseigna le garçon de café Décidément trop
curieux lorsque celui-ci lui posa des questions :
— Vous travaillez ensemble dans un labo, d’après ce
que j’ai cru entendre, ça doit être compliqué ? ajouta-t-il
comme si la science le passionnait.
— Oui, c’est pas évident, répondit ce dernier, absorbé
déjà par le travail qui l’attendait.
— Elle est jeune, on dirait pas…
— C’est un professeur de biologie cellulaire. Comme
quoi on peut se tromper, dit ce dernier en souriant au
serveur. Si jeune et si jolie et en plus intelligente et douée,
poursuivit-il en pensant à elle.
On le sentait préoccupé, un peu gêné d’avoir trop parlé.
— Souvent elle vient prendre un café, puis elle s’en va
sans rien dire. De temps en temps, j’ai droit à un petit
sourire, s’empressa de répondre le serveur avec un léger
soupir de regret.
18 — Tu sais, tu n’es pas le seul à l’admirer, mais
croismoi, c’est pas pour toi. D’autres ont essayé mais personne
n’a réussi. Elle aime son travail de recherche. Il semble
que ça soit sa seule raison de vivre… C’est la vie, il faut la
prendre comme elle vient, poursuivit le malheureux
collègue.
Visiblement, il avait dû essayer, en vain lui aussi.
C’était un petit bar de quartier sans importance,
fréquenté par de petites gens. La plupart étaient des
ouvriers du bâtiment et de la voirie municipale. Là, avant
d’aller au travail, tout en buvant un café chaud, on faisait
son Rapido toujours perdant ou parfois remboursable. Et
on rejouait ses petits gains et on les reperdait. Très
rarement, il y avait un gagnant un peu plus important. Tout
le monde était alors au courant et les paris montaient et on
reperdait. À chaque heure qui passait, il y avait un type
d’habitués. Un peu plus tard, c’était au tour des retraités
qui arrivaient vers 8 heures et demie, voire 9 heures. Les
uns partaient, d’autres arrivaient.
Le vent se mit à souffler plus fort que d’habitude,
faisant penser à une petite tempête. Décidément, tout
laissait présager, ce matin-là, quelque chose
d’inexplicable, une sorte de prémonition de gros
problèmes à venir. Mais ce n’était qu’une impression
désagréable, certainement due au climat fou qui s’était
brusquement déchaîné. Le vent continuait à souffler par
rafales. On l’entendait siffler à travers les interstices des
portes et des fenêtres et hurler parmi les branches folles
agitées de toutes parts, tels des personnages fantomatiques
errant au travers des rues et des ruelles. Les quelques
personnes que l’on pouvait voir dans les rues se faufilaient
près des murs pour éviter de vaciller dans cette
minitempête. Le ciel s’était brusquement obscurci, accentuant
encore plus l’impression de recul face à ces éléments
naturels. On n’était pas habitué à avoir trop de mauvais
temps dans cette région du sud de la France en bordure de
19 la Méditerranée. Le jour était semblable aux autres jours,
mais pourtant, rien ne serait pareil. Même la nature
semblait se prêter à ce jeu malsain des journées qui ne se
passent pas comme à l’ordinaire. Marilyne avait à peine
quitté ce bar que rien n’était plus pareil. Subitement, les
gens semblaient à nouveau se replonger dans la monotonie
de la vie qui passe comme un long fleuve tranquille. Il n’y
avait plus de petits sourires en coin. Tout ça était bien fini,
terminé. Il y avait comme une tristesse subite qui se
ressentait de toutes parts. La télévision continuait à
montrer son lot de jolies filles qui chantaient et dansaient
et les regards, comme par magie, recommençaient à
s’illuminer.
Comme tous les matins, Marilyne se rendait à la faculté
pour y enseigner et également pour ses travaux de
recherche. Elle était toujours détendue et calme au volant
de sa voiture, jamais elle ne s’énervait. En la regardant de
plus près, on aurait pu penser qu’elle était inquiète. Dans
ses yeux, à ce moment-là, une certaine crainte pouvait se
lire. Peut-être que ce n’était pas ça, mais simplement de
l’inquiétude à cause de tout le travail qui l’attendait à
l’université. C’était difficile à dire. Elle avait le regard
profond qu’ont les jolies filles. Personne dans son
entourage ne la comprenait vraiment. De là, des mots de
certains à son passage :
— Je me demande si elle a déjà baisé dans sa vie. Quel
gâchis, je pense qu’elle finira par craquer.
— Tu sais, lui répondit un collègue de fac, ce genre de
femme, ne t’en fais pas pour elle. Elle rencontrera son
prince charmant, un petit bourgeois bien rangé qui lui fera
un beau petit lardon et adieu la recherche ! Elle finira prof
ou quelque chose comme ça.
— Oui, tu as peut-être raison, mais moi, tu vois, je lui
trouve un drôle d’air…
C’est vrai qu’il y avait de quoi se poser des questions à
son sujet. Trop sage, sans le moindre amoureux : mais
20 enfin, comment faisait-elle à son âge ? N’avait-elle pas des
envies comme tout le monde ? De plus, elle était très
coquette, c’était à n’y rien comprendre… On la voyait
pourtant se mettre du rouge à lèvres, rester assez
longtemps devant le miroir dans sa voiture. Elle aimait
donc plaire, a priori, non ?
— Ah ! C’est toi, Marilyne, lui dit un jour une de ses
amies, enseignante comme elle. Comment vas-tu ? Ah ! Je
vois, tu te fais belle, ça me fait plaisir de te voir ainsi. Je
commençais à m’inquiéter à ton sujet. Un petit
amoureux ? Je le connais ?
— Non, tu n’y es pas, lui répondit-elle. Qu’est-ce que
tu crois, j’aime me plaire. J’ai horreur du négligé, ça me
déprime. Et toi, comment tu vas ? lui demanda-t-elle pour
écourter toute explication.
— Tu sais, j’ai mon petit métier, mon petit mari. Bref,
tout est petit dans ma vie, mais je suis heureuse et comblée
comme ça !
Là encore, on ne comprenait pas toujours. Comment
cela se pouvait-il ? Personne ne pouvait comprendre tout à
fait et on commençait parfois à jaser. Beaucoup de
personnes évidemment l’avaient remarquée vu son
exceptionnelle beauté. Les regards se posaient un peu
partout sur son anatomie. Ses jambes étaient parfaites et
lorsqu’elle s’asseyait et que, sans le faire exprès, il lui
arrivait de les écarter, les regards se portaient
immédiatement dessus. Personne ne pouvait y résister.
C’était trop beau à voir. Son visage si bien dessiné et ses
yeux si parfaits donnaient le tournis aux gens. Elle avait ce
don d’attirer. Ce n’était pas toujours aussi agréable que
l’on aurait pu le croire. Parfois, ça lui avait valu quelques
ennuis et des difficultés. Il lui était arrivé d’avoir été
suivie à la sortie du campus lorsqu’elle était encore
étudiante. Même parfois, elle avait eu peur, car tous
n’étaient pas des enfants de chœur. Elle avait toujours peur
qu’on la viole. Elle était consciente de sa beauté. Elle
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