Dossier Kastor

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Une enquêtrice spéciale dans les eaux troubles de l’activisme écologiste, du terrorisme d’État et des mouvances radicales… Un thriller dont vous vous souviendrez longtemps.

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EAN13 9791030701029
Langue Français

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Une menace inédite : le terrorisme nucléaire. Une enquêtrice sQéciale dans les eaux troubles de l ’activisme écologiste, du terrorisme d’État et des mouvances radicales… Un th riller dont vous vous souviendrez longtemQs. Romancière, scénariste et nouvelliste, elle a été l auréate du Grand Qrix de littérature Qolicière QourLa Colère des enfants déchus et du Prix SNCF du Qolar français QourCamino 999. Elle est auteur au Diable vauvert de la trilogie d’esQionnage économiqueCristal Défense(Qrix Michel Lebrun),La Face cachée des miroirs etLe Stratagème de la lamproie.
Catherine Fradier
Dossier Kastor
À Vera et Boris
« Le drame de l’homme moderne est qu’il ne croit pas ce qu’il sait. » Jean-Pierre Dupuy
« Les processus politiques de la démocratie ne fonctionnent pas quand il s’agit de politique nucléaire. » Robert Dahl, 1953
« La fin du monde est rendue possible par un ordre mondial fondé sur le nucléaire. » Kenzaburô Oé
Une humidité sournoise le fit frissonner, il n’était pas assez habillé. L’habitacle de la voiture chauffé par un soleil généreux l’avait t rompé. À Bruxelles, le début d’automne pouvait mordre. Un courant d’air mortifère qui circulait dans le bâtiment ouvert aux quatre vents s’enroulait autour de ses c hevilles avant de l’envelopper d’un suaire de glace. Il consulta sa montre. Trop tard pour redescendre récupérer son manteau dans la voiture, la fille allait arrive r. Sa ponctualité à la minute était l’une de ses manies, comme celle d’exiger qu’il res te assis dos à l’entrée, les mains à plat sur la table. Une fois, c’était à leur troisième rendez-vous, il n’avait pas respecté la consigne, autant par bravade que pour la tester. Assis sur la table les bras croisés dans une posture désinvolte, il l’ avait attendue. Et le regrettait encore. Sans même marquer un temps d’arrêt dans l’encadrement de la double porte aux battants dégondés, elle avait traversé la longue sa lle poussiéreuse aux recoins jonchés de détritus et s’était arrêtée devant lui, à portée de main. Les pupilles noires au cœur de l’iris bleu pâle translucide l’avaient sondé depuis les tréfonds de l’abîme en prémices de la sanction. Les doigts de la fille s’étaient refermés sur ses cervicales et leur étau lui avait broyé la nuque. D ans un râle étouffé, il s’était lourdement affaissé sur les genoux, sonné. Accroupie à sa hauteur, elle lui avait alors murmuré « Assis » au creux de l’oreille. Il l ui avait fallu plusieurs tentatives pour se hisser sur la chaise. Des frissons le secouèrent. Il ne sut si c’était à cause du froid ou de l’appréhension de cette dernière livraison dont la collecte lui avait donné des sueurs. Déjouer la sécurité, contourner les protocoles, leurrer les différents niveaux d’accréditation s’était révélé plus ardu que les fois précédentes. Compte tenu de la valeur de ces ultimes informations, il avait exigé le double. La fille avait accepté sans discuter, sans en référer. Avec du recul, là a u milieu de nulle part dans ce bâtiment désert, crispé sur une chaise bancale face à une table métallique, rescapées d’une entreprise qui avait connu des jour s meilleurs, il douta. Un œil vers la serviette de cuir posée devant lui, il entr eprit d’évaluer les options. Elles n’étaient pas nombreuses. Courir et dévaler les qua tre étages, ou bien attendre. Attendre encore un peu et être riche de quelques milliers d’euros supplémentaires. Cent pour être précis. Cent mille euros qui s’ajout eraient au pactole. Oubliant le froid qui le paralysait dans son costume trop léger, il ferma les yeux à la recherche de la sensation du sable brûlant sous son corps, le visage et le torse rafraîchis par les embruns du ressac de l’océan. Il aurait bientôt le loisir de s’en repaître jour après jour et pas seulement pour une semaine ou deu x à l’occasion de courtes vacances. Une ombre glissa. Il ouvrit les yeux, le cœur battant. Elle était là devant lui, une esquisse de rictus au coin de la bouche. Ses lèvres à peine teintées et sa pâleur extrême renforçaient son inquiétante personnalité. Si on faisait abstraction de son allure androgyne avec son blouson et ses chaussures montantes, elle lui rappelait ces mannequins filiformes qui arpentaient les podiums d’une démarche saccadée. Sauf que cette fille-là avait quelque chose qui ne tournait pas rond. Nul besoin d’être un spécialiste pour constater ses désordres intérieurs qui transparaissaient à l’aune de quelques détails : l’absence par intermit tence dans le regard, les haussements d’épaules convulsifs, les rafales de ba ttements de cils en signe de contrariété, sa façon de croquer des Tic Tac et de balancer la boîte vide d’un coup de pied. C’était une dingue et il s’appliquait à ne pas l’irriter. Comme à son habitude, elle claqua des doigts et dés igna la serviette de cuir. Il
l’ouvrit et en retira la liasse de documents qu’elle lui arracha d’un geste sec, avant de les parcourir rapidement de la première à la dernière page, sans commentaire, le visage fermé. Puis, le dévisageant, elle roula les feuillets qu’elle encercla d’un élastique tiré de la poche arrière de son pantalon. Pour éviter de soutenir son regard, il se concentrait sur ses gestes lents et p récis. C’est au moment où elle glissa le rouleau à l’intérieur de son blouson qu’il réalisa qu’elle n’avait pas apporté sa tablette. Toutes les fois précédentes, elle s’était présentée à lui, la tablette à la main. Il vérifia sur la table, sous la serviette vi de. Rien. Comment allait-elle procéder au dernier virement ? De chez lui, il avait pu vérifier que l’argent était bien sur un compte numéroté, confirmant les dépôts effec tués en sa présence dans cette usine désaffectée. Le transférer l’avait bien effleuré malgré l’ordre de ne pas y toucher tant que le job n’était pas terminé, mais il n’était pas un familier de cette finance offshore. Les nouvelles pratiques des banqu es dans la lutte contre le blanchiment et la fraude fiscale l’avaient dissuadé de bouger, par peur de se faire repérer, et de la contrarier. Ses battements de cœur s’accélérèrent, activés par une certitude insidieuse qui avait atteint sa poitrine avant son esprit : il n’y aurait pas de dernier versement. Avait-il été trop gourmand ? Non , il ne le croyait pas. Il s’agissait d’autre chose qui le dépassait. La fille n’avait pas encore dit un mot et le scrutait tel un félin à portée de griffe de sa proie et qui dispose d’un temps infini. Ce silence était insupportable. Il le rompit, la voix éraillée. — Le dernier versement, comment on procède ? Le rictus s’élargit sur ses dents à l’émail brillant, petites et bien alignées. — Aujourd’hui, pas de virement. D’ailleurs, on a récupéré l’argent et on a fermé ton compte. Il lui fallut plusieurs secondes avant de comprendre, avant que la maison face à l’océan teinté de titane par un soleil blanc s’esto mpe dans le halo de sa fin prochaine, à laquelle il ne voulait néanmoins pas croire. — Pourquoi ? Je vous ai donné tout ce que vous m’avez demandé. — Là où tu vas, tu n’as pas besoin d’argent, lâcha- t-elle en enfilant lentement des gants en cuir.
Assise dans un des fauteuils du coin salon près de l’ascenseur, Anneliese tourna la tête vers Tanguy qui arrivait. Elle se leva et le détailla des pieds à la tête, l’air sceptique. — Alors ? demanda Tanguy lorsqu’il arriva à sa hauteur. Je te plais ? — En quoi t’es déguisé ? — En producteur ! — Ils s’habillent comme ça, les producteurs ? — Affirmatif ! Pourquoi ? je n’ai pas l’air d’un producteur ? Les bras ouverts, il vérifia sa tenue. Baskets et pantalon noirs, blazer vert pomme sur une chemise noire à rayures orange et anis. Sat isfait de son apparence, il boutonna sa veste comme pour clore la discussion. L a moue persistante de sa collègue lui instilla cependant le doute. — Arrête ton cirque ! C’est quoi le problème ? — Tu ressembles à un espion déguisé en producteur. — Eh bien c’est parfait ! s’exclama-t-il un peu ace rbe, un doigt sur le bouton d’appel de l’ascenseur. C’est exactement ce que je suis, un espion déguisé en producteur. Et toi, pourquoi t’es habillée comme une ado ? — C’est ma tenue de tous les jours. — Oui, j’ai remarqué. T’as trente balais et tu t’habilles comme une ado. — Vingt-neuf, rectifia-t-elle en inspectant le menton de Tanguy. C’est limite, ta barbe de deux jours. Dans la cabine qui les remontait vers la surface, il offrit sa joue au miroir mural. — C’est une barbe de trois jours. T’as quand même de la chance de faire équipe avec un beau mec. — T’y connais rien en barbe de trois jours, monsieu r Je-suis-toujours-bien-rasé. Une barbe de trois jours, c’est en fait une barbe d e dix jours taillée avec une tondeuse. Toi, t’as une barbe de deux jours. — Tu sais que tu peux être sacrément casse-couilles quand tu t’y mets ! Je vais finir par demander à Sander de rebosser avec moi. — Tu ne le feras pas ! le défia-t-elle lorsqu’ils sortirent de l’ascenseur au niveau – 1. Ils longèrent un couloir jusqu’à un sas où ils présentèrent leur badge devant une borne. — Et pourquoi je ne le ferais pas ? — Je suis plus jolie que lui et je sens bon, fit-elle en cavalant derrière Tanguy en direction du parking souterrain. C’est toi qui me l’as dit. — Jamais j’ai dit que tu sentais bon. J’ai seulemen t observé que tu sentais le chamallow. — Une jeune femme qui sent le bonbon, ça excite les hommes mûrs. Pareil quand elle lèche une sucette. — T’es vraiment une obsédée. La seule nana que je connaisse qui parle autant de cul. Incroyable qu’ils ne l’aient pas détecté lors de ton recrutement. — Je t’abreuverais de recettes culinaires, tu dirais que je suis un fin cordon-bleu. Observe le décalage dans tes références. — Bon sang, Lili, on ne peut pas parler de sexe comme on parle de cuisine ! — Et pourquoi pas ? Dans les deux cas, il s’agit de satisfaire des papilles. — Des papilles ? — Oui. Les papilles de la bouche et les papilles du minou ! Tanguy marqua un temps d’arrêt, déconcerté, puis reprit sa marche dans l’allée centrale du parking. La portière d’un taxi s’ouvrit sur un chauve corpulent en
blouson de cuir. — Sander, cria Tanguy, ferme ton blouson, on voit ton flingue. Un 4×4 avec deux hommes à bord attendait derrière le taxi, prêt à démarrer. Des rires résonnèrent dans l’habitacle. — T’es belle, ma poule, en vert salade, rigola Dieg o en descendant de voiture. C’est combien la petite gâterie ? — C’est vrai que vous, rétorqua Tanguy, le show-biz , vous ne connaissez pas trop ! Il n’y a qu’à voir vos têtes d’endive. Diego vint à la rencontre de Tanguy et tâta le revers de sa veste. — Avec une couleur pareille, on ne risque pas de te paumer. — Q. a cousu le micro dans la doublure. Vous m’entendez comment ? — Cinq et clair ! confirma Nikita assis, derrière le volant, un doigt sur son oreille. Tu es certain de vouloir y aller sans oreillette ? — Certain ! Chariff risque de la repérer. La zone, on en est où ? — Quadrillée et sécurisée. Charlie est aux commandes et assure les liaisons. — Les serveurs de la brasserie ? — Tous briefés. Pour Chariff, on a la confirmation. Il est accompagné de deux autres Somaliens qu’il a récupérés à l’aéroport une heure après son atterrissage. Deux armoires à glace en provenance de Nairobi. Ils n’étaient pas sur le même vol, sans doute par discrétion. — Des armes ? — Apparemment, non. Depuis qu’ils ont passé les portiques de l’aéroport, rien de suspect. Ils n’ont pas eu le temps de s’enfouraille r, nos équipes ne les ont pas lâchés. Faites gaffe aux deux types qui accompagnent Chariff, ils n’ont pas besoin d’armes. — On est d’accord, vous ne bougez pas avant le signal. — C’est toujours « Gérard Depardieu » ? — Toujours ! — O.K. Au signal, tu comptes jusqu’à six et on leur tomb e dessus. Surtout, éloignez-vous des paluches des deux balèzes. Ce sont des tueurs. Diego tendit le bras vers Anneliese qui attendait, appuyée contre le taxi. — Lili, cria-t-il. Essai micro. Vor der Kaserne, entonna Anneliese d’une voix caverneuse,Vor dem großen Tor,Stand eine Laterne,Und steht sie noch davor,So— Cinq et clair ! coupa Diego. Tanguy tapa du plat de la main sur le toit du 4×4 avant de se diriger vers le taxi. — C’est parti !
— Nom pe Dieu ! Comment j’ai Pu t’écouter, PaPa. Qu’est-ce qui m’a Poussée à accePter ce Poste ? Quelle folie ! Mais tu vois, si je suis honnête avec moi-même, je pirai que c’est la vanité, la vanité poublée p’u n gros besoin pe reconnaissance emmaillotée pans un énorme ego. Mais en aucun cas le… — StoP ! Lauren. Arrête pe pire n’imPorte quoi. Tu es une référence pans le milieu, et Personne n’était mieux Placé que toi Pour être commissaire euroPéenne à l’énergie. — Et au climat ! — Si tu veux. Tu as Publié nombre p’ouvrages, p’art icles et pe raPPorts, tu es membre pu comité pe répaction peLaRevue de l’énergIe, tu es une exPerte pes énergies fossiles à la Bourse pe New York. La Banqu e monpiale te consulte régulièrement, tu as bourlingué sur toutes les Plat es-formes, tous les sites Pétroliers pe la Planète. Il fallait une Professionnelle pe ta tremPe à ce Poste et… — C’est un Poste éminemment Politique, PaPa. J’ai l’imPression p’être un laPin invité à un ball-traP organisé Par pes renarps. Le rire pe Charles Saintagne résonna pans son oreil le. Lauren abanponna pu regarp un chien solitaire qui errait trois étages P lus bas sur la Place Jourpan, et péambula pans le salon encombré pe cartons résipuels contenant pes livres et pes pocuments qu’elle rangerait lorsque les étagères se raient installées. L’emménagement s’était fait Par étaPes, essentielle ment le week-enp ou tarp le soir. La Première avait été p’accrocher ses Photos. Hormis le Pan réservé aux rayonnages, tous les murs pe l’aPPartement, toilett es comPrises, en étaient couverts. Leur capre métallique luisait pans la Pén ombre pu Petit matin. Elle s’arrêta pevant l’une p’elles, une Photo en noir et blanc où on la reconnaissait à Peine. Le visage mâchuré, flottant pans une combina ison souillée, elle péfiait un perrick pans une Posture conquérante, bras au ciel. Le souvenir pe l’opeur fétipe pu brut emPlit ses narines. — La Politique ça s’aPPrenp, rePrit son Père. Tarik t’aipera. Bientôt quinze ans (1) qu’il est pans la Place et il connaît tous les rouages pu Berlaymont , c’est un Pro. lus qu’un Pro, Tarik Yamani était un animal Politi que qui tremPait pePuis toujours pans le granp bain. Jamais sous les Projec teurs, mais pans l’ombre pe ceux qu’il conseillait avec une habileté et une jus tesse reconnues pe tous, qu’ils soient élus ou nommés. Doté p’une caPacité p’analyse remarquable, Tarik excellait à exPliquer succinctement pes ipées comPlexes. Il rePrésentait l’élite pes sherPas et Lauren avait Pris le job seulement Parce qu’il a vait accePté p’être son pirecteur pe cabinet sans Poser pe conpitions, un hommage à u ne amitié qui remontait au lycée. Le haut rePrésentant pe l’Union Pour les affaires étrangères avait consenti à contrecœur à la pémission pe son pircab Pour un Pos te aux étages inférieurs et n’avait Pu s’emPêcher pe gratifier Lauren p’une remarque acerbe. Une réflexion qui lui avait mis le poute. — Les affaires étrangères sont Peut-être Plus exalt antes que l’énergie, s’était ravisée Lauren. Je ne vouprais Pas… — Tu ne t’en sortiras Pas sans moi. C’est comme si tu t’aPPrêtais à traverser la forêt vierge en bikini et en tongs. Je vais t’équiPer Pour l’affronter. Le granp oral pevant la Commission pu arlement ava it été leur Première éPreuve et Lauren avait remPorté sa nomination haut la main, aPrès pes jours et pes nuits où Tarik l’avait briefée sans relâche. Mais elle aPPrenait vite, romPue aux louvoiements éProuvés lors pe ces années Passées au sein pes majors Pétrolières, Puis à Wall Street. Une question cePenpant la taraupait. Seul son Père Pouvait y réPonpre.