Feu Grimaud

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À Chantepie-de-Tricastin, c’est l’affolement. Le très respecté M. Numa Courtiol est retrouvé, au petit matin, mort, dans son lit, un poignard planté dans le cœur.


Dans la maison, ni la nièce du défunt, ni la bonne, ni même le jardinier, n’ont entendu le moindre bruit et nulle trace d’effraction n’a été découverte.


Le commissaire ROSIC, chargé de l’enquête, a tôt fait de repérer le suspect idéal dans la personne de Marcel Lautier, un poète dépouillé de ses derniers biens par la victime qui lui avait prêté de l’argent, jadis, et qui, par défaut de remboursement, s’était approprié sa demeure familiale.


Les menaces prononcées par l’artiste ainsi qu’un témoin affirmant avoir vu ce dernier escalader le mur ceignant le jardin de Courtiol, la nuit du crime, finissent par convaincre le policier.


Mais Cédoine, un musicien talentueux et reconnu, vieil ami de l’écrivain, persuadé de l’innocence de celui-ci, va s’exercer à la profession d’enquêteur dans le but de trouver le véritable assassin...


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EAN13 9782373473506
Langue Français

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Commissaire Rosic
FEU GRIMAUD
Roman policier
par Rodolphe BRINGER
D'après la version publiée sous le titre dans la co llection « Les meilleurs romans policiers » aux éditions « Baudinière » en 1 935.
I
UN CRIME VIENT D'ÊTRE COMMIS...
Ce matin-là, comme neuf heures sonnaient à la grande horloge à coffre qui se trouvait sur le premier palier de l'e scalier, Clarisse s'étonna de ne pas voir descendre son maître.
Il était d'ordinaire d'une ponctualité pointilleuse .
Comme tous les matins, elle avait servi dans la sal le à manger la tasse de chocolat fumant, la boîte à biscottes et déposé à c ôté le« Petit Marseillais »que la marchande de journaux glissait dans la boîte.
Le facteur n'arrivait qu'un peu plus tard...
— Qu'est-ce qu'il fait donc qu'il ne descend pas ? Son déjeuner va être tout froid !...
Mais Clarisse pensa que M. Courtiol, peut-être, et par hasard, s'était levé un peu plus tôt que d'ordinaire et que, sans doute, il était allé faire un tour de jardin.
Elle se dirigea donc vers le potager, mais elle n'y vit que Figalou, le vieux lle jardinier, en conversation avec M Paule :
— Vous n'avez pas vu Monsieur ?... leur cria-t-elle .
Ils lui répondirent en secouant la tête...
Elle revint vers la maison... Elle attendit... Puis , comme la demie sonnait, elle n'y tint plus, elle monta au premier et frappa à la chambre de son maître :
— Monsieur Courtiol ?... Vous êtes malade ?...
Rien ne répondit... Clarisse colla son oreille contre l'ais de la porte, mais elle n'entendit aucun bruit, aucun murmure, pas même ce léger ronflement que M. Courtiol exhalait quand il dormait.
Alors, elle eut peur, hésita une seconde, puis, com me la porte n'était jamais fermée à clef, elle tourna le bouton et entra.
La plus grande obscurité régnait dans la chambre.
Ne perdant pas son temps à s'en venir ouvrir les fe nêtres et pousser les volets, elle tourna le commutateur qui se trouvait près de la porte, et la chambre s'inonda de la lumière tombant du plafonnier.
Et alors Clarisse vit son maître étendu dans son li t et baignant dans une mare de sang.
M. Numa Courtiol avait été assassiné...
Toute sa vie, Clarisse devait se demander comment l a vue d'un spectacle aussi effroyable ne l'avait pas tuée sur le coup.
Mais en proie à une émotion indicible, sans même se donner la peine de fermer la porte, elle avait dégringolé les escaliers en criant :
— Au secours !... Au secours !...
Ses cris avaient retenti dans tout le quartier.
lle C'étaient d'abord M Paule et le vieux jardinier Figalou qui étaient ac courus, puis cinq ou six personnes du voisinage, qui avaien t trouvé Clarisse dans le hall d'entrée, effondrée sur un fauteuil d'osier et balb utiant :
— Mon maître ! Mon pauvre maître !...
Et comme on l'interrogeait, à travers ses larmes, s es sanglots, elle avait pu exprimer :
— Là-haut... Dans sa chambre... M. Courtiol... On l'a assassiné.
lle M Paule avait poussé un grand cri et s'était trouvée mal dans les bras de Figalou... Les hommes étaient montés, redescendant aussitôt et clamant :
— Les gendarmes !... Un médecin !... Vite !... Alle z chercher la police !...
Ç'avait été une minute d'affolement où, tout le mon de criant et s'agitant, personne n'agissait.
Peu à peu la maison s'emplissait de monde.
lle Tandis que l'on faisait revenir à elle M Paule et que de braves femmes faisaient prendre quelque chose à Clarisse, tout de même des jeunes gens, sautant sur leur bicyclette, avaient filé les uns v ers la gendarmerie, les autres chez le docteur Mitre, les derniers enfin chez M. l e Maire, semant au passage dans tout le pays la déplorable nouvelle :
— On a assassiné M. Courtiol !...
Cinq minutes après, les gendarmes arrivaient, puis M. Bouffre, le maire et, enfin, le docteur Mitre... Les gendarmes avaient co mmencé par faire évacuer la maison, le maire et le docteur étaient montés auprè s du cadavre et l'ordre avait enfin été rétabli.
M. Numa Courtiol était un homme d'une soixantaine d 'années, qui jouissait à Chantepie-de-Tricastin de l'estime à peu près générale.
Il courait bien sur son compte quelques mauvais bru its, et l'on assurait que, non seulement il faisait de la banque, mais encore qu'il prêtait à la petite semaine et à des taux évidemment usuraires...
Mais comme il était riche, et que personne ne se pl aignait ouvertement de
lui, on ne prêtait pas l'oreille à ces mauvais brui ts et, M. Numa Courtiol était considéré comme le meilleur des hommes.
en
somme,
D'ailleurs, on le connaissait depuis longtemps dans le pays, puisqu'il y était né.
Son père y avait été établi huissier durant de long ues années et bien qu'il ne fût pas riche, il s'était saigné aux quatre veines pour lui faire donner de l'instruction, ainsi qu'à sa jeune sœur Noémie.
Numa avait été mis au collège ; il avait même passé son baccalauréat et avait fait un peu de droit ; puis, il avait quitté le pays et s'était rendu à Nîmes où, à la vérité, on ne savait pas trop ce qu'il était d evenu.
L'huissier était mort et Numa, pas plus que sa sœur , n'étaient revenus à Chantepie où il ne possédait plus de famille.
Puis, un jour, il y avait de cela une quinzaine d'a nnées, on avait vu revenir Numa Courtiol qui était un gros monsieur...
Tout de suite, il avait mis les maçons à la vieille maison paternelle située dans la grand-rue et qui, doucement, tombait en rui nes ; puis, le vieux logis rajeuni et modernisé, M. Numa s'y était installé, p renant à son service Clarisse Baumet, excellente cuisinière, car il étai t célibataire et il fallait bien qu'il eût quelqu'un pour s'occuper de sa cuisine et de so n intérieur.
Et Numa Courtiol avait fait de la banque...
Comme on le savait riche, la bonne société de Chant epie l'avait adopté, et il avait fréquenté tous ces Messieurs, admis d'emblée au Cercle qui tient ses assises au premier étage duCafé du Champ-de-Mars.
C'était un homme calme et tranquille, toujours de b onne humeur, aimant plaisanter et surtout ami de la bonne chère et des bons vins.
Il recevait souvent chez lui, et comme sa cave étai t bien montée et que Clarisse était la meilleure cuisinière du pays, ses réceptions étaient suivies...
Comme de juste on lui rendait ses dîners, ce qui fa it que Numa était toujours en fêtes et en festins.
D'ailleurs, il n'y avait qu'à le voir pour se rendr e compte que c'était là le meilleur compagnon du monde.
Pas trop grand, mais replet et assez ventru, sa fac e, toute rasée, était ronde comme une pleine lune et les yeux petits, mais plei ns de malice, le nez un tant soit peu veiné de rouge, la bouche bien charnue, sa ns cesse ouverte en un sourire de contentement, M. Numa Courtiol était la parfaite image de la bonne humeur et de la joie de vivre.
Il parlait assez volontiers de la vingtaine d'année s qu'il avait passées à
Nîmes, où il était dans les affaires, ce qui ne l'a vait pas empêché de s'y payer du bon temps...
Au contraire !...
— Quand j'étais à Nîmes, on faisait ceci !... On fa isait cela !...
Et bien qu'il ne fût pas très explicite sur le genr e d'affaires qu'il faisait à Nîmes, on devinait qu'il y avait surtout spéculé su r les vins, et cela de façon assez heureuse pour y gagner un gros million !...
Car on estimait généralement, à Chantepie, que M. N uma Courtiol était millionnaire.
Il n'y avait que sur sa sœur Noémie que M. Numa Cou rtiol n'aimait pas faire de confidences...
Lorsque de vieux Cantepicois, qui avaient connu Noé mie enfant ou même jeune fille, lui demandaient ce qu'elle était deven ue :
— Elle avait fait un mariage qui ne me plaisait pas , répondait M. Numa... D'ailleurs, elle est morte, et son mari aussi, ne l aissant qu'une fillette, ma nièce Paule, dont je suis bien obligé de m'occuper, puisq u'elle n'a plus que moi !
Et l'on ne pouvait rien en tirer de plus.
Cette nièce, on ne la voyait jamais :
— Elle est en pension, disait M. Courtiol. Elle pas se ses vacances chez sa nourrice où, tout de même, elle se plaît mieux que chez un vieux garçon comme moi !...
Or, il y avait trois ans environ, M. Numa était dev enu propriétaire de la maison Lautier.
C'était assurément la plus belle du pays.
Elle dressait sa façade sur la route de Saint-Crist ol, qui longe le mur du parc pendant au moins trois cents mètres ; construite au dix-huitième siècle, elle arrêtait la curiosité des passants à cause de sa be lle porte flanquée de deux cariatides sculptées supportant un beau balcon à ra mpe de fer forgé, et de ses fenêtres ornées à leur clef de voûte de magnifiques mascarons montrant des têtes souriantes et gaies.
Cette maison avait été construite sous le règne de Louis XV par les des Arcis qui étaient une vieille et noble famille cantepicoise.
Puis elle était passée aux mains des Lautier, une d es Arcis ayant épousé un Lautier qui était officier de la Grande Armée, et d epuis elle avait toujours appartenu à cette honorable famille.
Mais les Lautier s'étaient à demi ruinés et le dern ier du nom, Marcel, qui
avait quitté le pays pour aller à Paris où il faisa it on ne savait quoi, avait achevé le désastre...
Pourri de dettes, on disait qu'il avait hypothéqué les derniers biens qu'il possédait à Chantepie ; il avait même emprunté de l 'argent à M. Courtiol et, incapable de se libérer au moment de l'échéance, M. Numa s'était trouvé possesseur de ce bel immeuble, le plus important as surément de tout le pays.
Et comme on s'étonnait qu'un vieux garçon, seul ave c une bonne, eût acheté une maison si grande et s'y fût installé :
— Hé ! avait répondu M. Numa, il me faut de la plac e maintenant que je vais avoir ma nièce avec moi !
lle En effet, quelques jours après, on voyait arriver M Paule.
Elle pouvait avoir dix-huit ans.
C'était une grande jeune fille, mince, mais pleine de vie et de santé ; ses cheveux avaient la belle teinte de la paille dorée par les chauds soleils de juin ; dans un visage à l'ovale un peu étiré, et qui sembl ait lui aussi doré par le soleil, les yeux s'allongeaient, doux et langoureux, couleu r de l'avoine mûre.
lle M Paule Grimaud, orpheline dès son plus jeune âge, a vait passé sa plus tendre enfance chez une nourrice qui habitait un vi llage perdu dans les plis du Luberon ; puis, elle avait été mise en pension à Ai x et, pendant ses vacances, elle retournait dans ce petit village de Castellet, qui était comme son pays natal, et qu'elle croyait bien ne jamais quitter.
Mais sa nourrice était morte, et comme elle venait d'achever ses études, force avait bien été à M. Courtiol de prendre chez lui cette nièce qu'il ne connaissait guère et seulement pour l'avoir vue, ra rement, dans ce parloir du pensionnat d'Aix où elle préparait ses examens.
Quand cette jeune fille était arrivée à Chantepie, les amis de M. Courtiol n'avaient pas manqué de lui dire :
— Mais cette jeune fille va mourir d'ennui, chez vo us, vieux célibataire que vous êtes !
— Bah ! J'espère que ces dames voudront bien la rec evoir et la distraire !
En effet, la bonne société de Chantepie avait fait le meilleur accueil à la me jeune fille, et soit chez la notairesse, soit chez M Mitre, la femme du médecin, me me soit chez M Bouffre, la dame de M. le Maire, soit chez M Savouroux, la pharmacienne, Paulette avait été reçue partout, fêt ée et choyée comme si on l'eût vu naître.
D'ailleurs Paule, de même qu'elle était véritableme nt une bien belle jeune fille, était également la jeune personne la plus ai mable et la plus facile à vivre...
Tout de suite, elle s'était mise à adorer cet oncle qu'elle ne connaissait autant dire point et elle s'était ingéniée à ne le point gêner dans sa vie comme dans ses habitudes.
— Ne vous occupez point de moi, mon bon oncle, et l aissez-moi seulement m'occuper de vous !
Elle tenait dans la maison le moins de place possib le ; elle s'était aménagé, suivant ses goûts, les trois pièces que M. Numa ava it mises à sa disposition, au premier étage de la maison, et elle y passait agréa blement son temps à coudre, broder, lire ou faire de la musique, car elle avait fait installer une vieille épinette, découverte dans les greniers, dont elle aimait les sons grêles et si purs. Elle aidait aussi Clarisse, car elle lui avait dit : « A u pensionnat l'on m'a tout appris, hormis être une femme d'intérieur, et je compte sur vous pour m'initier aux travaux du ménage et de la cuisine ! » Elle s'occup ait aussi de jardinage avec son vieil ami Figalou, car elle adorait les fleurs ; le reste du temps, elle s'en allait chez les unes ou chez les autres de ces dames où el le était toujours la bienvenue.
Il n'y avait pas deux mois que Paule était installé e chez son oncle que M. Numa raffolait de sa nièce et ne pouvait se pass er d'elle !
Il était tout heureux et tout aise d'avoir quelqu'u n en face de lui, à table, aux heures des repas, et, le soir, il était dans le rav issement d'entendre, au salon, Paule lui faire de la musique, car elle était excel lente musicienne et il avait tenu à lui faire cadeau d'un superbe piano qu'il avait fait venir de Lyon.
Quant à Paule, elle vivait à Chantepie, dans la bel le maison de son oncle, heureuse et ravie, et ne cessait de témoigner à ce cher oncle toute son affection, comme toute sa reconnaissance pour l'heu reuse vie qu'il lui faisait.
Tel était donc ce Numa Courtiol que, ce matin-là, C larisse, sa vieille servante, trouva assassiné dans son lit.
II
M. ROSIC ENQUÊTE
Cependant,averti par un coup de téléphone, le Parquet de Roubionas était arrivé en automobile, suivi de près par M. Rosic, le célèbre chef de la Brigade mobile de Lyon, qui déjà tant de fois avait donné des preuves de son génie policier.
Aussi, M. Rosic se trouvant là, le juge d'instructi on et le procureur de la République lui laissèrent-ils tout le souci de l'en quête ; M. Rosic, immédiatement, se mit à l'œuvre.
Tout d'abord, il s'en vint voir le cadavre et inspe cter la chambre où s'était commis le crime.
Le docteur Mitre venait de terminer son examen, et il ne put que dire à M. Rosic que le crime avait dû être commis vers min uit : la mort, foudroyante, avait été causée par un coup de poignard qui avait traversé le cœur.
L'autopsie pourrait peut-être apporter quelques lum ières nouvelles, mais, d'ores et déjà, M. Mitre pouvait assurer que la vic time avait été surprise dans son sommeil et que la mort avait été instantanée.
Alors, M. Rosic inspecta la chambre.
C'était une grande pièce, éclairée par deux fenêtre s qui donnaient sur le jardin. À gauche en entrant, le lit était enfermé d ans une alcôve, à côté de laquelle s'ouvraient deux portes, l'une donnant dan s un petit cabinet de toilette et l'autre dans une penderie ; le reste de la chamb re était meublé plutôt en salon, avec un grand guéridon au milieu, supportant une vieille cave à liqueur de bois marqueté, une commode ventrue à garnitures de cuivre, une grande bibliothèque pleine de livres, un canapé et deux fa uteuils en tapisserie et deux chaises. Sur la cheminée, une pendule à sujet mytho logique entre deux flambeaux aux bougies roses.
Aucun désordre ne régnait dans cette pièce, qui se trouvait telle qu'elle était le soir, quand M. Courtiol s'était couché. Sur un f auteuil, on voyait les vêtements que le pauvre homme avait quittés, et rien ne sembl ait démontrer qu'il y eût eu une lutte quelconque.
D'autre part, rien n'avait été fouillé ; sur la tab le de nuit, on voyait encore la montre en or et la chaîne de même métal que M. Cour tiol avait sorties de son gilet avant de se déshabiller ; sur la cheminée, le portefeuille contenant une assez forte somme, et dans la poche du pantalon, le trousseau de clefs, dont une plus petite semblait être celle d'un coffre-fort.