Footness

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Ici, il est question de monopole et d'idéologie. Lorsqu'une structure financière investit dans un sport, c'est pour qu'il soit le meilleur et le plus rentable possible, financièrement et politiquement. Quitte à détruire d'autres pratiques concurrentes et à les reprendre ensuite sous leur coupe, par charité capitalistique. À l'image du rugby qui copie et se rattache mécaniquement au modèle du foot. Tu vois alors pourquoi IFC s'est mis à décrédibiliser le basket – et à moindre mesure le hand et le volley. Parce que rien ne doit exister autour d'eux. À plus forte raison que ce sport de gonzesses a commencé à marcher sur leurs plates-bandes en s'opposant sur l'éthique. Chez eux, ont-ils affirmé, pas de triches flagrantes, de joueurs et de supporters admirateurs du fascisme, mais plus de justice dans les règles et moins de violence. En continuant ainsi, ils commençaient à être potentiellement dangereux. Parler foot, c'est de moins en moins parler sport... et l'on voit les frontières entre lui, la politique, l'économie et l'idéologie perdre en imperméabilité... Un état de fait dont s'empare D. Brkic pour construire un roman d'anticipation qui sonde les pans les moins chatoyants et attractifs du milieu... Manipulations des masses, concurrences acharnées et destructrices, loges secrètes, conspirations... c'est bel et bien dans un monde de requins cyniques, et pour certains jusqu'au-boutistes, que nous immerge, à travers la figure de Domenn, le romancier... le tout pour un thriller qui nous renvoie, avec intelligence, à notre propre rapport à un sport qui n'a plus rien d'anodin.

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Date de parution 26 septembre 2013
Nombre de visites sur la page 90
EAN13 9782342012309
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0086 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Le Petit noir des Balkans, Éditions Publibook, 2005 Prière d’insérer, Éditions Goater,2009 La Condition pénitentiaire Essai sur le traitement corporel de la délinquance,L’Harmattan, 2013, coécrit avec Tony Ferri
Dragan Brkic Footness
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Retrouvez notre catalogue sur le site des Éditions Publibook : http://www.publibook.com Ce texte publié par les Éditions Publibook est protégé par les lois et traités internationaux relatifs aux droits d’auteur. Son impression sur papier est strictement réservée à l’acquéreur et limitée à son usage personnel. Toute autre reproduction ou copie, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon et serait passible des sanctions prévues par les textes susvisés et notamment le Code français de la propriété intellectuelle et les conventions internationales en vigueur sur la protection des droits d’auteur. Éditions Publibook 14, rue des Volontaires 75015 PARIS – France Tél. : +33 (0)1 53 69 65 55 IDDN.FR.010.0118898.000.R.P.2013.030.31500 Cet ouvrage a fait l’objet d’une première publication aux Éditions Publibook en 2013
Toute ressemblance avec des personnes et des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.
1. Frénésie La journée du 13 juillet 2014 avait été ponctuée par des coups de klaxons et des encouragements si intenses, en soutien aux Bleus, qu’un étranger à toute cette frénésie aurait pu croire que quelque chose d’extraordinaire s’était passé ici-bas. Qui sait, l’arrivée d’extraterrestres, la découverte de nos origines ou le retour tant espéré du Christ… Non, rassurez-vous, rien de tout cela. Ce n’était, en vrai, que l’échauffement collectif d’une population littéralement en transe avant la générale, avantle Match. Et quel match mes aïeux : une nouvelle fois France-Italie ! Les mauvaises langues auraient dit « juste une rencontre éta-lon proposée par le pouvoir politique et les médias, offrant l’opportunité de suturer les vieilles cicatrices ». Au reste, on percevait là clairement « un défi essentiel pour un peuple qui ne vivait qu’à travers le prisme de son équipe », fût-elle bonne ou, plus fréquemment, mauvaise. Bravade qui, avouons-le, se nourrissait surtout, en sourdine, de vengeance – le plat préféré du citoyen de base. Car il fallait se départir une bonne fois pour toutes des injus-tices causées par les ennemis, qu’ils aient été boches, sud-américains, hispaniques, grecs ou, de préférence, ritals… Mais pour tous les rêveurs qui croyaient encore aux vertus salvatrices du sport, cette agitation autour du match était sujette à beaucoup d’interrogation. La principale question était de sa-voir si elle était réelle et inopinée ou fausse et arrangée ? Tout ce que les sociologues et historiens pouvaient affirmer, c’était que l’excitation avait monté crescendo depuis que la France avait bouleversé l’Histoire en se mettant à gagner de grandes compétitions internationales, et qu’elle s’était dévelop-pée en corollaire d’un certain délitement de la société et de l’inévitable mondialisation.
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Certains d’entre eux avaient néanmoins pointé du doigt le rôle ambigu du capitalisme moderne qui utilise le phénomène du football à la fois d’une manière nationale et communautaire, en conservant le schéma sportif traditionnel, fédéral, créateur d’humanisme et pré-servateur d’identité, et néolibérale en se servant notamment du concept dureverserécemment sorti par des intellectuels de l’institut Libertarien. Vaste tromperie intellectuelle qui consiste à repren-dre des idées sociales de gauche ou nationales de droite pour masquer les défaillances du système économique et politique en vigueur. Ainsi, la diffusion de cettepassionayant footballistique, quasiment déboulonné la religion, s’exprimaitipso factopar un amour fou de ses couleurs, de son équipe et de ses idoles, mais aussi, il faut l’avouer, par une espèce de lien social retrouvé durant cette liesse ou messe populaire où se jouait une partition émotionnelle collective rarement vécue. D’aucuns avaient repéré l’émergence de cette société festive et identitaire à partir des années soixante-dix. Mais, en vif con-traste, ce qui avait été observé auparavant, d’un œil amusé dans d’autres contrées, on le vivait désormais ici même dans le pays des traditions de fromages et de vins – voire des droits de l’Homme. Qui aurait imaginé, par exemple, il y a quarante ans de cela, lessept mortsaprès une victoire de la France en demi-finale de la coupe de monde et la folie grégaire d’un peuple parlant à l’unisson ? Avant, il y avait les footeux et ceux qui n’y cap-taient rien. Et voilà d’un coup que tout le monde se sentait obligé d’être concerné par la soi-disant fête, à l’image des ba-tailles et du retour des guerriers d’autrefois. En premier lieu les hommes, bien sûr, de vrais mecs férus du ballon rond ou alors des gars qui ne font que suivre le mouvement ; puis, fait nou-veau, dorénavant les femmes qui étaient les seules auparavant à pouvoir prendre leurs distances avec ce domaine qu’elles consi-déraient comme une occupation uniquement réservée à une race de sous-pensants plus préoccupés par les canettes de bière et les galettes saucisses que par leurs rondeurs et manèges. Le football adulé et reconnu de la sorte par le sexe féminin, les intellectuels, les hommes politiques, les industriels, le show-business, c’est incontes-tablement la preuve indéfectible de son imprégnation historique et sociale contemporaine.
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