L'indiscutable alibi

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Le commissaire Odilon QUENTIN est chargé, par son supérieur, du dossier concernant le casse d’une grande entreprise.


Sur les lieux du forfait, le policier inspecte le coffre-fort qui a été forcé et le mode opératoire du braqueur ne semble faire, pour lui, aucun doute sur l’identité du voleur.


L’enquête serait sur une bonne voie, s’il n’existait pas un petit problème... le perceur de coffre-fort qu’Odilon QUENTIN suspecte purge une peine de prison.

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Ajouté le 14 juin 2018
Nombre de lectures 6
EAN13 9782373472905
Langue Français
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Odilon QUENTIN
* 4 *
L’INDISCUTABLE ALIBI
Roman policier
par Charles RICHEBOURG
CHAPITRE PREMIER
Odilon Quentin marchait à petits pas, le chapeau su r la nuque, sa canne de Java accrochée à son bras gauche ; il dévisageait l es passants de ce regard vide d'expression qui lui était personnel, reconnai ssant çà et là des physionomies connues : la petite blonde éternelleme nt en retard, qui courait pour rattraper le temps perdu, le monsieur triste q ui était manutentionnaire dans me une maison d'exportation de la rive gauche, et M Pichon, la concierge de la rue du Bac.
Chaque fois qu'elle voyait ce gros homme massif, dé nué d'élégance, la brave femme souriait ; la première fois qu'elle l'a vait remarqué, elle l'avait pris pour un négociant en bestiaux ; ce n'est que longte mps plus tard qu'elle avait percé le mystère de son incognito : ce marchand de vaches au visage buté n'était autre que le commissaire Quentin, de la pol ice judiciaire, celui qui avait démasqué Léopold Cornet, l'assassin de ses trois ép ouses successives(1).
Les journaux avaient abondamment commenté la carriè re de cet habile criminel qui menait une double vie, et qu'à juste t itre, on avait comparé au personnage de Stevenson, le docteur Hyde, sans oubl ier les inévitables rapprochements avec Landru.
Sans trop savoir pourquoi et presque inconsciemment , chaque fois qu'il croisait la concierge, le policier répondait à son amabilité ; ce n'était pas un clin d'œil à proprement parler ; c'était à peine un insa isissable plissement du coin de la paupière. Mais ce geste imperceptible suffisait à créer entre eux un courant de sympathie, une implicite promesse de collaborati on.
— Si jamais vous avez besoin de moi..., semblait di re le sourire.
— Merci, j'y compte bien..., répondait l'œil amusé.
Quentin cultivait l'amitié des concierges comme une fleur précieuse, car il savait combien elle pouvait être utile dans l'exerc ice de sa profession. Il appartenait à la vieille école et connaissait, par expérience, les services que peut rendre une pipelette encline au bavardage !
Le camion de la brasserie Grüber était arrêté devan t le café-tabac des Deux Coins, et l'homme à la tête de cheval en sortait, s elon un rite immuable, après avoir absorbé son rince-cochon matinal. Lorsqu'on p arcourt chaque jour les mêmes rues à la même heure, on y remarque forcément les mêmes personnes.
Il faisait un temps superbe en ce début de février ; on sentait flotter dans l'air un petit avant-goût de printemps, une caresse qui s e traduirait bientôt par des narcisses, des crocus et des perce-neige ; une iden tique satisfaction s'épanouissait sur tous les visages.
Arrivé au Quai des Orfèvres, le commissaire travers a les couloirs habituels, serra au passage des mains nombreuses, échangeant d es propos optimistes sur la clémence de la température, puis pénétra enf in dans son bureau dont il ouvrit toutes grandes les fenêtres.
Conservant chapeau et pardessus, il se roulait déjà une cigarette de caporal supérieur lorsque trois coups secs, frappés à la po rte, lui annoncèrent la visite du garçon de bureau :
— Entre, Marcel...
L'huissier hocha la tête en constatant la bonne hum eur du patron ; il avait presque du remords d'être un messager de mauvaises nouvelles, car lui aussi participait à l'allégresse générale :
— Monsieur Laubespin vous demande, annonça-t-il d'u ne voix neutre.
C'était évidemment la tuile, et le front du commiss aire se rembrunit :
— Qu'est-ce qu'il me veut ?
— Je n'en sais rien ; mais il est d'une humeur mass acrante !
Poussant un soupir d'amer regret, Quentin abandonna chapeau et pardessus, ramassa son paquet de tabac et son carne t de feuilles à cigarettes, fourra le tout dans sa poche, et d'un pas lourd, s'en fut répondre à l'invitation du big chief.
M. Laubespin, directeur de la police judiciaire, ét ait un petit homme à cheveux blancs, distingué et courtois ; il se donna it volontiers des airs de juge d'instruction, mais, en psychologue averti, il s'en dispensa pour recevoir Odilon Quentin, dont il connaissait l'esprit démocratique et la simplicité.
— Asseyez-vous, mon cher commissaire, l'invita-t-il , en désignant le fauteuil de cuir qui lui faisait face ; j'ai pour vous une a ffaire en or et je désirerais que vous vous en occupiez toute besogne cessante. Vous passerez donc vos dossiers en cours à vos collègues !
Ces précautions oratoires étaient de mauvais augure : lorsque le grand sachem parlait d'une « affaire en or », c'est que d e gros personnages y étaient intimement mêlés ; or le policier connaissait les d ésagréments qu'entraîne le voisinage des puissants de ce monde.
— Qui a-t-on assassiné ? demanda-t-il placidement.
— Personne ! Mais on a forcé le coffre-fort du Cons ortium européen des Métaux, à Pantin ; deux cent soixante-dix millions se sont volatilisés, et je désirerais que cette enquête soit menée tambour bat tant : le baron de Boistracy, président du conseil d'administration de la société , est de mes amis personnels.
C'était encore plus embêtant qu'on ne pouvait se l'imaginer...
— A-t-on déjà fait quelque chose ?
— Oui ; l'inspecteur Chenu est sur les lieux depuis six heures du matin, avec les experts. Malheureusement, ils n'ont rien découv ert qui vaille la peine d'être signalé. Aucune empreinte digitale, notamment !
— Travail de professionnel, bien entendu ! C'est bi en, monsieur le directeur. Je vais immédiatement me rendre sur place. Je conse rverai Chenu avec moi ; je suis habitué à travailler avec lui, et, si j'ai bes oin de renfort, je prendrai...