La disparition de la « Piazzetta »

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M. DUPONT, le célèbre détective parisien, est engagé par Madame Blackchurch pour retrouver son tableau, « La Piazzetta », qui lui a été dérobé dans son château près d’Edimburgh.


Après qu’elle se soit pliée aux modalités d’usage auxquelles l’enquêteur ne déroge jamais, celui-ci accepte l’affaire et se rend, sous les traits d’un architecte d’intérieur, dans la demeure de sa cliente afin, sous prétexte de préparer des rénovations, de pouvoir observer et interroger le personnel.


Pas le temps de trouver une piste sérieuse... l’œuvre réapparaît mystérieusement !


Sa mission étant terminée, M. DUPONT laisse entendre à tous qu’il rentre à Paris. Mais, ce serait mal le connaître que de croire à son abdication. Au contraire, dans l’ombre, aidé de son fidèle majordome Koufo, un jeune noir espiègle et courageux, il va braver tous les dangers pour découvrir le fin mot de l’histoire...


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Ajouté le 05 novembre 2017
Nombre de lectures 9
EAN13 9782373472660
Langue Français
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M. DUPONT, DÉTECTIVE
***1***
LADISPARITIONDELA«PIAZZETTA»
Roman policier
AVANT-PROPOS
Dans la littérature populaire française, il est des auteurs encore plus cultes que les plus cultes des auteurs populaires.
Ainsi, s'il est indéniable que Georges Simenon, Fré déric Dard, Léo Malet... sont parvenus à des sommets dans l'esprit des lecte urs, d'autres écrivains qui, parce qu'ils sont demeurés inconnus aux yeux du gra nd public actuel alors que leurs textes émerveillent encore l'esprit des lecte urs d'antan et de trop rares passionnés d'aujourd'hui, ont réussi à supplanter, dans la tête de ceux-ci, leurs célèbres pairs susnommés.
Car, là où certains ont atteint la postérité grâce à une édition systématique de leur production sous le format pérenne du roman « classique », d'autres ont échoué dans la quête d'« immortalité littéraire » m algré quelques livres gravés de leurs noms – Rodolphe Bringer, Gustave Gailhard, Jean-Toussaint Samat…, par exemple.
Mais, qu'en est-il des écrivains dont les textes n'ont jamais inondé les pages d'un « vrai » bouquin qui dure, qui se prête, se re vend et s'échange ?
Un auteur, en particulier, connaît la réponse puisq ue son surnom de « écrivain sans livre » explique, à lui seul, pourq uoi il demeure inconnu de la plupart des lecteurs de notre époque.
Pourtant, son immense production, les genres dans l esquels il a œuvré, les personnages qu'il a animés, écrasent toute concurre nce.
Son nom :Joseph Théophile Maurice MOSELLIaliasJosé MOSELLI.
José MOSELLIné le 28 août 1882 à Paris et est mort le 21 j uillet 1941 est au Cannet.
Parlez deJosé MOSELLIun passionné de littérature populaire et vous à êtes assurés de voir ses yeux clignoter de plaisir. Évoquez-le devant un lecteur lambda et vous constaterez immédiatement que ce nom ne lui évoque rien.
L'auteur est devenu tellement « Culte » auprès des aficionados de littérature populaire, autant par son parcours que par sa produ ction, que l'on peut encore croiser des lecteurs dont les pères ou grands-pères leur contaient, enfants, leurs souvenirs de feuilletons désormais introuvables don t l'écrivain a inondé les journaux de l'époque.
Son parcours est celui d'un enfant de famille aisée qui, avide d'aventures, fugue à treize ans pour s'engager comme mousse sur un navire. Les années suivantes furent un gage de souvenirs d'évènements, de personnages et de lieux qui nourriront sa plume par la suite.
Brimé, maltraité, le gamin s'offre corps et âme à s on boulot. Mais son esprit
voyageur en fait un déserteur malgré lui. Alors, il continue à naviguer et à découvrir le monde avant de rentrer en France pour être traduit en « conseil de discipline ». Les juges furent cléments et organisè rent l'éducation du jeune homme qui devint Officier de la Marine marchande. S es aventures se poursuivirent, mais, lassé,José MOSELLIà se stabiliser en acceptant chercha un poste de journaliste en charge de la rubrique « L'actualité maritime ».
En parallèle, il écrit des contes et des nouvelles et entrera en contact avec les Éditions Offenstadt pour lesquelles il produira un nombre incalculable de feuilletons pour divers journaux et magazines.
Parmi ces séries, on pourra citer l'une de ses prem ières si ce n'est la première :« W... vert »dans le magazine « L'Intrépide » de 1910. Ma  édité is, également :« John Strobbins, détective cambrioleur », « Les av entures fantastiques d'un jeune policier », « Le roi des bo xeurs », « Le baron Stromboli », « Les champs d'or de l'Urubu », « Les naufrageurs de l'air », « La prison de glace », « Iko Teruka », « Browning & Cie », « Triplix l'insaisissable »...entainesdes dizaines d'autres qui s'étalaient sur des c  et d'épisodes à travers des années et des années.
Parmi ces feuilletons, certains sont devenus « cult issimes » et plusieurs fois réédités et d'autres sont comme le Saint Graal, tou t le monde en parle, tout le monde les cherche, mais personne n'a réussi à mettr e la main dessus – du moins, plus grand monde de vivant.
Si, certains de ses feuilletons d'anticipation, com me« La fin d'Illa », « Le messager de la planète » ou« La guerre des océans »eu le privilège ont d'être réédités à la fin du siècle dernier, toute l a partie « policière » de l'œuvre d eJosé MOSELLI a lentement disparu avec ses supports papier vieux de plus de 80 ans.
Dans cette production particulière, si certains per sonnages ou certaines séries, comme« John Strobbins, détective cambrioleur », évoquent quelque chose aux plus férus passionnés des textes de l'aut eur, d'autres, comme « M. Dupont, détective »ant, étaient même oubliés de ceux qui n'oublient pourt pas.
Pourtant,« M. Dupont, détective »une série particulière dans l'œuvre est deJosé MOSELLIà plus d'un titre.
D'abord, parce que c'est, probablement, l'unique hé ros de l'auteur à porter un nom bien français (en effet, difficile de faire plus franchouillard comme patronyme).
Ensuite, grâce à l'humour omniprésent qui égaie tou s les épisodes malgré les mésaventures que peut subir le détective.
Puis, par la psychologie du personnage et le décala ge entre son sérieux et
son orthodoxie et la légèreté du ton. Car, à plus d 'un titre,M. Dupont pourrait être considéré comme un « fonctionnaire » dans tout le sens péjoratif que pourrait comporter cette image à travers les cliché s, qui ont la vie dure, sur la rigidité de cette « caste » vis-à-vis des règles. C ar, la vie et la profession de M. Dupontrégies par un règlement auquel il ne déroge j amais. Les sont horaires de réception, les honoraires en fonction d e telle ou telle prestation. Il ne négocie pas, ne fait pas crédit, et, surtout, ne fa it jamais de concession. Cette allure de bureaucrate, il faut bien l'avouer, est r enforcée également par son physique, puisque, loin d'avoir la carrure du dur à cuire à laquelle l'imagerie d'Épinal nous donne lieu d'attendre,M. Dupont se présente en l'espèce d'un gringalet à lunettes et au crâne dégarni, à l'âge i ndéfinissable, dont seule la froideur du regard peut présager de la dangerosité.
Enfin, de par sa relative concision en comparaison avec les autres séries de l'auteur.
Effectivement, là où certaines séries s'étalent sur des centaines d'épisodes à travers des dizaines d'années,« M. Dupont, détective »vécu que six n'a enquêtes à travers le monde, en moins de deux ans.
Uniquement publié, jusqu'à présent, dans le magazin e jeunesse,« Le Cri-Cri »iodique le 10 juin 1937, la, depuis le 14 février 1935, jusqu'à la mort du pér série ne vivra que sur 122 numéros à raison d'une p age et demie par livraison, mêlant neuf tiers de colonnes de textes et neuf ill ustrations.
L'ultime épisode sera même retaillé pour que la fin de celui-ci corresponde avec la disparition du magazine.
Depuis,José MOSELLI est retombé dans l'anonymat qui sied si peu à son talent et à son œuvre.
Mais ça, c'était avant…
M aintenant,OXYMORON Éditionsl'auteur et ses textes de son ressort anonymat pour le plus grand plaisir des lecteurs.
Après avoir réédité en partie la série« John Strobbins »l'excellent et rom an,« La momie rouge »,OXYMORON Éditions décide de faire ressurgir « M. Dupont, détective », du néant dans lequel il était si injustement plon gé.
Pour ce faire, et comme cela avait déjà été le cas pour« La momie rouge », la découpe en chapitres des épisodes respecte l'édi tion d'origine. En clair, chaque chapitre correspond au contenu d'un numéro d u magazine de l'époque. Aussi, pour vous replonger dans la peau du lecteur d'hier, vous pourrez vous contenter de lire un chapitre par semaine (la série était éditée dans un magazine hebdomadaire), mais il y a fort à parier que vous n e pourrez résister à l'envie de dévorer les épisodes le plus vite possible.
M. Dupont,vers le monde.de par son métier, fera voyager les lecteurs à tra
L aCollection « M. Dupont, détective »sein du catalogue de au « OXYMORON Éditions »aux lecteurs, l'intégralité de la série dans proposera l'ordre de la première diffusion dans le magazine« Le Cri-Cri », au format numérique.
« OXYMORON Éditions » souhaite que, grâce au travail passionné de son équipe, un grand nombre de lecteurs découvre ou red écouvre le talent d'un auteur injustement oublié.
N.B. Pour en savoir plus surJosé MOSELLI, sa vie et son œuvre, procurez-vous l'ouvrage intitulé « L'Apothéose du roman d'av entures,José MOSELLIet la Maison Offenstadt » publié par Encrage Édition en 2 001, du regretté Jean-Louis Touchant, passionné de littérature populaire en gén éral et de l'œuvre de José MOSELLI, en particulier, ancien président de l'association « 813 : Les Amis des Littératures Policières ».
N'hésitez pas, également, à vous rendre à l'adresse suivante – http://www.oeildusphinx.com/moselli_00.html – vous y découvrirez une mine d'informations sur l'auteur.
I
Le trainvenant de Dieppe qui arrive à Paris à cinq heures vingt-trois du matin venait de s'arrêter le long d'un quai de l a gare Saint-Lazare. C'était une nuit d'hiver, froide et brumeuse. La gare, mal réve illée, était encore à peu près déserte. À peine une douzaine de personnes, nez rou ges, cols et pardessus relevés, attendaient-ils les voyageurs. Une grande femme aux cheveux roux grisonnants, coiffée d'un étrange chapeau marron or né de feuillage bleu et vert, vêtue par-dessus ses habits, d'un ample imperméable de soie rose, se pencha à une des fenêtres d'un des wagons de première classe du convoi et glapit d'une voix criarde :
— Porteur !... Porteur !... Porteur !... Ici !... M oi !... Moi !... Porteur !... Ji souis pressée !... Very pressée !... Quick !... Porteur !... Aoh !... Porteur !
Il y avait, ce matin-là, plus de porteurs que de vo yageurs ! Plusieurs d'entre eux se précipitèrent dans la direction de la dame à l'imperméable rose qui grogna :
— Non ! Pas vous ! Vous... non ! Loui ! Le gros ! Yes ! Vous !...
C'était un petit homme râblé et trapu que désignait la femme à l'imperméable rose. Elle lui tendit un petit sac de cuir noir fermé par deux serrures rouillées.
— C'est tout ? demanda l'homme, stupéfait.
— Yes ! Oui ! Prenez attention, n'est-ce pas ? Je d escends ! Ne biougez pas ! Je viens ! Yes ! Ici !
Et la femme rousse, vivement, se rejeta en arrière et s'élança dans le couloir. Quelques secondes plus tard, elle rejoigna it le porteur et l'entraînait vers la sortie. Pour choisir un taxi, ce fut une autre c omédie. Les uns étaient trop vieux. D'autres étaient tout à fait ce qu'il fallai t, mais le chauffeur avait une sale tête ! Finalement comme le porteur menaçait de la p lanter là, la femme rousse consentit à fixer son choix. Elle installa elle-mêm e son sac dans le taxi et tendit généreusement une pièce d'un franc au porteur qui, stupéfait, exclama :
— C'est tout ?
— Yes... Mon sac... il n'était pas beaucoup lourd ! ... Chauffeur... 233 rue de Cléry !... Quick ! Vite !... Bon pourboire !
Et la dame rousse, ayant claqué la portière de l'au to, se laissa tomber en arrière, contre le capitonnage, cependant que le po rteur furieux lançait à son adresse différents noms d'oiseaux et autres animaux . Après être restée quelques instants immobile, la dame rousse ouvrit s on sac de cuir noir qu'elle
avait placé sur ses genoux. Il contenait quelques s andwiches, une demi-bouteille de bière et enfin une bouteille isolante remplie de thé chaud qu'elle avala. Ayant refermé son sac, la dame soupira et à travers la vitre de la portière, regarda défiler passants et maisons.
À cette heure matinale, la circulation, dans les ru es, était facile. Après un rapide trajet, le taxi s'arrêta devant une vieille maison de la rue de Cléry, dont l'unique boutique, encore fermée, était surmontée d 'un panneau de bois portant ces mots, éclairés par un bec de gaz tout proche :
« Messageries européennes »
Devant la porte de la maison – une porte à un seul battant, large d'un mètre à peine –, une énorme poubelle, toute cabossée, att endait. Une partie de son contenu, épluchures d'oranges et de pommes de terre et papiers graisseux, avait débordé et s'était éparpillée sur le trottoir.
La dame rousse, qui avait surveillé le compteur de l'auto, descendit et tendit au chauffeur la somme exacte marquée, augmentée d'u ne pièce de vingt-cinq centimes, et, sans entendre les injures proférées à son adresse par l'homme indigné, se dirigea vers la porte flanquant la bout ique des Messageries européennes. Au passage, elle faillit s'étaler en g lissant sur une feuille de chou. Elle réussit pourtant à conserver son équilibre et atteignit la porte. Une plaque de cuivre y était vissée. Avec un peu de persévéran ce et de bonne volonté, l'on pouvait y lire ces mots, à demi effacés par le vert-de-gris :
« Monsieur Dupont, Détective, 9 à 11, 2 à 3 »
La dame rousse eut un hochement de tête satisfait. Elle poussa la porte, qui ne s'ouvrit pas, et, saisissant la poignée de cuivr e de la sonnette, la tira plusieurs fois violemment. Un déclic retentit. Le b attant pivota sur ses gonds. La dame rousse le poussa et s'engouffra dans un étroit couloir faiblement éclairé par un « papillon » à gaz, et dont le dallage était à peu près complètement descellé.
— Où allez-vous ? demanda une voix criarde, à trave rs un petit vasistas.
— Mister... Moussiou Doupont ! répondit la visiteus e.
— M. Dupont ? Ben, on s'« essplique » !... C'est au troisième, la deuxième porte à gauche au fond du couloir de droite !
La dame rousse ne répondit pas. Avançant toujours, elle atteignit un étroit escalier aux marches usées, et dont la rampe de fer , à demi arrachée, avait été rafistolée avec des ficelles et des fils de fer. Un bec de gaz, fixé au limon, à deux étages plus haut, répandait une faible clarté jaunâtre en faisant entendre un sinistre sifflement. La dame rousse grogna quelq ues mots en anglais, qui n'étaient pas précisément à la louange des Français , puis, d'un pas résolu, commença de gravir l'escalier.
Elle arriva au troisième étage sans s'être arrêtée, s'engagea dans un couloir, puis dans un autre, s'égara, revint sur ses pas, et , finalement, s'arrêta devant une porte peinte en rouge sombre, sur laquelle ces deux mots étaient peints en grosses lettres blanches :
« Monsieur Dupont »
Pas de sonnette. La dame rousse, après en avoir vai nement cherché une, frappa. Quelques secondes passèrent. Sans qu'aucun bruit se fût fait entendre...