Le cadavre sentait trop bon

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Description

Le baron d’Esmenard découvre, en rentrant chez lui, en pleine nuit, un inconnu gisant mort dans son fauteuil.


C’est l’inspecteur Gonzague GAVEAU alias « Le Professeur » qui est chargé de l’affaire.


Mais, sur place, avant que d’entreprendre son enquête, le policier désire s’imprégner de l’atmosphère des lieux et celle-ci est curieusement empreinte d’un violent parfum de jasmin.


Un cadavre qui sent si bon, voilà qui n’est pas ordinaire !!!


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EAN13 9782373477276
Langue Français

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LES ENQUÊTES DU PROFESSEUR - 12 -
LECADAVRESENTAIT TROPBON
de René BYZANCE
C HAPITREPRE MIER
UNE ODEUR SUAVE
Le baron d'Esmenard avait une vie réglée comme du p apier à musique. Célibataire insomnique, il dînait tous les soirs en ville puis il se rendait à son cercle pour ne rentrer chez lui qu'à une heure du matin. Le 9 octobre dernier alors qu'il pénétrait dans son élégante garçonnière son odorat fut délicatement flatté par une odeur suave. — Comme ça sent bon chez moi ! se dit-il en humant l'atmosphère embaumée.
Tel un chien de chasse, il se laissa guider par l'enivrante senteur. L'arôme le conduisit jusqu'à une pièce qu'il baptisait cabinet de travail avec quelque outrecuidance, car, doté de revenus et répugnant à tout effort physique et intellectuel, le baron ne faisait œuvre ni de ses dix doigts ni de sa cervelle.
Il tourna le bouton de l'électricité et, de toutes ses ampoules, le plafonnier s'illumina.
— Tiens, il y a quelqu'un dans mon bureau, se dit-il en apercevant un homme, d'aspect fort convenable qui, assis devant une table, lui tournait le dos.
Cette présence inopinée à une heure aussi indue int rigua le baron. Mais, d'esprit paresseux et de complexion peu nerveuse, il ne témoigna d'aucune émotion trop violente. — Ce monsieur m'expliquera, pensa-t-il, ce qu'il vient faire chez moi. À mesure qu'il s'approchait de l'inconnu, le parfum se faisait plus dense, plus capiteux encore. Courtoisement, en toussotant, le baron signala sa venue. Mais l'hôte nocturne ne fit aucun mouvement.
— Il doit s'être endormi, pensa le baron, qui toucha le visiteur à l'épaule sans obtenir la moindre réaction.
Contournant la table, il contempla de face son hôte . Bien calé dans un fauteuil, les jambes étendues, le menton incliné vers la poitrine, l'homme semblait effectivement en proie à un sommeil profond. C'était un garçon de la meill eure apparence : jeune, blond, habillé avec goût. Sa pâleur était fort aristocratique.
Le baron qui était un peu myope rajusta son monocle , c'est alors qu'il découvrit largement étalée sur le plastron d'une chemise de soie écrue, une tache de sang.
Il fut très ennuyé. Si porté qu'il fût à ne s'étonner de rien, le baron d'Esmenard comprit que la chose n'était pas très naturelle. — Ce sympathique garçon aurait-il été assassiné ? s e demanda-t-il, et assassiné chez moi, ce qui serait un comble. L'état des lieux démentait à son avis cette hypothèse. L'ordre le plus parfait régnait dans son studio cossu et confortable. Seuls, peut-être, les coussins qui posaient des taches
multicolores sur le divan du cosy-corner semblaient avoir été dérangés. — Mon devoir est d'appeler la police, se dit le baron.
Un léger frisson lui parcourut le dos. Citoyen rangé, respectueux des lois et même un tantinet timoré, le baron n'avait jamais eu le moindre contact avec la justice de son pays sauf, quelque vingt ans auparavant, au sujet d'un chien qui avait mordu aux mollets une marchande des quatre-saisons. Ce souvenir troublait encore la mémoire du baron qui l'évoquait avec répugnance.
Dans le cas présent, il n'y avait pas à hésiter. Le baron compulsa l'annuaire du téléphone pour y rechercher le numéro de la police judiciaire. Il se trouva devant toute une liste de chiffres et en prit un au hasard. L'appareil se tro uvait sur le bureau. Tout en actionnant le cadran, le baron contemplait un cadavre propre, cor rect et qui au surplus dégageait un agréable arôme. La communication obtenue, il exposa les faits à un personnage qu'il supposa bourru et assoupi tant ses réponses étaient laconiques. Enfin, le principal était obtenu. Un inspecteur de service serait aussitôt envoyé sur les lieux. — Il n'y a plus qu'à attendre, dit le baron. Il soupira profondément, fit craquer ses phalanges suivant un tic dont il était coutumier. Il éprouvait un malaise qui s'accroissait d'instant en instant, le parfum l'entêtait et un commencement de migraine lui serrait les tempes. Ses escarpins vernis lui faisaient mal et le col haut qu'il portait était un véritable carcan. Il eut la tentation de se déshabiller, de mettre une robe de chambre, des babouches. Mais il jugea que ce négligé serait peu correct pour recevoir quelqu'un qui ne lui avait même pas été présenté.
Heureusement, la P. J. est une administration dilig ente. Bientôt, le ronflement d'un moteur éveilla les échos d'une rue discrète et silencieuse. Un violent carillon fit sursauter le baron, la sonnerie était brutale, insistante.
— Il va falloir que j'aille ouvrir moi-même. Quelle déchéance ! murmura le baron. Il descendit l'escalier, ouvrit la porte qui donnait sur la rue, et il se trouva en présence d'un monsieur d'apparence assez neutre. Sur la chaussée un side-car trépidait encore. — À qui ai-je l'honneur de parler ? dit le baron en s'inclinant imperceptiblement.
— Inspecteur Gonzague Gaveau, de la police judiciaire.
— Enchanté, positivement enchanté de faire votre connaissance.
Les deux hommes se considérèrent, le baron s'attendait à rencontrer un gaillard vulgaire et moustachu, coiffé d'un melon, botté de godillots, armé d'un gourdin et il trouvait un long jeune homme à l'aspect d'intellectuel pauvre qui essuyait les verres de son lorgnon. De son côté, Gonzague Gaveau était fort déçu que l'énoncé de son identité n'eût produit aucun effet remarquable. Depuis que des enquêtes sensationnelles suivies d'éclatantes réussites l'avaient rendu célèbre, Gonzague, partout où il...