Le chiffre qui tue

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LE CHIFFRE QUI TUE !


Monsieur Magloire, personnage énigmatique, vit depuis quelques années à Montélimar dans une belle propriété qu’il a héritée de son cousin et immédiatement vendue, en viager, pour vivre tranquillement de ses rentes.


Un beau matin, il est retrouvé, par sa bonne, pendu dans son salon. Le commissaire de police mandé sur place découvre dans la poche du mort un bout de papier sur lequel est inscrit en rouge le chiffre 131.313.


Monsieur Rosic, célèbre détective et ami du procureur de la République, est appelé sur les lieux pour démêler l’affaire du « Chiffre qui tue ! »...


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EAN13 9782373471441
Langue Français

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Commissaire Rosic
LE CHIFFRE QUI TUE
Roman policier
par Rodolphe BRINGER
D'après la version publiée sous le titre « Le chiffre qui tue » dans la collection « Police et Mystère » aux éditions « Ferenczi & Fils » en 1935.
I
L'HÉRITIER
QUANDl'honorable M. Dariole mourut, à Montélimar, parmi les nombreux legs qu'il laissait à la ville et aux diverses soci étés de bienfaisance, Maître Moncadin, qui s'occupait de la succession, s'aperçut que le défunt léguait sa belle propriété de la route de Sauzet à un de ses cousins éloignés du nom de Magloire.
Mais le testament ne donnait aucun renseignement sur ce parent, et les amis de l'honorable M. Dariole, interrogés, avouèrent que jamais le défunt ne leur avait parlé de ce cousin et nul ne put lui dire où on le pourrait découvrir.
Alors Maître Moncadin fit ce que tout notaire eût fait en pareille circonstance : il envoya une note aux grands journaux où il était dit que le nommé Magloire, cousin de feu M. Dariole, de Montélimar, eût à se faire co nnaître à Maître Moncadin, au sujet d'un legs qui lui était fait par le mort.
Quelques jours passèrent.
Et un beau matin, comme Maître Moncadin était occupé dans son bureau, son saute-ruisseau lui fit passer une carte où s'étalait ce nom : « Jérôme Magloire ».
Et il donna aussitôt l'ordre d'introduire l'héritier.
C'était un homme d'une cinquantaine d'années ; il avait la figure complètement rasée, et sa physionomie était assez fine ; il portait des cheveux grisonnants assez longs, et, pour le reste, il était vêtu assez correctement, mais sans recherche.
— Monsieur, fit-il en entrant, j'ai lu votre note dansLe Matin, et me voici !
— Vous êtes M. Magloire ?
— Jérôme Magloire, petit-fils de Dorothée Magloire, née Dariole, laquelle était la grand-tante de feu Dariole, lequel, en mourant, a bien voulu penser à moi comme le fait supposer votre note à la presse.
— Et vous pouvez prouver...
— Voici, monsieur, mon extrait de naissance, celui de mon père, et l'extrait mortuaire de ma grand-mère, où vous verrez tout au long qu'elle était bien une Dariole, et la grand-tante du testateur.
Et il posa sur la table quelques papiers qu'il avai t soigneusement préparés à l'avance.
Le notaire y jeta un coup d'œil, se réservant de le s étudier plus longuement ; puis il dit :
— Voici, monsieur : votre cousin vous lègue, par testament, une propriété qu'il
possède sur la route de Sauzet !
— Une propriété ?
— Oui, une grosse ferme, avec, autour, une trentaine d'hectares, le tout valant bien une centaine de mille francs !
— Fichtre ! fit l'héritier, mais sans paraître autrement ébloui. Le cousin Dariole a été bien bon de ne pas m'oublier !
Puis après un temps :
— Et c'est tout ?
— Cela ne vous suffit pas ?
— Oh si ! Seulement...
Il se tut une minute, puis, avec un bon rire :
— Je vais vous dire, monsieur, je n'ai pas du tout l'esprit agricole et je ne sais fichtre pas comment je me débrouillerai pour faire valoir cette propriété qui, entre mes mains, ne saurait que péricliter.
— Vous n'avez qu'à la vendre ! fit le notaire.
— On trouverait acquéreur ?
— Ce serait la chose la plus facile du monde. Je me fais fort, d'ici deux ou trois jours, de vous en trouver cent mille francs, pour le moins.
— C'est une grosse somme ! fit Magloire.
— C'est assurément son prix !
— Cent mille francs, répéta Magloire.
— Voulez-vous que je m'en occupe ?
L'héritier réfléchit.
Puis avec un nouveau sourire :
— Je vais vous dire, monsieur, et vous faire un ave u dépouillé d'artifices. Je suis un véritable panier percé ! Si je me trouve av ec cent mille francs dans les mains, je me connais, je n'en ai pas pour six mois ! Or, je me fais vieux ; j'ai cinquante ans passés, c'est-à-dire un âge où, ayant perdu toutes ses illusions, quand on n'a pas fait son trou on n'est plus qu'une bien malheureuse épave. Pour les quelques années qui me restent à vivre, j'avais rêvé d'une paisible existence, dans un coin bien tranquille, comme Montélimar, par exemple, où sans souci et sans ambition, je pourrais attendre la mort en me la coulant doucement.
« Quand j'ai vu votre note dans les journaux, je me suis dit :
« — Le cousin Dariole me connaît !... S'il m'a laissé quelque chose, ce ne doit
être qu'une rente viagère. Et je suis venu, bien décidé à m'installer dans ce pays et à y finir doucement mes jours. Et voilà que j'hérit e d'une propriété, moi qui n'ai jamais mis les pieds à la campagne et qui ne saurais distinguer une luzerne d'un champ de pommes de terre ! Parbleu, il me reste à vendre ; mais comme je vous le disais, j'aurais vite fait de dilapider cette somme, et alors... adieu, mon rêve !
— Vous avez donc des passions ? demanda le notaire étonné.
— Moi ? Pas plus que l'enfant qui vient de naître ! Pas joueur, par coureur, comme vous le pensez bien, à mon âge ; pas buveur, pas gourmand... Seulement, je vous l'ai dit, les mains percées !... Je ne sais pas comment cela se fait... Quand j'ai de l'argent, il faut que je le dépense... C'est dans le sang !... Il n'y a rien à faire, et ce n'est pas à mon âge que l'on peut changer !
Le notaire regarda cet homme ; il remarqua qu'il avait le visage le plus honnête qui fût ; de bons yeux bleus assez naïfs ; mais tou t de même pas l'air d'un imbécile, d'un homme faible d'esprit ; au contraire, il y avait dans cette physionomie quelque chose d'intelligent qui séduisait au premier abord.
Le notaire songea une minute, le front dans ses mains. Puis :
— Il y a un moyen de tout arranger !
— Comment ? Je vous avouerai que je ne suis pas très fort en affaires !
— Eh bien, mais, simplement, mettez votre bien en viager !
— En viager ?
— Oui, je puis vous trouver quelqu'un qui, au lieu de vous acheter votre propriété, vous en servira une rente annuelle, à fixer, et qui, vous mort, deviendra propriétaire. Seulement, ce faisant, je vous avertis que vous frustrez vos héritiers !
À ces mots, Magloire éclata de rire :
— Je n'avais qu'un seul parent, et c'est ce pauvre Dariole ! Quant à des amis, j'ai beau chercher, je ne m'en connais pas un seul !
Et il dit cela le plus simplement du monde, comme l a chose la plus naturelle qui fût.
— Alors, voulez-vous que je vous cherche quelqu'un prêt à prendre votre propriété en viager ?
— C'est, je crois, une excellente combinaison !
— Je peux facilement vous en tirer six mille francs de rente !
— Cinq cents francs par mois ! Est-ce que l'on peut vivre, ici, avec cinq cents francs par mois !
— Dame ! À ce prix-là, vous n'aurez pas une auto !
Magloire eut un geste d'indifférence pour ce moyen de locomotion.
— Seulement, reprit le notaire, avec six mille fran cs de revenu, vous pouvez facilement louer une petite maison, avoir une femme de ménage et vous payer quelques bocks, quelques cigares et quelques apéritifs !
— Il ne m'en faut pas plus pour être heureux ! avoua Magloire.
— Alors, je m'occupe de cette affaire ?
— Occupez-vous-en ! Je suis descendu à l'hôtel du P arc. Vous n'aurez qu'à me faire signe !
Et, ayant salué, il quitta le cabinet du notaire, t out éberlué d'avoir reçu un si singulier client.
II
M. MAGLOIRE
CEPENDANTé lesMaître Moncadin avait fait diligence ; ayant vérifi papiers que lui avait laissés M. Magloire, il avait rapidement acquis la conviction qu'il était bien réellement l'héritier de l'honorab le M. Dariole. Après quoi, il s'était enquis de lui trouver quelqu'un qui voulût bien prendre en viager sa propriété de la route de Sauzet.
C'était facile.
Tout de suite il songea à M. Bourtougnat.
Ce M. Bourtougnat était une façon degentleman-farmer, férocement adonné à l'agriculture ; il possédait, dans les environs de Montélimar, des fermes, des bois, des vignes, des prés, tel un véritable marquis de C arabas, et il ne se trouvait pas un lopin de terre à vendre, dans la région, que M. Bourtougnat ne s'en rendît propriétaire à n'importe quel prix.
Et c'était lui, lui seul, sans l'aide d'aucun intendant, qui dirigeait ces immenses domaines, disséminés aux quatre points cardinaux.
D'ailleurs, cela ne l'empêchait point de mener la vie la plus agréable du monde.
Il habitait, l'été, une façon de castel du côté d'E speluche, à une demi-lieue de la ville, et, l'hiver, venait prendre ses cantonnements dans un vieil et superbe hôtel, magnifiquement meublé, de la rue Quatre-Alliances.
Marié, père de deux enfants, Bourtougnat avait une quarantaine d'années et c'était ce que l'on appelle communément un bel homme. Il faut entendre par là qu'il était grand et fort, et que toute son allure était assez dégagée. Mais, pour le reste, il était franchement vulgaire avec sa figure rougeaude que relevait une moustache en croc, ses petits yeux gris et surtout ses deux m ains velues aux doigts spatulés et ses pieds qui étaient célèbres chez tous les cor donniers de Montélimar pour l'extravagance de leur pointure.
D'ailleurs, ces imperfections ne l'empêchaient poin t d'être une sorte de don Juan, peu difficile, du reste, sur le choix de ses conquêtes, car M. Bourtougnat était grand trousseur de filles, comme il était un buveur émérite et un joueur à nul autre pareil.
En somme, cette espèce de géant était un homme aux appétits formidables, à qui le travail, pas plus que le plaisir ne faisaien t peur, et somme toute, à Montélimar, on le tenait dans la plus haute estime.
Il consentit facilement à prendre en viager la prop riété dont venait d'hériter M. Magloire, et, de lui-même, en offrait huit mille francs de rente annuelle,
constatant que le bénéficiaire n'était plus très je une et que, par conséquent, ce domaine de la route de Sauzet ne saurait lui coûter bien cher.
Quand tous les actes nécessaires furent signés, sur les conseils de Maître Moncadin, Magloire loua une petite maison sur la ro ute de Rochemaure et prit à son service une femme de ménage que, très obligeamment, lui indiqua le notaire.
La maison était un petit pavillon, au fond d'un jar dinet qu'une grille en fer séparait de la route. Il se composait, au rez-de-ch aussée, d'une assez belle cuisine, d'une vaste salle à manger et d'un petit salon. Au premier, deux chambres et un cabinet de toilette.
Quant à la femme de service, elle s'appelait Nanette, était veuve d'un garde-ligne du chemin de fer, pouvait avoir une soixantai ne d'années, était propre et méticuleuse et savait assez de cuisine pour content er un maître comme M. Magloire qui, de son propre aveu, n'était pas gourmand.
M. Magloire s'adressa à un marchand de meubles du pays pour lui meubler sa maison, prétendant que le mobilier qu'il possédait ne valait pas le transport. Il le fit d'une façon simple, mais très confortable, en homme qui ne tient pas à jeter de la poudre aux yeux de ses voisins, mais qui veut être parfaitement à son aise chez lui.
Et, quinze jours à peine après son arrivée à Montél imar, M. Magloire commença cette existence paisible et quiète qu'il a vait toujours rêvée, comme il l'avait dit au notaire.
Le matin, il se levait assez tard, prenait un bon c hocolat que lui avait préparé Nanette, puis sortait et allait faire un petit tour dans la campagne pour se mettre en appétit et, à midi, il s'asseyait devant le déjeune r frugal que lui avait cuisiné sa femme de ménage. Après, il s'installait dans son pe tit salon où, étendu sur un rocking-chair, il fumait de nombreuses pipes tout en contemplant le panorama qu'il avait devant les yeux et qui était des plus agréabl es, car sa fenêtre donnait, à l'ouest, sur les pentes abruptes ou s'élève le village médiéval de Rochemaure. À quatre heures, il sortait...