Le mort se porte bien

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Le PÈRE LEBŒUF, inspecteur-chef de la Sûreté à la retraite, est dérangé chez lui par le fondé de pouvoir d’une agence d’assurance venu réclamer son aide dans un dossier épineux.


Un homme ayant pris une assurance sur la vie à hauteur de dix millions de francs vient de se noyer au cours d’une partie de pêche, la veille du paiement de sa seconde échéance.


La coïncidence laisse supputer à l’employé que, derrière l’accident, se cache un suicide, ce qui rendrait caduc ledit contrat et ferait économiser à ses patrons une petite fortune.


La curiosité et la promesse d’une belle prime décident le vieil enquêteur qui va rapidement constater que la mort du client n’est due ni à un suicide ni à un accident...


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EAN13 9782373473582
Langue Français

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PÈRE LEBŒUF
* 3 *
LE MORT SE PORTE BIEN
Roman policier
L. FRACHET
CHAPITRE PREMIER
Le père Lebœuf venait d'achever son repas solitaire , et, confortablement installé dans son fauteuil, il commençait à bourrer sa pipe avec tout le soin que demandait cette délicate opération, lorsque le sile nce de la villa fut brusquement troublé par un discret coup de sonnette.
À la fois étonné, l'inspecteur-chef n'attendait auc une visite, et agacé, il n'aimait guère être dérangé à l'heure de sa digesti on, il se leva pourtant et s'en fut ouvrir en grommelant :
— Allons bon... Il n'y a donc pas moyen d'être tran quille ?... Je parie que c'est encore pour une enquête...
— Vous désirez, monsieur, poursuivit-il en examinan t d'un regard exercé son indésirable visiteur.
Celui-ci était un homme d'une cinquantaine d'années dont toute l'allure, les vêtements, la barbiche en pointe, les lorgnons à ch eval sur le long nez, le crâne chauve, le parapluie accroché au bras et la serviet te de cuir disaient éloquemment le rang social : c'était un employé, un fonctionnaire honnête, timide, ponctuel, tatillon et dépourvu d'initiative autant que d'imagination.
— Vous êtes bien l'inspecteur Lebœuf ? demanda l'in connu. Permettez-moi de me présenter : Corentin Lefaucheux, fondé de pou voir de la compagnie d'assurances« La Protectrice ».
— Ah ! un agent d'assurances... songea le père Lebœ uf soulagé. J'aime mieux ça... Puis il s'empressa de déclarer dans l'e spoir de se débarrasser au plus vite de l'importun Corentin Lefaucheux :
— Je regrette... Je suis déjà assuré et...
— Excusez-moi... coupa le fondé de pouvoir. Je ne v iens pas pour vous assurer, bien que ma compagnie puisse vous faire de s conditions sûrement plus avantageuses que celles dont vous bénéficiez, mais pour vous demander de vous charger d'une enquête.
— Je m'en doutais !... explosa intérieurement l'ins pecteur-chef en retenant mal un geste de contrariété.
— C'est pour vous ? reprit-il d'un ton peu encourag eant.
— Non... c'est pour« La Protectrice »... précisa Corentin Lefaucheux. Je suis envoyé par le directeur général qui n'a pu se déplacer lui-même, devant présider cet après-midi une réunion du conseil d'ad ministration. Sinon, il n'aurait pas hésité à se déranger, car il s'agit d'une affai re importante, et il compte sur vous pour la mener à bien.
— Il me connaît donc ?...
— De réputation seulement... Tout Paris se souvient de vos enquêtes dans « l'affaire des “ petits papiers ” »(1)et celle des « quarante tonnes d'or volé à la Banque de France »(2).
— Allons... soupira le père Lebœuf avec résignation . Entrez, monsieur Lefaucheux. Puisque vous êtes là, vous me racontere z votre histoire jusqu'au bout et je verrai si je peux m'y intéresser.
***
— Eh bien !... Je vous écoute... invita l'inspecteu r-chef en offrant un siège à son visiteur, tandis qu'il reprenait lui-même sa pl ace dans le fauteuil. En quoi puis-je vous être utile ?
— L'affaire est très simple... expliqua le délégué de« La Protectrice ». Nous sommes victimes d'une escroquerie, ou du moins d'un e tentative d'escroquerie qui nous coûterait, si elle était couronnée de succ ès, la bagatelle de dix millions. C'est le coup classique de l'escroquerie à l'assura nce dont je n'ai pas besoin de vous expliquer le mécanisme.
— Oui, je devine sans peine ce qui s'est passé. Un de vos clients s'est assuré pour dix millions de francs, il a payé sa pr emière prime d'assurance, puis, sans même attendre l'échéance de la deuxième prime, il vous réclame le versement de l'assurance après avoir simulé l'accid ent contre lequel le garantit son contrat. C'est bien cela, n'est-ce pas ?
— Exactement.
— Et de quel genre d'assurance s'agit-il ? Vol ? In cendie ?...
— Assurance sur la vie...« La Protectrice » devait verser dix millions à la veuve de notre client en cas de décès de celui-ci... et il est mort.
— Mort ?... En ce cas, je ne vois pas bien en quoi consiste la tentative d'escroquerie dont vous vous plaignez.
— Attendez... Notre contrat d'assurance exclut impé rativement – c'est une règle observée par toutes les compagnies – le suici de et les risques de guerre. Nous ne devons payer qu'en cas de mort naturelle ou accidentelle. Or, notre client...
— ... S'est suicidé. Diable !... Voilà qui me semble excessif et qui dénote une rare conception de l'amour conjugal. Mettre fin à s es jours pour assurer des rentes à sa veuve n'est pas à la portée du premier venu. Êtes-vous bien sûr qu'il y a eu suicide et non crime ou accident ?...
— Personnellement, je l'ignore. Tout ce que nous sa vons de cette affaire, nous l'avons appris par une dépêche reçue ce matin même et envoyée par notre agent régional. Si vous voulez en prendre connaissa nce...
Et le fondé de pouvoir sortit de sa serviette un té légramme qu'il tendit à l'inspecteur-chef. D'un coup d'œil, le père Lebœuf en prit connaissance :
« Favraux.« La Protectrice »– Rue Boétie – Paris. Suspendez paiement assurance 26.075 Blévy – Décès suspect – Suicide pr obable – Enquête nécessaire. Martin ».
— Qui est Favraux et qui est Martin ? demanda le po licier en rendant le papier à son visiteur.
— Favraux, c’est le directeur général de« La Protectrice ». Martin, c’est l’agent d’assurances qui était chargé du recouvreme nt des primes dues par le client 26.075 à Blévy, dans l’Eure-et-Loir. C’est d ’ailleurs ainsi que nous avons appris...