Le rabatteur du rond-point - Qui a téléphoné

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LE RABATTEUR DU ROND-POINT


Fin de la Seconde Guerre mondiale, alors que la population est soumise à des restrictions alimentaires drastiques, des rumeurs font état de l’existence d’un restaurant clandestin qui servirait à ses clients des mets qui se disputent en raffinement et en quantité.


Le brigadier Tardenois charge son adjoint Filut de s’occuper de l’affaire avec, pour seul indice, la présence d’un clochard à un certain rond-point qui fait office de rabatteur pour le « Club des Repus »...





QUI A TÉLÉPHONÉ ?


Lucien Garance, modeste vendeur dans une boutique d’objets d’art, se délasse tranquillement à la terrasse d’un café, comme tous les samedis soir, quand il est demandé au téléphone.


À l’appareil, une voix inconnue lui recommande de se faire remarquer le plus possible.


Persuadé d’être victime d’une méprise ou d’un canular, Lucien rentre chez lui.


Le lendemain matin, la police frappe à sa porte et l’embarque...


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EAN13 9782373476309
Langue Français

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LE RABATTEUR DU ROND-POINT
Roman policier
par Marcel PRIOLLET
*1*
RESTAURANT NOIR
Prosper Filut entra en coup de vent dans le bureau où se tenait le brigadier Tardenois.
— Chef, vous avez vu ?
— Je crois bien que j'ai vu...
— Alors vous êtes fier et content ?
— Furieux... je suis furieux !
En témoignage de la colère qu'il éprouvait, Tardeno is jeta dans un cendrier la cigarette qu'il venait à peine d'allumer et se m it à arpenter nerveusement la pièce.
Ce Tardenois était un homme d'une quarantaine d'ann ées, de belle corpulence, avec un visage mafflu aux couleurs vive s. Sa réputation n'était plus à faire. Depuis qu'il était attaché aux services de la police judiciaire, il avait rendu d'éminents services et s'était illustré dans nombre d'affaires particulièrement délicates, voire même périlleuses.
Deux années auparavant, on lui avait adjoint l'insp ecteur Prosper Filut qui, à peine âgé de trente ans, promettait, lui aussi, de faire une belle carrière. Surtout sous la tutelle d'un maître tel que Tardenois...
Au physique, les deux hommes étaient totalement dif férents car l'inspecteur Filut, grand et élancé, doté d'un visage pâle où br illaient de grands yeux sombres, offrait le type accompli du beau garçon. S on élégance vestimentaire contrastait aussi avec le négligé de son supérieur.
Aujourd'hui, Prosper se montrait assez déçu par l'a ccueil qu'il venait de recevoir. Il bredouillait :
— Moi qui croyais vous trouver enchanté ! Ne sachan t pas si vous aviez acheté ce journal, j'en avais même pris un exemplai re supplémentaire, à votre intention.
— Mon garçon, grommela Tardenois, tu peux le garder , ton torchon de papier. Voilà le cas que je fais du mien...
Il exhiba un journal, le mit en boule et le jeta da ns la corbeille à papier.
Prosper tirait aussi un journal de sa poche. Mais c 'était très soigneusement qu'il le dépliait et, montrant en première page un article illustré d'une photographie, proclamait :
— Vous êtes très ressemblant, chef !
Le brigadier Tardenois rugit littéralement :
— Et c'est précisément ce qui m'enrage ! Pendant qu inze ans... tu entends, quinze ans... j'ai évité soigneusement que ma bobin e figure sur aucun journal. Je me suis dérobé à tous les objectifs. Je n'ai jam ais voulu qu'on parle de moi, encore moins qu'on donne mon signalement. Et voilà que ma photo est à la disposition de tout le monde. Canaille de journalis te ! Il a fait un beau coup, ce jeune crétin dont je ne me suis pas méfié lorsqu'il est venu me dire qu'il se sentait des dispositions pour entrer dans la police et m'a fait bavarder. Je lui ai raconté toutes sortes d'histoires. Ce ne sont pas l es souvenirs qui me manquent ! Il s'en est servi pour écrire son article. Si je le tenais, celui-là...
Donnant toujours libre cours à son irritation, Tard enois poursuivait :
— Ce que je me demande, par exemple, c'est où ce re porter à la manque est allé dénicher ma photographie !
Prosper Filut, tête basse, avoua dans un souffle :
— Chef, c'est moi...
— Toi ?
— Oui, c'est moi le coupable. J'ai reçu aussi la vi site de ce journaliste. Il m'a demandé si je n'avais pas un portrait de vous. Je n e me suis pas méfié. Je lui ai remis cette photo d'amateur où nous étions représen tés tous les deux, une photo pas fameuse. Je reconnais qu'il a su en tirer un bon parti. On travaille bien, dans ces journaux...
L'inspecteur s'interrompit. Il voyait Tardenois ven ir droit vers lui, les poings serrés, menaçant. Il amorça :
— Mais, chef, quelle importance...
— Tu demandes quelle importance cela peut avoir ? T u ne comprends donc pas que si j'ai pu découvrir, filer, fréquenter et faire coffrer tant de coquins, d'escrocs, de faussaires, de voleurs et d'assassins , c'est parce que tout le monde ignorait comment était fait le bout de mon ne z ! On ne savait même pas si j'étais grand ou petit, obèse ou squelettique, b run ou blond. Je n'éveillais aucun soupçon. Désormais, je suis démasqué, repéré. .. Tous les escarpes de Paris et des environs, ceux de province aussi, ne s ont pas près d'oublier mon portrait et mon signalement. Et cela par ta faute, Prosper.
— Je ne prévoyais pas... j'étais loin de me douter...
L'inspecteur Filut, après avoir manifesté ainsi son repentir, eut un grand geste de désespoir et enchaîna :
— Je ne suis décidément bon à rien. Vous venez de m e le faire comprendre
et on me le disait encore hier soir...
— Qui te disait cela ? demanda Tardenois, en s'huma nisant un peu.
— Les parents de Loulou Romien.
— Ah ! Loulou. Ta fiancée ?
— Elle ne l'est pas encore, hélas ! S'il est vrai q u'elle m'aime comme je l'aime, son père et sa mère sont rétifs et ne donne ront leur consentement que lorsqu'ils seront certains de marier leur fille à u n garçon d'avenir. Ils doutent de ma réussite. Que n'ai-je votre nom, votre renommée !
— Ça viendra, mon petit ! assura le brigadier, tout à fait bonhomme à présent.
La sonnerie d'un téléphone, placé sur le bureau, vi nt interrompre les deux policiers. Tardenois décrocha le récepteur, puis éc outa, répondant par des monosyllabes et des bribes de phrases :
— Drôle d'histoire !... C'est plutôt pittoresque... Tiens, tiens !... À vrai dire cela ne m'intéresse pas beaucoup... Je verrai... Je chargerai peut-être un de mes inspecteurs de débrouiller l'affaire que vous v oulez bien me signaler... Quoi ?... Je n'ai pas l'air en train aujourd'hui ? C'est la vérité. Il ne faudrait pas me pousser beaucoup pour que je demande un congé d' un an... Comptez tout de même sur moi !...
Le brigadier Tardenois raccrocha. Puis, tourné vers Prosper Filut :
— C'est le patron qui vient de me téléphoner. Si je m'étais laissé faire, il me collait sur le dos une histoire grotesque, insignifiante aussi, mais bien actuelle.
— De quoi s'agit-il ? Marché noir ?
— Un peu oui. C'est du ressort de la « Répression d es fraudes » et non du nôtre. Mais le patron a été informé directement. Il s'est piqué au jeu et nous confie le soin de voir ce qu'il y a de vrai là-deda ns.
— Dans quoi, chef ?
— En quelques mots, voici : il paraît qu'il existe, en plein Paris, dans le quartier des Champs-Élysées, un restaurant où l'on mange exactement comme autrefois, mieux même. On vous présente un menu qui est la copie des fameux menus de la Compagnie générale transatlantique. On a le choix entre une quarantaine de plats. Aucune limitation. On vous se rt tout ce qu'on demande. Sans tickets, naturellement !
— Et il en coûte ? s'informa Prosper Filut, intéres sé.
— Mille francs par tête !
— C'est coquet !
— N'empêche qu'il y a des gens assez dégoûtants pou r aller s'empiffrer là, tandis qu'un tas de pauvres types claquent du bec. Ajoute à cela que pour ravitailler sa boîte, le patron du restaurant doit avoir affaire à toutes sortes d'intermédiaires plus ou moins suspects. Il doit lâ cher des pourboires royaux aux margoulins du marché noir. Ce serait intéressan t, en effet, de remonter aux sources. On dénicherait des ramifications, tout un réseau ! Il y aurait un beau coup de filet à donner.
Brusque, Tardenois s'interrompit et demanda :
— Ça te chante ? Tu t'en charges ?
— Avec joie, chef ! Je trouverai peut-être là, si j e réussis, un moyen de fléchir les parents de Loulou.
— Dans quelques instants, tu auras tous les renseig nements. Le patron nous les envoie par son planton. En attendant... de quoi parlions-nous donc ?
— De Loulou Romien...
— C'est juste. Jolie ?
— Mieux que cela ! Et du charme à revendre... Elle est vendeuse aux Galeries, rayon de bijouterie. Je vous garantis que , là-bas, elle éclipse toutes ses compagnes...
— Et tous les joyaux qu'elle vend, je parie ! raill a Tardenois en éclatant de rire.
À ce moment, le planton attendu faisait son apparit ion dans la pièce. Il tendit au brigadier quelques feuillets et se retira.
En silence, le célèbre policier compulsa les papier s. Puis, pour l'édification de son collaborateur, il précisa :
— L'histoire est venue aux oreilles du patron par u n de ses amis personnels. Cet ami lui a raconté que, passant hier soir par le rond-point des Champs-Élysées, sur le coup de sept heures, entre chien et loup, il avait été accosté par un type aux allures de clochard, qui lui avait prop osé de lui indiquer le chemin d'un restaurant clandestin où, pour la bagatelle de mille francs, on fait un gueuleton à tout casser. Comme autrefois, quoi ! Le rabatteur a même donné un nom à la boîte : Le« Club des Repus ».
Tardenois répéta ces derniers mots, puis il gronda :
— C'est le « Club des Répugnants » qu'il faudrait d ire !
— Et qu'a fait ce monsieur ?
— Il a passé son chemin. Mais il a pris le signalem ent du clochard. Le voici.
Consultant un autre papier, le brigadier énuméra :
— Une trentaine d'années, pas davantage. Très maigr e. Visage rasé. Yeux fiévreux. Tête obstinément penchée vers le sol. Cha peau de feutre gris, profondément enfoncé. Pardessus à carreaux, trop lo ng, en loques. Pantalon effiloché et espadrilles.
— Je vois d'ici le genre du personnage. Il sera fac ile à retrouver.
— Plus facile encore, si tu passes à l'anthropométrie. Ce gaillard-là a...