Le secret de Maître Guillaume

Le secret de Maître Guillaume

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Maître Guillaume, un vieux paysan qui s’est enrichi à la sueur de son front, vient de mourir.


Fâché avec son fils à cause de son insouciance et de son rejet du travail – il compte vivre de sa peinture –, il a pris le temps, sentant sa fin arriver, de cacher sa fortune de manière à ce que son héritier produise un effort pour la mériter.


Après avoir vainement fouillé la demeure familiale, René, le fiston, décide de faire appel au PÈRE LEBŒUF pour mettre la main sur le magot...


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Ajouté le 19 mai 2018
Nombre de lectures 2
EAN13 9782373473605
Langue Français
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PÈRE LEBŒUF
* 4 *
LE SECRET DE MAÎTRE GUILLAUME
Roman policier
L. FRACHET
CHAPITRE PREMIER
— M. Lebœuf, s'il vous plaît ? C'est bien ici qu'il demeure ?
— C'est moi-même, jeune homme. Vous désirez ?
— Excusez-moi de vous déranger... J'ai à vous parle r d'une affaire très importante. Puis-je vous en entretenir quelques ins tants ?
— Mais certainement... Entrez, je vous prie.
Le père Lebœuf était en train de tailler ses rosier s lorsqu'un visiteur inconnu s'était présenté à la grille du petit jardin entourant la villa de l'ex-inspecteur-chef. L'homme paraissait jeune encore malgré des traits v ieillis prématurément par la misère. Car tout, en lui, indiquait la misère, les privations : vêtements élimés, chaussures éculées, col de chemise effiloché, cheve ux trop longs, barbe mal rasée, joues creuses et pâles, regard inquiet, atti tude humble de ceux qui n'ont pas réussi à faire leur chemin dans la vie et que l 'adversité a rendus timides à l'excès. Le père Lebœuf l'avait détaillé et jugé d'un coup d'œil, favorablement du reste, car cet inconnu gardait dans son infortune u ne dignité qui prouvait qu'il était peut-être vaincu, mais non déchu. Il avait dû recevoir instruction et éducation, qui lui étaient restées et l'aidaient à subir tant bien que mal les épreuves du moment.
Précédant son visiteur matinal – il était à peine n euf heures – le policier l'introduisit dans son petit salon, le fit asseoir dans un fauteuil poussiéreux, s'installa en face de lui, alluma son éternelle pip e et demanda d'un ton jovial :
— Alors, jeune homme, vous avez besoin du papa Lebœ uf ? Mais d'abord, qui vous envoie ?
— L'inspecteur Durieux... répondit l'inconnu.
— Ah ! C'est Durieux. Vous le connaissez donc ?
— Oui, depuis bien longtemps. Nous sommes « pays » tous les deux, presque du même village. Nous avons été camarades d e lycée, à Caen, puis de régiment, à Cherbourg, mais nous nous sommes ensuit e perdus de vue comme cela arrive généralement. Chacun fait sa vie de son côté, n'est-ce pas ? Je l'ai rencontré par hasard tout dernièrement, et l'ayant mis au courant des difficultés qui m'assaillaient, il m'a conseillé de venir vous voir après m'avoir donné votre adresse. Il m'a affirmé que vous seul étiez capable de me tirer d'affaire.
— Durieux est un garçon charmant et plein d'avenir que j'estime beaucoup... répliqua le père Lebœuf en riant, mais il s'est peu t-être un peu avancé en la circonstance. Je ne fais pas de miracle, croyez-le bien. Enfin, de quoi s'agit-il ?
— C'est une histoire assez embrouillée, mystérieuse devrais-je dire, et je ne
sais trop par quel bout commencer.
— Eh ! par le commencement, jeune homme, par le com mencement. Allons... Je vous écoute.
— Voici : je m'appelle Duchemin, René Duchemin. J'a i trente-cinq ans et je suis né à Bernay, dans l'Eure. Mon père y possède – y possédait plutôt, car il est mort – une importante propriété comprenant un c hâteau, une ferme et de nombreux terrains de culture. Mon père avait donc u ne assez grande fortune, du moins pouvait-on le supposer. Or, il est mort le mo is dernier et...
— Et il ne vous a pas laissé un sou... coupa le pèr e Lebœuf en hochant la tête.
— Comment le savez-vous ? fit René Duchemin étonné.
— C'est une histoire vieille comme le monde, jeune homme. Bien d'autres, avant vous, ont connu cette... comment dirai-je : c ette déception. Vous espériez naturellement un gros héritage de votre père, leque l, je le répète, ne vous a rien laissé. Sans doute vous a-t-il déshérité au profit d'un tiers ?
— Ce n'est pas tout à fait exact. Mon père ne m'a r ien laissé en effet – en tout cas je n'ai rien trouvé –, mais il ne m'a pas non plus déshérité. Je n'ai ni frère, ni sœur, ni aucun parent susceptible de recu eillir l'héritage. Étant fils unique, et ma mère étant morte elle-même depuis vin gt ans, j'étais en droit de compter sinon sur la totalité des biens de mon père , au moins sur la part qui me revenait légalement. Je n'en espérais d'ailleurs pa s davantage, car je dois vous avouer que je n'étais pas en très bons termes avec mon père. J'étais même convaincu qu'il ferait tout son possible pour ne m' abandonner que ce qu'il ne pourrait pas me soustraire, mais la réalité a encor e dépassé mes prévisions : mon père n'a rien laissé ni à moi ni à personne.
— C'est impossible, voyons !... Son château est tou jours là... et sa ferme aussi... et ses terres. Et il devait bien posséder un peu d'argent liquide. Il en faut pour entretenir un domaine de cette importance ! En admettant qu'il ait pu cacher cet argent, il n'a pu faire disparaître le r este de sa fortune. Je ne comprends pas.
— Attendez : vous allez comprendre. Avant de mourir, mon père avait vendu la plus grande partie de ses biens : la ferme et le s terrains de culture, avec le matériel, le bétail et les récoltes en| grenier, le tout pour un million six cent mille francs.
— Eh bien ! voilà une belle somme qui ne s'est sûre ment pas envolée en fumée.
— Je commence à croire que si. En tout cas, j'ai la certitude que mon père a touché cette somme. Elle lui a été versée par le no taire de Bernay qui avait effectué la vente. Même en billets de cinq mille fr ancs, seize cent trente mille
francs font un magot suffisamment volumineux pour q u'on ne puisse le cacher sous une pile de draps. Mais toutes mes recherches ont été vaines. J'ai fouillé la maison, je veux dire le château, de fond en comble sans retrouver un centime. Mon père a dû enterrer cet argent quelque part en u n endroit connu de lui seul.
— Ou le confier à une banque, tout simplement.
— Si vous aviez connu mon père, vous...