Le trapèze de la mort

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L’inspecteur Gonzague GAVEAU, alias « Le Professeur », passionné de cirque, est tout heureux d’assister à la représentation de la troupe Lender avec, pour numéro vedette, Marc Donna, le « Roi du trapèze ».


Le spectacle bat son plein ! Vient le tour de l’acrobate qui exécute ses pirouettes avec souplesse et légèreté jusqu’à un final devant faire naître le frisson chez les spectateurs. Celui-ci consiste à simuler une chute de l’artiste qui, retenu par un filin, échappe à une morte certaine sans cette protection.


Seulement, ce soir-là, le câble se rompt ainsi que les os du trapéziste au contact avec le sol.


Quand les premières constatations démontrent que la corde a été volontairement sectionnée et qu’il s’agit d’un crime prémédité, Le Professeur entre en scène !


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EAN13 9782373475906
Langue Français

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LE S E NQUÊ TE S DU P ROFE SSE UR
- 9 -
LE TRAP ÈZEDA ME L ORT
de René BYZANCE
C HAPITREPREMIER
LE CIRQUE LE NDE R ARRIVE AU P UY
C'est le célèbre inspecteur Gonzague Gaveau qui lui -même m'a conté une affaire qui figure parmi les plus mystérieuses et l es plus passionnantes de l'histoire criminelle. Je lui laisse la parole.
Tu sais que je ne suis guère un fervent du théâtre ou du cinéma. Quand mon rude métier m'en laisse le loisir, je passe mes soirées dans ma petite chambre de Montparnasse et je reprends mes études s ur les variations de la voyelle O dans les langues hungaro-caucasiennes. Ma thèse, si elle paraît jamais, causera une véritable révolution dans la sc ience philologique et me vaudra sans discussion le titre de « professeur » d ont mes collègues de la Police Judiciaire et les journalistes m'ont paré. C eci est une parenthèse que je m'empresse de fermer.
Je disais donc que je ne suis pas un amateur de spe ctacles. Dans mes déplacements en province, il m'arrive parfois de me réfugier dans une salle obscure pour tuer des heures vides. J'y somnole qua nd le film est sentimental.
Je fais pourtant une exception en faveur du music-h all et, plus encore, du cirque. Les acrobates, les jongleurs, les illusionn istes, les danseurs de corde me ravissent. En un monde âprement réaliste, ils appor tent la fantaisie, le prodige, la féerie. Pour eux, j'ai gardé une âme d'enfant. T u sais que je passe pour avoir l'esprit assez subtil et que j'ai la réputation de percer à jour des énigmes redoutables. Eh ! bien, quand je vois le barman de Satan qui, à volonté, fait jaillir d'une carafe d'eau claire les liqueurs les plus sua ves, quand un magicien pêche dans une fosse d'orchestre des poissons tout frétil lants, je bée d'admiration et je ne cherche pas à comprendre. Je tiens à conserver i ntacte ma naïveté et celui qui entreprendrait de me dévoiler les trucs serait fort mal reçu.
Cet été-là, je me trouvais au Puy où je débrouillai s l'un de ces crimes de campagne pleins de sauvagerie, de basses passions, de haine concentrée et silencieuse. Dans une ferme isolée, du côté du Lac- d'Issarlès, une famille entière avait été assassinée. L'enquête n'avançait pas. Aux alentours, chacun savait le nom du meurtrier. Mais tout le monde avai t bouche cousue. Après des journées harassantes, je rentrais au Puy nerveux et mécontent.
La préfecture de la Haute-Loire est considérée comm e l'une des villes les plus pittoresques de France. Sa réputation n'est nu llement usurpée. Le voyageur qui contemple pour la première fois des églises per chées sur des aiguilles de roc ressent un choc et crie d'enthousiasme. Mais qu and on a visité l'imposante cathédrale, quand, hissé sur la couronne de bronze d'une vierge monumentale, on a enchanté son regard d'un panorama sublime, le Puy n'offre plus guère comme ressources que les brasseries de la place du Breuil. Et je n'ai jamais été,
tu le sais, un pilier de taverne.
J'avais arrêté un trio de suspects contre lesquels il me fallait recueillir des preuves. Entre mes vagabondages en montagne, il me restait des loisirs forcés que je ne savais comment occuper. Aussi est-ce avec un joyeux émoi que je vis placarder sur les murs d'immenses affiches écarlate s annonçant la prochaine venue du célèbre cirque Lender « le plus fameux d'E urope et du Monde ».
C'était, pour la population entière, un évènement c onsidérable. Tout le Puy, du Préfet à l'ouvrière de la« Distillerie de la Verveine du Velay », se promettait d'assister à des galas prestigieux. Tout entreprene ur d'exhibitions nomades vous confirmera que c'est dans les cités de médiocr e importance qu'il fait les meilleures recettes. La concurrence ne joue pas com me à Paris, Lyon ou Marseille et le public est, dans le sens du terme, en or.
Je dois confesser que le programme méritait ampleme nt que la foule se ruât au cirque Lender. Profitant de la fermeture estival e des grands établissements de variétés, l'impresario avait réuni toute une con stellation d'étoiles de première grandeur. La réputation de Trock, comme jongleur et funambule, est mondiale. Marc Donna peut s'intituler sans trop d'exagération , le roi du trapèze. Le clown O'Gust a fait les beaux soirs de Medrano. Et les sp écialistes ont vanté la grâce hardie de la Princesse Synge, écuyère de haute écol e. Des attractions moins cotées, mais de bonne qualité, complétaient une affiche copieuse et variée.
Tu riras peut-être de moi, mais mon impatience étai t celle d'un gosse. Je vivais dans l'attente fébrile du samedi 23 août, jo ur fixé pour les débuts du cirque qui, après deux représentations le dimanche, s'en irait vers d'autres cieux.
Ce qu'il y a de merveilleux, c'est que le spectacle ne commence pas avec les premiers flonflons de l'orchestre. Il est aussi passionnant d'assister au montage de la piste et du chapiteau qu'aux numéros exécutés par les artistes. Le théâtre se construit devant vos yeux, on est adm is dans les coulisses béantes ; on peut contempler, dans l'intimité des r oulottes, les vedettes itinérantes. Même pour suivre la piste de Fantomas lui-même, je n'aurais consenti à m'absenter du Puy le samedi 23 août. Les criminels pouvaient dormir sur leurs deux oreilles.
La longue caravane qui avait roulé toute la nuit ar riva dès le début de la matinée. Elle n'était pas composée de misérables ro ulottes, mais de camions puissants, de voitures qui, avec leurs fenêtres par ées de rideaux clairs, constituaient des villas en miniature.
Aussitôt, tout un peuple se mit à l'ouvrage pour ér iger le temple de l'audace, de l'illusion et de la farce. Chacun connaissait à l'avance la tâche qu'il avait à accomplir ; les pièces du jeu de construction géant étaient classées et numérotées. Tout s'accomplissait avec une précision et une harmonie
impeccables. Le numéro placé en prologue du program me n'était pas le moins réussi. À midi, l'immense tente était dressée ; à l 'intérieur autour de la piste, les gradins étageaient leur amphithéâtre.
Quant aux guichets, établis dans des baraques volan tes, ils avaient été prêts les premiers à accueillir les candidats spect ateurs pressés de s'assurer une place.
Au service d'une machine bien réglée, chacun collab orait. Les ouvrières...