Les enquêtes de Jenny Springs

Les enquêtes de Jenny Springs

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84 pages
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Description




Une enquête sur le bout des ongles


Jenny fait des rêves étranges. Par l'intermédiaire de sa psychanalyste, elle se rend compte que ce sont peut-être des rêves prémonitoires. Elle décide de trouver Scotland Yard afin d'expliquer sa vision sur un éventuel meurtre à venir qui correspondrait à cette fameuse série de crimes qui sévit actuellement à Londres. Elle va intégrer l'équipe en tant que stagiaire afin de démêler cette histoire qui la touche personnellement.


***


Extrait :


Le parc est encerclé par les journalistes à l’affût des moindres photos alléchantes pouvant compléter leurs articles. La zone du meurtre est protégée par des bandes jaunes. Seuls les pigeons et les forces de l'ordre sont autorisés à entrer dans le périmètre défini. Les agents de police s'activent à chercher les indices qui se trouvent dans le périmètre de sécurité. Le chef de la police et l'inspecteur arrivent sur les lieux.


— Quel bordel, c'est toujours pareil avec ces vautours de journalistes ! s'énerve le chef Carter.


— En même temps Chef, c'est quand même grâce aux journalistes que nous pouvons informer la population. Enfin j'dis ça, j'dis rien, marmonne l'inspecteur tout en marchant derrière l'homme.


Carter réussit à se frayer un chemin jusqu'à la scène de crime. Avec l'inspecteur, ils arrivent à passer sous les bandes jaunes jusqu'au corps de la victime.


— Il est dans un mauvais état ce jeune homme ! s'exclame l'inspecteur en chef.


— Quarante et un coups de couteaux sur la poitrine, vous parlez d'un massacre Chef. Si le tueur est le même que pour les précédents meurtres, cette fois il est devenu plus violent.



***


L'auteure :





Ecrire un roman policier/thriller a toujours été dans mes envies, cependant, entre lire et écrire il y a une marge importante. Alors je me suis lancée ce défi et me voici entre vos mains.


Sujets

Informations

Publié par
Ajouté le 23 octobre 2017
Nombre de lectures 30
EAN13 9791034803590
Langue Français
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Hannah Schepper



Les enquêtes de Jenny Springs
Tome 1
Je veille sur toi



Couverture : Néro



Publié dans la Collection Clair-Obscur,
Dirigée par Jennifer Pereira.





© Evidence Editions 2017


Chapitre 1



Boulevard Saint-Michel, le réveil sonne, Miss Butterfly, Sacré de Birmanie, vient réclamer ses
croquettes en sautant sur le bord du lit de Jenny. Du coin de l’œil, la femme distingue vaguement une
petite enveloppe blanche glissée sous la porte de sa chambre.
— Descends, laisse-moi encore cinq petites minutes, juste cinq minutes ma belle, dit-elle en
repoussant délicatement cette boule de poils qui repart, sa queue en panache en flottant dans les airs.
À peine réveillée, la tête encore bien dans le cirage, Jenny cherche à tâtons le réveil à la sonnerie
tonitruante afin de l’assommer d’un coup de taloche sur la tronche. Elle se décide enfin à se lever. Se
lever… Un bien grand mot, plutôt s’asseoir au bord du lit dans un premier temps. La femme souffle
un peu, pose sa lourde tête entre ses mains. Le froid passe à travers la lucarne mal isolée sous le toit
de son petit logement d’appoint. Jenny est souvent malade l’hiver à cause des courants d’air et ce
matin une toux commence à pointer le bout de son nez. Elle prend l’enveloppe à terre et la pose sur sa
table basse, sort dans le couloir et scrute les horizons. La voie est libre, la salle de bain se trouve sur
le palier en face de sa chambre. Un petit coup d’eau fraîche lui fera du bien. Elle se rend compte
qu’elle a oublié de prendre une serviette pour s’essuyer le visage, finalement se rabat sur le haut de
son pyjama flanelle pilou. Jenny sort et prend garde de ne pas être vue au réveil avec sa mine des
lendemains de fête. Elle profite que personne ne soit à l’horizon pour satisfaire un besoin pressant
juste à côté de la petite salle d’eau, dans les toilettes communes, l’endroit où vous devez faire la
queue au moment où ça presse, vous voyez  ? Oui cet endroit-là qui parfois laisse une odeur
nauséabonde dont vous ne savez comment vous débarrasser en sachant que derrière la porte un client
suivant vous attend. Pour couronner le tout, une porte vitrée… Pourquoi dans un lieu comme
celuici mettent-ils une porte vitrée  ? OK c’est une porte avec une vitre globuleuse, qui ne laisse
qu’entrevoir s’il y a quelqu’un ou pas dans le lieu, mais tout de même, un peu d’intimité, merde !
Jenny est assise sur le rabat des toilettes et commence à lâcher son envie pressante. Les yeux dans
le brouillard elle essaie de se concentrer en regardant le poster de dauphin sur le mur d’en face.
Elle retourne dans sa chambre et replie son lit clic-clac de façon à redonner un peu d’espace à son
11 m².
Jenny décide de décacheter l’enveloppe délicatement, elle sait pertinemment ce qu’elle va trouver.
Comme d’habitude des photos prises à son insu. Bingo deux Polaroid. De fureur, les photos volent à
travers la pièce.
Miss Butterfly se frotte à sa maîtresse afin de quémander sa pitance oubliée au passage.
— Ma pauvre Miss, tu as faim. Voilà ma belle, dit sa maîtresse en préparant une gamelle de terrine
saveur poisson et la ration de croquettes pour la journée de sa compagne poilue.
Elle enfile sa robe de chambre, monte un peu le chauffage et met l’eau à bouillir sur la petite
plaque électrique. La femme s’empare au passage de sa tasse fétiche offerte par sa grand-maman à
l’occasion de ses vingt ans. C’était il y a des années ! La tasse est en porcelaine fine ornée d’une jolie
pivoine peinte à la main sur le côté et dorée sur le rebord. Une porcelaine presque translucide d’unerare finesse. Un objet chiné en brocante à Portobello Road, une tasse dotée d’une âme, un vécu.
Jenny vit dans une petite chambre de bonne qu’elle a aménagée au mieux. Là elle est dans la
cuisine, vous voyez la cuisine Schmidt ? Et bien chez Jenny c’est tout le contraire, un petit plan de
travail juste au-dessus du mini frigo avec une plaque électrique qui déconne une fois sur deux.
Jenny prépare le petit déjeuner, son moment favori. Elle sort son beurre, prépare ses tartines de
pain complet aux céréales grillées dans son toaster premier prix qui fait l’affaire depuis quelques
années. C’est qu’il tient bon le coco ! Elle prépare son thé bergamote dans une boule à thé, encore un
peu dans le coltard, elle attend que ses tartines refroidissent. La jeune femme déteste voir son beurre
fondre au contact du pain encore brûlant. Elle préfère attendre que les tranches de pain deviennent
croustillantes à souhait. Puis, elle trempe son couteau dans sa tasse de thé fumant afin de faire
chauffer un peu la lame et racler le beurre de façon à prendre juste ce qu’il faut pour ses tartines.
Avec un peu de confiture à la marmelade d’orange faite par sa maman l’été dernier ça fait l’affaire.
— Où est cette satanée télécommande ?
Tant pis, pas le temps de chercher, elle allume le téléviseur à l’ancienne afin d’écouter les
dernières nouvelles avant de se préparer. Un nouveau meurtre vient d’être commis en Angleterre.
Jenny augmente le son du téléviseur.

« Le Metropolitan Police vient de nous informer d’un second meurtre ayant des similitudes
avec celui commis il y a un mois sur le jeune journaliste Teddy Smith, ce second meurtre porte la
même signature, un cœur de feutrine rouge sombre déposé sur la poitrine de la victime asphyxiée,
un informaticien du nom de James Jones. La méthode reste la même, Scotland Yard pense
fortement à un tueur en série. »

— Pfffff, teuf teuf, quelle conne, ne jamais boire jusqu’au fond le thé, il reste toujours des miettes
de pain qui passent de travers. Déjà ? s’inquiète Jenny en lorgnant sa montre. Je vais être en retard !
Elle s’habille en vitesse, glisse les clés de sa chambre dans la poche de son manteau de laine
bouillie et claque la porte de sa chambre. Jenny descend les escaliers quatre à quatre afin d’éviter au
possible d’être en retard à nouveau. La concierge balaie le hall d’entrée, Jenny lui envoie un petit
signe de main au passage.
— Zut ! s’exclame la jeune femme.
Sa chaussure droite a échappé de justesse à un bain complet dans une grosse flaque d’eau juste à la
sortie de l’immeuble. Une sacoche en cuir de vachette sur la tête en guise de parapluie, Jenny se met à
faire un sprint en évitant les flaques sur le reste du chemin
— Jenny attends-moi ! s’exclame Marie, une amie du cours de criminologie. Tu as eu le temps
d’étudier la scène de crime de monsieur Duval ?
— Tu verras ! Vite filons, je déteste la pluie, répond Jenny en se mettant à courir laissant derrière
elle Marie, qui en reste comme deux ronds de flan.
Son portable se met à vibrer dans son sac à main, elle a reçu un texto.
« — Tu as bien reçu mes petites photos ? Elles te plaisent ? Je n’ai pas l’œil d’un photographe
expert comme ton cher Franck, mais je me débrouille pas mal, tu ne trouves pas ?
— Fous-moi la paix, laisse-moi vivre ma vie, je ne t’appartiens pas ! »

— C’était qui ? questionne Marie.— Un mec jaloux qui me harcèle.
— Fais attention quand même, protège-toi. Si tu as un souci, n’hésite pas à en parler surtout.



Chapitre 2



Et si je me présentais un peu, vous en pensez quoi ? Moi, c’est Jenny Springs, 42 ans, célibataire
endurcie. Je crois même que je ne supporte pas les hommes en fait, je me satisfais à moi-même. Non
je ne suis pas égoïste du tout, c’est la réalité de notre monde d’aujourd’hui qui veut ça. Quand je vois
les couples d’amis autour de moi… ça fait peur ! Je suis bien mieux toute seule, ce qui n’est déjà pas
mal. Tenez, par exemple, prenons ma famille. Mon père est médecin, ma mère est femme au foyer. Je
me souviens comme elle était active malgré le fait qu’elle était à la maison, elle faisait partie
d’associations caritatives. C’est comme ça que mon père est tombé sous son charme un soir de Noël.
Il l’avait déjà aperçue au début de sa prise de fonction en tant que médecin stagiaire et lorsqu’il l’a
vue s’investir lors de la distribution de repas aux plus démunis le soir du Réveillon, il est carrément
tombé amoureux d’elle. Mon père était reconnaissant chaque jour de ce qu’elle faisait pour nous.
Tous les matins elle se levait aux aurores, se préparait dans la salle de bain sans faire de bruit et
descendait à la cuisine nous confectionner des pancakes. Elle faisait la pâte la veille au soir afin de
laisser reposer l’appareil, ce qui donnait des pancakes à se taper le ventre à terre.
Lorsque tout le monde se levait, elle était déjà toute belle, souriante, avec son tablier à fleurs des
années 60, elle l’a toujours d’ailleurs. Ça sentait bon le thé fraîchement infusé à la bergamote et au
citron. Sa marmelade d’orange maison accompagnait nos pancakes, je me régalais. Ce sont toutes ces
petites attentions qui font de bons souvenirs d’enfance.
Je n’étais pas douée pour les études. En fait, j’adore m’instruire, lire, mais j’ai une mémoire
tellement merdique, on dirait un poisson rouge, si, si, je vous jure ! Bon OK, parfois j’ai une bonne
mémoire, mais pas pour des choses importantes. On va dire que mon cerveau sélectionne tout seul
sans me demander mon avis, c’est chiant à souhait.
Je suis passionnée d’Égypte, j’adore cette époque. J’en ai lu des livres, vu des reportages ! Vous
pouvez me poser des questions mais je serais incapable de vous répondre car sur le moment je suis
captivée puis, quelques jours après, j’oublie.
Tenez, par exemple, c’est pareil avec les romans. Parfois je me plonge dedans à corps perdu
tellement l’histoire est bien ficelée. Ça vous arrive aussi ? Il y en a certains que j’ai dévorés, mais ne
me demandez pas de vous raconter, je vous sortirai quelques grandes lignes et encore… Par exemple,
un roman que j’ai adoré, « Kafka sur le rivage » de Haruki Murakami, un livre extra avec un monde
parallèle. Bon d’accord, les cent premières pages j’ai failli lâcher l’affaire mais lorsque vous rentrez
dedans, vous tombez dans un monde à part, je vous le promets.
Étonnement, les pièces de théâtre, je retiens mieux. Allez savoir pourquoi ? J’en parlerai à ma
psychanalyste mercredi prochain tiens ! On ne sait jamais. Cependant, avec tout ce que j’ai à régler sur
mon passé, il y a du boulot.
Côté cœur, pfff j’ai failli me marier avec un vieux ! Vous vous rendez compte… Un ami de mon
père qui a l’âge de mon père, franchement, faut pas abuser quand même, à croire que j’étais
désespérée ! Mes parents ne voulaient pas me voir finir seule. Ils ont donc arrangé cette rencontre lorsd’un dîner de convenance. Il était avocat, avait un très bon niveau de vie, mais ça ne fait pas tout,
bordel de merde  ! Et l’amour dans tout ça  ? Sur un coup de tête, je suis partie à Paris, ville de
naissance de ma mère. Nous y avons de la famille, mais aussi une amie de ma mère qui est plus âgée
et qui m’a recueillie chez elle. Le conflit des générations s’est mis entre nous deux et de ce fait j’ai dû
chercher un emploi rapidement afin de trouver un logement. Et me voici Parisienne  ! Une petite
chambre de bonne me sert de logement en attendant mieux.
Je travaille à l’accueil d’un hôtel parisien le week-end. En semaine, je suis des cours de
criminologie. Étonnement, j’enregistre tout, ça me passionne. Mon souhait serait de devenir
psychothérapeute pour la police criminelle. Je suis également une thérapie tous les mercredis depuis
quelques mois afin d’avoir le droit d’exercer ce métier par la suite.
Et si nous retournions à notre histoire ?



Chapitre 3



— Où en êtes-vous sur les recherches du crime du jeune Smith ?
— Il a été tué par asphyxie Chef, il avait un foulard carré de soie blanc et rouge autour du cou.
Des traces de doigts laissent à supposer qu’il a été étranglé à mains nues et que le tueur a déposé ce
carré de soie afin de les dissimuler. Il s’avère qu’il a également été ligoté les mains dans le dos, avec
une ceinture en cuir. Sa propre ceinture certainement car son pantalon n’en possédait pas. Il a été
retrouvé aux abords d’un entrepôt au sud de Londres. C’est un ouvrier qui est tombé sur le corps près
d’un conteneur. Monsieur Smith avait un cœur de feutrine rouge sang posé sur la poitrine et une trace
de rouge à lèvres bordeaux sur ses lèvres.
— Comment ça une trace de rouge à lèvres ? questionne le chef.
— Le légiste a trouvé des traces encore visibles d’un rouge vermillon.
— Monsieur ? s’interroge le jeune sergent.
— Où se trouve l’inspecteur Mc Dogan ? Il doit m’informer de l’évolution de l’enquête du jeune
Jones.
— Oui chef, c’est bien Monsieur Jones qui a été retrouvé hier aux abords d’une rue passante. Mc
Dogan est parti interroger les personnes qui ont retrouvé le corps.
— Veuillez me ternir au courant de toutes les avancées de l’enquête. Il ne faut pas laisser Londres
avec un tueur fou.

*

Mc Dogan et la police scientifique examinent le lieu du crime.
Ils ramassent et stockent précieusement toutes choses qui
pourraient être utilisées à l’analyse. Des mégots de cigarettes sont ramassés,
quelques échantillons de cheveux et poils ont été trouvés par terre, des photos d’empreintes de
chaussures ont été faites, tout est passé au peigne fin !
— Qu’est-ce que c’est ? demande l’inspecteur en pointant du doigt quelque chose sur le cou de la
victime.
— On dirait une trace de griffure, répond le sergent tout en prenant des photos.
— Je crois même que nous avons quelque chose ici, exprime l’expert en enlevant à l’aide d’une
petite pince un reste d’ongle dans la chaire de la victime.
— Pensez-vous obtenir quelques renseignements à partir de ce minuscule morceau ?
— Bien entendu inspecteur, nous allons l’analyser au labo afin d’en extraire l’ADN au mieux, sauf
si cet ongle est un ongle synthétique, auquel cas il n’y aura pas grand-chose mis à part des traces de
colle.



Chapitre 4



Allongée sur un divan confortable, Jenny regarde la pluie tomber par la fenêtre, se laissant bercer
par le fond de musique relaxante. Elle tire sur elle le plaid douillet mis à disposition pour le confort
des patients de madame Bonneval, psychothérapeute près de Montmartre. Cette chaleur douillette lui
donne envie de faire une petite sieste.
La cinquantaine bien avancée, un petit chignon blond, ses lunettes rondes sur le bout du nez qui
mettent en valeur ses grands yeux bleus, Madame Bonneval est à l’écoute de ses patients depuis plus
de vingt ans. Depuis dix-huit mois, Jenny vient tous les mercredis faire sa séance d’une heure.
— Souhaitez-vous un peu de thé pour vous réchauffer mademoiselle ? interroge madame
Bonneval, tout en s’activant à remplir sa théière en argent.
— Ce n’est pas de refus, répond la jeune femme qui se frotte les mains encore gelées.
— Ils annoncent de la neige, dit la maîtresse des lieux du bout de sa cuisine. Quel sujet
souhaitezvous aborder aujourd’hui Jenny ? La semaine dernière nous étions restées sur votre passé affectif,
voulez-vous bien m’en dire plus  ? Quelles ont été les relations amoureuses de votre jeunesse  ?
renchérit la psychothérapeute en déposant le petit plateau sur la console proche du divan.
— Un seul grand amour a marqué ma vie, j’étais adolescente.
— Votre premier amour. C’est toujours celui qui marque le plus, Jenny. À vos yeux, qu’est-ce qui
rendait cet amour si extraordinaire.
— Il y avait une certaine osmose, nous partagions la même passion pour la musique. Franck jouait
merveilleusement bien du piano. J’aimais contempler cette succession de touches caressées par ses
doigts longilignes. Poser ma main sur le haut du piano pour ressentir les marteaux cogner les cordes à
chaque impulsion. Il a fait de longues études contrairement à moi. Nous avons eu une grande histoire
d’amour qui malheureusement s’est terminée lorsqu’il est parti étudier loin de Londres. Maintenant il
est photographe de mode il me semble.
— Vous regrettez cette histoire Jenny ? Aimeriez-vous un jour retrouver votre ami et l’informer
de vos sentiments profonds ?
— Je ne pense pas le revoir un jour. C’est un homme très attirant vous savez, grand, blond aux
cheveux ondulés, les yeux verts, charismatique…
— Très bien Jenny, et votre compagnon de fortune, Paul si je me souviens bien ?
Jenny lève les yeux au ciel en signe de dépit.
— Oui Paul, un vieux de la vieille, moche comme un pou, trois cheveux sur le caillou, maigre
comme une vache africaine, une haleine à faire pâlir un chacal, mais plein de fric. Il me comblait de
bijoux, m’emmenait dans des endroits magnifiques. Nous avons beaucoup voyagé, il me comblait
matériellement parlant. Je jouais la poupée, le sourire aux lèvres à chaque instant. Il a demandé ma
main, j’ai refusé et suis partie loin de toutes ces simagrées. C’est comme ça que je suis venue vivre à
Paris.
— Que le temps passe vite, Signale Mme Bonneval après avoir posé plusieurs autres questions à lajeune femme.
Elle lorgne son horloge à carillon posée sur le dessus en marbre de la cheminée afin de confirmer
l’heure de fin de rendez-vous.
— Je vais vous donner un petit travail à faire pour la semaine prochaine mademoiselle Springs. Le
soir, juste avant de vous coucher, prenez un carnet à côté de vous et un crayon, notez d’un côté les
qualités que vous aimeriez trouver chez un homme, et à l’opposé les défauts qui vous repoussent
chez un homme. Nous ferons un travail en profondeur afin d’analyser vos propres peurs à travers vos
écrits.
— J’oubliais, ce matin j’ai reçu ceci, montre Jenny tout en déposant deux photos sur le rebord de
la commode de l’entrée de la psychothérapeute. Encore des photos, il ne me lâchera jamais ! J’en fais
des cauchemars la nuit.
— Vous devez en parler aux autorités, Mademoiselle Springs. Vous ne pouvez fuir sans cesse.
Votre famille est au courant ?
— Non, je ne veux pas et ne peux pas les impliquer dans cette histoire vous comprenez ?
— Je comprends. Toutefois, en tant que mère s’il m’arrivait la même chose, croyez-moi je ferais
le nécessaire et ne laisserais pas les choses telles qu’elles le sont, c’est un jeu dangereux Melle
Springs !
Jenny repart de sa séance les idées confuses, elle décide de passer par l’escalier qui mène aux
buttes de Montmartre afin d’en admirer la vue et respirer l’air de Paname. Elle s’arrête dans un
troquet afin de prendre une petite pause dans un lieu neutre, le regard dans le vide. Elle analyse les
passants à travers la vitre salie de gouttes de pluie. Jenny aime inventer une vie aux personnes qu’elle
croise, histoire de leur donner une identité propre. L’homme à l’imper vert et mallette en cuir noire
toute râpée, un ancien trader certainement, il a dû être mis à la rue par sa femme qui a découvert sa
liaison avec une pseudo secrétaire bidon bien plus belle qu’elle. Au vu de l’état de ses vêtements et sa
barbe de deux jours, il doit vivre seul à présent, dans un taudis et ne peut même plus voir ses enfants.
Ou bien, il est vieux garçon tout simplement.
L’odeur du bœuf bourguignon qui...