Meurtre au cinéma forrain : Sur les pas de Méliès

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Été 1902. Georges Méliès achève son Voyage dans la Lune, dans lequel il a déployé toute son inventivité et sa maîtrise d'époustouflants trucages. Les forains, d’abord réticents en raison de la longueur du film et de son prix, se décident à l’acheter et le projettent immédiatement au public de la Foire de Neuilly. C’est un énorme succès.
Mais la fête tourne au drame, avec les incendies de chapiteaux et de roulottes, et un meurtre qui parodie horriblement la célèbre affiche du film.
S’agit-il de rivalités entre forains ? De vengeances d’employés renvoyés ? D’une campagne contre le cinéma, responsable cinq ans auparavant de l’incendie du Bazar de la Charité ? Les tracts « Plus de cinéma, plus de catastrophes » viennent de réapparaître : peut-être signent-ils la vengeance de parents de victimes ?
À moins que ce soit Georges Méliès que l’on veuille atteindre à travers ses clients ? L’effraction de son atelier de prises de vues et le vol de certains films le font craindre à Louis Berflaut, l’inspecteur de la Sûreté, d’autant que son jeune ami le journaliste du Figaro vient d’être sauvagement agressé après son article enthousiaste sur le cinéaste.
C’est après bien des recherches, analyses scientifiques et interrogatoires que, dans un jardin de banlieue, Berflaut découvrira les preuves et les très graves enjeux de cette entreprise criminelle.

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Date de parution 03 novembre 2011
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EAN13 9782369422723
Langue Français

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MEURTRE AU CINÉMA FORAIN
DU MÊME AUTEUR
Grandmères au fil des pages. Anthologie.Horay, coll. « Paroles », 1997. Analyse de La Bête humaine d’Émile Zola.Hatier, coll. « Profil d’une œuvre », 1999. Carnet de bals. Les grandes scènes de bal dans la littérature.Larousse, 2000 (épuisé). Séquence fatale à Dinard.Éditions Alain Bargain, 2000 (épuisé). Nature morte à Giverny.Éditions du Valhermeil, 2006. Danse macabre au Moulin Rouge.Nouveau Monde éditions, 2007. Piège de feu à la Charité.Éditions Jacqueline Chambon/Actes Sud, 2008. Sanguine sur la Butte.Nouveau Monde éditions, 2010. Requiem pour un jeune soldat.Monte Cassino. Nouveau Monde éditions, 2011.
Édition : Sabine Sportouch Corrections : Catherine Garnier Maquette : Farida Jeannet
© Nouveau Monde éditions, 2011 21, square SaintCharles – 75012 Paris ISBN : 9782369422723 Dépôt légal : novembre 2011 Imprimé en France par S.P.E.I. Imprimeur
Renée Bonneau
MEURTRE AU CINÉMA FORAIN
nouveau monde éditions
Méliès, prestidigitateur, met le cinématographe dans un chapeau pour en faire sortir le cinéma.
Edgar Morin,Le cinéma ou l’homme imaginaire
Jules Marey, les frères Lumière avaient, tour à tour, donné le mouvement. Mais Georges Méliès, le premier, a délivré les fées.
Paul GilsonCinéMagic.
Ce visionnaire de talent, mêlant surréalisme et conscience aiguë des maux du temps, l’un des pères fonda teurs du cinéma dont il ne faut pas oublier qu’il est né dans les foires et l’amour du spectacle vivant.
Frédéric Mitterrand, discours du 21 janvier 2011 célébrant le cent cinquantième anniversaire de la naissance de Georges Méliès.
À mes petitsenfants, habitués aux prouesses des effets spéciaux numériques, pour qu’ils sachent quelles inventions et quels bricolages de génie leur ont, il y a plus d’un siècle, ouvert la voie.
Juin 1902
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Attention, Bon Dieu! La nef s’écroule! Toute une partie du croisillon sud du chœur de l’abbaye de Westminster chancelait dangereusement. La tribune d’où les pairs et pairesses devaient assister au couronnement d’Édouard VII allait s’effondrer. Le Roi s’était reculé à temps, ainsi que la Reine, qui poussa un cri, trébucha et se prit les pieds dans sa traîne. Georges Méliès, en bras de chemise, quittant d’un bond sa caméra, se précipita avec son décorateur et ses deux assistants opérateurs pour redresser et plaquer contre le mur l’énorme décor construit en dur. Réalisé morceau par morceau, puis assemblé, ses dimensions lui interdisant d’entrer dans l’atelier de pose,il avait été placé à l’extérieur, contre le mur nord de la propriété. « Atelier de pose» : c’est ainsiqu’il appelait son studio, une immense verrière qu’il avait construite en 1897 dans le jar din potager de la maison familiale de Montreuil, puis agrandie deux ans plus tard pour offrir un champ plus large à la caméra. Ce décor était à la merci des intempéries, aussi fallaitil tour ner assez vite.
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La Reine Victoria était morte en janvier 1901, après un règne de soixantequatre ans, et son fils, monté sur le trône à soixante et un ans, ne pouvait espérer l’occuper aussi longtemps que sa mère. D’ailleurs cet homme affable, noceur réputé, ne semblait pas avoir jamais rêvé d’un tel privilège. Après les impressionnantes obsèques de la Souveraine, il fallait offrir à ses sujets le spectacle fastueux d’un nouveau sacre. Méliès avait reçu commande, par l’intermédiaire de son 1 correspondant à Londres, des «vues animées » du couronne 2 ment, qui aurait lieu le 24 juin . Le cahier des charges établi par Lord Esher, maître des cérémonies, prévoyait que Méliès tournerait en direct l’arrivée à Westminster, et le départ du cortège. Comme il était évidem ment impossible, tant pour des raisons d’éclairage que de pro tocole, de filmer la cérémonie ellemême, celleci serait tour née en studio et réduite à six minutes. On avait choisi le moment le plus solennel, celui du sacre proprement dit. Méliès s’était rendu à Londres pour prendre des croquis de l’intérieur de l’abbaye, et son correspondant lui en envoyait d’autres, annotés de sa main. L’orgue devait être bien visible, car on jouerait pendant la projection une musique d’accompagnement. Et surtout – plusieurs notes insistaient sur ce point – l’acteur jouant le Roi devait être plus grand que l’ac trice jouant la Reine, alors qu’en réalité celleci dépassait son époux d’une bonne tête. Méliès avait aussi reçu des magazines illustrés où le Roi paraissait en grand uniforme, qu’il avait fait reproduire à l’identique dans son atelier de costumes. Ce que le protocole et Édouard VII ignoraient, c’est que les figurants choisis étaient un garçon de lavoir du KremlinBicêtre, véritable sosie du Roi, et pour la Reine, une danseuse du Châ telet. D’ailleurs, il ne s’en serait sans doute pas offusqué, celui qui, en tant que prince de Galles, avait parcouru l’Europe des plaisirs, longtemps pilier du Moulin Rouge, où la voix gouail
1.C’est ainsi qu’on appelait les films, ce dernier terme ne désignant que les pellicules. 2.En fait la cérémonie fut retardée au mois d’août à cause d’une crise d’ap pendicite d’Édouard VII, et allégée pour lui épargner de la fatigue.
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leuse de la Goulue l’apostrophait sans vergogne: «Hé, Galles, tu paies le champagne? » Le décor solidement fixé, les trois rangs de figurants, pairs et pairesses, prirent place dans la tribune. Méliès fit signe aux souverains d’aller s’asseoir dans le chœur sur leurs fauteuils et retourna vers sa caméra. Mais Jehanne d’Alcy l’arrêta net. –Monsieur Méliès, la robe! Elle est déchirée! «Monsieur Méliès». C’est ainsi qu’elle l’appelait en public, malgré une liaison de bientôt sept ans. Sa petite taille et sa fine silhouette en avaient fait la vedette des tours de prestidigita tion et des films de magie, telEscamotage d’une dame chez RobertHoudin. Désormais,ayant grossi, elle ne pouvait plus jouer ses rôles d’autrefois. Ah, quel succès elle avait eu dansAprès le bal, le tub,ses formes audacieusement révélées par un collant couleur chair! Ce n’était pas sans amertume qu’elle voyait maintenant lui succéder dans les œuvres et dans le cœur de son amant une mince et jolie nouvelle recrue, Bleuette Bernon. Et, comble du supplice, étant désormais responsable de l’atelier de costumes de Montreuil, elle devait habiller sa rivale! Certes, elle gardait ses privilèges. Méliès lui assurait à Paris une vie très aisée, il lui avait acheté un petit hôtel particulier rue de Trévise, et sa générosité répondait toujours aux exigences de la jeune femme. Mais, malgré sa délicatesse, son regard sur elle n’était plus le même, elle le sentait bien! Amant comblé, époux heureux, Georges Méliès assumait ses responsabilités de mari et de père envers Eugénie et ses deux enfants, Georgette et le petit André pour lesquels il venait, en même temps que l’agrandissement de son studio, de faire construire une belle villa au fond du grand parc. Ils y seraient plus à l’aise que dans l’appartement de la rue Chauchat et béné ficieraient du bon air de la banlieue. Cela représentait désormais pour lui un trajet quotidien de plus de deux heures entre Montreuil et ses bureaux du pas sage de l’Opéra, où il recevait les forains venus lui acheter ses dernières productions, sans compter le théâtre RobertHoudin qu’il continuait à diriger. Et ce diable d’homme ne semblait
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jamais fatigué! Ce roi de la magie étaitil arrivé à se dédoubler pour avoir le temps et la force, en tournant un sujet, de penser au prochain, d’imaginer de nouveaux tours, des trucages iné dits, et de produire à un tel rythme ses merveilleuses «vues animées » ? C’est l’enthousiasme qui l’animait, une fièvre de création permanente qui lui donnait cette énergie que tout son entou rage admirait, tout en faisant parfois les frais d’une de ses colères quand on ne répondait pas à son attente. À l’appel de Jehanne d’Alcy, Marguerite Berflaut, une mince et longue femme d’une cinquantaine d’années, au visage plai sant, arriva, aiguille et fil en main, et il ne lui fallut que cinq minutes pour réparer à grands points l’accroc fait dans la robe de la Reine. À la fin de la journée, le tournage était terminé.Tout le monde avait parfaitement tenu son rôle, Méliès ayant montré à chacun ce qu’il devait faire et où se placer ; véritable homme orchestre, il avait joué successivement le Roi, la Reine, l’Évêque, le Chambellan. Tandis que son opérateur allait ranger l’appareil de prise de vues dans l’appentis de l’atelier et qu’on bâchait par précaution le décor, Méliès donna congé aux figurants en les remerciant avec sa courtoisie habituelle. Il leur régla le cachet généreux de vingt francsor pour leur journée de tournage, assorti d’un supplément pour leur trajet. Méliès s’approcha de la couturière et s’inclina galamment. –Merci, madame Berflaut, à bientôt, et faites mes amitiés à l’inspecteur ! Il vient encore de faire un coup d’éclat, à ce qu’on m’a dit ! Marguerite rougit d’être appelée madame Berflaut. Elle n’y était pas encore habituée, ayant récemment, après des années de cour discrète, accepté d’épouser son ami policier. Celuici continuait sa carrière exemplaire, jalonnée d’en 3 quêtes délicates, difficiles et toutes résolues . Quant au «coup d’éclat,» elle s’en serait bien passée! Lancé quelques mois aupa ravant dans la traque d’une bande d’apaches des barrières,
3.VoirSanguine sur la ButteetDanse macabre au Moulin Rouge, Nouveau Monde éditions etPiège de feu à laCharité,éditions Jacqueline Chambon.
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