O'Byron s'est évadé

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L’inspecteur Smyth est retrouvé mort, chez lui, une balle tirée dans la tête. Pour le Capitaine BROWN, le meurtre est à attribuer à « Big-Boy », un gangster cruel qui a juré de venger son chef, O’Byron, écroué par le défunt policier.


Mettant tout en œuvre pour que l’assassin soit condamné à mort, le Capitaine BROWN se heurte à la circonspection de l’inspecteur Davis, qui considère que son supérieur s’est laissé aveugler par sa soif de représailles.


D’abord si confiant en sa détermination et ses déductions, le Capitaine BROWN ne tarde pas à douter de la culpabilité de « Big-Boy », d’autant plus quand l’un des témoins à charge le supplie de le protéger après qu’on ait tenté de le tuer. Il lui avoue alors qu’il a fait un faux témoignage et qu’il est persuadé d’être la cible de O’Byron, lui-même. Or, ce dernier est censé être en prison sous bonne garde ! Mais, l’est-il vraiment ?...


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EAN13 9782373472424
Langue Français

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SÉRIE ROUSSE
O’BYRON S’EST ÉVADÉ
Roman policier
Paul MAX
I
RUMBA
On trouva l'inspecteur Smyth étendu sur le lino, tout juste devant l'appareil de radio, la tempe droite trouée d'une balle, les yeux grands ouverts, le visage tranquille.
Schenectady diffusait une rumba sur ondes courtes e t, pénétrant par la fenêtre, les projections rouges d'une réclame de cr ème de beauté s'allumaient, s'éteignaient, s'allumaient, s'éteignaient.
Affalé dans un énorme fauteuil où son corps gras et lourd semblait se tasser de plus en plus, le capitaine Brown contemplait le cadavre de son ami. Une bousculade de souvenirs l'empêchait de coordonner ses pensées, de réfléchir avec fruit...
Ce cher vieux Smyth, ce collègue irréprochable... M ort... Là, devant lui... Assassiné !
Il enleva ses lunettes pour les frotter, mais se trouva soudain secoué par une instinctive et brusque indignation :
— Arrêtez donc cette musique ! cria-t-il en se levant avec effort.
Puis, tandis qu'un policeman, la main couverte d'un mouchoir, tournait le bouton de la radio, Brown retomba dans son fauteuil où sa considérable personne reprit son mouvement d'affaissement, tandis que sa voix – soudain si changée, bonté divine ! – murmurait dans une plainte :
— Ne se trouvera-t-il donc, maintenant que les cons tatations sont faites, personne pour lui fermer les yeux ?
Une femme sortit d'un coin d'ombre, passa dans l'alternance lumineuse de la projection rouge, s'agenouilla près du mort et entreprit de lui clore les paupières. Cela n'alla pas tout seul, car, entre le moment où le crime avait été commis et celui où il avait été découvert, pas mal de temps s'était passé...
Accroupie près du visage livide de Smyth, la femme s'obstinait dans sa tâche ingrate, se redressant de temps à autre pour rattra per son chignon mal épinglé... On eut dit qu'elle s'exerçait à pratiquer la respiration artificielle...
Le capitaine Brown se fâcha de nouveau.
— C'est bien, Madame, ça suffit, je vous remercie !
Il s'était mis debout, redressait sa haute taille et, du coup, reprenait son poste de commandement :
— Messieurs les photographes ont fini, je suppose ? demanda-t-il en se retournant vers le groupe compact qui, du palier, a vait débordé dans le petit appartement.
Un policeman avança d'un pas et affirma que les pho tographes avaient fini depuis longtemps, vu qu'ils étaient déjà partis.
— Je vous remercie ! fit Brown qui était toujours d 'une très grande politesse vis-à-vis de ses subordonnés.
Puis il ajouta du même ton :
— Ayez l'obligeance de renvoyer toutes ces personne s à leurs occupations habituelles et de me trouver un drap, une étoffe, un tapis de table au besoin, pour recouvrir le corps de l'inspecteur Smyth. Faites vite !... Je vous remercie !
Il y avait un tapis de table à la portée des policemen : ce fut donc sous un tapis de table que disparut le corps d'athlète, le beau visage calme et la vilaine blessure à la tempe du malheureux inspecteur Smyth, un des m eilleurs éléments de la police de l'état de New York et l'ami le plus cher du capitaine Brown.
— Tonnerre du diable ! hurla celui-ci sans le moindre respect pour l'endroit où il se trouvait et en menaçant de réduire en miettes sous son poing puissant la table dépouillée de son tapis. Il faut qu'avant demain « Big-Boy » soit arrêté !
Les policemen répondirent, avec une visible satisfaction :
— O.K., chef !
Et ils s'écartèrent pour laisser passer des hommes vêtus de blanc qui portaient une civière.
II
LE CAPITAINE BROWN S'ÉCOUTE PARLER
— Ce « Big-Boy » est la plus sinistre brute de New York et de Chicago, inspecteur Davis !
— Si c'est une brute, capitaine Brown – et c'est un e brute ! – il semble peu logique qu'il ait si minutieusement réfléchi à ne laisser aucune trace de son crime. On n'a pas relevé la moindre empreinte digitale pouvant nous mettre sur une voie quelconque... On n'a pas retrouvé l'arme qui a serv i à l'assassinat... Il a fallu un hasard pour que l'on découvrît si vite ce crime, si discrètement commis, avec la complicité radiophonique d'un orchestre de danse. T out cela est-il le fait d'une brute comme ce « Big-Boy » ?
— La brutalité et la ruse font souvent bon ménage.
— Il ne s'agit pas de ruse, ici, mais de finesse, d 'adresse, de doigté... Le tout basé sur des qualités de réflexion qui ne sont pas l'apanage des chiens de garde du genre qui nous occupe.
— Inspecteur Davis, ce chien de garde n'avait, depu is longtemps, qu'une pensée : venger son maître... Il a préparé sa vengeance dans les moindres détails, il ne l'a pas improvisée... Tout était réglé, de lo ngue date, dans son épaisse cervelle : il n'a fait que réaliser ce que son instinct lui avait suggéré !
Le capitaine Brown prit un cigare dans le tiroir de son bureau, se leva pour bien marquer que la conversation avait assez duré e t se dirigea vers le portemanteau d'où il décrocha sa casquette et son c einturon avec son gros revolver.
— Je rentre chez moi, Davis ! fit-il avec douceur. Dès qu'on aura mis le grappin sur « Big-Boy », ayez l'obligeance de me téléphoner. Quand vous partirez, passez la consigne à l'inspecteur de garde... et ainsi de suite ! Je vous remercie. Bonsoir.
***
Et il se dirigea, d'un pas ralenti, vers la dernièr e phase – peut-être la plus pénible ! – de sa pénible journée : rentrer chez lui et tout raconter à sa femme !
Il fut ennuyé de se trouver devant sa porte et évita de prendre l'ascenseur pour monter jusqu'à son appartement...
Il avait une manière à lui d'ouvrir la porte sans faire le moindre bruit... Il en usa
et prit son temps pour enlever son pardessus dans l'antichambre. Puis il écarta les lourds rideaux gris qui fermaient leliving-room, s'accrocha à un pli du tapis, faillit choir, pénétra en trombe dans la pièce inondée de clarté.
Sa femme qui était debout près d'une table à ouvrag e poussa un cri et se retourna, les mains à la poitrine. Brown tint à s'excuser : « Je t'ai fait peur... C'est involontairement... J'ai failli tomber... ». Et il fut très heureux d'avoir à sa portée son vieux fauteuil dans lequel il s'assit en soupirant.
— Tu rentres tard ! dit Bessie.
— Oui, bredouilla le capitaine, oui... Je... J'ai été retenu plus longtemps que... je n'aurais voulu... J'ai eu beaucoup à faire...
Et comme sa femme était près de lui, il prit ses deux mains dans les siennes :
— Vois-tu... Notre pauvre ami Smyth a été assassiné...
— Assassiné ?
— Oui. Tué à bout portant, d'une balle dans la tempe droite.
My God !dit Bessie.
Et elle éclata en sanglots.
Vingt ans de mariage avaient accoutumé le capitaine Brown à voir pleurer sa femme, tantôt sur la mort d'un chat, tantôt sur la perte d'un bibelot, quand ce n'était pas sur l'infortune d'une voisine. Aussi ne fut-il pas loin de trouver ces larmes déplacées.
— À mon avis, dit-il pour en dominer le petit bruit irritant, voici comment les choses se sont passées... Smyth écoutait la radio.. . Penché sur l'appareil, il s'appliquait à capter une émission à sa convenance. Son attention se portant toute sur ce minutieux travail et la musique d'un jazz répondant à son appel, il se laissa tuer le plus facilement du monde... D'ailleurs, affirma-t-il vivement, en se tournant vers sa femme, Johnny Smyth sera vengé ! Je sais qu i est son assassin : c'est « Big-Boy » !
Et d'en donner les preuves aussitôt :
— Qui est « Big-Boy » ? Un des « tueurs », je pourrais même dire le « tueur en chef » de Jeff O'Byron. Je n'ai pas besoin de te rappeler les exploits de celui-ci qui, pendant près de sept ans, contrôla toutes les boîtes de nuit de la ville, ne reculant devant aucun moyen pour faire respecter sa tyrannie . Personne n'ignore avec quelle froide cruauté il fit exécuter Giuseppe Terremoto, son concurrent enracket, et avec quel cynisme il couvrit de fleurs le corbil lard de sa victime. Personne n'ignore qu'il organisa le massacre de la Saint-Chr istophe où dix-huit hommes furent mitraillés dans une cave. Personne n'ignore qu'il fut le plus remarquable distributeur de « pots-de-vin » de ces dernières an nées et aussi le plus habile coquin que la police ait eu à combattre depuis bien longtemps. Dénué de toute
pitié, cruel, étonnamment habile à se maquiller, à se déguiser, à transformer sa propre personnalité en celle de tel ou tel modèle choisi dans la vie courante, il était l'homme aux cent visages. Dans l'affaire de la Saint-Christophe, il prit, pour arriver jusqu'à la cave sinistre, l'aspect extérieur du constable Douggerthy qui était connu des dix-huit hommes dont il voulait se débarrasser ; de la sorte et ayant fait habiller ses « tueurs » en policemen, il atteignit facilemen t son but : aucune des dix-huit victimes ne le reconnut ; toutes le prirent pour Douggerthy en personne et crurent qu'il venait les protéger. Il les exécuta à bout po rtant, à la mitraillette, sans qu'un seul geste de défense eût été tenté. Tout cela, nous le savons depuis A jusqu'à Z mais le malheur, c'est que, rien, jamais rien, n'a pu être prouvé. C'est ce qui fait que Jeff O'Byron, qui a certainement plusieurs meur tres à son actif, est encore vivant. S'il n'est plus en liberté, c'est à Smyth q u'il le doit... En effet, celui-ci était l'ennemi obstiné dugangsterfameux ; écœuré par la série de ses sinistres exploits, il s'était juré « d'avoir » O'Byron et il s'en fallut d'un cheveu qu'il y parvînt, lors de l'affaire duDomino-Bar. Après la bataille qui ensanglanta ce lieu de plaisir, Smyth, accouru un des premiers, recueillit les dernières paroles du barman Andrès et ces dernières paroles furent une accusation formelle : Jeff O'Byron fut arrêté, enfin, sous la prévention de meurtre prémédité et comparut devant la Cour Criminelle de l'État de New York. Johnny Smyth y répéta, sous la foi du serment et sous serment d'honneur, l'accusation absolue portéein extremisle barman Andrès contre par Jeff O'Byron. Mais il y avait soixante-trois témoins dans cette affaire : quarante, au moins, étaient achetés et affirmèrent avec un ensemble impressionnant que, le soir de la bagarre, Jeff O'Byron était, non pas auDomino-Bar, mais bien au parc d'attractions de Long Island où, de l'avis général « il s'amusait comme un gosse ». Une fois de plus, l'homme aux cent visages allait s 'en tirer, lorsqu'intervint une petitegirldont l'amant était resté sur le carreau  larmoyante dans la bataille en question.
— « C'est sa faute », dit-elle, « c'est sa faute, à mon petit Bob, s'il s'est fait descendre ! – N'y va pas ! » lui avais-je dit. Mais il m'avait, répondu :« Faut qu'j'y aille ! O'Byron me l'a ordonné et on ne discute pas les ordres du patron ! »Alors, il y est allé, avec les autres, car toute la bande faisait partie de l'expédition : il y est allé... et il n'en est pas revenu ! Mais moi, j'ai juré de l'venger... et je veux qu'on sache que c'est O'Byron qui l'a forcé à aller se fa ire tuer... Et aussi, j'veux qu'on sache qu'on m'a offert dix mille dollars pour « la boucler »... Mais mon p'tit Bob, ça valait plus que dix mille dollars pour moi et je m' suis cachée jusqu'au jour d'aujourd'hui, pour que personne puisse m'empêcher de venir vous dire ce que je viens de vous dire. Je jure sur la Bible que c'est l'exacte vérité ! »
Mrs Brown avait relevé la tête, mais les larmes con tinuaient à couler sur ses joues pâles, comme d'une source intarissable.
— Ainsi parla, ou à peu près, cette petitegirldu...