Paris-Colmar

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45 pages
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Juin 1982. Une nuit, avec des amis, Victor dépose une bombe devant un magasin du Forum des Halles. En s’enfuyant, le jeune homme bouscule un vigile dont la tête heurte violemment un poteau. Le voilà obligé de se cacher, tandis que Léa le cherche dans la ville. Leur histoire commençait à peine, et soudain, ils ont si peu de temps...

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Ajouté le 16 décembre 2015
Nombre de lectures 381
EAN13 9782363154934
Langue Français
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Paris-Colmar
NicolasMathieu IllustréparFlorentChavouet
Édité par la Société éditrice du Monde – 2015 80, boulevard Auguste Blanqui – 75013 Paris. Éditeurs : Hervé Lavergne et Pascale Sensarric Coordination éditoriale : Christine Ferniot Assistés par Teva Heuzard la Couture Création et mise en page : Denfert Consultants Coordination technique : Camille Lloret Direction artistique : Didier Hochet ISBN de la collection « Les Petits Polars » : 9782361562007 ISBN Paris-Colmar : 9782363154934 Illustrations © Florent Chavouet
Cet ebook a été réalisé avec IGGY FACTORY. Pour plus d'informations rendez-vous sur le site : www.iggybook.com
Préface
Ouvrir un polar c’est avoir le choix entre plusieurs mondes : marcher sur les routes froides d’Islande en compagnie d’un commissaire qui préfère la réflexion silencieuse aux déductions bavardes. Arpenter les ruelles américaines sur les traces d’un tueur en série. Prendre un thé à l’arsenic avec une vieille Anglaise permanentée qui semble si charmante. Mais c’est aussi découvrir une ville, un lieu inattendu, historique ou actuel, grâce à des romanciers qui ont décidé d’en faire le décor parfait de leur nouvelle intrigue. Roman noir, suspense, thriller, enquête ou énigme, le polar est tout cela à la fois. Un terme générique, né dans les années 70, pour réunir les différentes couleurs du Noir. Cette année, neuf grands auteurs et illustrateurs de « Petits Polars » se sont installés dans l’Hexagone, entre Marseille et La Baule, Lyon et Le Touquet, Paris et Montpellier, Lille, Biarritz et Colmar. Ils ont investi les lieux, envisagé des intrigues, visité les quartiers, les jardins, les bâtiments, pour imaginer, chacun à leur manière, un polar inédit, illustré par un dessinateur qui les suit pas à pas, adaptant librement leur univers. Voici une quatrième saison qui scelle également la complicité entreLe Mondeet SNCF, décidés à marier la fiction policière et l’illustration contemporaine. Ce tour de France très particulier est aussi une manière de fêter les quinze ans du PRIX SNCF DU POLAR*, né en 2000. Un prix du public pour ce genre littéraire qu’on appelait autrefois « roman de gare ». Aujourd’hui, les prix de ces catégories se sont multipliés : roman toujours, mais également bande dessinée et court métrage, pour révéler chaque année de nouveaux talents. Desœuvres pour amateurs éclairés et simples curieux, des fictions inédites pour tous ceux qui aiment voyager avec « la crème du crime ». Nouveauté 2015, chaque nouvelle illustrée située dans une ville française est suivie d’une « échappée » journalistique et touristique au sortir de la gare. Rassurez-vous, avec ces nouvelles noires, il ne s’agit pas d’une simple promenade de santé !
SAISON 4 • Jérémie Guez & Jacques Ferrandez –Là-bas, c’est Marseille
suivi d’une échappée à MARSEILLE • Emmanuel Grand & Pierre Place –Pavillon rouge à La Baule suivi d’une échappée à LA BAULE • Chantal Pelletier & Loustal –I Love Lyon suivi d’une échappée à LYON • Karim Miské & Florence Dupré la Tour –Les Filles du Touquet suivi d’une échappée au TOUQUET • Tito Topin & Vincent Gravé –Bloody Paris suivi d’une échappée à PARIS • Antoine Chainas & Anthony Pastor –Le soleil se couche parfois à Montpellier suivi d’une échappée à MONTPELLIER • Michel Quint & Pozla –Si près du malheur à Lille suivi d’une échappée à LILLE • Ian Manook & Hervé Bourhis –Retour à Biarritz suivi d’une échappée à Biarritz • Nicolas Mathieu & Florent Chavouet –Paris-Colmar suivi d’une échappée à COLMAR * Suivez le PRIX SNCF DU POLAR toute l’année sur polar.sncf.com, #PolarSNCF
Direction Colmar et ses marchés de Noël. Vin chaud à la cannelle, manèges clignotants, cabanes en bois, parents et enfants en ont plein les yeux. Mais que fait le juge dans un endroit pareil ? Il boit, avant de prendre sa voiture pour se rendre chez sa sœur. Ultime souvenir de son passé : un Manurhin qui ne le quitte jamais. S’il n’avait pas croisé ces jeunes sur la route, il aurait poursuivi une existence tranquille. Un peu ennuyeuse, certes, mais tranquille. Paris-Colmarn’est pas du tout un conte de Noël, mais une nouvelle noire signée Nicolas Mathieu, l’auteur d’Aux animaux la guerre. Elle est illustrée par Florent Chavouet, par ailleurs lauréat du Fauve Polar SNCF au Festival International de la BD d’Angoulême, en 2015.
Paris-Colmar
Chapitre 1 C’est cette ville qui fait de la lumière au cœur de là-bas. Il y a des cabanes en bois et des enfants qui pleurent parce qu’il faut descendre du manège. La température est passée sous zéro. Pour se réchauffer, on marche en se tenant par le bras. Dans les petits chalets qui jettent sur les passants leur froufrou électrique, on vend des bonnets de laine, des saucisses et des jouets de bois qui n’amusent que les parents, des bijoux artisanaux et du vin chaud. Le juge était là pour le vin chaud. En allumant sa quinzième Gitane dont il avait arraché le filtre, il se dit qu’il ferait aussi bien de reprendre un verre. Personne ne l’attendait et le frigo chez lui était vide. Il était seul, un Manurhin dans la poche. – S’il vous plaît, fit-il en levant son gobelet de plastique. Sa voix était limoneuse, brune. Dans son visage plat, la pupille flambait, entre une paupière paresseuse, un cerne lourd ; on aurait dit l’éclat d’une bougie à travers une meurtrière. Le commerçant, un jeune type aux airs de randonneur, puisa dans la grosse gamelle de fer blanc d’où montaient des senteurs de cannelle et de fruit rouge. – Je le mets sur votre note. Le juge prit son verre en disant oui, c’est ça. Sa lourde silhouette était prise dans un pardessus laine et cachemire qui n’était plus si confortable. Sur ses doigts, dans sa barbe, la nicotine avait tracé des sillons jaunes. Il en était à trois paquets par jour. Lorsqu’il bossait à l’antiterrorisme, il en fumait quatre. Cela dit, il picolait moins en ce temps-là. Il leva son godet et les autres buveurs qui étaient accoudés au comptoir en lambris firent de même. Vous fumez trop lui disait Simone Kléber avec ce regard de chien andalou, le globe oculaire comme unœuf. Elle était sortie de prison maintenant ; toute cette affaire était vieille de plus de vingt-cinq ans. Qu’elle ait tronçonné son mari ou pas n’avait plus la moindre importance. Quand le juge pensait à ses poumons, en parfait état malgré tout, le médecin lui-même n’en revenait pas, sa mélancolie redoublait. C’était pas humain de s’emmerder à ce point-là. Heureusement, la période des fêtes lui convenait assez. Il contemplait le trop-plein à distance, calfeutré d’alcool. Il toussa dans son poing fermé. Entre ses gros doigts, sa clope n’avait l’air de rien. Il la porta à sa bouche et plissa les yeux. Autrefois, il lui arrivait de passer le réveillon au boulot. Quand il instruisait l’affaire Guy Lorge, il avait même organisé un truc avec les flics et les auxiliaires de justice. Un carton de Mumm et des quiches de chez Dalloyau. Cette période lui manquait, la frénésie qui avait accompagné la traque dans ces grandes maisons républicaines et décaties, le Palais, le 36, les allées et venues qui creusaient le linoléum dans les couloirs aux peintures plombées, les engueulades à porte close, les bières et les casse-croûtes, les heures sup à la pelle, bénévoles à force, et puis ces types effondrés, ces bourdes de cauchemar. Tout à la fin, le juge avait fait venir les familles des victimes, un samedi matin. Il ne s’était pas excusé ; il leur avait demandé pardon. Sirotant sans rien dire, il tripotait distraitement le revolver qui ne le quittait plus guère depuis qu’on lui avait retiré sa protection. Dans son autre poche, un petit Nokia se mit à vibrer. C’était sa sœur. Elle lui envoyait un message pour qu’il n’oublie pas le vin. Il avait oublié justement. Il paya sa note et se mit en route après avoir salué à la cantonade. Les autres l’avaient reconnu et dans son dos, ils se souvinrent de Simone Kléber et de son mari morcelé.
Monsieurlejuge,fitironiquementletyperouxderrièrelacaisseenregistreuse.