R.I.P. Histoires mourantes

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Treize nouvelles insolites, cocasses, drôles, où la mort fera passer un bon moment à tous les amateurs de polars et aux fervents d'ironie et d'humour noir.
R.I.P. : « Qu'il repose en paix ». Curieusement, ceux qui trouvent la paix, dans ces nouvelles de Claude Forand, ce sont ceux qui donnent la mort. Ils tuent « de bon coeur », comme on dit, sans remords ni scrupules.
Accidentelle ou provoquée, froide ou banalisée, nécessaire ou pas, la mort échappe ici à toute forme de compassion ou de morale. « La mort est inévitable, profitons-en », semblent penser les héros ordinaires de ces histoires mourantes.
Jusqu'à l'ultime clou qui scelle leur dénouement, ces treize histoires font des grimaces à la mort. Leur auteur, féru de littérature policière, jongle sans retenue avec les ingrédients du polar pour donner lieu à des inventions inusitées, bizarres et rocambolesques d'où la mort sort toujours gagnante.

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Date de parution 17 avril 2012
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EAN13 9782895972501
Langue Français

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Uu MÊME AuTEuR
Einsi parle le Saigneur (polar), Ottawa, Éditions Uavid, 2006, coll. « Voi x narratives et oniriqûes ». Finaliste aû Prix Trilliûm en 2006. Le cri du chat(polar), Montréal, Triptyqûe, 1999. Le perroquet qui fumait la pipe(noûvelles), Ottawa, Le Nordir, 1998. Littérature pour la jeunesse On fait quoi avec le cadavre?s(noûvelles), Ottawa, Collection « 14/18 », Édition Uavid, 2009. Einsi parle le Saigneur(polar), Ottawa, Éditions Uavid, 2007, Coll. « 14/18 ». Prix des lecteûrs 15-18 ans Radio-Canada et Centre Fora en 2008. Ouvrage traduit In the Claws of the Cation deToronto, Gûernica Editions, 2006. Tradûct  (polar), Le cri du chat
Claude Forand
R.I.P. HISTOIRES MOURANTES
Nouvelles
Les Éditions David remercient le Conseil des Arts du Canada, le Secteur franco-ontarien du Conseil des arts de l’Ontario et la Ville d’Ottawa. En outre, nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Programme d’aide au développement de l’industrie de l’édition (PADIÉ) pour nos activités d’édition. Les Éditions David remercient également le Cabinet juridique Emond Harnden. Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives Canada Forand, Claude, 1954-R.I.P. : Histoires mourantes / Claude Forand. (Voix narratives) Nouvelles. ISBN 978-2-89597-093-4 I. Titre. II. Collection : Voix narratives PS8561.O6335R46 2009 C843’.54 C2009-901156-5
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À ma sœur, Marthe
Il paraît qu’on n’apprend pas à mourir en tuant les autres. FraNçois-ReNé de ChateaubriaNd
ntueur sentimental
Eduardo Carrera descendit du taxi à l’adresse qu’on lui avait indiquée, jeta un coup d’œil à l’immeuble devant lui et grimpa l’esca lier jusqu’au troisième étage. Après s’être assuré que personne ne l’avait remarqu é, il introduisit la clé dans la serrure et ouvrit la porte. a pièce était abandonn ée et une odeur âcre le saisit à la gorge. Quelques boîtes de carton vides et des câ bles téléphoniques traînaient sur le tapis. Il verrouilla la porte derrière lui e t se dirigea vers le fond de la pièce. ’unique fenêtre donnait sur la rue, plus préciséme nt sur le Café Montclair, un établissement populaire en ville. Eduardo soulev a lentement le store. En cette fin d’après-midi de juin, les clients occupai ent les quelques tables à l’ombre sur la terrasse devant le café. Il sortit u ne enveloppe brune de sa poche de veston et examina attentivement la photo qu’elle contenait. Puis, il prit ses jumelles et son regard balaya à tour de rôle les cl ients attablés devant le café. Il s’immobilisa soudain. Aucun doute possible. C’était bien l’homme sur la photo. Son regard fixa à nouveau intensément l’individu as sis à la terrasse. Eduardo sortit son mouchoir et s’épongea le front. Il desserra sa cravate et enleva son veston de bonne coupe. a chaleur de fin de journée était telle que le ventilateur au plafond n’arrivait pas à dissiper la moiteur qui envahissait la pièce. Mais ce n’était qu’un détail sans importance . Il n’était ici que pour affaires, le temps de s’occuper du type assis au Café Montcla ir. e moment, l’angle et l’éclairage étaient parfaits. Comme il se disait so uvent :Batti il ferro quando è caldo. Il faut battre le fer quand il est chaud. C’était ce qu’il appelait « faire un carton ». Dans sa jeunesse, à Naples en Italie, son père l’amenait souvent à la fête forain e. ’attraction préférée d’Eduardo était le stand de tir, où sa précision in croyable lui valait une certaine admiration. Par la suite, il avait fait carrière da ns l’armée italienne avant d’immigrer. Trente ans plus tard, il était toujours un tireur d’élite. Mais plutôt que l’admiration, la récompense était, cette fois, une épaisse liasse de billets verts. Eduardo mit sa main sur sa veste et tâta l’épaisseu r de l’enveloppe. Son client lui avait remis 30 000 $ en billets de 100 $ et lui en avait promis autant, une fois le travail accompli. C’était son tarif pou r « faire un carton ». Il ouvrit sa mallette et en sortit une carabine. Il l’assembla méthodiquement, presque amoureusement, et y fixa en dernier lieu un e lunette d’approche. Eduardo avait répété ces gestes des dizaines de foi s durant sa carrière de tueur professionnel. C’était sa façon à lui de faire corp s avec son arme. Il s’embusqua derrière la fenêtre du local, pointa la carabine en direction de la terrasse et colla l’œil au viseur de sa lunette. a tête de sa victim e apparut dans l’objectif. Eduardo posa le doigt sur la gâchette. Soudain, son regard se voila. Il se redressa brusqu ement et regarda par la fenêtre. Sa victime était toujours assise à la terrasse du Café Montclair. Eduardo colla à nouveau l’œil sur sa lunette d’approche et regarda intensément l’homme à abattre. Cette fois, ses yeux se remplirent de la rmes et un profond chagrin l’envahit. Il déposa sa carabine sur le tapis et jo ignit les mains. — Mais qu’est-ce qui m’arrive? Qu’est-ce qui m’arri ve? Il respira profondément à quelques reprises pour re trouver son calme et reprit plusieurs fois la procédure habituelle. Ce f ut peine perdue. Son regard se
voilait à chaque tentative d’appuyer sur la gâchett e. Environ une demi-heure plus tard, sa victime quitta le café. Eduardo partit lui aussi, plus inquiet que jamais. En dix-huit ans de carrière, c’était la première fois qu’un tel incident se prod uisait. Il se dit que c’était sûrement un malaise passager, mais il n’y avait auc un risque à prendre. Après tout, son gagne-pain était d’être un tueur à gages, pas de pleurer sur le sort de ses victimes! e soir même, il se rendit chez un ami de longue da te, Roberto Giglio, lui aussi un ancien assassin professionnel. Après les s alutations d’usage, Eduardo vida son verre de vin et se confia à son vieux copa in. — Dès que je pose le doigt sur la gâchette, c’est c omme si une force intérieure me paralysait. Et je pleure comme unbambino! Roberto l’écouta attentivement, en hochant parfois la tête. — ’explication me semble assez simple : ton passé te rattrape, mon vieux… — Que veux-tu dire? demanda l’autre, sans comprendre. Roberto se leva et remplit à nouveau les verres. — En presque vingt ans de carrière, combien de pers onnes as-tu éliminées, Eduardo? Cent cinquante? Deux cents? ’autre approuva d’un signe. — Vois-tu, on te paye pour exécuter le contrat dema ndé. Tu ignores tout de ta future victime. Malgré tout, tu es convaincu qu’ elle mérite la mort. Autrement le doute ne te permettrait pas de durer dans ce métier, es-tu d’accord? Eduardo s’interposa. — Je ne doute jamais, Roberto. Je suis convaincu qu e chacune de mes victimes mérite de mourir! — Tu ne doutes pas, peut-être, mais avec les années , tu as accumulé du remords, mon vieux. Ça me semble évident. Tu ne son ges pas à la victime, mais aux conséquences de sa disparition pour sa fam ille et ses proches. Tu te dis que ta victime est peut-être un salaud, mais un salaud qui fait vivre une famille, une entreprise, des trucs du genre. e rem ords est aussi dangereux que le doute, Eduardo, car il paralyse d’abord ton cerv eau, puis ton doigt sur la gâchette. Et le résultat est le même : tu deviens i ncapable d’exécuter ton contrat. Eduardo écouta l’explication de son vieil ami et re sta silencieux un moment. Il finit par dire : — Je… je dois abandonner, c’est ça? Roberto hésita avant de répondre. — Ce métier est toute ta vie, Eduardo. Tu n’as pas de femme, pas d’enfants, très peu d’amis. Sur la rue, personne ne se retourn e sur ton passage, tu es l’assassin parfait, celui qui se confond dans la fo ule et dont on oublie vite le visage. Eduardo répéta sa question : — Mais je dois abandonner? Roberto arpentait la pièce devant lui. — Peut-être pas, mon vieux. Tu dis n’avoir aucun do ute dans ton esprit, mais s’il était possible d’éliminer aussi ton sentiment de remords, alors tu redeviendrais toi-même. — Que suggères-tu? — Combien de « commandes » as-tu pour l’instant? de manda Roberto.