Toto Fouinard - Six cent mille francs de diamants !

Toto Fouinard - Six cent mille francs de diamants !

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108 pages
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« Où Toto Fouinard risque sa peau et découvre un secret sur le toit d’un automobile. »


Mme Danet-Fouqueville, septuagénaire veuve d’un riche industriel, a été la victime d’un larcin dans son hôtel particulier lors d’une fête organisée en l’honneur de la princesse Estrella. Quand le chef de la Sûreté, M. Charlet, sollicite Toto Fouinard à exercer ses talents d’investigateur pour résoudre l’enquête, ce dernier refuse catégoriquement, prétextant qu’un vol de bijoux, même d’une valeur de 600 000 francs, pour une femme aussi fortunée, ne doit pas être un grand déchirement. Mais, quand une lettre anonyme le sommant de ne pas se mêler de cette histoire lui parvient, le simple fait que le détective soupçonne qu’elle lui ait été envoyée par son grand ennemi Piédebœuf l’incite à accepter l’invitation de la douairière. Cette dernière saura convaincre Toto Fouinard de l’aider à retrouver, non pas ses joyaux, mais le portrait d’un être aimé disparu de longue date, auquel elle tient plus que sa vie, et qui lui a été dérobé en même temps que les parures et diamants...



Jules LERMINA (1839 – 1915) est un romancier français principalement connu pour les suites qu’il a données à de grandes œuvres de la littérature (« Les mystères de Paris », « Le comte de Monte-Cristo », ...) et de nombreux autres ouvrages, mais il est aussi l’auteur de petits romans destinés à être diffusés en supplément de journaux de l’époque. C’est le cas des aventures de Toto Fouinard, ce jeune détective drôle, fougueux et attachant, qui œuvrera sur 12 enquêtes savoureuses.


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Ajouté le 30 mai 2018
Nombre de lectures 2
EAN13 9782919564699
Langue Français
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Le Petit Détective Parisien *
**
***
Six Cent Mille Francs de Diamants !
De
Jules LERMINA
***
**
*
D’après le récit complet publié le 3 décembre 1908 dans la publication hebdomadaire « LA VIE D’AVENTURES »
*
Où Toto Fouinard risque sa peau
et découvre un secret
sur le toit d’un automobile.
CHAPITRE PREMIER
LE VOL
me LE TOUT PARIS élégant et mondain connaît l'hôtel de M Danet-Fouqueville, rue de Courcelles.
Presque septuagénaire, veuve d'un des grands indust riels qui, sous le me Second Empire, construisirent nos premiers cuirassé s, M Danet-Fouqueville a su grouper autour d'elle l'élite de la société pa risienne.
Écrivains, artistes, personnages officiels de la Fr ance et de l'étranger, nobles du faubourg Saint-Germain, rois et vice-rois du haut commerce, sont les me bienvenus dans cette maison hospitalière où M Danet-Fouqueville, avec le tact et le goût d'une vraie Parisienne, sait accumu ler toutes les distractions, bals, représentations théâtrales, concerts, dont la jeunesse – et même l'âge mûr – sont si friands.
L'hôtel est une merveille : galerie qu'on a surnomm ée la Petite Apollon, en souvenir de celle du Louvre, salon des glaces qui r ivalise, en moins vaste, avec celui de Versailles, musée d'œuvres anciennes et mo dernes choisies avec une compétence parfaite, vitreries d'objets d'art, depu is les plus pures statuettes égyptiennes jusqu'aux verreries de Gallé, groupes d u Puget, de Carpeaux, de Camille Lefèvre, de Rodin, c'est un amoncellement d e richesses, si intéressantes qu'elles font oublier les millions qu elles représentent.
Les soupers – par petites tables – sont célèbres.
Dans la salle de spectacle, où tiennent à l'aise tr ois cents personnes, artistes des théâtres, de chant ou de comédie sont applaudis plusieurs fois par saison : même les personnages d'ordre plus modeste, mais qui se recommandent à l'attention par quelque talent origi nal, par une virtuosité exceptionnelle en quelque ordre que ce soit, calcul ateurs comme Inaudi, danseuses comme la Loïe Fuller, voire même équilibr istes ou acrobates ont fait pour la plupart leurs débuts dans l'hôtel Danet-Fou queville.
Nul n'est sacré astre ou étoile qui n'ait pas recue illi les suffrages de ces auditoires triés sur le volet, parmi les véritables amateurs et dilettantes.
On comprend que les invitations fussent très recher chées : le soin en incombait au vieux duc de Chamont-Bressac, ancien a mbassadeur, qui avait été l'ami intime de feu Danet-Fouqueville et était rest é le conseiller et l'intendant bénévole de la châtelaine de la rue de Courcelles.
Ce soir-là, il y avait fête à l'hôtel en l'honneur de la princesse Estrella, grande dame italienne, dont la beauté avait fait gr and tapage à la dernière
réception de l'ambassade italienne.
Georgina Navorina était cantatrice et marchait de t riomphes en triomphes, à Naples, à Rome, à Bologne, à Florence, lorsque le p rince Estrella, l'un des plus riches et des plus estimés seigneurs italiens – sa famille se rattachant à celle des Médicis – avait arraché la prima donna à la glo ire du théâtre et lui avait donné son nom.
Les premières années de cette union avaient été un enchantement. La princesse, qu'on avait surnommée la Joconde, tant s on admirable visage, sa magnifique chevelure – et on ne sait quel énigmatiq ue sourire qui donnait à sa physionomie un charme mystérieux – rappelaient le c hef-d'œuvre de Vinci, du divin Léonard, comme disent nos snobs, avait transf ormé le palais d'Estrella, à Venise, en un rendez-vous de toute l'aristocratie i talienne qu'attiraient non seulement les délicatesses du luxe le plus raffiné, mais surtout l'affabilité et le charme de la princesse.
Ce bonheur avait été, hélas ! de courte durée. Un a ccident terrible, inexplicable, avait mis fin aux jours du prince don t le cadavre avait été trouvé dans le grand canal le crâne brisé d'un coup de pis tolet.
L'enquête avait établi que, depuis quelque temps, l e prince donnait des signes non équivoques de dérangement mental. Jusque -là il s'était montré le plus délicat et le plus correct des patriciens, de manières exquises et de goûts aristocratiques.
Soudain, comme pris d'une fringale de débauche, il avait couru les mauvais lieux de Venise, se liant avec les gondoliers, les gens de la plus basse classe ; chez lui, il était d'humeur sombre, atrabilaire et, malgré la douceur et la résignation de la princesse, s'emportait contre ell e, l'injuriant dans les termes les plus ignobles, pour ensuite s'enfuir avec des signe s de désespoir. On sut qu'il s'était souvent pris de querelle avec des matelots, qu'il s'était enivré dans des auberges infâmes... c'était évidemment à la suite d 'une scène de ce genre qu'il avait été frappé et jeté au canal.
La princesse fut l'objet des condoléances universel les ; et la compassion qu'elle inspirait s'augmenta de ce fait que le frèr e du prince, le comte Tomas Estrella, revendiqua devant les tribunaux la plus g rande partie de la fortune, et que ceux-ci lui donnèrent gain de cause, en raison d'un vice de rédaction dans le contrat de mariage.
Heureusement que la part laissée à la princesse lui assurait encore une existence opulente. Elle avait porté religieusement le deuil de son mari et au bout de deux ans seulement elle était rentrée dans la société, toujours belle, plus encore peut-être dans l'épanouissement de la trentaine.
Paris, toujours généreux pour les grandes infortune s, lui faisait fête, et me M Danet-Fouqueville, s'associant à la sympathie univ erselle, avait attiré
autour d'elle, pour lui faire cortège, l'élite de la société parisienne.
Le programme de la fête était merveilleux, le Théât re-Français, le ballet de l'Opéra, les virtuoses de l'Opéra-Comique y apporta ient leur concours.
La princesse était arrivée, vêtue de velours nacara t, au bras du comte de Montpollin, explorateur récemment revenu d'une excu rsion dans les Guyanes et le Haut-Brésil, à qui la Société de géographie avait réservé son meilleur accueil.
Sur leur passage, ce n'avait été qu'un long murmure d'admiration et un dessinateur, Nozetti, qui commençait à prendre sa p lace dans nos grands illustrés, avait en quelques traits de crayon fixé les traits admirables de la princesse, en un croquis qu'elle avait daigné accep ter en souriant.
La soirée s'était déroulée sans le moindre incident fâcheux, et vers deux heures du matin, nul n'avait remarqué qu'un valet d e chambre, au visage impassible, était venu parler bas à M. le duc de Ch amont, qui avait quitté la grande salle, d'un pas discret.
Une demi-heure après, les voitures et les autos emp ortaient les invités, me laissant à M Danet-Fouqueville l'une des meilleures impressions de sa vie...
Et le lendemain matin, Paris, stupéfait, apprenait que, pendant que la fête battait son plein, des malfaiteurs avaient pénétré dans l'appartement de me M Danet-Fouqueville, s'étaient introduits dans sa ch ambre à coucher, avaient fracturé un meuble, un cabinet Henri III dune grand e valeur, et dans un tiroir secret avaient volé une cassette contenant des bijo ux, diamants, émeraudes et améthystes, dont la valeur s'élevait à la somme éno rme de six cent mille francs !
CHAPITRE II
OÙ FOUINARD EST INTRAITABLE
DEPUIS l'affaire du Tueur d'enfants(1), la réconciliation était parfaite entre le chef de la police de Sûreté et notre ami Toto Fouin ard.
M. Charlet, que l'amour-propre avait longtemps aveu glé, avait fini par reconnaître que si Fouinard était le plus habile et le plus intuitif des détectives, il était en même temps le plus généreux des hommes. La hâte et le désintéressement avec lesquels notre ami l'avait sa uvé, dans cette passe dangereuse, l'avait touché et il lui avait voué mai ntenant une affection sincère.
Plusieurs fois, il était venu le consulter sur des indications de Fouinard lui avaient été précieuses.
cas délicats, et les
Cependant, ce ne fut qu'un mois après le vol des si x cent mille francs qu'il se présenta chez Fouinard.
Celui-ci avait quitté son cinquième étage et avait pris l'appartement du premier où il avait reçu les mères des enfants assa ssinés et qui était devenu vacant par le départ définitif du Péruvien qui l'oc cupait.
Là, disposant d'un local plus spacieux, il avait pu donner libre cours à une de ses passions maîtresses – le collectionnement et le classement de coupures de journaux, faits divers de toutes sortes, mis par ordre, avec table alphabétique et systématique. C'était comme une histoire au jour le jour du monde criminel, permettant des rapprochements, des déductions qui s ouvent étaient d'une réelle utilité et que Charlet venait parfois consulter.
Toto s'était installé un bureau, dont les murs disp araissaient sous des casiers dont, d'ailleurs, il possédait seul le mani ement.
« Ha ! ha ! fit-il quand le chef de la Sûreté se pr ésenta chez lui, vous venez, je parie, causer du vol de la rue de Courcelles. Ma is que voulez-vous que je sache !... Je ne connais rien, ni la quantité, ni l a qualité des bijoux volés... Six cent mille francs ! peste !... ce sont parures roya les, à ce qu'il paraît !...
me — La fortune de M Danet-Fouqueville se chiffre peut-être par une vingtaine de millions... l'empereur Napoléon III lu i a fait de splendides cadeaux, et le constructeur de cuirassés, son mari, aimait q ue sa femme, qui a été fort belle, fût parée comme une châsse... il y avait, pa raît-il, un collier de perles qui à lui seul valait plus de deux cent mille francs, une émeraude comme n'en possède pas le schah de Perse... et bien d'autres !...
— Cette perte est en effet bien fâcheuse pour cette brave dame, dit Fouinard. Mais avouez que la chose n'est pas pour n ous intéresser
grandement... cela ne vaut la perte ni d'un parent ni d'un enfant... et pour ma part, ce n'est pas une affaire comme celle-là qui m e passionnera... »
Charlet se mit à rire.
« Vous avez peut-être raison. Mais moi, chef de la Sûreté, je n'ai pas à choisir mes affaires. Il faut bien que je les prenn e comme le hasard les amène...
— C'est vrai, dit Fouinard. Du reste, je dois vous dire que j'ai lu attentivement tous les détails fournis par les jour naux et que rien ne me paraît plus limpide.
— C'est-à-dire, reprit M. Charlet, qu'il vous paraî t évident comme à nous que, profitant du moment où l'attention des invités était surexcitée par toutes les merveilles qu'on faisait défiler devant eux, de mis érables cambrioleurs, qui avaient peut-être des complices dans la maison, ont pénétré par une fenêtre me dans la chambre de M Danet-Fouqueville... »
Fouinard écoutait sans interrompre :
« Quels sont ces gredins ?... Hélas ! pas un indice ! Le coup a été exécuté avec une audace, une perfection étonnantes... les c omplices semblaient devoir se trouver parmi les nombreux serviteurs de la dame . Ils ont été interrogés un à un, des perquisitions minutieuses ont été opérées, et force nous a été de reconnaître que de tous ces gens, hommes ou femmes, pas un ne pouvait être vraisemblablement soupçonné.
« Il y a même ce fait très curieux que tous sont pa rents les uns des autres, me ayant été engagés par M Danet-Fouqueville dans son pays natal un village de Bourgogne. Père, mère, fils et filles, neveux et nièces, ce sont tous des Périgot, de la même famille.
— Tous braves gens !
— Jusqu'ici rien ne peut en faire douter. Du reste, ils sont tenus soigneusement à l'œil : dans toutes leurs sorties, ils sont filés et on n'a découvert aucune circonstance suspecte...
— Alors les cambrioleurs auraient agi seuls !
— C'est bien invraisemblable... cependant il faut e ncore tenir compte de cette circonstance que jamais la dame n'avait ouver t devant qui que ce fut le meuble à secret qui contenait la cassette. Lorsqu'e lle voulait se parer de quelqu'un des bijoux qui y étaient contenus, elle l es prenait elle-même, seule, et la femme de chambre les trouvait sur un meuble, prê ts à être utilisés.
— Mais alors, fit Fouinard, il est encore bien plus invraisemblable que des bandits, qui, vous en conviendrez, fréquentaient pe u chez l'opulente dame, aient si bien connu la cachette en question...