Trompe-l'œil

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148 pages
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Étrange cambriolage sur Port d’Amar : un portrait de famille sans valeur, peint par un illustre inconnu, a été volé dans la magnifique villa de Fanny Finck, célèbre chanteuse de rock. Est-ce le méfait d’un fan ? Une mauvaise plaisanterie ? L’affaire semble déroutante. Mais pas pour Lou, Stan et Constantin, nos trois détectives du Samovar.

Cette histoire est précédée de Porté disparu. Un journaliste s’est volatilisé : fugue, enlèvement, assassinat ? Les indices sont minces. Il faut agir vite, la vie de l’homme en dépend peut-être...


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Date de parution 25 novembre 2011
Nombre de visites sur la page 42
EAN13 9782740435779
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0045 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Palais de l’Océan Jeudi 23 octobre, 11h02
Youri Brodsky n’attendait personne. Aussi, lorsque son chien Belphégor aboya au coup de sonnette qui venait de retentir, le jeune homme s’interrogea. Qui cela pouvait-il être ? Il espérait que ce n’était pas la concierge, cette enquiquineuse de Marcelline Palace. La bougresse adorait lui casser les pieds. Elle avait toujours quelque chose à lui reprocher : son vélo quitraînaitla cour de l’immeuble, ses dans godasses boueuses, voirepuantes, qu’il abandonnait sur le palier, sa musique desinge qui dérangeait les habitants du Palais de l’Océan… Il y eut une autre sonnerie et Belphégor recommença à aboyer. Youri lui fit signe de se taire et se dirigea vers la porte. C’était une belle porte blindée dont l’œilleton était cassé. À la lumière de ce qui allait arriver, ce détail se révélerait dramatique. Un bref instant, le jeune homme rêva de se trouver nez à nez avec Noémie, sa petite amie chérie. Mais elle était en voyage, une croisière sur leQueen Elizabeth II avec sa maman. Un prix que Mme Klein avait gagné en jouant au Zingo, un jeu débile à la TV. Il y avait cependant très peu de chance que Noémie soit de retour avant la date prévue et puis, de toute façon, la jeune femme avait la clef puisqu’ils vivaient ici ensemble. La main sur la poignée, Youri Brodsky pensa soudain à Arthur Morvan. Il imagina ses cheveux gras, ses dents jaunes, son nez pointu comme le Concorde et il fit la grimace. Non, ce ne pouvait pas être lui. Le rédacteur en chef duFil d’Amarse serait pas déplacé en ne personne pour lui réclamer son article. Même si Youri était en retard, très en retard pour le lui rendre. D’ailleurs, Morvan aurait une belle surprise en le lisant, cet article. Parce que c’était vraiment de la dynamite ! Youri Brodsky se mit à rire. Il riait encore lorsqu’il ouvrit la porte de l’appartement.
Le Samovar Vendredi 24 octobre, 16h09
Lou Kerval entra comme une rafale de vent dans la boutique d’antiquités de son oncle. Les joues rouges, le souffle court, elle avait l’air d’avoir bravé Jack l’Éventreur en personne. Constantin Pitakof, juché sur la petite échelle qui lui servait à ranger les livres en haut de la bibliothèque, jeta à sa nièce un regard interrogateur. – Qu’est-ce qu’il t’arrive ? demanda-t-il avec le fort accent russe qui donnait à sa voix grave l’air de rouler sur les vagues de l’océan. – Tu vois pas ? gémit Lou. Constantin tortilla sa moustache en observant la jeune fille du haut de son perchoir. Un casque de cheveux châtains coiffés à la va-vite, des yeux marron étirés comme ceux d’un chat, un nez légèrement retroussé et couvert de taches de rousseur, des pommettes hautes teintées d’un rose qui ne devait rien au maquillage. C’était sa petite Lou, la fille de sa sœur Véra. Elle était telle qu’il l’avait laissée le matin même dans la cuisine de la Maison Jaune où habitait toute la famille. Rien de nouveau sous le soleil de Port d’Amar. – Désolé, je ne vois pas ! fit-il en descendant de l’escabeau. – Et ÇA ! grimaça Lou. ÇA désignait un pull bleu marine ras du cou, du style pure laine qui pique. Il était assorti à une jupe plissée et à une paire de collants du même tonneau. C’était la première fois que Constantin voyait sa nièce habillée sagement. Lou était plutôt du genre doudoune dorée, cache-cœur fuchsia, chemisier rouge à franges et pantalon pattes d’éléphant à motifs psychédéliques. – Ah oui, maintenant je vois ! Si c’est ton déguisement pour Halloween, je ne suis pas sûr que ce soit très bien choisi. – Mais non, c’est à cause de Stan : on a fait un pari ! Si je tiens dans ce truc jusqu’à ce soir, il me prête Santiago pour les vacances. – Qui est Santiago ? – Sa souris blanche apprivoisée. Il vient de l’acheter. Pour un fan d’ordinateur, c’est logique de choisir une souris comme animal de compagnie ! Constantin grogna, puis grommela : – T’as pensé à Moby Dick ? Un chat et une souris dans la même maison, ça risque de mal se terminer… – Pas du tout, Moby Dick est végétarien. – Première nouvelle ! Et depuis quand ? – Depuis ce matin. J’ai lu un article sur l’élevage des poulets en batterie dans leFil d’Amar. Je ne te raconte pas ce qu’on leur fait subir. En signe de protestation, j’ai décidé de ne plus donner de viande à Moby Dick et de ne plus en manger non plus. – Je vois… Ta mère aussi a eu sa période baba verte. Elle portait des robes à fleurs et ne mangeait que des courgettes et du riz complet. Heureusement, ça lui a passé très vite. – Je suis beaucoup plus obstinée que maman. – Bien sûr, mais encore plus gourmande ! – Et toi donc ! rétorqua Lou en tapotant gentiment l’abdomen rebondi de son oncle. Depuis qu’il avait abandonné le rugby – il jouait demi de mêlée dans l’équipe du commissariat de Port d’Amar –, Constantin avait pris un peu de bedaine. Mais il était si grand – un bon mètre quatre-vingt-quinze – que cela ne se voyait pas tellement. Il rentra cependant son ventre, leva les bras vers le plafond à la manière d’un culturiste et claironna : – Je ne suis pas gros, je suis costaud. Puis il attrapa sa nièce sous les aisselles, la souleva de terre et la fit tournoyer dans les airs comme quand elle était petite. Lou se laissa faire en éclatant de rire. Mais elle n’avait plus dix ans, ses jambes étaient longues à présent et ce qui devait arriver arriva : ses pieds heurtèrent le plus beau samovar de la boutique qui branla dangereusement. Constantin lâcha précipitamment la jeune fille et rattrapa l’objet au vol. – Nom d’un chien de traîneau, on a eu chaud ! Ses samovars – ces drôles de grosses bouilloires ventrues utilisées en Russie pour faire
chauffer l’eau du thé – étaient ce que Constantin préférait dans sa boutique. Cet amour pour eux l’avait d’ailleurs incité à baptiser son magasinLe Samovar. Depuis presque dix ans, l’oncle de Lou s’était lancé dans les antiquités, russes de préférence. Son précédent métier n’avait rien à voir avec la brocante, puisqu’il avait été capitaine de police de Port d’Amar. C’était pour sa nièce que Constantin avait changé de vie. Les parents de Lou, Jacques et Véra Kerval, ne pouvant pas beaucoup s’occuper de leur fille, Constantin avait décidé de prendre le relais et avait engagé pour l’aider une gouvernante de choc, répondant au nom de Mme Rose. Lou les adorait l’un et l’autre, et ne s’était jamais plainte de cette situation. – Tiens, il est nouveau celui-là, observa-t-elle en désignant l’un des samovars exposés. Il était en cuivre, tout brillant et particulièrement ouvragé. On sentait qu’une main attentionnée l’avait astiqué tous les jours durant de longues années. – C’est Tatiana Brodskaïa qui me l’a apporté hier. – Ah, pourquoi donc ? Le visage de Constantin s’assombrit. – La pauvre doit déménager. Son propriétaire met l’appartement en vente. – C’est triste, ça ! – Très triste. L’appartement de Tatiana Brodskaïa rappelait tant de souvenirs à Constantin. Il le connaissait depuis plus de trente ans et y avait même habité pendant près de six mois quand il n’était qu’un tout jeune homme. Il venait juste d’arriver en France après avoir fui clandestinement la Russie, son pays natal. Les frontières de ce qui s’appelait encore 1 l’URSSétaient à l’époque hermétiquement fermées, et personne n’avait le droit de quitter le territoire. Constantin, qui était un excellent nageur, s’était échappé par la mer Baltique ! Un navire battant pavillon finnois l’avait recueilli presque mort de froid et d’épuisement à quelques kilomètres des côtes russes. Constantin était resté à bord jusqu’à ce que le bateau arrive en Finlande. Il s’était alors engagé comme mousse sur un autre paquebot en partance pour la France, et c’est à Port d’Amar que le navire avait accosté par un matin du mois de juin. La petite ville avait plu au Russe qui avait décidé d’y rester. Par hasard, il avait fait la connaissance de Tatiana Brodskaïa, une émigrée russe comme lui. Elle l’avait pris sous son aile, lui proposant une chambre dans son appartement déjà peuplé d’enfants et d’amis de passage. Elle l’avait aidé à obtenir les autorisations nécessaires pour s’installer en France, lui avait patiemment enseigné le français et l’avait encouragé à passer les examens pour entrer dans la police. Depuis, une amitié profonde les liait. – On devrait aller la voir, tu ne penses pas ? proposa Lou. – Justement elle nous a invités à prendre le thé tout à l’heure. Je crois qu’elle veut aussi me donner ses meubles. Lou plissa le nez. – Ses meubles ! Mais où vas-tu les mettre ?Le Samovarest déjà plein comme un œuf. Constantin lissa sa moustache, l’air ennuyé. Sa nièce n’avait pas tort. Un incroyable bazar s’accumulait dans la boutique : bibelots, tableaux, chaises, tables, commodes… s’entassaient dans tous les coins. La raison d’un tel capharnaüm était simple : Constantin détestait vendre ! Il avait un mal fou à se séparer de sa marchandise. Alors il empilait. Et même si Lou lui rappelait souvent que son magasin devait leur rapporter de l’argent, Constantin continuait à faire son possible pour décourager les rares visiteurs osant s’aventurer dans son antre. Pour cela, il avait mis au point une méthode presque infaillible : a) ne pas dire bonjour aux clients ; b) à toute question, répondre par un grognement d’ours mal léché ; c) prétendre que l’objet désiré était soit cassé, soit pas à vendre ; d) adopter des horaires d’ouverture absolument fantaisistes. – On pourra toujours les entreposer à la Maison Jaune, suggéra Constantin. – Moi qui rêve d’une maison zen : tatami, futon, rien à l’horizon, gémit Lou. – Tu peux toujours ranger ta chambre. Lou tira gentiment la langue à son oncle, mais elle savait qu’il avait raison. L’adolescente avait beau critiquer l’encombrement duSamovar, sa chambre n’était pas plus en ordre.
1. Union des Républiques Socialistes Soviétiques dissoute en 1991. La Russie en faisait partie.
Chez Tatiana Brodskaïa Vendredi 24 octobre, 17h05
– Ah mes grands chérrrris, quel plaisir de vous voirrrrr ! Si Constantin avait gardé une forte trace d’accent russe, Tatiana Brodskaïa avait, elle, conservé toute la musique de sa langue maternelle, et les « r » roulaient dans sa bouche comme des cailloux. Tatiana embrassa chaleureusement ses visiteurs. Lou reconnut le parfum à la violette que l’amie de son oncle portait fidèlement depuis des années. Le temps semblait glisser sur la vieille dame sans la marquer, et seuls ses cheveux jadis noirs comme les ailes d’un corbeau avaient blanchi. Désormais, elle les rassemblait en un lourd chignon qu’elle faisait tenir grâce à une multitude d’épingles. Tatiana Brodskaïa recula d’un pas et contempla la nièce de Constantin. – Ma parole, tu t’es déguisée en petite fille sage ! Lou raconta son pari, Tatiana pouffa de rire. – J’aime mieux ça. Le bleu marine est déprimant, cela ne te va pas du tout ! Elle poussa ses deux invités vers le salon. – Allez, venez boire une tasse de thé. Ils prirent place sur le vieux canapé tendu de velours rouge. Une vraie antiquité, comme tout ce qu’il y avait dans l’appartement de Tatiana Brodskaïa. – Je vous préviens, l’eau a chauffé dans la bouilloire électrique, un vrai malheur, déplora-t-elle en leur servant le thé noir qu’elle buvait à longueur de journée. – Tu aurais quand même dû garder ton samovar, observa Lou. – Ces vieilles biques de la maison de retraite prétendent qu’on n’a pas le droit de faire bouillir de l’eau dans la chambre. Je ne pense pas que je ferai de vieux os là-bas ! Je demanderai à Vladimir de venir me chercher. – Je croyais que ton fils vivait à New York maintenant ! s’exclama Constantin. 1 – Oui, et alors ? J’adorerais voir lesTwin Towers– Trop tard, rappela Lou. – C’est vrai… Alors l’Empire State Building. Bon, assez parlé de moi, racontez-moi vos dernières aventures, fit la vieille dame russe, la mine soudain gourmande. Lou narra avec plaisir leur précédente enquête. Tatiana, pleine d’admiration, les félicita pour leur perspicacité. Puis elle se leva et leur proposa de leur montrer ses meubles. – Tu es bien sûre que Vladimir n’en veut pas ? demanda Constantin. – Non, non. Il n’aime que les trucs en plastique ultramodernes. – Et le petit Youri ? – Oh, lui ! D’abord il n’est plus petit du tout, il vient d’avoir vingt-cinq ans et dépasse le mètre quatre-vingts. Et puis je suis fâchée contre lui ! Je lui ai laissé un message hier pour le prévenir que je déménageais et il ne m’a pas rappelée. Petit-fils indigne ! De toute façon, les antiquités, ce n’est pas sa tasse de thé. La passion de Youri, c’est les animaux à poils, à plumes ou à écailles. – Un point commun avec Lou, dit Constantin. Elle a décidé de renoncer à la viande pour protester contre les conditions d’élevage des poulets. – Tu as bien raison, ma chérie. Quand on est jeune, il faut protester ! Moi, quand j’étais jeune, je protestais énormément. Tu t’en souviens, Constantin ? – C’est vrai, tu as toujours été une femme de caractère ! déclara-t-il. Tout comme je les aime. Tatiana sourit, émue du compliment. Ils firent le tour des meubles de Tatiana. Rien n’avait de véritable valeur marchande, à part un joli secrétaire ancien. Constantin y était très attaché car c’était sur son panneau rabattable qu’il avait révisé l’examen d’entrée dans la police de Port d’Amar. Celui-là, il ne le vendrait jamais. Il espérait même que Youri ne l’aimait pas, il aurait été triste d’avoir à le lui rendre. Ils convinrent de tout embarquer sur-le-champ dans la camionnette de Constantin.
1. Les « tours jumelles » détruites lors de l’attentat du 11 septembre 2001.
Maison Jaune Vendredi 24 octobre, 19h28
La chambre des parents de Lou était pleine de valises gisant sur le parquet la gueule ouverte. Louvoyant entre les obstacles, Véra Kerval multipliait les allers-retours entre ses placards et lesdites valises, ajoutant un pull prune pour en retirer un rose, ou une élégante robe noire pour une tout aussi élégante gris perle. Les vêtements recalés étaient abandonnés sans pitié sur le lit où ils finissaient par former un tas multicolore. Assise sur le rebord de la fenêtre, Lou regardait tranquillement sa mère s’agiter. Le spectacle n’avait pour elle rien d’inhabituel. La jeune fille avait même l’impression que sa mère ne rentrait à Port d’Amar que pour défaire et refaire ses valises. Véra, tout comme Jacques Kerval, son mari, passait sa vie sur les mers et les océans de la planète. Tous deux étaient en effet musiciens, et leur orchestre flottant se produisait sur ces énormes paquebots de croisière où les passagers chassent leur ennui en dansant et en jouant aux cartes. – Tu devrais emporter cette robe rouge, elle te va super bien, conseilla Lou, extrayant une micro-robe en élasthanne du paquet d’habits jonchant le couvre-lit. Véra fit la moue. – Je crois qu’elle me moule trop, j’ai grossi. Lou observa Véra avec attention. Oui, sa mère avait peut-être pris un ou deux kilos lors de son dernier voyage, mais cela lui allait plutôt bien. D’ailleurs, c’était une belle femme, tout le monde était d’accord là-dessus. Lou aussi était jolie à sa façon, mais pas du tout comme sa mère. Elle avait hérité des traits fermes et énergiques de sa grand-mère maternelle Natacha Pitakova. Véra rajouta encore quelques vêtements dans les valises déjà bourrées à craquer, puis regarda sa montre : 19 h 30 ! L’Atlantic Cruiser quittait le quai numéro 3 dans une demi-heure. – Si je ne boucle pas ce bazar en moins de deux, on va rater le bateau ! constata Véra. Lou l’aida à fermer ses bagages et à les traîner dans l’escalier. Jacques Kerval les attendait devant la porte d’entrée, aussi tranquille qu’à son habitude, malgré l’avancée menaçante des aiguilles de sa montre. Découvrant les trois énormes valises rouges, il ne put cependant s’empêcher de s’écrier : – Tu es sûre que tu as besoin de tout ça ? – Bien sûr que oui. Comme ça, si je fais une fausse note, les gens regarderont ma robe et oublieront mes couacs ! – Véra chérie, tu ne fais jamais de fausses notes. – Oui, mais imagine que cela m’arrive… Jacques soupira et s’empara des bagages de sa femme. Constantin et Mme Rose arrivèrent pour lui donner un coup de main et la famille au complet se mit en route pour l’embarcadère. C’était un rituel que tout le monde aimait : on accompagnait Jacques et Véra jusqu’au paquebot et, quand on avait le temps, on montait à bord visiter les lieux et saluer l’équipage. L’Atlantic Cruiserétait l’un des plus gros navires amarrés à Port d’Amar. Haut comme un immeuble de plusieurs étages, il portait trois lignes blanches sur sa coque bleu marine et quantité de hublots où perçait la lumière des cabines. Les voyageurs étaient déjà tous à bord. Véra et Jacques Kerval embarquèrent en courant malgré leurs bagages volumineux. Une minute plus tard la sirène retentit, annonçant le départ imminent du navire pour les côtes africaines. Lou se rappelait parfaitement le trajet. Première escale : Gibraltar, puis direction Casablanca, les îles Canaries et enfin Dakar. Elle avait déjà fait le voyage avec ses parents, mais c’était dans une autre vie, avant l’âge de l’école obligatoire qui la contraignait à rester à quai. Véra et Jacques agitèrent les bras pour dire au revoir. Personne ne pleura et aucun cœur ne se serra. Tous avaient désormais l’habitude des séparations. Lou passa son doigt sous le col de son pull-over bleu marine.