279 pages
Français

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Dangereuse comédie à Bamako

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Description

La charmante Malienne vida d’une traite, la tristesse dans l’âme, le verre de whisky que l’on venait de lui tendre. Elle remercia ensuite l’employé de l’Évasion, l’un des dancings mythiques de la capitale malienne, et sortit après avoir posé le contenant sur le comptoir. Une fois dehors, l’air chaud fouetta brutalement le visage de la Bamakoise qui eut l’im­pression d’avoir la tête lourde. Le malaise s’accentuait au fur et à mesure qu’elle marchait. À un moment donné, elle fut en proie au vertige. La nausée l’indisposa. Le whisky était-il empoisonné ? Tout à coup, le vide s’installa dans son esprit et ses jambes la lâchèrent. Elle s’écroula. Non loin de là, les derniers fêtards eurent l’impression qu’une très forte lumière s’extirpa de la masse corporelle qui était allongée à même le sol et se dirigea, en tourbillonnant, vers le haut pour dispa­raître dans le ciel noir et très étoilé. Ainsi Aïssata Camara rendit-elle l’âme. Elle ne danserait plus jamais au Calao, au Mandingo ou au Yanga. Adieu l’artiste !


Pendant ce temps, dans la villa du quartier huppé de l’Hippodrome, François Piantoni et Aminata Dembélé furent très surpris de revoir l’Homme Noir, en pleine forme, et l’un de ses acolytes que l’on avait pourtant enfermés, bien ligotés, dans la cave. La Malienne et le Corse tentèrent de s’enfuir, mais ils n’eurent pas le temps d’ouvrir la porte...


Quelque chose lui avait échappé, se dit Roger Dercky. La dan­seuse de Bamako était-elle l’un des maillons de cette chaîne infer­nale ? Était-il manipulé, depuis le début ? Dans l’affirma­tive, pour quelle finalité ? Mamadou Diawoura était-il réellement kidnappé ?

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 9
EAN13 9791091580311
Langue Français
Poids de l'ouvrage 7 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0060€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

C o n t e n u
1. Couverture
2. Du même auteur
3. Hors-Texte_1
4. Hors-Texte_2
5. Hors-Texte_3
6. Hors-Texte_4
7. Hors-Texte_5
8. Chapite I
9. Chapite II
10. Chapite III
11. Chapite IV
12. Chapite V
13. Chapite VI
14. Chapite VII
15. Chapite VIII
16. Chapite IX
17. Chapite X
18. Chapite XI
19. Chapite XII
20. Chapite XIII
21. Chapite XIV
22. Chapite XV
23. Chapite XVI
24. Chapite XVII
25. Chapite XVIII
26. Chapite XIX
27. Chapite XX
28. Chapite XXI
29. Chapite XXII
30. Chapite XXIII
31. Chapite XXIV
32. Chapite XXV
33. Chapite XXVI
34. Chapite XXVII
35. Chapite XXVIII
36. Chapite XXIX
37. Chapite XXX
38. Chapite XXXI
39. Chapite XXXII
40. Chapite XXXIII
41. Chapite XXXIV
42. Ouvrages déjà parus43. L'Atelier de l'ÉgrégoreDU MÊME AUTEUR :
- Pagaille à Mavoula ! – L’Atelier de l’Égrégore, collection Crime & Suspense – Paris, 2018 – ISBN :
979-10-91580-25-0 ;
- Les figures marquantes de l’Afrique subsaharienne – L’Atelier de l’Égrégore, collection Démocratie
& Histoire – Paris, 2017 – ISBN : 979-10-91580-23-6 ;
- Le justicier exécuteur – L’Atelier de l’Égrégore, collection Crime & Suspense – Paris, 2017 – ISBN :
979-10-91580-07-6 ;
- Au pays des mille collines – L’Atelier de l’Égrégore, collection Crime & Suspense – Paris, 2016 –
ISBN : 979-10-91580-05-2 ;
- La chasse au léopard – L’Atelier de l’Égrégore, collection Crime & Suspense – Paris, 2015 – ISBN :
979-10-91580-04-5 ;
- Dans l’œil du léopard – L’Atelier de l’Égrégore, collection Crime & Suspense – Paris, 2015 – ISBN :
979-10-91580-03-8 ;
- Ma vision pour le Congo-Kinshasa et la région des Grands Lacs, Éditions de l’Harmattan – Paris
2013 – ISBN : 978-2-343-02079-2 – EAN Ebook format Pdf : 9782336330327 ;
- Congo-Kinshasa : le degré zéro de la politique, Éditions de L’Harmattan – Paris, avril 2012 – ISBN :
978-2-296-96162-3 – ISBN13 Ebook format Pdf : 978-2-296-48764-2 ;
- La vie parisienne d’un Négropolitain – L’Atelier de l’Égrégore, collection Roman – Paris, 2012 –
ISBN : 979-10-91580-06-9 ;
- Drosera capensis – L’Atelier de l’Égrégore, collection Roman – Paris, 2005 – ISBN :
979-10-9158001-4 ;
- Le demandeur d’asile – L’Atelier de l’Égrégore, collection Document/Réalité – Paris, 2012 – ISBN :
979-10-91580-00-7 ;
- La République Démocratique du Congo, un combat pour la survie – Éditions de l’Harmattan – mars
2011 – ISBN : 978-2-296-13725-7 – ISBN Ebook format Pdf : 978-2-296-45021-9 ;
- Socialisme : un combat permanent – Tome I – Naissance et réalités du socialisme – L’Atelier de
l’Égrégore, collection Démocratie & Histoire – 2ème édition, Paris, 2017 – ISBN : 978-2-916335-04-9
(coécrit avec Jacques Laudet) ;
- Mitterrand l’Africain ? – L’Atelier de l’Égrégore, collection Démocratie & Histoire – 2ème édition,
Paris, 2017 – ISBN : 979-10-91580-02-1 ;
- Un nouvel élan socialiste, Éditions de L’Harmattan, collections Question contemporaine, Paris, mai
2005 – ISBN : 2-7475-8050-4 – ISBN Ebook format Pdf : 978-2-296-39177-2.Gaspard-Hubert LONSI KOKO
DANGEREUSE COMÉDIE À BAMAKO
Collection Crime & SuspenseIllustrations : Marie-Pierrette Gandon
ISBN : 979-10-91580-31-1 – EAN : 9791091580311
© L’Atelier de l’Égrégore, juin 2018
https://atelieregregore.selz.com – Courriel : atelieregregore@gmail.com« Dans la vie, j’ai eu le choix entre l’amour, la drogue et la mort. J’ai choisi les deux
premiers et c’est la troisième qui m’a choisi. »
Jim MorrisonÀ Fatou K., Niakala pour les intimes, l’inspiratrice de la danseuse de Bamako qui est
l’un des personnages principaux de cet ouvrage.Mes remerciements à toutes les personnes m’ayant assisté de près ou de loin, par leurs
conseils iconographiques s’agissant de la mise en valeur de la première page de couverture,
ainsi que par la clarification de certains faits historiques.PREMIER CHAPITRE
Ayant parcouru au moins 4 174 kilomètres, équivalant à quatre heures et cinquante-cinq minutes de vol,
le Boeing 747 de la compagnie aérienne UTA devait piquer vers le sol afin d’amorcer l’atterrissage sur
la piste de l’aéroport de Bamako-Senou. Enfin prêt à entamer la descente tant attendue par les passagers,
le pilote commença à réduire peu à peu l’altitude. Il se mit donc à tirer progressivement la manette des
gaz vers l’arrière pour que les moteurs puissent changer de son, puis s’arrêter quelques minutes plus tard.
Ainsi la vitesse de l’avion de ligne devait-elle passer de 600 miles par heure, soit 960 kilomètres par
360 secondes, à presque 155 miles par heure, soit à peu près 250 kilomètres par 360 secondes. Comme il
devait souvent pousser, ou tirer la manche pour maintenir l’appareil stable, le pilote utilisa le
compensateur – la finalité consistant à alléger la pression. Les passagers qui étaient assis du côté des
hublots apercevaient, au loin, de plus en plus distinctement, une sorte de très gros serpent sur une surface
rouge décorée par-ci par-là de quelques espaces verts. Il s’agissait du fleuve Djoliba, appelé fleuve
Niger au-delà de la frontière malienne. À un moment donné, Roger Dercky distingua des avions de
chasse, des Mirages F1 C-200 sans doute, en stationnement sous des hangars. La République française
s’était enracinée dans cette région, comprit-il. En plus, en ce début de cette année 1991, la situation
sociale et politique était très tendue au Mali.
À sa descente du gigantesque oiseau métallique, le détective subit en plein visage les effets de la
chaleur torride qui le fouetta. Pourtant, c’était la bonne période pour visiter le Mali. Il faisait plus de
quarante degrés à l’ombre. C’était une façon, pour la ville de Bamako, de ne pas souhaiter la bienvenue
au justicier exécuteur en contredisant une expression tout à fait uchronique en langue bambara selon
1laquelle Bamako akadi deh ! N’était-ce qu’une impression trompeuse ?
L’aéroport de Bamako-Senou ressemblait, par rapport à celui de Roissy-Charles-de-Gaulle, à une
simple aérogare privée. Un commando d’une quinzaine d’individus bien motivés s’en rendrait volontiers
2maître, en un laps de temps, sans aucune difficulté. Des lacrous à la maigreur inacceptable, un déni
d’assistance humanitaire, sillonnaient les couloirs dans tous les sens. Ils déambulaient un peu partout. Par
l’aspect physique de leurs corps, on pouvait d’emblée percevoir la problématique à la fois nutritive et
sanitaire à laquelle le gouvernement malien, sous la présidence du général d’armée Moussa Traoré,
aurait dû en priorité s’atteler. À côté de ces freluquets en uniforme, Roger Dercky avait l’air d’un géant.
La chaleur qui régnait à Bamako-la-Coquette, la capitale de cette ancienne colonie française qu’avait
été le Mali, poussa le détective privé à se faire une idée de l’enfer. Ainsi qualifia-t-il sur le plan
climatique sa région natale, l’Afrique centrale, de paradis terrestre. Outre la chaleur torride, franchir le
poste de police s’apparentait à un obstacle insurmontable pour les personnes non habituées au casse-tête
africain ! Roger Dercky n’échappa pas à une fouille acharnée comme s’il était suspecté de meurtre, ou de
tentative de déstabilisation d’un État souverain. Un des policiers se permit même de tâter les bijoux de
famille du voyageur. C’était n’importe quoi ! Un autre agent de l’ordre s’octroya le droit de l’importuner,
dans l’espoir de lui soutirer un peu d’argent. L’étranger était obligé de hausser la voix, afin de
contraindre ce lacrou à le laisser tranquille.
Pour récupérer les bagages, il fallait presque se battre. À l’instar des bagadais casqués, ces passereaux
africains, un monde fou piaillait, dans une salle où les climatiseurs installés par les colons français ne
fonctionnaient pas. Un vrai tintamarre ponctuait une longue attente dans une configuration où la dimension
temporelle ralentissait l’existence comme dans un ailleurs fictif. La chaleur ne cessa de battre son plein.
On se serait cru dans un sauna à très grande échelle. Entre les Maliens en provenance de Paris, qui
refusaient de déclarer quelques bagages, et les douaniers qui avantageaient certains passagers, après
avoir empoché quelque billet de franc CFA, le tohu-bohu s’amplifiait de plus en plus. Une « ambiance
3touffé yinyin » , aurait dit un Martiniquais ou un Guadeloupéen. Finalement, Roger Dercky parvint à
mettre la main sur ses valises et s’orienta vers la salle d’attente où un gars pesant une cinquantaine de
kilos attendait les voyageurs, en brandissant une pancarte sur laquelle on pouvait lire l’inscription Hôtel
Sofitel l’Amitié. Le bonhomme faisait des va-et-vient, à travers cette pièce au décor typiquement
sahélien.
– Bonjour, monsieur ! lança le passager du vol AFG-77891 d’UTA.
– Bonjour !
– Je m’appelle Roger Dercky. J’ai réservé un appartement à l’hôtel Sofitel l’Amitié.
– Vous pouvez me suivre ! dit le Malien.Roger Dercky emboîta le pas à la personne qui avait été commise à l’accueil des voyageurs en
provenance de France. L’autochtone trimbala, avec beaucoup de difficulté, les bagages du passager à
peine débarqué. Le Zaïrois eut pitié de lui, puisque ce dernier souffrait pour un salaire de misère. C’était
ainsi que se déclinait, malheureusement, l’existence humaine au pays de Moussa Traoré.
– Donnez-moi l’autre valise, s’il vous plaît ! fit la réaction, à la fois compatissante et solidaire, de
l’étranger vivant à Paris.
– Non, patron !
– C’est très lourd.
– Je tiens vraiment à les transporter.
Le préposé à l’accueil, qui était affecté à l’aéroport par la direction de l’hôtel Sofitel l’Amitié, ne
voulait rien perdre. Il tenait à s’occuper des bagages de peur que Roger Dercky réduise considérablement
le montant de la gratification. C’était la seule façon, pour le Malien, d’arrondir sa paie. Le conducteur
s’impatientait dans l’autobus appartenant à l’établissement hôtelier. D’autres voyageurs se trouvaient
déjà à bord. Le Zaïrois, qui était la dernière personne que l’on attendait, donna le pourboire au porteur de
valises : quelques billets totalisant la somme de deux mille francs CFA.
– Tenez, c’est pour vous ! s’exprima Roger Dercky.
4– Ini tié ! se manifesta le gars en bambara en regardant pieusement le natif de Kinshasa, comme s’il
avait affaire à Allah en personne.
Les autres passagers fusillèrent le retardataire du regard, tellement ils étaient pressés de voir l’autocar
démarrer. De plus, l’aération devait se faire en roulant. Le véhicule s’immobilisa enfin, mais nul n’osa
baisser les vitres à cause de brumes de poussière. Il y en avait tellement que, parfois, on n’apercevait pas
l’automobile qui roulait devant, la visibilité étant complètement réduite. D’ailleurs, en dépit des efforts
du gouvernement malien pour bitumer les routes nationales, et des initiatives privées afin de paver les
rues, la poussière étouffait les habitants de Bamba ko, à savoir ce gros village que représentait « la cité
5des trois caïmans » ou Bamako . Rien n’était surprenant, le Mali étant un pays désertique à hauteur de
6deux tiers du territoire. L’autocar non climatisé parcourut donc tout bakofé , traversa ensuite le fleuve
Djoliba et finit par se mobiliser devant un grand immeuble – l’hôtel Sofitel l’Amitié – situé non loin de la
maison de la radio.
Roger Dercky, après avoir rempli toutes les formalités possibles et impossibles, imaginables et
inimaginables, s’engouffra dans l’ascenseur. Il se trouvait en compagnie d’un employé qui, outre le fait de
porter les bagages, devait le conduire jusque dans l’appartement situé au huitième étage. De cette
habitation, une suite dans laquelle le climatiseur fonctionnait à merveille, l’investigateur bénéficiait d’une
vue magnifique sur le fleuve Djoliba. Le détective remercia l’employé de l’hôtel, en lui glissant dans la
main un billet de cinq cents francs CFA. Une fois seul, il prit une douche froide juste pour reprendre des
forces. Cela lui permettrait surtout de se détendre, après s’être rafraîchi. Un peu de relaxation s’imposait,
au bout d’un long trajet entre deux aéroports bondés de monde. Le citoyen zaïrois assista, après avoir
déserté la salle de bains, à un splendide coucher du soleil. Le spectacle relatif à la disparition du soleil à
l’horizon, lequel se déroulait à Bamako, ramena le détective mentalement à Kinshasa où, à partir d’une
chambre de l’hôtel Intercontinental, il se régalait devant le panorama idyllique montrant l’étoile du
7système solaire embellir la surface du fleuve Zaïre . Roger Dercky aurait du mal à admirer un tel cliché
en région parisienne, où il résidait depuis plusieurs années. Il devrait en profiter au maximum pendant
toute la durée de son séjour. Rien que pour cette merveilleuse vue, cela avait valu le coup de faire le
déplacement.
Le Kinois, devenu Francilien par adoption, mit un beau costume et un chapeau cow-boy. Il ne lui
manquait plus que le revolver et le cheval – le chameau ne devant pas faire esthétiquement l’affaire
puisque trop lourd comme un Berliet GBH12 ou un GLM12 6 x 6. LesB amakois de la vieille génération,
en le voyant, pensaient tout de suite à l’époque où l’ancien directeur de la Sûreté nationale Tiécoro
Bagayoko, le compagnon du général d’armée Moussa Traoré en vue de la prise du pouvoir, faisait régner
sa loi. Tout le monde appelait le Zaïrois Django, en référence à ce soûlard qui terrorisait quiconque le
contrariait dans un bar ou une boîte de nuit de Bamako. Cet homme était mort en détention en 1983, après
avoir été maîtrisé par le lieutenant Moussa Traoré quelque temps avant le coup d’État militaire ayant été
perpétré le 22 novembre 1968 contre le régime du père de l’indépendance et premier président de la
République Modibo Keïta. Cet acte illégal conduirait le chef des putschistes droit au palais de Koulouba.
En tout cas, avant son arrestation, le fameux Django, à savoir le colonel Tiécoro Bagayoko, tirait lepremier et gagnait toujours.
Roger Dercky prit le taxi, à quelque mètre de l’hôtel Sofitel l’Amitié. Le véhicule quitta, au bout d’un
moment, la ville proprement dite et se dirigea vers Lafiabougou, commune créée en 1961 par les autorités
de la première République pour loger les Maliens que l’on avait injustement expulsés du
CongoLéopoldville, de nos jours Congo-Kinshasa, et les Bamakois qui étaient restés sans domicile. Le
maigrelet taximan emprunta, pour s’y rendre, des routes presque impraticables. Des nids-de-poule, plutôt
d’autruche tellement ils étaient grands, jonchaient la voie à certains endroits. La voiture était trouée, sous
le siège arrière, permettant ainsi à la poussière de pénétrer à l’intérieur durant le trajet. Cela indisposa le
client qui faillit suffoquer. Le conducteur, pour lui faire oublier les effets cauchemardesques, manipula
les touches du magnétophone posé sur le siège avant. Ainsi l’appareil balança-t-il une mélodie très
rythmée du chanteur Kinois Kanda Bongoman. À Bamako, à cette époque, on n’écoutait que de la musique
zaïroise. C’était une véritable colonisation culturelle ! Les jeunes Bamakois ne s’habillaient et ne
dansaient qu’en fonction des Zaïrois. Une fois à destination, emporté par l’émotion, le client refusa de
régler la course.
– Mais chef, vous devez me payer mille francs CFA.
– Soyons sérieux, mon frère. J’ai couru de l’hôtel Sofitel jusqu’ici.
– Comment ça ?
– Vous ne voyez même pas que mes vêtements blancs sont devenus entièrement rouges ?
– Et puis quoi encore ?
– Ce n’est sans doute pas dans votre taxi que j’ai attrapé toute cette poussière.
– C’est un problème technique.
– Vous auriez dû rendre votre véhicule conforme aux normes, avant d’exercer votre profession.
– Avec quel argent ?
– Votre tacot est un véritable vecteur d’insalubrité publique. Il ne doit plus circuler.
– Est-ce qu’à Bamako même les choses sont normales ?
– Ce n’est pas mon problème.
La tension monta, de plusieurs crans, entre les protagonistes. Ils allaient quasiment en venir aux mains.
Tout compte fait, le chauffeur jugea bon de se calmer. Il demanda au client de ne s’acquitter que de la
moitié du prix de la course. Il ne pouvait rien entreprendre physiquement, réalisa le Malien, contre
l’armoire à glace à qui il avait affaire. Sur le plan de la corpulence, il ne faisait pas le poids par rapport
à Roger Dercky. Cela ne valait surtout pas la peine de se compliquer l’existence pour un billet de banque.
Le taximan dépenserait beaucoup plus d’argent pour les frais d’hospitalisation, au cas où ils se seraient
battus, et de mise aux normes de la voiture si la police intervenait.
– Tenez, voici vos cinq cents francs. La prochaine fois, à défaut de contrôle technique, il faudra penser
à boucher le trou qui se trouve sous le siège arrière. Ça vous évitera pas mal d’ennuis avec vos futurs
clients.
– La voiture va être réparée. C’est déjà prévu, mon gars.
– Je l’espère pour vous.
– On n’est quand même pas dans la brousse.
1 Bamako, c’est tellement doux!
2 Des policiers, en argot bambara.
3 Une atmosphère pouvant étouffer les petites mouches, tellement les gens s’agglomèrent les uns aux
autres.
4 Merci!
5 Plusieurs versions évoquent l’origine de l’appellation « Bamako ». L’une d’elles affirme qu’un grand
chasseur Sarakolé du nom de Sériba Niakaté, qui provenait de Lambidou près de Nioro du Sahel, s’était
installé auprès de Bamba Sanogo à Moribabougou, à quinze kilomètres à l’Est de Bamako. Le départ de
Sériba Niakaté pour l’autre rive avait contrarié Bamba Sanogo qui s’était retrouvé seul, allongé sur le
dos: Bamba ko, c’est-à-dire abandonné à lui-même.
Pour d’autres versions, Bamako, qui peut signifier également le « marigot du caïman », tirerait son nom
du fait que les Niakaté sacrifiaient chaque année aux caïmans une jeune fille vierge.
Chez les Touré, la tradition orale rappelle que leur ancêtre Taleb El Tourabi – dit Tal Mahamane – serait
venu de Tawendit. Après un séjour à Tombouctou et à Djenné, il aurait créé la première mosquée sur le
site actuel de Dabanani à Bamako.