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163 pages
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Description

Ils étaient cinq en 1983. Cinq jeunes militaires et leur lourd secret. Trente années plus tard, les quinquagénaires, riches et bien établis, disparaissent un à un sans raison apparente. Mais surtout sans laisser de trace, et pas de corps...



Un jeune enquêteur plein de zèle se passionne pour ces disparitions et prend en main les dossiers... Il y fera des découvertes insoupçonnées et rencontrera peut-être l’amour.
Un roman à énigmes riche en rebondissements. De New York aux marinas languedociennes, des plages barcelonaises à la garrigue nîmoise, des Cévennes mystérieuses aux lacs québécois, laissez-vous emporter par ce thriller haletant où l’aventure et le romantisme côtoient les crimes les plus violents.



Ce texte a été présenté et commenté à la sélection du Prix du quai des Orfèvres 2017 :




« Nous nous sommes laissés emporter par ce récit qui montre, par la précision du travail, par la diversité des situations, une grande connaissance des sujets et des lieux dépeints. Mais aussi une belle maîtrise de l’écriture.»


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Publié par
Nombre de lectures 4
EAN13 9782368323106
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0082€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Jean-Pierre BEAUFEY
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Avant-propos « L’homme est conscient du temps de sa propre vie car il a une mémoire, et parce qu’il y a la mort. »
L’analepse (duGrec ancien ἀνάληψις / análêpsis) est une fiGure de style.
Anonyme
Elle correspond à un retour en arrière, au récit d'une action qui appartient au passé. Elle consiste à raconter après-coup un événement. On peut éGalement parler de flashback pour exprimer cette idée.
Toute ressemblance ne pourrait être qu’une coïncidence. Rien d’autre !
Septembre 2001 New York
Beau et frais. C’est ce que prévoyait la météo aujo urd’hui. C’est mieux que cela. Ce matin, le ciel est bleu lumineux. Un léger vent du sud maintient u ne température d’une douceur idéale pour courir. Et on est presqu’en automne. Il est encore tôt, un peu plus de huit heures. Mais c’est limite. Dans moins d’une demi-heure, l’afflux de piétons sera tel sur tous les trottoirs qu’il sera impossible de faire trois foulées à la suite. Et terminé le jogging ! Alors retour à l’hôtel pour un somptueux petit déjeuner. Cette pensée amuse toujours Franck, trois gouttes d’eau perdues en sueur et combien de grammes récupérés avec l’omelette jambon fromage qui va suivre ?
C’est vrai, lorsqu’on parle du ciel ici, il faut le chercher ! Entre les gratte-ciel, forcément ! Mais c’est Manhattan, un lieu magique, le cœur battant de lagrosse pomme. Dans Central Park, dont il a fait trois fois le tour, il a croisé des dizaines de New yorkais qui couraient, comme lui. Aucun lieu au monde ne présente une telle diversité de quidams. L e plus drôle aujourd’hui : un grand-père qui trottinait avec son chien. La pauvre bête, paralysée du train arrière, le cul posé sur une petite charrette et les pattes avant qui font tout le travail. Et ça avance ! Papy avait même du mal à suivre. Bien entendu, il s’est arrêté pour prendre une photo. Il la fera paraître dans le prochain tirage de son magazine.
Au bout du parc, il rejoint Broadway et continue vers le sud, en direction du Novotel de Times Square. Il doit traverser le large boulevard pour r ejoindre l’entrée du grand building moderne. A ème hauteur de la 52 , «Dont walkurse au bord du» est allumé rouge. Il est obligé de stopper sa co trottoir. Il juge préférable d’ôter les écouteurs de son baladeur. Bye bye Tchaïkovski et le concerto pour violon et orchestre. A nouveau, il reçoit en plein les rumeurs de la ville et le bruit des moteurs, celui des voitures et celui des hélicoptères. Il marche les derniers mètres avant l’entrée de l’hôtel. Sur le trottoir se tient le préposé aux bagages, un homme à la peau noire, vêtu d’une redingote noire et d’un haut-de-forme assorti. Et avec un beau sourire.
Hello James.
Morning, sir.
Le bruit d’un gros avion semblant passer très bas se fait entendre. Les deux hommes lèvent la tête. Mais la vue du ciel au-dessus de Broadway est très limitée, ils ne voient rien de particulier.
Après avoir franchi la porte vitrée tournante, Franck Aubert pénètre dans l’ascenseur qui le dépose, quatre niveaux plus haut, à hauteur de la spacieuse réception. Quelques pas encore et il emprunte une nouvelle cabine qui cette fois l’amène à l’étage où il réside, au trente-huitième, chambre 3825. La vue sur l’Hudson River, plein ouest, y est splendide. Son lieu d’inspiration depuis près de dix jours. Cela lui coûte une fortune, mais c’est un vrai bonh eur. Pour cela, il a même refusé l’hospitalité offerte par Eddy et sa femme, dans leur somptueuse villa du New Jersey tout proche.
Machinalement, il allume la télévision, programme C NN. Mais il ne la regarde même pas. Il se déshabille rapidement, jette sur le lit la petite p ochette « spéciale jogging » dans laquelle sont toujours glissés son passeport français, sa carte Visa Gold, quelques dollars et, bien entendu, son Canon, petit appareil photo numérique de poche.
Il se précipite vers la salle de bain, d’abord pour calmer un besoin pressant, puis prendre une
douche bien méritée. Ensuite seulement, il rejoindra la superbe salle du restaurant, à l’étage du lobby, avec vue panoramique sur Times Square, pour déguste r son petit déjeuner, tranquillement. Aujourd’hui, rien ne presse. Il a prévu de monter au sommet de l’Empire State Building, pas très loin, ème sur la 5 , en fin d’après-midi, avec tout son arsenal photo. C’est pour une série de clichés réalistes, très soignés, de la ville, soleil couchant. Une nécessité pour le grand sujet « spécial New York » du magazine. Peut-être même gravira-t-il une des deux grandes tours de cent dix étages du Wall Trade Center, plus au sud, sur Wall Street. C’est ce qu’i l a évoqué samedi dernier avec Eddy, son ami américain, et copropriétaire de leur maison d’édition, qui l’a encouragé à prendre du bon temps ici avant son retour prochain dans le midi de la France. C’est lui qui l’a baptisé Franck. Son prénom véritable, c’est Francis. Parfois, il lui donne même du « Frankie », quand ils ont à parler affaires. En tout cas, profiter de cette belle météo. Sur la partie basse du téléviseur, la montre digitale indique 08 : 50.
Il est neuf heures douze lorsqu’il sort en sifflotant de sa salle de bain.
Ce mardi 11 septembre 2001.
Puis s’enchaînent trente minutes exactement, qui changent toute une vie ! L’incrédulité d’abord. Une pub ? Un film de fiction ? Une demi-heure qu’il est debout, figé, à regarder l’écran de sa télé, la télécommande à la main. Les images qui défilent, incompréhensibles. Les commentaires sont confus, désordonnés, contradictoires. Il zappe, encore et encore. Anglais, espagnol, même TV5 en français et en direct de Paris. L’immense gratte-ciel et son panache blanc. Puis, soudain, cet avion qui s’enfonce dans la seconde tour comme une balle de fusil filmée au ralenti. Ces deux fumées jumelles, poussées par le vent du sud, telles de gigantesques cheminées d’usine crachant leur poison. Ou deux cierges que l’on vient d’éteindre. Le ciel bleu limpide du New Jersey en toile de fond. Et cet inéluctable écroulement de château de cartes avec l’antenne géante qui ne veut pas disparaître. Semblable à une poupe de Titanic. Enfin, la vague grise qui submerg e toute vie, tel un monstrueux tsunami de poussière. Toutes ces images d’apocalypse… La montre indique 10:00. La tour sud du Wall Trade Center vient de s’effondrer.
Pourquoi cette idée qui envahit son esprit ? Immédiate, évidente et irrévocable : il faut qu’il y soit. Il faut qu’il ait vécu cela au cœur de l’évènement. Il faudra qu’il témoigne. Probablement son instinct de photographe. C’est à moins d’un kilomètre que cela se passe. Il veut voir, sentir, toucher. Il laisse tomber au sol la serviette de bain qui lui ceint les reins et s’habille en hâte. Jean, chemisette, puis ses mocassins légers. Il se demande s’il emporte sa sacoche de jogging. La réponse est non. Mais il y prend son Canon. Puis il sort d’un petit coffre-for t son portefeuille dans lequel il place la clé magnétique de sa chambre, il vérifie que sa carte d’identité y est rangée et positionne l’ensemble dans la poche intérieure de son blouson de cuir. Il prél ève également quelques billets, une centaine de dollars, qu’il glisse directement dans la poche de son jean. Une habitude pour ne pas avoir à sortir son portefeuille dans la rue. L’appareil photo sera tou jours à portée de main, dans une autre poche du blouson. Il claque la porte 3825. L’ascenseur tarde un peu pour parvenir à l’étage. Il est seul dans la cabine durant la descente. Il traverse la réception où de nombreux clients s’agitent, discutent, s’interrogent. Il ne reconnaît personne de ses connaissances. L’attente semble longue pour accéder à la cabine qui descend vers le rez-de-chaussée. En bon sportif, il décide d’emprunter l’escalier de secours. Sur le trottoir, il croise à nouveau le portier. Son visage est moins souriant qu’à l’habitude.
—Sir, l’avion, c’était ça !
—Hélas oui, James, et je veux y aller voir.Bye, see you later.
Times Square ne semble pas encore très affectée par la catastrophe. Celle-ci est trop récente. Mais déjà, le long ruban en lettres lumineuses, délaissant l’ouverture de la Bourse et son Nasdaq, déroule toutes ses informations ahurissantes. De nombreux N ewyorkais, d’habitude si pressés, tête levée, le regard incrédule, lisent en silence. Attendant peut-être la phrase qui démentira l’horreur. Puis, de plus en plus présentes, les sirènes des secours déchirent l’air du matin, lancinantes, incessantes. Pompiers, police, ambulances, on ne sait, toutes semblent identiques. Les gros véhicules prioritaires, vivement
colorés, foncent dans la même direction. Il lui suffit de les suivre. Continuer Broadway vers le sud.
C’est vers Madison Square que le ciel devient moins bleu. Il semblerait qu’un violent orage soit en formation. Tout apparait plus gris. A Union Square, une odeur âcre, presque palpable envahit les narines. L’atmosphère polluée, très vite suffocante, gagne instantanément les poumons. Des centaines de personnes remontent vers le nord en courant. Com me Franck, d’autres piétons, plus rares, poursuivent vers le sud. Il en résulte de nombreuses bousculades.
« Mais qu’est-ce que je suis venu faire ici ? »
Il ne faut pas chercher de réponse, il n’y en a pas, il n’y en aura jamais.
Il n’ira pas plus loin que Little Italy. Au carrefour avec Canal Street, il est de plus en plus harcelé par des fantômes grisâtres. Il ne peut quasiment plus respirer. Il met sa main devant sa bouche, ses yeux piquent. Tout est devenu insupportable. Il tente de sortir son appareil photo. Au moment de déclencher, pour un éventuel témoignage, une bouscu lade le fait lâcher le petit boitier qui chute à terre. Il tente de se pencher pour le retrouver. Vainement.
Réalisant enfin sa folle attitude, dénuée de toute raison, il décide de faire demi-tour et se met à courir, avec les autres. Un nouveau zombie parmi de s centaines. Mais certains, encore, semblent vouloir continuer leur chemin vers le sud, vers l’e nfer, à la recherche d’on ne sait quoi. D’un improbable survivant ? Les coureurs aveuglés se heurtent.
Face à lui, spectre remontant le courant, ce qui se mble être une jeune femme, couverte de poussière blanchâtre, hurle :mythe live of my god, save my friend, please save « Peggy, Peggy, sister ».voulant l’éviter, précipité par la foule, Franck la heurte et elle trébuche sur une borne En d’incendie. Elle chute violemment. Il ne peut continuer sans lui prêter secours.
Elle est étendue sur le dos et saigne abondamment à hauteur du nez. Elle était noire devenue blanche. Maintenant s’ajoute le rouge du sang sur son front et sa pommette. Ses cheveux courts et légèrement frisés sont gris de plâtre. On dirait un clown grimé. A tout autre instant, l’image aurait pu prêter à sourire. Mais là, non. Sous le choc, sa veste légère et son corsage se sont ouverts et laissent entrevoir un soutien-gorge clair orné de dentelle et maculé de poussière. La peau ambrée de la jeune métisse semble trembler de froid.
Franck décide de la protéger, d’abord en la tirant du caniveau vers le trottoir. Il quitte son blouson et le dépose délicatement sur la blessée qui geint. Il attendra d’éventuels secours. Il ramène sur les longues jambes fuselées une courte jupe grise impudiquement relevée. Le regard sombre, mis clos, reflète son angoisse dans le regard bleuté de l’inconnu. Et semble supplier. Lui, tente de dire quelques mots de réconfort. Elle balbutie :Mam, My God… St John the Divine… Save Peggy… please.
C’est à ce moment, et dans ce brouillard opaque, qu ’une ambulance remontant trop rapidement Crosby Street frappe durement le français à la hanche gauche. Il est violemment projeté en avant, son crâne heurte la bordure du trottoir. Et il perd conscience.
Vendredi 25 mai 2012
Sud de la France
L’aérogare de Montpellier Méditerranée est relativement animée en ce début de matinée. Dans le vaste hall intérieur, côté départs, à la terrasse du petit bar restaurant, des clients sont attablés. Parmi des passagers prêts pour un embarquement, des emplo yés en pause ou attendant l’heure d’embauche, quelques membres d’un équipage d’Air France, en uniforme, bavardent. Assis avec le petit groupe, un jeune homme, en tenue de ville, partage leur conversation. Une hôtesse lui demande :
— Et vous, vous travaillez ici ?
— Oui, à l’étage au-dessus.
— Et vous faîtes quoi ?
Ludovic, comme souvent, hésite. La réponse sera presque toujours identique, même si la question, elle, est formulée parfois autrement, suivant l’âge et la qualité de l’interlocuteur. Cela peut être : c’est quoi ton job ?Ou bien :vous travaillez ? Dans quoi ?fonction des personnes et des En circonstances, cette réponse sera adaptée. Souvent différente ou incomplète, mais le plus souvent :je suis militaire.A la même question,les policiers, eux, répondent souvent :fonctionnaire.
Non pas qu’il soit gêné de préciser, mais il y a to ujours cette espèce de réserve spontanée qui fait qu’il ne peut dire, tel le ferait un boulanger, un banquier ou, comme le dit fièrement à qui veut l’entendre, son ami Jérôme, à côté de qui il est assis en ce moment :je suis pilote de ligne.
Ludo, lui, c’est :je suis gendarme.Toujours difficile à lâcher immédiatement. Et pourtant, il l’a voulu ce métier. Plus de dix ans déjà que la décision, véritable vocation, avait été prise. Vers quinze ou seize ans, juste avant le bac. Il restait collé devant un feuilleton télévisé, plutôt ringard pour son âge, où l’on suivait une jolie femme gendarme qui r ésolvait avec tact et générosité des enquêtes inattendues qui le subjuguaient. Il s’en était ouvert à ses parents étonnés mais qui avaient trouvé cela très bien.
Et aujourd’hui, à vingt-huit ans, il est déjà adjud ant. Ludovic Carpeau, chef de la brigade de Gendarmerie des Transports Aériens (GTA) de l’aéroport de Montpellier Fréjorgues, spécialiste reconnu pour tout ce qui touche au domaine aérien. Sa fonction administrative lui permet, au quotidien, de se rendre à son travail en tenue civile, d’où la question.
— Et vous faîtes quoi ?
La jeune femme qui l’interroge est rousse avec un strict chignon, très jolie. Un foulard bleu ciel, assorti à la couleur de ses yeux, noué autour de so n cou, rehausse la clarté pâle de son visage. Elle est hôtesse dans l’équipage commercial de Jérôme Corbin, le copilote de l’Airbus qui partira pour Orly dans une heure environ. C’est le loquace Jéjé qui d écide de répondre, chambrant son copain de toujours.
— Ludo est un vrai gendarme, le roi des enquêtes, si tu le voyais en uniforme, comme il est beau ! Encore plus beau que moi ! Ce n’est pas pour rien que les filles au lycée le surnommaient :Ludo Dicaprio. Elles disaient qu’il ressemblait à l’acteur dans Titanic. Elles exagéraient un peu !
Ludovic, se retrouvant en situation inconfortable p our lui, pourtant bien habitué aux