Hauts-Lieux

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Fin de cavale sur les falaises normandes, le saut de l’ange est mortel. De l'action...

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EAN13 9791023401820
Langue Français

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Damien Ruzé
Hauts Lieux
Novella CollectionNoire Sœur
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L’airbus s’immobilisa sur le tarmac. Par le hublot, il vit la longue bouche du hub venir embrasser le flanc avant du fuselage. Il déboucla sa ceinture, se leva dans le couloir central, ouvrit le compartiment de rangement au-dessus de la rangée de sièges et descendit le sac à dos contenant ses maigres affaires. Il voyageait léger, et n’avait emporté que quelques vêtements fourrés en vrac dans son back-pack. Rien en soute, histoire d’échapper à la corvée de l’attente près des tapis roulants et de pouvoir dropper dès la sortie du zinc. En renouant avec la position debout, il eut un haut-le-cœur. Il prit une profonde inspiration, puis expira lentement. La fonction intestinale retrouva son calme. Le jeune homme se dirigea vers le nez de l’avion en se
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massant l’estomac. L’hôtesse de l’air se fendit d’un joli sourire en lui souhaitant une bonne journée. Il pressa le pas et enfila le couloir gris et pentu qui menait au corps de verre et de métal de l’aérogare. Dans la salle sonore, les passagers se dirigeaient par petits groupes vers les cubes vitrés des douanes. Il remarqua le groupe de flics en uniforme qui scannaient les physionomies qui débarquaient. L’un d’eux tenait un chien en laisse, et son regard inquisiteur effleura le jeune type, puis se reporta sur un grand black vêtu d’une djellaba qui marchait juste derrière lui. Les flics s’avancèrent vers le black et l’interceptèrent. Le jeune homme avala sa salive et continua sa progression vers les guichets de contrôle des papiers. Il savait que les douanes disséminaient des agents en civil parmi la foule des arrivants, mais ne détourna pas la tête pour tenter de les repérer. Il attendit sagement son tour 4
dans la file, puis déposa son passeport à l’aube de l’ouverture dans le plexiglas. Le douanier l’ouvrit à la page de la photo d’identité, regarda le jeune type d’un air neutre, puis referma le document et le lui tendit. — Rien à déclarer ? Le jeune homme hocha négativement la tête et pénétra dans le hall qui prolongeait le goulet d’étranglement des guichets. Il sentait la bile remonter son œsophage en vagues acides. Sa salive prenait un goût métallique dans sa bouche desséchée. Il n’avait pas bu une goutte de liquide depuis 24 heures. Une bouffée de chaleur envahit son organisme, engendrée par le relâchement violent de la tension qui le nouait. Il avait des fourmis dans les jambes. Les bestioles transhumaient de ses membres inférieurs vers le haut du corps. Un sourire effleura ses lèvres à la vue du panneau indiquant la sortie vers l’air 5
libre. La plupart des passagers du vol s’orientaient vers la salle de récupération des bagages. Pas lui. Objectif Freedom, pensa-t-il. Il enquilla le hall principal de l’aéroport bruissant comme une cathédrale des appels diffusés dans les haut-parleurs. Le soleil percutait les immenses baies vitrées et de nombreux voyageurs en attente se restauraient sur la terrasse du snack surplombant les pistes. Manger. Bientôt. Manger. Il évita un groupe de Japonais qui obstruaient le passage de leurs chariots bondés de sacs Prada et Dior, puis força le pas vers les portes coulissantes derrière lesquelles s’enroulaient les volutes des voies rapides. Il l’avait fait. Il les avait tous baisés. Il l’avait fait à nouveau. Dieu était grand. Les portes glissèrent à son approche et il s’effaça pour laisser entrer une vieille dame poussant son chariot. Dans le panier du caddie se trouvait un petit chien emmitouflé, un 6
petit nœud rose rassemblait les longs poils au-dessus des yeux humides. Le jeune type fit un petit signe au chien et celui-ci aboya dans sa direction. En sortant sur le parvis, il sentit la chaleur du soleil sur sa peau. Il l’avait fait. Il se demanda un instant s’il ne serait pas plus sage de plonger dans les entrailles du RER et se fondre dans le flux anonyme des usagers. Il décida que non. Il méritait largement de prendre un taxi pour rentrer. Largement. Il tâta sa poche de jean et fit craquer les quelques billets qui s’y trouvaient. Il n’y avait pas foule à la station et il décrochait déjà le back-pack de son épaule en approchant d’une Mercedes noire. Le chauffeur fumait une cigarette, appuyé sur le capot à l’avant. En voyant arriver le jeune type, il écrasa la tige et ouvrit la portière pour s’installer au volant. Le ciel à la verticale de l’aile sud était d’un bleu intense et strié de nuages d’altitude. Le jeune homme se surprit à fredonner “It’s 7
a Wonderful World“. Il allait saisir la poignée de la porte arrière droite quand la voix lui parvint. — Monsieur s’il vous plaît ? Monsieur ? Le jeune homme se figea. Dans le reflet de la vitre de la Merco, il aperçut deux flics en uniforme arriver vers lui. Son cœur fit un bond. C’était à lui qu’ils s’adressaient. Une veine se mit à pulser à son front, comme une créature emprisonnée se débattant sous sa peau. Il se retourna et fit face aux poulets. Le plus grand le salua en portant la main à sa tempe. — Bonjour, Monsieur. Police de l’Air et des Frontières. Simple contrôle. Pouvez-vous produire vos documents d’identité, je vous prie ? Il sortit le passeport de la poche intérieure de blouson et le tendit au flic. Le policier examina le document, page après page. 8