L'agence Thadéo

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Description


Le corps nu d’une toute jeune femme étranglée par une corde de violon est retrouvé dans le Bois de Boulogne par un promeneur.


Le commissaire Odilon QUENTIN, chargé de l’affaire, apprend rapidement que la victime était une servante d’origine bretonne, récemment arrivée à la Capitale. Cette dernière, passionnée par le chant, cherchait apparemment à faire carrière.


Chant et musique semblent alors au policier aussi indissociables que meurtre et corde de violon... une piste qui mène indéniablement vers un impresario...


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EAN13 9782373471137
Langue Français

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couve

Odilon QUENTIN

 

* 8 *

L’AGENCE THADÉO

Roman policier

 

par Charles RICHEBOURG

CHAPITRE PREMIER

 

Une enquête policière débute toujours à zéro ; mais souvent, dès le départ, les premières constatations permettent de rassembler des éléments disparates. Chacun d'eux, pris séparément, semble dénué de signification ; cependant, si l'on parvient à les relier les uns aux autres, à leur assigner la place qu'ils occupent dans le puzzle, puis à les compléter au moyen de découvertes nouvelles, ils ne tardent pas à raconter un drame souvent très simple, qui devient aussitôt le point initial de la recherche du coupable.

Le hasard, cette fois, n'avait pas gâté le commissaire Odilon Quentin, de la police judiciaire ! Plus renfrogné que jamais, énorme et massif, engoncé dans son lourd pardessus d'hiver, le chapeau dans la nuque et la canne accrochée au bras gauche, il était penché sur un cadavre, à l'institut médico-légal.

Il contemplait ce corps sans vie d'un œil fixe, privé d'expression, comme une vache regarde passer un train, sans se rendre compte, peut-être, que le spectacle cette fois dépassait en horreur ses limites habituelles.

C'était une femme, toute jeune, encore : dix-sept ou dix-huit ans, si l'on s'en rapportait à la gracilité de ses seins d'adolescente. Quant au visage, il ne permettait aucune déduction : bouffi, violet, déformé par un rictus affreux, il offrait l'image repoussante que présente toujours la mort par strangulation.

À part cela, rien ! Pas une cicatrice, pas une marque, pas un signe distinctif sur le corps ; pas un bijou, pas un vêtement, pas un détail qui permette une identification quelconque !

Et, le policier s'en fut, par le labyrinthe des couloirs, rejoindre son bureau du Quai des Orfèvres où, dans l'antichambre, il croisa un monsieur qui attendait, en compagnie d'un épagneul breton à robe blanche mouchetée d'orange.

Marcel, le garçon de bureau, accompagna le commissaire jusque dans son cabinet :

— Il vous attend depuis plus d'une demi-heure... dit-il en précisant d'un signe de tête qu'il s'agissait de l'homme au chien.

— Fais-le entrer !

— Avec le cabot ?

— Naturellement... grogna Quentin. Que veux-tu qu'il en fasse...

Le visiteur se présenta deux minutes plus tard ; il était grand, robuste, vêtu confortablement, bien que sans la moindre recherche d'élégance :

— Mon nom est Maurice Vaillant, déclara-t-il d'une voix grave. Au commissariat, lorsque j'ai fait part de ma découverte ce matin, on m'a prié de passer vous voir. Je suis venu directement ; c'est pourquoi j'ai amené mon chien. Je m'en excuse !

— Il n'y a pas de mal... riposta Quentin en caressant l'épagneul qui se mit à agiter la queue avec frénésie. Voulez-vous me dire à la suite de quelles circonstances vous avez fait votre macabre découverte ?

Le visiteur s'exprima en phrases courtes, nettes et concises, comme s'il présentait un rapport administratif :

— Je suis ancien colonial, expliqua-t-il. À mon retour d'Afrique Équatoriale, je me suis installé aux environs du Bois de Boulogne. Je suis célibataire, et mon seul compagnon est mon chien. Chaque jour, lui et moi, nous allons faire une longue promenade dès le lever du soleil.

— Vous avez cette habitude depuis longtemps ?

— Depuis mon retour en France, il y a dix-huit mois. Ce matin donc, le chien folâtrait dans les taillis, en quête d'écureuils ou de mulots, lorsque son altitude m'a frappé : il flairait le sol avec insistance, puis il s'est dirigé vers un amas de feuilles sèches qu'il a éparpillées en grattant furieusement. Intrigué, je me suis approché et j'ai vu une jambe nue.

— Le corps n'était donc pas enterré, même sommairement ?

— Non ; il était simplement dissimulé sous un tas de feuilles mortes et de branchages ; il y en avait une dizaine de centimètres, pas plus. J'ai aussitôt averti le commissariat.

— Vous passez souvent par l'endroit où vous avez découvert le cadavre ?

— Régulièrement tous les jours.

— Auparavant, vous n'aviez jamais rien remarqué de spécial ?

— Jamais ! Si le corps avait été au même endroit, la veille, mon épagneul l'aurait immanquablement éventé, car son flair est extraordinaire. On a dû apporter le cadavre pendant la nuit !

Quentin sauta à pieds joints sur cette suggestion :

— Ah ? Comment connaissez-vous ce détail ?

L'ancien colonial accusa le coup : il se troubla, puis il sourit :

— C'est l'hypothèse qui m'est immédiatement venue à l'esprit, expliqua-t-il. Il ne fait pas un temps, en cette saison à se promener dans une nudité intégrale !

— On a fort bien pu tuer la victime sur place et la déshabiller ensuite, afin de rendre l'identification plus difficile.

— Je n'avais pas envisagé cette éventualité !

C'était plausible en effet ; l'homme, en tout cas, avait récupéré tout son calme et il caressait d'une main distraite la tête de son épagneul qui frétillait de joie.

— Vous ne connaissez pas la victime ?

— Certes non !

— Comment pouvez-vous être aussi affirmatif ? Le visage déformé est pratiquement méconnaissable !

— C'est exact ; mais le corps est, lui, fort jeune ; or mes relations féminines très rares du reste sont toutes notoirement plus âgées.

— Jouez-vous du violon ?

— Non !... Pourquoi ?... J'ai la musique en horreur !

Le commissaire se contenta de hocher la tête sans donner l'explication souhaitée :

— Je vous remercie ; ce sera tout pour l'instant. Je devrai peut-être encore vous déranger par la suite !

— Aucune importance... Je n'ai rien d'autre à faire !

Après avoir serré la main de Quentin, Maurice...