La dame à l'œillet rouge

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Les inspecteurs NORBERT et MARCADIER de la Sûreté de Paris sont envoyés à Monte-Carlo pour aider la police locale à arrêter une bande de malfrats qui dépouille les riches.


Lors d’une surveillance dans le Casino, NORBERT croit reconnaître, à une table de jeu, une femme aperçue à Paris au milieu d’une foule d’apaches d’un bouge malfamé. Cette mystérieuse créature portait dans ses cheveux un éclatant œillet rouge, tout comme la joueuse actuellement...


À défaut d’une scélérate, « la dame à l’œillet rouge » s’avère être la marquise de Juarros faisant partie de la haute société espagnole...


Pour autant, NORBERT n’en démord pas et va s’attacher à démontrer que son flair est infaillible...


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EAN13 9782373479256
Langue Français

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LA DAME À L’ŒILLET ROUGE
Roman policier
par Georges Grison
*1*
À MONTE-CARLO
Il était dix heures du soir. Dans les salons de Mon te-Carlo, le jeu battait son plein.
À la huitième table de roulette, au fond, à droite, une jeune femme était assise, dont la beauté attirait tous les regards. E lle pouvait avoir de vingt-cinq à vingt-six ans, brune, avec ce teint doré si séduisa nt. Son visage avait l'ovale particulier aux Espagnoles et aux femmes de certain es contrées des Pyrénées. Elle était vêtue à la dernière mode, couverte de ri ches bijoux, et originalité de coquetterie, un œillet rouge piqué dans son opulent e chevelure tranchait par sa teinte purpurine sur l'ébène qui l'entourait.
Derrière elle, deux jeunes gens qui, par leur costu me et leurs allures, dénotaient la plus pure essence de la fashion paris ienne, discouraient en l'observant.
— Quelle superbe créature ! disait l'un, mince, frê le, blond, portant par instants un monocle dans l'œil.
— Tu ne la connais pas ? demanda l'autre, un garçon plus gros, carré d'épaules. Elle est cependant une des étoiles du To ut-Paris... C'est la marquise Carmen de Juarros.
— Marquise authentique ?
— Tout ce qu'il y a de plus authentique. Elle est r eçue dans les salons les plus aristocratiques où elle a été présentée par le duc de la Fuenta...
— Il y a longtemps qu'elle est à Paris ?
— Elle y est arrivée au début de l'hiver et a loué un superbe appartement, avenue des Champs-Élysées...
— Alors je suis excusable de ne pas la connaître, c ar je viens, tu le sais, de passer trois mois en Angleterre... Mais je voudrais bien lui être présenté.
— Rien de plus facile. Je l'ai vue chez la comtesse de la Chesneraie. Je ne suis plus pour elle le premier venu. Mais attends l a fin de la soirée. Il ne faut pas l'interrompre dans son jeu. En sa qualité d'Espagno le, elle doit être superstitieuse et si elle perdait elle croirait que c'est nous qui lui avons porté la déveine.
— Alors, tout à l'heure ?
— Oui, chaque soir, avant de monter dans son auto, car elle a ici son auto,
une superbe limousine, la marquise va, en face, au Café de Paris, prendre un verre d'orangeade glacée. Nous saisirons le moment favorable.
— Parfait. J'attends ce moment avec impatience. Pen dant ce temps, de l'autre côté de la table de jeu, deux autres jeunes gens s'occupaient également de la belle Espagnole.
Ceux-là aussi étaient vêtus avec élégance, mais ils semblaient un peu gênés de leur tenue à laquelle ils ne devaient pas être habitués.
— C'est curieux, disait l'un, plus je la regarde, e t plus je suis certain de l'avoir déjà vue.
— Cela n'a rien de surprenant, tu l'auras vue à l'O péra, sans doute, ou dans quelque fête où tu étais en surveillance.
— Non. Mes souvenirs sont tout autres. Je l'ai renc ontrée dans une société peu recommandable, à Montmartre ou à Belleville, tr ônant parmi les gars du « milieu ».
— Tu es fou, ma parole !
— Pas si fou que cela. Ce qui me l'a fait remarquer alors, c'est cet œillet rouge planté dans ses cheveux et qu'elle porte enco re ce soir.
— Tu es abusé par quelque ressemblance... Mais ne n ous occupons pas plus longtemps de la marquise. Nous avons autre cho se à faire.
— Bah ! quoi donc ? Rechercher les pickpockets ? Ma is il n'y en a pas ici. Depuis quinze jours que, sur la demande du commissa ire de Monaco, le chef de la Sûreté nous a détachés en surveillance à Monte-C arlo, nous n'avons pas aperçu une tête de connaissance et les vols dont on se plaignait ont complètement cessé.
— C'est que, si nous ne les connaissons pas, ils no us connaissent sans doute, eux, et qu'ils se défient. Enfin le principa l, c'est que d'une façon ou d'une autre, notre présence ait été utile. C'est plus agr éable d'être ici qu'à Paris, pas vrai, mon vieux Norbert ?
— Je te crois, mon bon Marcadier. Outre le climat q ui est délicieux, les salons de Monte-Carlo sont plus confortables que le s assommoirs de la Villette...
Les deux causeurs qui, nous le savons maintenant, é taient deux inspecteurs de la Sûreté envoyés de Paris, en surveillance dans la principauté, se mirent à rire.
Ne se doutant pas et probablement se souciant peu d es conversations dont elle était l'objet, la belle Espagnole continuait à ponter à la roulette.
Mais elle le faisait avec insouciance, gagnant d'un côté, perdant de l'autre,
ramassant lorsqu'on lui poussait son gain, ne regar dant même pas le râteau qui lui enlevait la mise perdue.
Son attention était concentrée sur un Américain, as sis au bout de la table et qui, lui, jouait avec un bonheur insolent. On eût d it qu'il devinait les numéros qui allaient sortir. Et il empochait pièces, louis et b illets de banque avec un flegme imperturbable, comme s'il eût ramassé des cailloux.
Cependant la onzième heure approchait, les croupier s criaient le sacramentel : « Les trois dernières. » La marquise se leva et se dirigea vers le vestiaire pour y prendre sa pelisse qui devait la g arantir de la fraîcheur de la nuit.
Les deux jeunes élégants la suivirent.
Et aussi les deux policiers.
Comme on lui apportait le verre d'orangeade qu'elle prenait chaque soir, l'un des jeunes gens s'avança vers elle.
— Excusez-moi, madame, dit-il, mais j'ai eu l'honne ur de vous être présenté me chez M de la Chesneraie...
— Monsieur de Kerveguen, parfaitement, interrompit- elle, avec un léger accent qui donnait encore plus de charme à sa voix musicale.
— Vous vous rappelez mon nom ?
— On n'oublie pas un valseur de premier ordre, dit la marquise avec un délicieux sourire.
— Alors, voulez-vous me permettre à mon tour de vou s présenter mon ami Gaëtan de Sambreuse qui désire vivement faire votre connaissance ?
me — Les amis de nos amis sont nos amis, dit M de Juarros, avec son même sourire – et elle tendit à Gaëtan sa main qu'i l porta à ses lèvres. Mais, reprit-elle, voulez-vous me permettre d'accomplir u n devoir pressé ?
Et, sans attendre de réponse, elle tira d'un petit portefeuille une carte sur laquelle elle griffonna quelques mots.
Son chauffeur apparaissait sur le seuil, la casquet te à la main. Elle lui fit signe d'approcher et lui remit le papier.
— Où vous savez, dit-elle.
Il s'inclina et se retira.
— Maintenant, dit la marquise, je suis toute à vous . À moins que, pressés par l'heure, vous n'ayez à prendre le train qui va passer bientôt.
— Oui, dit M. de Kerveguen, il nous faut en effet r entrer à Cap-d'Ail où nous sommes descendus au Radium-Hôtel.
— Alors tout est à merveille. Moi j'habite Beaulieu . Je vous reconduirai dans mon automobile.
— Nous ne voudrions pas abuser...
— Pas du tout. Cela nous procurera le plaisir de ca user en route de ce beau Paris que les magnificences d'ici ne me font pas ou blier... Allons, est-ce convenu ?
— Puisque vous le désirez.
Au garçon qui venait prendre leurs ordres, commandèrent des grogs et la conversation continua.
les
deux
jeunes
gens
En face, les deux policiers prenaient simplement de s bocks et l'Américain, qui venait de faire une fructueuse récolte, absorba it cocktail sur cocktail.
— Tu vois, dit Marcadier à Norbert, c'est vraiment une grande dame et tout le monde s'empresse autour d'elle.
— Tout ce qui brille n'est pas or, répliqua Norbert en secouant la tête.
*2*
LE COUP DU PÈRE FRANÇOIS
Le lendemain matin, les deux inspecteurs de la Sûre té étaient mandés d'urgence chez le commissaire de police de Monaco.
Ils s'empressèrent de s'y rendre.
Le magistral les reçut fort aimablement.
— Eh bien ! messieurs, leur dit-il, voilà assez lon gtemps que vous jouissez des plaisirs de notre principauté. Le moment est ve nu de montrer votre habileté.
— En quoi faisant ? demanda Marcadier.
— Cela regarde mon collègue de Nice qui vous mettra au courant, car il s'agit d'une attaque nocturne commise sur son terri toire. Vous voudrez bien aller le voir ce matin, à onze heures. Il m'a prévenu qu'il vous attendrait.
Fort intrigués, les deux inspecteurs se retirèrent et se rendirent à la gare pour y prendre le train.
À onze heures ils se présentaient devant le commiss aire central de Nice.
Celui-ci se montra bien moins affable que son confrère de Monaco.
— Ah ! c'est vous, dit-il, qui êtes envoyés de Pari s pour nous apprendre comment on s'y prend pour arrêter les malfaiteurs. Eh bien ! voilà une jolie occasion de nous montrer votre savoir-faire. Attend ez une minute. Je vais vous mettre en présence du plaignant.
Il frappa sur un timbre et un garçon de bureau se p résenta.
— Faites entrer ce monsieur, ordonna le commissaire .
L'Américain, qui avait tant gagné la veille au soir à Monte-Carlo, parut.
Il ne semblait pas le moins du monde émotionné et g ardait le même flegme avec lequel il ramassait l'or sur le tapis et humai t son cocktail au café.
— Formulez votre plainte, dit le magistrat.
— Voilà, commença l'Américain, en excellent françai s quoiqu'avec un fort accent yankee. Je me nomme James Wormser, je suis â gé de quarante-deux ans, né à North-Adam, Massachusetts, et je suis mar chand de moteurs électriques à New York.
— Bien. Que vous est-il arrivé ?
— Je suis venu ici, poursuivit l'imperturbable Amér icain, pour m'amuser un
peu. Chaque soir, je joue à Monte-Carlo. Des fois j e perds, d'autres fois je gagne... Hier soir, j'avais eu de la chance et j'av ais encaissé une quarantaine de mille francs...
— Alors ?
— Alors, je suis allé au café, où j'ai pris quelque s boissons. Puis je suis monté dans le train pour me rendre à Beaulieu où je suis à l'hôtel...
« J'avais la tête un peu lourde, suite de ma longue station dans les salons de jeu où il fait très chaud... J'ai voulu, avant d e regagner mon hôtel, faire quelques minutes de promenade. Je me suis arrêté, j 'ai allumé un cigare... alors...
— Poursuivez, dit le magistrat, voyant que James Wo rmser hésitait.
— Alors, je me suis tout à coup senti le cou serré par une corde ou plutôt une courroie. J'ai été soulevé...