Le monde à l
11 pages
Français

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Le monde à l'envers suivi de Le poisson et Accident de parcours

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Description

3 nouvelles policières :



Le monde à l'envers

Monsieur Bostitch va rendre visite à sa femme au cimetière de Touly.



Le poisson

Un thon entre dans la vie d'Éloïse le jour où elle apprend la maladie de sa mère.



Accident de parcours

Un mannequin voit sa vie basculer suite à un accident de moto.





Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 25 avril 2013
Nombre de lectures 8
EAN13 9782823808230
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

couverture
Sophie Loubière

Le monde à l’envers
suivi de
Le poisson
et
Accident de parcours

images

Le monde à l’envers

Je me suis levé vers 4 heures. J’ai mis une chemise blanche, retiré mon costume gris de sa housse en plastique et je me suis noué autour du cou l’une de ces jolies cravates qu’elle m’avait offertes au cours de nos quarante-cinq années de mariage. Ce matin, j’ai rendez-vous avec ma femme. Plus qu’un rituel, ce sont nos retrouvailles. Un moment nécessaire à ma pauvre mémoire pour lui rappeler combien les instants étaient doux et caressants auprès de ma Françoise. Une si belle femme au caractère fort, courageuse et déterminée, farouche mais fragile des bronches…

Je me suis préparé un café dans la cuisine et j’ai mangé de bon appétit mes biscottes tartinées de margarine. Après avoir étendu mon duffle-coat sur la plage arrière de la BX, j’ai vérifié que les papiers de la voiture étaient toujours dans la boîte à gants, et j’ai mis le contact. En dépit de son vieil âge, la BX démarre au quart de tour. Mon petit-fils vient souvent faire tourner le moteur et contrôler tout le bazar. Il s’occupe aussi de la vidange. Il fait ça pour l’entretien de la voiture, comme il dit, parce que moi, je ne m’en sers plus beaucoup de la BX…

 

Françoise a raison : c’est bien d’avoir un garagiste dans la famille ! Ma deuxième petite-fille est coiffeuse, je crois. C’est bien aussi, une coiffeuse. Mais maintenant, avec ce qu’il me reste sur le caillou, je n’ai plus guère l’occasion de voir ma petite Christiane… Christiane ou Christelle ?

 

Il fait froid. De la vapeur sort de ma bouche et de mon nez, le volant est dur et lisse comme un glaçon. Je branche la ventilation. Ça devrait chasser la condensation dans l’habitacle. Pour l’instant, je roule à visibilité réduite. Direction le cimetière de Touly. Cinquante-quatre kilomètres. Ma femme y a toute sa famille du côté de sa mère. C’est là que j’irai aussi bientôt, à mon tour. Mais bon, à 86 ans, bon pied bon œil, j’ai encore le temps de numéroter mes abattis.

*

Tiens ! Il y a des travaux sur l’autoroute… Ah ! Voilà la déviation… Dans le brouillard du petit matin, avec toute cette buée sur le pare-brise, j’ai bien failli rater le panneau… Par où ils nous font passer ces zigotos ?… Il est nouveau ce sens giratoire ?… Ça pousse comme des champignons à l’automne, ces trucs-là ! Et dire que ça coûte un fric monstre à la communauté urbaine ! Voilà où passent nos impôts… Dans des sens giratoires qui mènent à d’autres sens giratoires… Ah ! Enfin. On rejoint l’autoroute. Pas trop tôt. Trente-deux kilomètres, et je suis là, ma chérie. Je t’ai apporté de magnifiques hortensias bleus du jardin…

*

Le jour est à peine levé et mes phares s’écrasent contre le brouillard. On n’y voit pas à plus de dix mètres… La buée tarde à s’effacer sur le pare-brise. La BX ne dépasse pas les quatre-vingts kilomètres-heure. Soudain, quelque chose d’énorme surgit devant moi. Un mastodonte de plusieurs tonnes, avec ses feux braqués sur ma bobine. Le temps de comprendre qu’il est à contresens sur l’autoroute, et le camion se rabat vers le centre, faisant crisser ses pneus et donnant du klaxon. Dans le rétroviseur, j’ai vu jaillir des étincelles. Il a dû frotter un peu contre le métal de la barrière de sécurité. Un vrai danger public, ce type. Heureusement que je respecte les limitations de vitesse. J’ai rien à livrer, moi. J’ai seulement rendez-vous au cimetière avec ma Françoise…