Le signe sanglant

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Français
54 pages
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Description

Boulevard Saint-Michel, un matin, le corps d’un homme au visage mutilé est découvert. Le nez et les oreilles ont été coupés et le chiffre 13 est inscrit en rouge sang sur son front.


La police se retrouve impuissante, incapable, même, d’identifier la victime.


Le détective LAUTREC décide de se charger de l’enquête. Son plan ? Prendre l’apparence d’un tailleur ayant reconnu le défunt et susceptible d’apporter d’autres informations aux forces de l’ordre dans l’espoir que le ou les assassins tenteront de le faire taire.


Mais Gaston LAUTREC n’a aucune idée de l’adversaire qu’il vient de défier et ne se doute pas que son stratagème va fonctionner bien au-delà de ses espérances... pour son plus grand malheur.


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EAN13 9782373473186
Langue Français

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DÉTECTIVE LAUTREC
LE SIGNE SANGLANT
Roman policier
Maurice BOUÉ
D'après la version publiée dans le journal « L'ÉCHO d'ALGER » en 1925.
*1*
UN CADAVRE TOMBE DU CIEL
Un nouveau crime mystérieux venait d'être commis.
À 11 heures du matin, on avait découvert, au milieu du boulevard Saint-Michel, le cadavre d'un homme défiguré, dont le fro nt était marqué du fatidique nombre :
13
Ces deux chiffres sanglants semblaient avoir été ap posés au moyen d'un cachet empreint d'une couleur écarlate. La victime était méconnaissable : le nez et les oreilles avaient été coupés. Dans les poches de ses vêtements d'une coupe très élégante, aucun papier, pas une montre, pas un mouchoir dont les initiales eussent pu fournir quelque indice à la po lice.
Il apparaissait de toute évidence que le ou les meu rtriers avaient pris toutes leurs précautions pour que l'identité du mort ne pû t être établie.
D'autre part, on ne s'expliquait pas comment ce cad avre avait pu être déposé sur la voie publique, à une heure où la circ ulation est aussi intense, sans que personne ne s'en fût aperçu. C'était un co cher qui, le premier, avait vu une forme humaine étendue, sans vie, au milieu du b oulevard.
Quel est donc ce mystérieux assassiné qui semblait être tombé du ciel en plein jour ?
***
Le cadavre avait été exposé à la morgue pendant tro is jours, mais personne n'avait été le reconnaître.
Les plus fins limiers avaient vainement cherché une piste. Enfin, le détective Lautrec s'était décidé à s'occuper de cette mystéri euse affaire. Mais ses premières recherches étaient restées sans résultat.
Aidé de son secrétaire, Léon Loret, dont la collabo ration lui était précieuse, il avait épuisé tous les moyens d'investigation habitu els.
— Enfin, dit-il un jour à Loret, j'ai trouvé !...
— Le criminel ?
— Non, un moyen de le découvrir.
— Ah !...
— Lisez ceci :
Et Lautrec tendit à son secrétaire un journal dans lequel un articulet était encadré au crayon bleu.
Loret lut ce qui suit :
Le mystérieux assassiné du boulevard Saint-Michel. – Au moment de mettre sous presse, nous apprenons que d'intéressan tes révélations viennent d'être faites au sujet du crime que nous a vons relaté sous ce titre. Un tailleur d'habits, M. Rivert, habitant rue des T isseurs, 151, a reconnu la victime et a pu fournir à la police des renseigneme nts qui permettront de mettre sous peu la main sur le coupable. Nous ne po uvons, pour l'instant, donner de plus amples détails, la préfecture de police gardant le plus grand secret sur les importantes révélations qui ont été faites par M. Rivert.
— Voilà, en effet, dit Loret, des révélations qui s ont de la plus haute importance.
— N'est-ce pas ?
— Et quel est le nom de l'assassiné ?
— Je n'en sais rien.
Loret parut surpris.
— Mais en ce cas, dit-il, ne serait-il pas bon d'al ler trouver ce monsieur Rivert et de le questionner ?
— C'est inutile.
— Pourquoi ?
— Tout simplement parce que monsieur Rivert, c'est moi.
Loret était de plus en plus étonné.
— Je ne comprends plus rien, avoua-t-il.
— C'est bien simple pourtant, dit Lautrec. Voici ma tactique, en un mot : J'ignore le nom de l'assassin ; mais sous le nom de Rivert, je déclare le connaître. Je prévois qu'ainsi le meurtrier, se sac hant menacé, fera tout son possible pour empêcher M. Rivert de fournir des dét ails trop précis, s'il en est temps encore, ou tout au moins pour faire croire à son innocence. C'est ce qui le perdra, car, par ce moyen, je l'oblige à se manifes ter. Et, en se manifestant, il nous fournira une piste que nous n'aurons plus qu'à suivre.
— Excellent moyen en effet.
— Vous avez, du reste, déjà maintes fois observé qu e le meurtrier se perd presque toujours en voulant trop prouver qu'il n'es t pas l'assassin. Souvent
personne ne le soupçonne ; mais se sachant coupable , il se croit suspect et il n'a qu'un but : prouver son innocence. Il y met tan t d'insistance qu'il devient réellement suspect et qu'il s'enferre pour se perdre peu à peu.
— C'est très judicieux.
— Les premiers journaux relatant les prétendues rév élations de M. Rivert sont en vente depuis quelques instants. À partir de ce moment, mon cher Loret, j'entre donc dans la peau de M. Rivert et je m'inst alle dans une bicoque que j'ai louée hier rue des Tisseurs, 151. Vous, restez ici pour vous occuper des affaires en suspens, qui n'ont, d'ailleurs rien d'urgent. Si vous avez besoin de moi, venez me trouver à l'adresse indiquée.
Le détective se retira dans son cabinet pour se gri mer. Dix minutes plus tard, il apparut métamorphosé en un vieillard à barbe blanche.
— Eh bien, comment me trouvez-vous ? demanda-t-il à son secrétaire.
— Méconnaissable !
— Alors, en route !
Il serra la main de Loret et sortit.
*2*
LE SIGNE MYSTÉRIEUX
Sous le déguisement de M. Rivert, le détective s'in stalla donc dans sa bicoque de la rue des Tisseurs. C'était un petit ma gasin propret, mais pauvre, auquel attenait une chambre à coucher. Ces deux piè ces formaient tout le rez-de-chaussée.
Dès le premier jour, Lautrec prit son métier au sér ieux et se mit au travail, pour servir d'imaginaires clients.
L'après-midi s'écoula sans qu'il vît personne.
Vers la soirée, le locataire du premier étage se présenta au magasin.
— Faites-vous le stoppage ? demanda-t-il au faux ta illeur.
— Certainement, monsieur.
— J'ai quelques vêtements déchirés. Je vais les che rcher chez moi et vous les apporter.
Peu d'instants après, le client reparaissait, porta nt ses hardes. Lautrec les examina et promit d'avoir terminé le travail deux j ours après. Les deux hommes parlèrent un peu ; le client dit s'appeler M. Triva rd et être attaché au Ministère du Commerce ; Lautrec déclara venir de Ménilmontant, o ù il avait exercé son métier pendant trente ans.
Puis les deux hommes se séparèrent.
Vers dix heures du soir, Loret passa.
Il n'y avait rien de nouveau à signaler. Il se reti ra, en promettant de revenir le lendemain.
À 10 heures et demie, le détective baissa le volet de sa boutique, ferma le magasin et après avoir minutieusement inspecté ses deux pièces, il se coucha.
Le lendemain matin, il était levé à six heures.
Il s'habilla, ouvrit le volet du magasin et se prép ara à déjeuner.
Comme il passait devant sa table de travail, il s'a rrêta tout à coup, médusé. Il venait de voir, tracé en chiffres rouges, sur le bois, le fatidique nombre :
13
Quelqu'un avait donc pénétré chez lui durant la nui t. Il inspecta les portes et les fenêtres sans découvrir la moindre trace d'effraction.
— C'est étonnant, se dit-il. Enfin, bon ! à l'aveni r j'aurai l'œil. Je ne puis, du
reste, que me réjouir : le ou les assassins se sent ent menacés et veulent me terroriser en traçant leur signe mystérieux sur ma table. C'est ce que je cherchais.
Lautrec examina les chiffres : ils avaient été trac és au moyen d'une craie rouge. Le détective prit leur empreinte sur une feu ille de papier, puis il les effaça.
La journée s'écoula calmement.
L'après-midi, deux dames – des voisines – apportère nt des vêtements à rapiécer.
Comme il l'avait promis, Loret passa vers la soirée .
Ce furent les seules visites que Lautrec reçut.
Le détective avait choisi le métier de tailleur par ce qu'il savait suffisamment stopper pour satisfaire ses clients. Il termina don c les arrangements qui lui avaient été confiés. Il se coucha vers 11 heures, a près avoir, comme la veille, minutieusement inspecté ses pièces. En outre il ava it saupoudré le seuil des portes ainsi que le marbre et les châssis des fenêt res d'une fine cendre de cigare, afin que le visiteur nocturne qui s'avisera it de pénétrer chez lui laissât au moins une trace de son passage. Puis, ayant déposé deux revolvers sous son oreiller, il s'étendit dans son lit.
Il ne dormit, en réalité, que d'un œil, prêtant l'o reille aux moindres bruits de la nuit, prêt à bondir en cas d'alerte.
Mais rien d'insolite ne se produisit. Le lendemain il se leva comme le jour précédent, à six heures.
Son premier soin fut de se diriger vers sa table de travail. Il ne put réprimer un mouvement de surprise en constatant que, comme l a veille, le sanglant nombre13était inscrit, à la craie rouge, sur sa table.
— Enfin, se dit-il, je vais trouver les traces de m on mystérieux visiteur de la nuit.
Il se dirigea vers le seuil de la porte : la...