Les corbeaux de Rustéphan
119 pages
Français

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Description

2 juillet 2000. Les Bleus viennent d'entrer dans la légende en remportant la Coupe d'Europe.

Lorraine Bouchet, future magistrate, roule vers les vacances qu'elle vient passer en Bretagne, chez son amie Stéphanie. Dans la nuit, fatiguée et perdue, elle se trompe de route. En effectuant une manœuvre, elle écrase le VTT d'un adolescent puis, au moment de repartir, un homme hagard se jette sur sa voiture…

Au petit matin, au même endroit, on découvre un cadavre. Le jeune Yann a disparu.

Spécialiste des affaires tordues, le commissaire Landowski est dépêché sur les lieux. De leur côté, Lorraine et Stéphanie mènent leur enquête. Le décor : un château en ruines. Les acteurs : la secte des Adorateurs de la Lune. Au menu : des intimidations, des menaces et… la mort.

Et la nuit, en haut du donjon, une étrange lueur jaune se déplace lentement…

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 20 janvier 2016
Nombre de lectures 353
EAN13 9782374531038
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0019€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Extrait
Lorraine roulait lentement. La vieille route de Concarneau restait quasiment déserte. Pourtant, il y avait une heure à peine que le titre de champion d’Europe s’était ajouté à la légende des Bleus.

Le destin du sport avait ouvert son grand livre à la page du 2 juillet 2000. Sylvain Wiltord en avait écrit le dernier chapitre et David Trezeguet l’épilogue triomphal au moment même où Lorraine descendait du train en gare de Quimper.

Pour beaucoup de Français accros de foot, la vie s’était brusquement suspendue à 22 heures 09 pour redémarrer, une seconde plus tard, dans une euphorie impossible à endiguer…




Dans le hall inondé de lumière, les gens se congratulaient. Un couple de retraités s’amusait à suivre la scène. Le patriarche faisait preuve de bonne volonté afin de participer aux chants tandis que son épouse, une petite bonne femme aux yeux malicieux toujours en mouvement, marquait la cadence d’un métronome de son index d’ivoire déformé par les rhumatismes.

Des voyageurs laissaient tomber leurs valises, embrassaient leur voisin, se jetaient au cou de leur voisine et levaient les bras au ciel en signe de victoire. D’autres personnes sautillaient comme des kangourous en chantant :

« Et un, et deux, et deux à un ! »

Des jeunes gens débraillés firent irruption dans la salle des pas perdus en formant spontanément une chenille qui s’en alla joyeusement serpenter le long des quais avant de revenir vers la salle des départs en traversant hardiment un local encombré de marchandises et ordinairement réservé aux agents de la SNCF.

L’un des joyeux drilles brisa la chaîne humaine et vint avec un bel aplomb appliquer un baiser sonore sur la joue de Lorraine qui avait bien du mal à réaliser l’importance du moment. Ce n’était pas les quelques heures de train qu’elle venait de faire qui auraient pu faire naître chez elle un fort sentiment de gaieté indispensable pour entrer dans la ronde de manière impromptue. Un poste de télévision branché sur le match et installé au beau milieu du wagon aurait certainement créé cette ambiance propice aux débordements de la passion.

Un contrôleur lui expliqua avec force détails que l’équipe de France venait de réussir le doublé Coupe du Monde/Euro 2000 en faisant vibrer ses supporters d’une manière inimaginable. Ensuite, plus calmement, il lui indiqua la marche à suivre pour qu’elle puisse disposer du véhicule de location qu’elle avait réservé.



Elle tourna le bouton de la radio de bord. En appuyant successivement sur les touches des stations préréglées, elle ne rencontra que des commentaires ou des reportages sur le match. Les reporters ne tarissaient pas d’éloges envers cette équipe qui avait su, une fois de plus, tout donner à ses supporters. L’attitude des Italiens en fin de partie faisait réagir quelques aficionados, mais le ton général restait intimement collé au plaisir immense de partager une victoire savoureuse.

Trois voitures bondées de jeunes qui gesticulaient la dépassèrent avant de disparaître dans la nuit laissant derrière eux un sillage musical s’estompant dans la nuit. Quelques voitures venant en sens inverse lui lancèrent des appels de phares saccadés. À chaque signal, elle répondit. Elle se sentait peu à peu gagnée par la folle ambiance. Le pays commençait à comprendre, à réaliser. Ce n’était plus un rêve démesuré. La victoire était là. Pour tous.

Elle aimait bien le foot à l’unique condition que le spectacle soit de qualité et qu’il se joue sur le terrain. Les parties sans éclat uniquement animées par l’agressivité des supporters ne remportaient pas ses suffrages.

Elle avait suivi l’autre match décisif pour l’équipe de France. Elle avait applaudi au jeu de jambes de Zidane et vibré surtout quand il avait trouvé calme et détermination pour se défaire du Portugal par un penalty imparable. Chapeau Zizou !

Si elle avait eu le loisir de prendre un autre train vers la Bretagne, elle aurait pu regarder la finale comme une bonne partie de la population. Elle ne le regrettait pas foncièrement. Il lui manquait juste un peu cette brusque montée d’adrénaline, mieux qu’un plein bol d’expresso, qu’elle aurait à peine contenue au moment même où elle aurait vu le ballon en or pénétrer à l’intérieur du but italien. Elle aimait ces instants forts. Et cette émotion-là, elle n’en aurait pas le délicieux souvenir.