Les tueurs de mannequins

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Après avoir échappé à une terrible embuscade dans la forêt de Fontainebleau, Martin NUMA, le Roi des Détectives, anticipant que ses ennemis ne vont pas en rester là, se prépare à une attaque nocturne, dans la maison où il loge en compagnie de ses amis.


Mais un policier n’agit qu’a posteriori, une fois le crime commis ; aussi, pour que Martin NUMA puisse arrêter ses adversaires, il doit se laisser tuer... du moins, leur faire croire...


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EAN13 9782373479379
Langue Français

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MARTIN NUMA
LE ROI DES POLICIERS
* 4 *
LES TUEURS DE MANNEQUINS
Roman policier
par Léon Sazie
PROLOGUE
Martin Numa tient à justifier son titre deRoi des Détectives. Il se lance à la poursuite de la solution d'un problème des plus com pliqués et des plus angoissants.
Éloi Vidal, vieux et brave garçon de recette auCrédit Bayonnais, un jour d'échéance, n'a pas reparu, après sa tournée à la b anque.
Martin Numa, chargé de l'enquête, découvre dans les poches du veston de Vidal, avec des bouts de gros tabac pour la pipe, d es parcelles de tabac blond parfumé et quelques pétales de fleurs, des pompons de mimosa...
Le détective découvre aussi, dans le tiroir de la t able du père Vidal, sur une carte postale, le portrait d'une charmante jeune fe mme brune...
L'attention de Martin Numa est attirée, au cours de ses recherches, par trois me clients du Crédit Bayonnais, avec qui Vidal avait s ouvent affaire : M Armand, marchande d'antiquités, rue de Provence ; un trafiq uant de reconnaissances du Crédit Municipal, Basilesko ; un banquier, M. de Crabs.
Il voit une jeune femme brune, charmante, en compag nie de Basilesko. C'est une artiste du music-hall, Gabrielle de Belle ry.
Or, cette charmante artiste ressemble à la photogra phie de la carte postale trouvée chez Éloi Vidal !...
Martin Numa est sur la voie. La lutte commence.
Martin Numa a vu que, dans une maison de la rue Mil ton, certains locataires, la nuit, entrent sans faire tirer le co rdon, avec des clefs. Il découvre que cette maison est reliée par le sous-sol avec un regard d'égout, auprès de Notre-Dame-de-Lorette.
Martin Numa, en égoutier, essaye de surprendre ces gens dans leur repaire. Mais il tombe dans les mains de son plus redoutable ennemi.
On le mure vivant dans une poche du souterrain. On crève une conduite d'eau et Martin Numa va périr inévitablement. Perso nne ne pourra même retrouver son cadavre.
Le dévouement héroïque de ses hommes l'arrache à ce tte mort horrible.
Mais tout le monde le croit mort, disparu à jamais.
Martin Numa, qui a reçu la mission de rechercher de s faux-monnayeurs, découvre leur atelier secret.
Il reconnaît dans le chef des bandits un bagnard év adé, le Tatoué, qui est devenu le banquier de Crabs... Martin Numa va l'arr êter... Dans la bataille, il
reçoit un coup de poignard empoisonné, et il est, s ous l'influence du « curare », dans une crise de tétanos.
Mais sous les bons soins du docteur Goujet, il écha ppe à la mort. Pour se rétablir, il se rend en villégiature chez un ami, à Fontainebleau.
Il fait, avec ses lieutenants, de la peinture, sous un déguisement de peintre...
Mais les rochers sur lesquels peignaient nos deux a rtistes sont attaqués par des touristes ; d'autres touristes arrivent au seco urs des peintres et la bataille est dure entre les hommes de Martin Numa et les com plices du Tatoué.
Martin Numa a gagné encore la partie, mais le Tatou é a juré de se venger et veut l'assassiner, la nuit, dans la paisible villa... (1)
(1) Les faits et aventures résumés dans ce prologue sont racontés dans les trois premiers volumes : « MARTIN NUMA, ROI DES DÉT ECTIVES », « LE DOUBLE MORT » et « L'HOMME AUX ONGLES BLEUS ».
CHAPITRE PREMIER
ÀlA BEllE ÉTOIlE
Martin Numa m'avait dit très aimablement :
— Ce soir, on vous assassinera.
Et je n'étais guère enchanté de cette perspective, malgré tout le plaisir qu'il me promettait en outre de faire avec moi le voyage dans l'au-delà. Car lui aussi devait être encore une fois tué, en même temps que moi...
Mais lui, il avait l'habitude !... Moi, c'était la première fois qu'on allait me tuer. Et dame, quand on meurt pour la première fois, on a beau dire, vraiment, ça vous fait quelque chose...
Après cette promesse d'excellent ami, il roula une tranquillement et ajouta :
cigarette, l'alluma
— Je comprends, mon cher Courville, que vous soyez quelque peu ému à cette annonce d'assassinat. Vous n'avez pas encore, comme moi, l'habitude d'être tué... Voici, en effet, la troisième fois qu e ces bandits m'ôtent la vie... Je suis le triple mort...
— Joli record...
— Oui... Je suis curieux de voir comment ils vont s 'y prendre cette fois, pour nous trépasser... Et je gage que cela vous intéress era aussi grandement de voir la façon dont ils vont vous occire.
— Je le crois...
— Et vous serez sans aucun doute le premier et cert ainement le seul reporter, qui racontera son assassinat...
— Ça ne manquera pas d'originalité...
— Mais nous avons devant nous encore quelques insta nts. Il est un peu trop tôt pour entendre sonner notre dernière heure. Profitons de ce répit.
Martin Numa nous dit alors :
— Repassons au tabac, ce qui dans la police est une manière d'occuper ses loisirs. Revenons, mon cher Courville, à votre ciga rette.
Il reprit le bout de cigarette que je lui avais rem is et nous dit :
— Cette cigarette renferme divers produits, dont l' énumération serait trop longue et parfaitement inutile.
De la poche de son gilet, il tira un canif à lame t rès aiguisée. Adroitement, en long, il fendit le papier de la cigarette. Sur u ne feuille de son carnet, il étala le tabac, et l'examina attentivement au moyen de sa fa meuse loupe, qui apparaissait à toutes les occasions sensationnelles , et il nous dit :
— Voyez-vous ces petits brins d'herbe sèche, qui on t l'air d'être des bouts de paille hachée, un peu moisie, des rognures de fo in avarié ?... C'est l'écorce d'une liane que l'on récolte dans les Indes. Le nom européen de cette plante n'existe pas, et son nom indien, très compliqué, m'échappe...
— Laissons le nom.
— Elle est d'ailleurs encore assez peu connue et ne se trouve que dans les laboratoires tout à fait spéciaux... Son usage en t hérapeutique est mal défini... son emploi n'est pas exactement établi, et son acti on est seulement appréciée des chimistes s'occupant de stupéfiants...
— Bon...
— Aux Indes, elle est cueillie avec un certain céré monial mystérieux, surtout par les fakirs... Ceux-ci l'emploient au moment où ils vont se mettre en transes... pour paralyser leurs nerfs... provoquer chez eux ce tte rigidité cadavérique et cette insensibilité extraordinaire, étonnantes pour ceux qui les voient faire leurs passes... accomplir leurs mystères.
— Éternelle comédie.
— Dans les temples hindous, parmi l'encens, on brûl e quelque peu de cette écorce de liane séchée et râpée... L'effet est immé diat chez les fidèles qui aspirent cette fumée.
— Très adroit.
— On les voit se prostrer, s'étendre à terre, et se plonger dans une sorte d'extase qui n'est qu'une façon de sommeil comme ce lui que procure l'opium... mais bien plus prompt et plus puissant. Les fakirs, eux, mâchent de cette liane, l'avalent en boulettes.
— La bonne dose !...
— Aussitôt leurs nerfs deviennent insensibles, leur cerveau se paralyse, et ils peuvent s'étendre sur des lits de clous, marche r sur du verre cassé, sur des lames de couteau, s'endormir dans le feu, sans perc evoir la moindre sensation, sans même se douter du supplice auquel ils se livre nt en l'honneur de la divinité Siva, déesse du Sang, devant les yeux stupéfaits et émerveillés des foules ignorantes ou des Européens que ce spectacle, malgr é tout, étonne et déconcerte...
— C'est compréhensible !
— Quelques brins seuls de cette plante, mélangés à ce tabac, mon cher
Courville, vous eussent plongé dans un sommeil immé diat, qui, comme vous m'avez dit tout à l'heure que vous le redoutiez, n' eût pas été de longue durée certes, mais qui se fût suffisamment prolongé pour que ces misérables eussent eu le temps de faire leur coup.
— C'est ce que j'ai voulu éviter.
— Ils auraient eu le loisir ou de vous fouiller, de prendre vos papiers, de voir s'il n'y avait rien me concernant, ou alors de vous faire avaler une boulette de strychnine, ou de vous jeter sur la voie... de comm ettre enfin un de ces crimes qui restent dans l'esprit des populations comme un de ces mystères à jamais insondables et font l'effroi des voyageurs des lign es de chemin de fer !...
— Mais pourquoi s'attaquer à moi ?
— Parce que vous êtes Courville, mon ami...
— Est-ce une raison ?
— C'en est une pour ceux qui n'en n'ont pas besoin pour commettre un crime.
— Les misérables.
— Ils savaient que vous veniez me rejoindre. Peut-ê tre vous croyaient-ils porteur de documents pour moi... ou bien voulaient-ils par cet assassinat stupide et lâche, me montrer une fois de plus, et combien d ouloureusement, leur puissance.
— C'est possible.
— Mais vous avez échappé à ce grand et réel danger. Remercions le ciel.
* * *
Martin Numa alors ploya la feuille de papier précie usement, la glissa dans son portefeuille en disant :
— J'ajouterai cela à ma collection !... Je vous rem ercie, mon cher Courville, de m'avoir fourni ce document on ne peut plus intéressant... !
— En somme — m'écriai-je — je l'ai échappé belle ce soir ?...
— Oui, mon cher ami... seulement vous me faites sou venir que voici l'heure où vous devez mourir...
— Je n'échappe donc à un danger que pour tomber dan s un autre.
— C'est la loi de la fatalité... Préparez-vous donc à cette nouvelle épreuve... la dernière...
— Je suis prêt.
— Recommandez votre âme à Dieu... et surtout, suive z bien les instructions que je vais vous donner.
J'avais remarqué, étendus au pied de mon lit, diver s effets dont je n'avais pas tout d'abord compris la présence et l'utilité.
— Voici — me dit Martin Numa — un costume qui vous ira à merveille... que j'ai fait préparer pour vous par Prosper... Vous al lez le revêtir après vous être déshabillé comme d'habitude, comme si vous alliez v raiment vous coucher, vous mettre au lit... et après avoir jeté sur une c haise ou sur le fauteuil, le veston ou le pantalon que vous portez...
— Et ensuite ? demandai-je.
— Ensuite ?... Vous allez nous suivre... Nous allon s vous mener au sacrifice, puisque, ce soir, c'est la nuit d'assass inat !...
Pendant que Martin Numa me parlait, Prosper s'était approché du lit.
Il avait défait les couvertures, et, sans aucun res pect pour les draps blancs, il s'était bel et bien couché tout de son long et i l pressait tant, qu'il pouvait sur le matelas afin d'y tracer ce creux dans lequel, volup tueusement, on aime s'étendre et goûter les douceurs du sommeil...
D'un placard, Martin Numa tira une sorte de mannequ in qui se ployait en plusieurs morceaux...
Il raccorda les morceaux, en fit un homme, et il po sa le tout dans le lit...
Sur ce mannequin, on rabattit les couvertures pour l'occasion, on coiffa le mannequin d'une perruque sous laquelle s'adapta une sorte de masque en cire ressemblant étonnamment à quelqu'un de ma connaissa nce, et qui n'était autre que moi-même.
On posa le tout sur l'oreiller, et on le tourna du côté du mur...
— Regardez-vous dormir, mon cher Courville, me dit Martin Numa. Voyez quel bel aspect vous avez, et comme il serait domma ge de vous éveiller...
— En effet...
— Mais ces gens-là ne respectent rien... pas même l e sommeil du plus brillant de nos reporters... le sommeil de l'innoce nce !...
* * *
Alors nous quittâmes ma chambre.
Martin Numa et Prosper m'entraînèrent et nous gagnâ mes la chambre qui était réservée au roi des Détectives.
Là, également, dans le lit, dormait un mannequin do nt le masque reproduisait les traits du peintre paysagiste que l 'on voyait constamment errer sous les arbres centenaires de la forêt de Fontaine bleau ou sur les berges fleuries de la Seine...
Peintre, qui n'était, nous le savons, que mon bon a mi Martin Numa...
Nous attendîmes ensuite quelques instants, puis Mar tin Numa ayant consulté sa montre, nous dit :
— Mes amis, voici l'heure où le crime va se commett re, il faut cette fois que nous égalions les carabiniers de l'opérette, que no us arrivions tout à l'heure trop tard. Pour cela, il faut que les gens de justice qu e nous sommes déguerpissent au plus vite, afin de laisser aux assassins le temp s de commettre leur ignoble forfait...
Une réflexion me vint à ce moment, et je demandai à Martin Numa :
— Mais enfin, mon cher ami, puisque vous savez qu'o n va, ou qu'on doit commettre un meurtre, pourquoi fuyez-vous et n'empê chez-vous pas ce crime de s'accomplir même en effigie ?...
— Ah ! ah ! bonne question.
— Pourquoi n'arrêtez-vous pas ceux qui vont entrer ici ?... Et ne mettez-vous pas vos mains puissantes au col de ces misérables ? ...
Martin Numa me regarda de ses yeux gris et froids, et de sa voix tranchante, il me dit :
— J'ai besoin encore que ces gens agissent en liberté !
Je n'avais rien à répondre...
Cependant, il ajouta :
— Si j'arrêtais ici ces deux malfaiteurs, cela ne m 'avancerait à rien... J'aurais simplement arrêté des comparses, des individus en s omme sans importance... Tandis que je veux arriver au chef... À celui qui c ommande !... Au compère de l'homme aux ongles bleus.
— Je comprends !
— Ce n'est pas la main qui frappe que je veux prend re, c'est le cerveau qui gouverne !... Voilà pourquoi il est nécessaire que ce soir le crime puisse être commis en... toute tranquillité.
— Bien.
— Les malfaiteurs qui vont venir ici doivent avoir toute liberté et tout loisir