Manus Domini
269 pages
Français

Manus Domini

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Description

A Nanterre, l'office central de lutte contre la traite des êtres humains est en ébullition. Un tueur en série fait régner la terreur dans le monde de la prostitution mais cette série de meurtres peu commune est porteuse de très lourds secrets. Une jeune prostituée moldave exploitée à Paris, aidée par un vieil ecclésiastique, est en proie à un stress traumatique intense. Le commissaire va mener ses hommes dans une
enquête peu commune, qui électrisera toute la chaîne hiérarchique policière et les magistrats parisiens.

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Date de parution 24 avril 2020
Nombre de lectures 0
EAN13 9782140148118
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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Eric Le Loup
Manus Domini Roman
Manus Domini
ETHNOGRAPHIQUES Série Fictions et récits
Manus Domini
Ethnographiques Collection dirigée par Pascal LE REST
Ethnographiquesveut entraîner l’œil du lecteur aux couleurs de la vie, celle des quartiers et des villes, des continents et des îles, des hommes et des femmes, des jeunes et des vieux, des blancs et des noirs. Saisir le monde et le restituer en photographies instantanées, de façon sensible et chaude, proche et humaine, tout en préservant la qualité des références, des méthodes de traitement de l’information et des techniques d’approche est notre signe et notre ambition. Déjà parus Catherine SERVIN,Sur les genoux de Khrouchtchev,2019. Philippe LIPCHITZ,Nuit de Juillet,La rafle du Vel d’Hiv, 2019. Philippe LIPCHITZ,Mai 68, journal d’un lycéen, 2018. Eden Jung-Wook PARK,S'élever comme une étoile,2018. Gabriel SEBBAN,Les Caroubes de Mostaganem,2017. Marie-José CLARYSSE-SEBBAN,Le miroir d’une alouette. Grandir entre Beauce et Perche, 2017. Philippe LIPCHITZ,Une convalescence. Livre 3, Etienne serait-il comédien ?, 2017. Philippe LIPCHITZ,Une convalescence. Livre 2, Etienne deviendra-t-il comédien ?, 2017. Philippe LIPCHITZ,Une convalescence. Livre 1, Plus tard Etienne sera comédien, 2017. Bernard BLETHON,Ces autres comme nous-mêmes, Carnet de route, 2017. Pascal LE REST,Franck Lombard dans les starting-blocks. Ethnographie d’une insertion professionnelle, 2016. Philippe LIPCHITZ,L’été de Benjamin, 2016. Caroll KLEIN,La vie de passages…, 2016. Roberta RUBINO,Outils de recherche. Étude du projet Coton bio-équitable du Mali, 2016.
EricLe Loup
MANUSDOMINI
Roman
© L’Harmattan, 2020 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-20070-5 EAN : 9782343200705
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Office central pour la répression de la traite des êtres humains, Nanterre, 08h30.-! UneOn a un cadavre sur les bras Georges ! prostituée roumaine qui a été tuée à coups de couteau. Un type qui sortait son chien vient de la découvrir dans les petits bosquets, juste à côté du Sacré-Cœur!
Annonça Robert Bardier, un vieux commandant de police, adjoint du commandant de l’Office central pour la 1 répression de la traite des êtres humains, l’OCRTEH, pour les spécialistes de la PJ, en entrant dans le bureau de son patron.-Du Sacré-Cœur?Le commissaire Georges Montillet, chef de l’Office central regarda le commandant avec étonnement. La cinquantaine, les cheveux courts grisonnants, le commissaire Montillet conservait une forme éblouissante grâce à un entretien physique régulier. Ne fumant pas, peu porté sur l’alcool, le commissaire s’attachait à courir deux ou trois fois par semaine dans le bois de Vincennes ou sur les bords de la Marne. Le sport était essentiel tant à son équilibre psychique que physique et il organisait son activité professionnelle en conséquence.Pur produit de la police judiciaire de la préfecture de police de Paris, le fameux « 36 quai des Orfèvres », Georges avait passé la quasi-totalité de sa carrière à X Comme son nom ne l’indique pas, l’OCRTEH n’a en charge que les affaires de proxénétisme et de traite des personnes à des fins d’exploitation sexuelle. Les autres formes d’exploitation sont confiées à d’autres offices centraux, dont des offices de la gendarmerie nationale.
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enquêter sur les violences faites aux personnes et à traquer les gros bonnets du grand banditisme. Il connaissait parfaitement leurs méthodes et plus rien ne pouvait le surprendre, mais à cet instant précis, son adjoint et chef du groupe Europe de l’Est et du Sud-est venait de rompre sa routine professionnelle. En vieux routier de la PJ, il flaira une affaire hors normes, mais ne voulut rien laisser paraître devant son subordonné. En quelques secondes, Georges s’ébroua intellectuellement et se cala dans son fauteuil en cuir, s’adossant nonchalamment au dossier, qui ploya sur ses amortisseurs lui donnant l’impression d’être assis dans un rocking-chair. Il fixa l’officier, debout devant lui, et ne put s’empêcher de sourire. Un peu mal à l’aise, Robert l’observait, ne sachant quelle attitude adopter. Ses cheveux en bataille, grisonnants et rares, laissaient entrevoir une calvitie déjà bien avancée. Robert était la caricature du flic à l’ancienne. Fagoté dans un costume en tergal, gris souris, trop petit pour son embonpoint de grand buveur de bière, il portait des mocassins« Derby » noirs, élimés jusqu’à la corde, qui n’avaient pas dû voir de cirage depuis des lustres et une chemise démodée, saumon clair à petits carreaux qui le boudinait outrageusement. Georges craint un instant qu’un bouton ne cède sous la pression et vienne l’éborgner. Pourtant, malgré son allure quelque peu défraichie, non seulement Robert était son ami, mais également son meilleur enquêteur, un incroyable limier, malin comme un singe et plus entêté qu’une mule. Lorsque ce dernier démarrait une enquête, il ne lâchait rien tant que les auteurs n’étaient pas sous les verrous. Georges croisa tranquillement les mains sur son ventre et réagit enfin.
-C’est la première fois que j’entends ça! Elles ne tapinent pas là-bas pourtant ! Pourquoi sommes-nous appelés? C’est plutôt le boulot de la «Crim», on n’a rien
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à y voir, c’est le territoire de la préfecture de police pas de l’Office!Robert hocha la tête et s’installa sur le siège en tissu beige qui trônait devant le bureau de Georges.-Je sais, mais c’est Helena Crosnisciu qui est morte. Le procureur a informé la «crim’» qu’une commission 2 rogatoire était déjà ouverte par les magistrats de la JIRS contre son réseau de proxénètes. Il pense que les deux affaires sont liées. Un copain de la Crim’ vient de m’appeler pour m’informer que le Proc’ allait nous saisir.
Georges se redressa brutalement sur son siège dont les ressorts grincèrent dans une complainte sinistre qui traduisait leur mauvais état. Il frappa rageusement du poing sur son bureau faisant sauter le pot de crayons qui faillit se renverser.
-passablement énervé. Il! jura-t-il, Merde Helena ne manquait plus que ça ! On allait la faire tomber pour proxénétisme! Depuis le temps qu’on est sur elle, bordel de merde! C’était une excellente «» pourpremière fille ses « macs »,Il se tut un bref instant avant d’ajouter,-La seule chose qui me console c’est que "tête de veau" va en faire une maladie.Robert sourit à l’évocation du proxénète roumain. Il enquêtait sur cette affaire et comme tous les membres de l’Office central, il connaissait les tenants et aboutissants de l’enquête. Actuellement planqué en Espagne, Ilie
Y - Communément appelées JIRS, les juridictions interrégionales spécialisées, au nombre de 8 en France et composées de magistrats expérimentés, ont été créées par la loi du 09 mars 2004. Elles ont pour vocation de lutter contre la grande criminalité organisée ou les enquêtes financières complexes.
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Romanescu alias « tête de veau » dirigeait un vaste réseau européen de proxénétisme. Ultra-violent et polyvalent, il trafiquait également des faux papiers d’identité pour les réseaux criminels en provenance d’Afrique subsaharienne qui faisaient venir des migrants par bateau en Espagne ou en Italie. Lui se chargeait parfois de les orienter vers le reste de l’Union européenne, profitant de l’aubaine pour alimenter ses réseaux de prostitution. Très lucrative, cette activité comportait deux avantages. « Tête de veau » gagnait beaucoup d’argent grâce au trafic de migrants, avec des risques mineurs de se voir poursuivi par la justice, tant cette infraction était peu connue des magistrats. En bon chef d’une entreprise criminelle, il envoyait ses lieutenants réceptionner les bateaux et scruter les groupes d’illégaux qui débarquaient des frêles embarcations venues des côtes libyennes ou marocaines. Ils récupéraient alors les jeunes femmes isolées pour les vendre aux réseaux nigérians qui dirigeaient la prostitution africaine en Europe. Certaines d’entre elles, les plus belles, étaient orientées vers les grands bordels espagnols qui jalonnaient la frontière catalane à « la Junquera » pour une clientèle française plus ou moins privée de prostituées depuis la loi sur la pénalisation des clients. Soucieux de mettre un terme à l’activité de ce réseau criminel organisé, le procureur de la République de Paris avait autorisé des écoutes judiciaires dans le cadre de la loi « anticriminalité organisée » de 2004, qui offrait des compétences élargies aux enquêteurs luttant contre la grande criminalité. Il avait ensuite requis l’ouverture d’une information judiciaire par le pôle de l’instruction de la JIRS de Paris. Depuis les écoutes téléphoniques tournaient à plein et les éléments de preuve à charge contre « tête de veau » et son réseau, s’accumulaient jour après jour, à tel point que le juge d’instruction avait délivré un mandat d’arrêt européen à l’encontre de Romanescu.
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