Ned Pic, détective
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Ned Pic, détective

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Description

René PICARD, alias Ned PIC, policier à la réputation sans faille, profite de ses vacances au bord de l’océan pour assister à une représentation théâtrale.


Alors qu’il retourne à son l’hôtel, la nuit, en passant par la lande, il aperçoit au loin un signal lumineux ne pouvant, selon lui, provenir que du château de Broquet occupé par la famille Jusserac.


Poursuivant son chemin, il entend, trente minutes plus tard, une détonation émanant de la même direction.


Aux abords d’un gouffre rocheux surnommé le Trou du Diable, il bute dans une masse molle et inerte : un corps sans vie...


Intrigué, Ned PIC se rend au château pour constater que celui-ci est entièrement vide, toutes portes ouvertes...


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Publié par
Nombre de lectures 2
EAN13 9782373476408
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0011€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

NED PIC,
DÉTECTIVE Roman policier
par Jean PETITHUGUENIN
I
René Picard, surnommé Ned Pic, le fameux policier dont les exploits professionnels fournissent si souvent la matière de reportages passionnants, le limier que son habileté et son extraordinaire faculté de déduction ont mis absolument hors de pair, était venu en vacances à Marignes. Il avait passé la soirée à Giverville et assisté à une représentation de l'Abbé Constantindonnée au casino par une assez bonne troupe. Il rentrait à pied, en contournant la baie.
Dans la noirceur du paysage, un point lumineux brilla soudain, s'éclipsa plusieurs fois à intervalles réguliers, s'éteignit et ne reparut plus. Cela avait duré quelques secondes.
— Un signal ! songea Ned Pic.
Cette manifestation d'une activité humaine était sans doute insignifiante, mais elle avait tout de même quelque chose d'impressionnant dans la paix profonde de la nuit.
Le policier s'était arrêté. Il entendait dans le lo intain les coups sourds de la vague qui s'engouffrait sous les rochers du Broquet, aux somb res et puissants contours. Une brise aromatique soufflait du large par bouffées.
Bien qu'il se fût juré de ne pas « travailler » pen dant ses vacances, Ned Pic avait l'instinct professionnel trop développé pour ne pas se sentir spontanément intéressé par les petits incidents mystérieux qu'il avait l'occasion de remarquer ; il ne pouvait alors s'empêcher d'en chercher l'explication.
Le signal lumineux qui venait de frapper sa vue pré sentait aussitôt à son esprit un problème à résoudre.
Maintenant que la lueur était éteinte, le policier continuait à regarder fixement dans la direction du point disparu et tâchait de deviner sa situation exacte.
— Comme je suis placé, raisonnait-il, ayant la pointe du Broquet en face de moi, je ne peux rien apercevoir de Marignes : le village est e ntièrement masqué par les rochers. La lumière a brillé un peu sur ma droite et, à moins qu'elle ne provienne d'une lanterne dans la campagne, elle n'a pu s'allumer qu'au château du Broquet, qui est bâti sur la partie large du cap, à sa jonction avec la terre. À part le château , il n'y a dans cette direction d'autre habitation visible d'ici qu'une petite maison de douanier ; mais elle est construite à l'extrémité du promontoire...
Ned Pic, toujours planté au même endroit, poursuivait ses déductions.
— Ce n'est pas une lanterne dans la campagne : c'est trop haut. Pour se montrer à cette hauteur, le feu aurait dû s'allumer à peine à cinquante pas de moi et encore être porté au bout d'une perche, et alors il m'aurait paru plus vif et plus gros... et je l'aurais vu bouger.
Le policier se tourna vers le bord du chemin et y creusa un trou avec le bout de sa canne.
— Cette marque, songeait-il, me permettra de retrouver la place demain, au jour, et, si ça m'amuse encore, je pourrai revenir contrôler mes conclusions. Il reprit lentement sa marche, jouissant en promeneur de la beauté de la nuit d'été. Sa pensée, captivée quelques minutes par l'attrait d'u n mystère, s'attachait à d'autres objets ; il revoyait par l'imagination les plus belles scènes de l'Abbé Constantinjugeait que cette et agréable comédie n'avait pas vieilli. Le rôle du bel officier de cavalerie, neveu de l'abbé, avait été joué avec beaucoup de brio par un artiste inconnu qui aurait mérité quelque notoriété. Par contre, celui de la jeune Américaine dont s'éprend l'officier avait été médiocrement interprété par une demi-mondaine qui avait prétentieusement ch oisi pour nom de guerre : Perrette France.
Une demi-heure environ s'était écoulée depuis que l'attention de Ned Pic avait été attirée par le signal lumineux du château du Broquet, quand une lueur brusque scintilla sur la grande silhouette noire du cap, vers son extrémité. Ned Pic s'immobilisa derechef.
— Tiens ! pensa-t-il. On dirait un coup de feu.
À peine cette réflexion lui avait-elle traversé l'esprit qu'une détonation, assourdie par la distance et la rumeur de la mer, frappa son oreille.
— C'est bien ça ! On a tiré. J'ai perçu instantanément la lueur du coup de feu, tandis que le son a mis un certain temps à traverser l'espace qui me sépare du tireur... Combien de temps ? Un peu plus d'une seconde, ce qui correspond à quatre ou cinq cents mètres à vol d'oiseau. C'est bien la distance à laquelle je suis de la pointe du Broquet. « Hum ! D'abord un signal lumineux, ensuite un coup de feu : il se passe sûrement par là quelque chose d'insolite. Le policier consulta sa montre aux aiguilles phosphorescentes et vit qu'il était minuit trente-cinq. Il fit un tour sur lui-même, pour obse rver successivement dans toutes les directions. La nuit était claire et on distinguait les objets relativement éloignés. Le casino de Giverville, encore illuminé, flamboyait sur la côte, en face de la pointe sinistre du Broquet, et répandait sur la mer un grand reflet jaunâtre. La campagne semblait déserte et il n'y avait pas un bateau en vue.
— Je suis probablement le seul témoin de ces incide nts bizarres, se dit Ned Pic, en reportant son regard vers le Broquet.
Il réfléchit.
— Mais, avant de nous monter la tête, essayons d'ex pliquer les faits par des causes banales... Pour ce qui est du phénomène lumineux qu e j'ai d'abord interprété comme un signal, ne pourrait-il avoir été produit tout bonnement par une personne qui serait passée et repassée, une lampe à la main, devant une fenêtre o uverte, sans aucune intention de correspondre avec des gens placés au-dehors ?... En ce cas, il n'y aurait pas de rapport entre cet incident et celui du coup de feu, qui pourrait avoir été tiré par un braconnier... à moins que ce ne soit par un douanier, sur une personne suspecte.
Ned Pic agita un moment ces pensées.
— Eh bien, non ! conclut-il. On ne peut produire, e n se promenant sans intention particulière dans une chambre, une lampe à la main, des éclipses aussi régulières, aussi répétées et aussi rapides. Il s'agit d'un signal... Quant au braconnier, je ne vois pas quel gibier il chasserait par ici : on ne peut tirer que des mo uettes, et on ne trouverait aucun amusement à les traquer la nuit... Des douaniers, il y en a en faction sur la côte, mais ils ne tireraient que s'ils étaient attaqués, et la nuit est trop claire pour que des contrebandiers risquent de débarquer des marchandises.
« Bah ! le mieux est d'y aller voir. J'arriverai peut-être encore assez tôt pour découvrir un indice.
La route de Giverville à Marignes décrivait un large demi-cercle autour de la baie. Pour éviter ce long détour, Ned Pic résolut de descendre à sa gauche sur la plage, que la mer basse laissait à découvert, et de là traverser en ligne d roite jusqu'à la pointe du Broquet. Les rochers étaient escarpés et l'escalade en était presque impossible, surtout dans l'obscurité ; mais on trouvait, en contournant le cap du côté de Marignes, un escalier rustique, taillé à coups de pic, qui permettait d'atteindre le faîte.
Le policier se mit à marcher rapidement sur le sable, courant même par instants, car il savait par expérience ce que vaut le temps en de pareilles circonstances. Quelques secondes d'avance ou de retard décident du succès d'une enquête.
Il était à mi-chemin de la pointe du Broquet, quand il éprouva la sensation d'un brusque assombrissement de la nuit. En se retournant, il observa que Giverville était plongé dans l'obscurité. On avait éteint l'électricité au casin o, dont les grandes verrières illuminées avaient jusque-là rayonné sur la baie.
— Minuit trois quarts, c'est leur heure, songea Ned Pic.
Il vérifia sur sa montre cette constatation.
— Je serai dans trois minutes au pied du Broquet. Il me faudra au moins deux minutes pour contourner les rochers jusqu'au Trou du Diable , et il me restera encore à gravir l'escalier. Bref, j'arriverai sur les lieux plus d'un quart d'heure après l'incident du coup de feu et de trois quarts d'heure après celui du signal lumineux.
Ned Pic avait calculé juste. Il arriva au bas du promontoire, sur lequel il n'avait plus rien remarqué d'anormal.
Le cap avançait si loin dans la mer que son extrémi té était toujours battue par le flot, même à marée basse, et il fallait, pour passer de l'autre côté, emprunter un sentier creusé dans le roc, que la vague recouvrait du reste aux époque s de grandes marées. Ce sentier en corniche surplombait, dans une partie de son tracé, une caverne profonde, où l'eau grondait par instant comme le tonnerre, quand, soulevée par la houle, elle s'élançait contre les voûtes ; l'air, comprimé par le choc, s'échappait en mugissant : on se serait dit là aux portes de l'enfer. La caverne recouvrait un gouffre, dont les gens du pays prétendaient qu'on n'avait jamais trouvé le fond ; il avait englouti plus d'un naufragé et on l'appelait le Trou du Diable.
Le policier n'avait plus que quelques pas à faire pour trouver à sa droite l'amorce de l'escalier, qui s'élevait en lacets sur le flanc de la falaise.
Il s'arrêta tout à coup à la vue d'une masse noire qui gisait en travers du sentier et qu'il prit d'abord pour un bloc détaché du roc.
— Qu'est-ce que cela ? murmura-t-il. Il se pencha pour tâter l'objet et tressaillit en sentant sous ses doigts la douceur tiède d'une étoffe. — Un homme évanoui... ou mort.
Ned Pic, redressé à demi, prêtait l'oreille et scru tait les ténèbres : il s'agissait d'un crime, peut-être l'assassin épiait-il, caché près de là.
Ne voyant rien, n'entendant rien qui lui eût révélé la présence d'un espion, le policier se pencha de nouveau et projeta sur le corps inerte le rayon d'une lanterne électrique.
L'homme gisait, replié sur lui-même, le dos en l'air, les genoux rapprochés du corps, la tête pressée contre la poitrine dans une position q ui ne pouvait s'expliquer que par une fracture des vertèbres du cou. Le crâne, appuyé sur le roc, était fracassé et baignait dans du sang caillé.
Tout semblait indiquer que cet homme était tombé du haut de la falaise ou du sentier en lacets et s'était assommé dans sa chute.
Ned Pic, après avoir examiné le cadavre avec soin dans la position où il se présentait à lui, le fit rouler sur le côté pour regarder la figure. Le corps était flasque, ce qui indiquait une mort récente, et le policier, en glissant sa main sous les vêtements pour tâter la peau, la sentit encore chaude.
— Ça concorde avec l'heure du signal lumineux et ce lle du coup de feu, pensa Ned. Voyons la figure... Les yeux sont ouverts, révulsés... Heu ! le pauvre diable fait une horrible grimace... Mais... il me semble que je connais cette tête-là... Oui, parbleu ! je ne me trompe pas : c'est Jusserac, Robert Jusserac, le propriétaire du château du Broquet !... Hum ! l'affaire se corse. S'agit-il d'un accident ou d'un assassinat ?... Est-ce sur cet homme qu'on a tiré ?... Mais je ne vois pas trace de blessure par balle ou plomb de chasse...
En poursuivant son examen, Ned Pic était frappé par des circonstances bizarres. La victime n'avait pas de coiffure, on ne voyait ni chapeau ni casquette à l'endroit où elle était tombée, mais on pouvait supposer que le chapeau avait roulé dans le Trou du Diable. Il y avait d'autres particularités plus curieuses. L'homme était sommairement vêtu d'une chemise de nuit, d'un pantalon et d'une veste, et chaussé de pantoufles d'étoffe se fermant avec des boucles ; il n'avait ni caleçon ni chaussettes. Ses poches étaient vides.
Cela semblait indiquer qu'il s'était habillé à la hâte, appelé au-dehors par un événement inattendu qui exigeait impérieusement son intervention. — Est-ce lui qui a fait le signal lumineux ? se demandait le policier, lui a-t-on répondu par un signal semblable, que je ne pouvais voir de l'endroit où j'étais, et qui l'invitait à sortir
pour se rencontrer avec quelqu'un ?... Mais il aurait prévu le cas où il serait obligé d'aller à un tel rendez-vous et il se serait vêtu en conséquence. Ned Pic replaça le corps exactement où il l'avait trouvé.
— Je pense, se dit-il, que le plus sage est d'aller d'abord au château du Broquet, pour voir ce qui s'y passe et tâcher au moins de me renseigner. Il gagna l'escalier taillé dans le roc et le gravit avec précaution, tout en observant prudemment les alentours. En arrivant sur la crête du promontoire, il disting ua les contours géométriques des toitures du château du Broquet, qui se dressait à quelques centaines de mètres devant lui, sans une lumière du haut en bas de sa masse noire.
Il avait à ce moment, tournant le dos à la mer, Giverville à sa droite, séparé de lui par toute la largeur de la baie, et le village de Marignes à sa gauche, au pied des falaises, avec son petit havre de pêcheurs. Il savait aussi que la maison d'un douanier s'élevait à l'extrémité du cap, du côté de Giverville.
— Le douanier ou sa femme auront entendu le bruit du coup de feu. Je suis curieux de connaître leurs impressions. Ces gens-là auront, j' en suis sûr, des choses intéressantes à m'apprendre... Mais le plus pressé est d'aller au château.
Au point où il était parvenu en haut de l'escalier rustique, Ned Pic avait laissé la maison du douanier derrière lui ; il lui aurait fallu revenir sur ses pas pour s'y rendre et il en était aussi loin que du château. C'est pourquoi il décidait d'aller d'abord au château. Tout en marchant, le policier se remettait en mémoi re ce qu'il avait entendu raconter dans le pays au sujet de Robert Jusserac et sa famille. Jusserac, qui pouvait avoir une soixantaine d'années, passait pour un grand original. On le disait très riche. Il avait eu une jeunesse très dissipée et orageuse, et on l'accusait d'avoir rendu folle sa femme, Mathilde Jusserac, avec laquelle il vivait au château du Broquet. Il avait recueilli chez lui un neveu, Pierre Arnaud. Il le traitait comme un fils et avait, affirmait-on, l'intention de lui léguer une part de sa fortune, à la grande fureur de sa fille Lucie, qui, mariée contre le gré de Robert Jusserac, était brouillée avec lui depuis dix ans et ne paraissait plus jamais au Broquet.
— Quand il y a de telles bizarreries dans une famille, il n'est pas rare qu'un drame en soit la conséquence, se disait Pic en méditant de la sorte.
II
Ned Picmarchait de surprise en surprise.
En arrivant au château, il avait trouvé grande ouverte la petite porte de la grille du jardin. Robert Jusserac était donc sorti si précipitamment qu'il n'avait pas pris le temps de la refermer.
Pour la même raison, sans doute, la porte de la tou r d'angle, qui donnait accès à un escalier, était également ouverte. Dès qu'il s'était approché à travers le jardin, le policier avait remarqué ce trou noir qui bâillait.
Sa première idée était de sonner pour éveiller un domestique ; mais, en voyant avec quelle facilité on pouvait pénétrer dans la maison sans être remarqué, il céda au désir d'inspecter secrètement les lieux. Il avait l'espoi r de faire ainsi une découverte qui lui fournirait la solution du problème tragique.
À vrai dire, il risquait d'être surpris par un habitant du château, mais il comptait sur sa présence d'esprit pour expliquer son intrusion ; d' ailleurs, le cas était peu probable, car il fallait que tout le monde fût absent ou bien profondément endormi pour qu'on ne se fût pas avisé du départ de Jusserac.
Ned Pic croyait se rappeler qu'il y avait un chien de garde au château. Aussi s'était-il engagé d'abord avec précaution dans l'allée. Le silence persistant l'avait bientôt rassuré à cet égard. Si Jusserac avait un chien, ce dernier était enfermé ou peut-être en train de battre la campagne à la recherche de son maître.
Le policier entra dans la tour et monta l'escalier, en s'éclairant par intervalles avec sa lanterne électrique.
Un courant d'air assez violent régnait dans la cage de l'escalier ; le claquement d'une porte mal fermée, qui battait, résonnait au premier.
Cette dernière circonstance confirma Ned Pic dans l'opinion qu'il n'y avait personne dans la maison, sinon peut-être des domestiques, logés d ans les mansardes ou des communs éloignés, qui ne pouvaient entendre le bruit.
Sûr désormais de ne pas rencontrer âme qui vive, le policier monta hardiment. Arrivé sur le palier du premier, il s'arrêta pour s'orienter. Il avait à sa gauche la porte qui battait.
Le rayon de sa lanterne lui révéla un corridor sur lequel donnaient plusieurs portes fermées et, à sa droite, une autre porte, fermée au ssi, qui, d'après la disposition générale des lieux, devait être celle d'une pièce ménagée dans l'épaisseur de la tour.
— Visitons d'abord la pièce de gauche, décida-t-il. C'était celle dont la porte était restée ouverte. Il entra silencieusement et ferma la porte. — Tout ce que je remarque jusqu'ici dénote le troub le et la précipitation, raisonna
Ned Pic. Et, au premier abord, on est tenté d'admet tre que cette chambre a été le point de départ de Robert Jusserac pour cette course nocturne qui devait le conduire à la mort. Il inspectait le mobilier.
— C'est une chambre de femme. Cette coiffeuse et ce chiffonnier Louis XV suffiraient à l'indiquer, si ce déshabillé de dentelle, négligemm ent jeté sur un fauteuil, ces bibelots féminins sur la table et sur la cheminée, ces petit es babouches sous le lit ne m'en fournissaient des preuves irrécusables... Nulle trace, d'ailleurs, d'une présence masculine... Autant que je le sache, Jusserac n'avait avec lui au château que sa femme et son neveu. Cette me chambre est donc, selon toute vraisemblance, celle de M Jusserac.
La fenêtre était ouverte, ce qui expliquait le courant d'air dans l'escalier. Ned Pic traversa la pièce et se baissa soudain en remarquant dans le rayon de sa lanterne un objet blanc par terre, juste sous la fenêtre. C'était un mouchoir fin, orné de dentelle.
Le policier regarda le chiffre, un M.
— L'initiale de Mathilde, se dit-il. Ce mouchoir appartient à Mathilde Jusserac. Cette trouvaille confirme mes premières hypothèses.
— Comment ce mouchoir était-il là ? Il est propre, à peine déplié, et n'a sûrement pas été me jeté exprès. Il faut donc que M Jusserac l'ait laissé tomber par mégarde. Comme d'autre me part il est de très belle qualité, orné d'un point d'Irlande précieux, M Jusserac doit y tenir, et elle se serait avisée de sa perte si son attention n'avait été absorbée... Je sais bien qu'elle est folle, mais sa folie est douce, et, dans les circon stances ordinaires de la vie, elle doit se comporter à peu près comme une personne normale... Au reste, je ne fais là que des hypothèses, toujours sujettes à correction. La suite de mes investigations m'apprendra si je peux les considérer comme des certitudes, ou s'il me faut les écarter pour les remplacer par d'autres, plus conformes à la réalité... C'est ma m éthode : elle consiste à raisonner sur les faits connus et à essayer d'en déduire la vérité, qu'on serre de plus en plus, au fur et à mesure que de nouveaux faits corroborent ou corrigent les premières conclusions. Le tout est de ne pas s'entêter à conserver, en dépit de toute vraise mblance, une hypothèse manifestement fausse, parce qu'on y a d'abord trouvé une explication tentante.
me « Admettons donc provisoirement que ma supposition soit juste... M Jusserac était là, près de la fenêtre... Assise ? Non ! il y aurait un siège à proximité et ils sont tous éloignés. Alors ? Elle était debout et regardait par la fenêtre ouverte... Le lit n'est pas défait.
Ned Pic se détourna.
— Assurons-nous qu'il n'y a personne dans les autres pièces.
Il sortit sur le palier, toujours avec les mêmes précautions, évitant le moindre bruit, et alla écouter à la porte qu'il avait remarquée à sa droite en arrivant en haut de l'escalier.
— Après tout, le plus simple est de frapper. S'il y a quelqu'un, on me répondra et je n'aurai pas de peine à expliquer ma présence. Ce n'est pas grand péché que d'entrer dans une maison dont toutes les portes sont ouvertes.