Rémoras

-

Français
344 pages
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Description

« Seuls les petits secrets ont besoin d'être protégés; les plus gros sont gardés par l'incrédulité publique ». Marshall McLuhan
Trois anciens membres d’une cellule très spéciale des services de renseignement français décident de reprendre du service après une retraite de huit ans, afin d'échapper au « nettoyage » lancé par leurs anciens employeurs.
Dans leur sillage, ils entraîneront un cataclysme mondial qui les dépasse totalement et qui transformera le monde tel que vous le connaissez.
Qui sont vraiment ces trois « repentis » et peuvent-ils combattre le Cercle, ce groupe d’hommes discrets qui semble être aux commandes de la planète ?
« Rémoras » concrétise la mise en commun de deux approches complémentaires du thriller de politique-fiction, la plume se mettant au service d’une histoire inspirée de faits réels qui flirte constamment avec l’actualité.
Saurez-vous même distinguer la réalité de la fiction ?
Découpage des 60 chapitres du roman (422 pages en version papier) :
- Prologue
- 1 : "Ouverture"
- 2 : "Développement"
- 3 : "Attaque Priape"
- 4 : "Attaque Carpette"
- 5 : "Attaque Vulcain"
- 6 : "Echec"
- 7 : "Zugzwang"
- 8 : "Mat"
- Épilogue
Préface de John Bastardi Daumont, auteur de « Décryptage du mensonge et de la manipulation » (Editions La Martinière).

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Publié par
Date de parution 07 octobre 2014
Nombre de lectures 2 198
Langue Français

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RÉMORAS

M.I.A

© M.I.A, février 2012. Tous droits réservés.
Éditions Hélène Jacob, septembre 2012. CollectionThrillers.
ISBN : 979-10-91325-03-5

Préface


Lorsque «Missing In Action », M.I.A, m¶a proposé de préfacer RÉMORAS, un honneur
ressenti, unepPRWLRQ WDQJLEOH P¶RQW HQYDKL '¶XQH SDUW FDU O¶ouvrage en question est d¶une
qualité narrative exceptionnelle. Ceux qui le liront auront l¶impression immédiate d¶assister à
un des meilleurs films d¶espionnage que le cinéma contemporain peut produire.
'¶Dutre part, et c¶est à ce niveau que je fus le plus touché, car c¶est un roman à clefs. Et,
malheureusement pour ce qui pouvait me rester de naïveté et de confiance en l¶État, je
connais les clefs dont il est question.
Ce sont justement ces « clefs », que je vous laisse découvrir par vous-même, qui ont à la
fois séduit et dissuadé plusieurs maisons d¶éditions françaises contactées pour la publication
de cet ouvrage.
Séduites, elles furent, car les rebondissements sont présents quasiment toutes les quatre
pagHV 3HQGDQW WRXWH O¶KLVWRLUH HW GqV OD SUHPLqUH VFqQH &DSWLYpHV pJDOHPHQW SDU OHV
personnages, extrêmement charismatiques. Vandercarmere, spécialisé dans le retournement
psychologique, Giraud, agent «Roméo »nouvelle génération, et Balard, plus imprévisible
dans sa violence, constituent ce trio de choc utilisé pour les pires bassesses gouvernementales,
tels des instruments, qui décide, un jour, de se retourner contre ses maîtres.
Dissuasion elles ressentirent, car il est impossible d¶écrire un roman d¶espionnage avec
autant de précision et de sous-entendus particulièrement éclairants pour le lecteur désireux
d¶en savoir plus sur le mystérieux monde des barbouzes, sans en avoir fait soi-même partie.
Ce qui est le cas.
À travers RÉ025$6 0,$ Q¶pFULW SDV seulementun roman pour divertir le public.
/¶KLVWRLUH GH 5É025$6 HVW OH PLURLU EULVp G¶XQH KLVWRLUH UpHOOH UHSRVDQW VXU XQH WUDKLVRQ
LJQREOH GH O¶ÉWDW IUDQoDLV j O¶HQFRQWUH G¶XQH GRX]DLQH GH VROGDWV G¶pOLWH HQYR\pV DX VXLFLGH
ORUV G¶XQH PLVVLRQ R OH VRutien militaire opérationnel qui devait encadrer leur action a
répondu, au dernier moment : « absent ».
La plupart de ces soldats furent tués. D¶autres survécurent en nageant des heures entières
VRXV OHV UDIDOHV GH WLUV HQQHPLV &HFL j FDXVH G¶XQ PRWEt les poissons, cesabsent ».: «
5pPRUDV GXUHQW QDJHU«
M.I.A n¶a pas oublié cette trahison. Mais a décidé de transformer les balles en fleurs en

3

vous offrant la possibilité de lire cette charmante allégorie de secrets étatiques.
Ils auraient pu agir autrement. Très facilement.
Ils auraient pu utiliser les mêmes méthodes pour lesquelles ils ont été formés afin d¶aller
rappeler physiquement à leurs commanditaires si versatiles, installés dans un salon parisien
devant un thé tiède, le sens du mot « honneur ».
Ils ont réagi avec sagesse et ne l¶ont pas fait. Ce que je peux comprendre. Néanmoins, c¶est
une bien belle revanche de faire frissonner le Tout-Paris dans le secret des affaires
uniquement avec du texte, une histoire, sans avoir besoin de sortir la moindre arme.
C¶est également une bien belle revanche que de voir l¶édition classique faire dans sa vêture
ce qui lui reste de courage et de regarder, paisiblement, RÉMORAS côtoyer sur le marché
numérique des auteurs comme Harlan Coben ou Stieg Larsson. Et devenir classé, en tant
TX¶H-book, au même rang que ces géants, toutes références confondues.
Ce constat vous donnera une petite idée de la qualité du scénario qui vous attend. Car
RÉMORAS a déjà, en quelques semaines à peine, réussi à dominer totalement le marché du
eERRN MXVTX¶j ULYDOLVHU DYHF OHV SOXV JUDQGV DXWHXUV G¶HVSLRQQDJH TXL HX[ pGLWHQW HQFRUH VXU
papier.
Derrière chaque allusion se cache une histoire vécue.
Dégustez-les bien.

John Bastardi Daumont
Avocat
Major Master Sécurité intérieure±promotion 2005
Major Master Sciences criminelles±promotion 2004
Auteur de «Décryptage du mensonge et de la manipulation»
(Éditions La Martinière)

4

-H VXLV XQ KRPPH GHV SOXV PDOKHXUHX[ -¶DL LQFRQVFLHPPHQW UXLQp PRQ SD\V 8QH JUDQGH
nation industrielle est contrôlée par son système de crédit. Notre système de crédit est
concentré dans le privé. La croissance de notre nation, en conséquence, ainsi que toutes nos
activités, sont entre les mains de quelques hommes. Nous en sommes venus à être un des
gouvernements les plus mal dirigés du monde civilisé, un des plus contrôlés et dominés non
SDV SDU OD FRQYLFWLRQ HW OH YRWH GH OD PDMRULWp PDLV SDU O¶RSLQLRQ HW OD IRUFH G¶XQ SHWLW JURXSH
G¶KRPPHV GRPLQDQWV
Woodrow Wilson, président des États-Unis± 1913-1921

Nous sommes reconnaissants au Washington Post, au New York Times, au magazine Time,
et aux autres grandes publications dont les directeurs ont assisté à nos réunions et respecté
leurs promesses de discrétion depuis presque quarante ans. Il aurait été pour nous impossible
de développer notre projet pour le monde si nous avions été exposés aux lumières de la
SXEOLFLWp GXUDQW FHV DQQpHV 0DLV OH PRQGH HVW DXMRXUG¶KXL SOXV VRSKLVWLTXp HW SUpSDUp j
O¶HQWUpH GDQV XQ JRXYHUQHPHQW PRQGLDO /D VRXYHUDLQHWp VXSUDQDWLRQDOH G¶Xne élite
LQWHOOHFWXHOOH HW GH EDQTXLHUV PRQGLDX[ HVW DVVXUpPHQW SUpIpUDEOH j O¶DXWRGpWHUPLQDWLRQ
nationale des siècles passés.
David Rockefeller, Commission Trilatérale± 1991

5

Prologue
21 décembre 2012

6

«$ORUV TXH MH P¶DGUHVVH j OD SODQqWH HQWLqUH GH FHtte belle ville de Jérusalem qui fut le
EHUFHDX GHV WURLV JUDQGHV UHOLJLRQV TXL QRXV RQW JXLGpV DX FRXUV GHV VLqFOHV« MH PH UpMRXLV!
Huit mois après la mort des trois terroristes qui ont détruit tellement de vies à travers le
monde, et qui en menaçaient tDQW G¶DXWUHV MH VXLV KHXUHX[ GH SRXYRLU YRXV GLUH TXH OH FKDRV
a cédé la place à la reconstruction.
Ces hommes ont tenté de détruire les fondements de notre société, ils ont essayé de
saccager le modèle capitaliste qui nous soutient, ils ont tout fait pour semer le doute dans vos
HVSULWV« HW LOV RQW pFKRXp!
'HYDQW YRXV GHYDQW OHV FKHIV G¶État assis derrière moi, je veux donc remercier ces
KRPPHV«
/HV UHPHUFLHU G¶DYRLU LQYRORQWDLUHPHQW SHUPLV GH UHVVHUUHU OHV OLHQV TXL XQLVVHQW QRV SD\V
et leurs citoyens ;
/HV UHPHUFLHU G¶DYRLU ELHQ PDOJUp HX[ SHUPLV j WRXWHV OHV QDWLRQV GX PRQGH YRORQWDLUHV
G¶LQWpJUHU O¶$JHQFH ,QWHUQDWLRQDOH GH 7UDQVLWLRQ;
(QILQ MH YHX[ OHV UHPHUFLHU G¶DYRLU DFFpOpUp OD PLVH HQ SODFH GX JRXYHUQHPHQW PRQGLDO
GRQW MH VXLV DXMRXUG¶KXL O¶heureux président.
Je suis heureux,FDU O¶DYHQLU V¶DQQRQFH SURVSqUH!
Nous tournons enfin le dos à une ère de divisions et de conflits sans fin, et nous voulons
croire que ce changement sera durable.
Et je pense que les présidents des états membres, qui soQW DXMRXUG¶KXL j PHV F{WpV VHURQW
G¶DFFRUG DYHF PRL SRXU VDOXHU FH QRXYHDX PRQGH TXL DYDQFH GpVRUPDLV VXU XQ VHXO FKHPLQ
(W j FHX[ TXL GRXWHQW HQFRUH j FHX[ TXL UHIXVHQW G¶RXYULU OHV \HX[ HW G¶DFFXHLOOLU O¶DYHQLU
TXL V¶RIIUH j QRXV MH QH GLUDL TX¶XQH FKRVH« XQH FLWDWLRQ WLUpH GH OD %LEOH PDLV TXL WURXYHUD
XQ pFKR XQLYHUVHO GDQV OH F°XU GH FKDTXH KRPPH HW IHPPH GH ERQQH YRORQWp YLYDQW VXU FHWWH
SODQqWH«
0pGLWH] OHV PRWV TXH 3DXO DGUHVVD DX[ 7KHVVDORQLFLHQV«
³Car vous savez très bien vous-mêmes que le jour du Seigneur vient ainsi qu¶un voleur
pendant la nuit.
Quand les hommes diront :µPaix et sûreté !¶, c¶est alors qu¶une ruine soudaine fondra sur
eux comme la douleur sur la femme qui doit enfanter, et ils n¶y échapperont point.
Mais vous, frères, vous n¶êtes pas dans les ténèbres, pour que ce jour vous surprenne
comme un voleur.
Oui, vous êtes tous enfants de lumière et enfants du jour ; nous ne sommes pas de la nuit,
ni des ténèbres´.

7

Ces mots nous parlent à travers les siècles, et nous disent que nous sommes enfin prêts à
accueillir une nouvelle ère !
8QH qUH GH SURVSpULWp HW G¶DERQGDQFH!
Une ère de paix et de sécurité pour tous !
Une ère de lumière qui nous éclairera pour les siècles à venir !
$ORUV« HQFRUH XQH IRLV PHUFL j FHV KRPPHV TXL RQW WHQWp Vans succès de nous repousser
GDQV OHV WpQqEUHV«
&DU HQ pFKRXDQW LOV RQW IDLW MDLOOLU GX PRQGH OHV IRQGDWLRQV G¶XQ RUGUH QRXYHDX «».

8

1±OUVERTURE


Seuls les petits secrets ont besoin d¶; les plus gros sont gardés parêtre protégés
l¶incrédulité publique.
Marshall McLuhan

9

Chapitre 1±11 septembre 2001


$VVLV VXU XQ FDQDSp j PRLWLp GpIRQFp OHV TXDWUH KRPPHV IL[DLHQW O¶pFUDQ GH OD WpOpYLVLRQ
sans parvenir à détacher leur regard des images irréelles qui défilaient en boucle devant leurs
yeux.
Depuis plus de vingt minutes, ils écoutaient sans y croire les commentaires presque
K\VWpULTXHV GHV UHSRUWHUV TXL FRXYUDLHQW O¶HIIRQGUHPHQW GHV WRXUV GX :RUOG 7UDGH &HQWHU j
New York et avaient la sensation déplaisante de baigner en plein cauchemar.
/¶XQ GHV KRPPHV, visiblement plus affecté que ses compagnons, se leva soudainement en
dépliant sa longue silhouette, renversa au passage la table basse placée devant lui, et se
retourna vers les trois autres.
² 0DLV F¶HVW TXRL FH ERUGHO " &H Q¶pWDLW SDV GX WRXW SUpYX FRPme ça !
/¶XQ GH VHV FRPSDJQRQV XQ KRPPH SHWLW HW FRUSXOHQW TXL VHPEODLW LPSHUWXUEDEOH PDOJUp
OHV LPDJHV TX¶LO YHQDLW GH YRLU OH UHJDUGD G¶XQ DLU SHX pPX
² 1RXV QH VDYLRQV SDV FH TX¶LOV IHUDLHQW H[DFWHPHQW HW PDLQWHQDQW QRXV VRPPHV DX
courant, voilà tout &¶HVW OH UpVXOWDW GH O¶RSpUDWLRQ GH SUpSDUDWLRQ 1RXV QRXV pWLRQV MXVWH
WURPSpV HQ SHQVDQW TX¶LOV V¶HQ VHUYLUDLHQW DX 3DNLVWDQ
²merde, ils ont fait sauter leurs propres citoyens! Des civils, des touristes, des Mais
types qui se trouvaient dans ces tours,PDLV TXL Q¶DYDLHQW ULHQ j IRXWUH GDQV FHWWH KLVWRLUH!
Les deux autres hommes les écoutaient sans rien dire, encore trop choqués pour réagir.
²ne sert à rien que tu réagisses comme un amateur. Nous avons accompli notre Ça
mission, nous avons permis à Atta et ses collègues de mener leurs tests, et on peut dire que
QRXV DYRQV ELHQ ERVVp TXDQG RQ YRLW TX¶LOV RQW UpXVVL j IDLUH V¶HIIRQGUHU GHX[ EkWLPHQWV GH
FHWWH WDLOOH G¶XQ VHXO FRXS
² &RPPHQW WX SHX[ UHVWHU DVVLV WUDQTXLOOHPHQW HQ PH GLVDQW TXH F¶HVWjuste un foutu
ajustement de cible" %RQ VDQJ LOV QRXV RQW HPEDXFKpV SRXU SUpSDUHU XQ FULPH G¶État ! Nous
sommes complices dans une attaque contre les citoyens américains, putain de merde !
²Parce que tu aurais eu meilleure conscience si les cibles avaient été des pauvres cons de
Pakistanais" 9RLU OHV DWWDTXHV VH SURGXLUH GDQV XQ SD\V VLWXp VXIILVDPPHQW ORLQ G¶LFL W¶DXUDLW
causé moins de soucis" &¶HVW OD PLVVLRQ HW F¶HVW FRPPH oD!
Le troisième homme décida de se joindre au débat et leva les mains en sLJQH G¶DSDLVHPHQW

10

² 7X SHX[ TXDQG PrPH FRPSUHQGUH TXH F¶HVW XQ SHX GXU j HQFDLVVHU QRQ? On bosse
pendant six mois sur des usines désaffectées, à regarder Atta et ses collègues ajuster leurs
explosions planifiées, et pendant tout ce temps, on nous persuaGH TXH F¶HVW XQH SUpSDUDWLRQ
G¶DWWDTXHV DPpULFDLQHV FRQWUH OH 3DNLVWDQÀ la place, ils frappent sur leur propre territoire, en
QRXV FROODQW GHX[ DYLRQV GH OLJQH HQ VXSSOpPHQW SRXU TXH oD DLW O¶DLU SOXV YUDL &¶HVW TXDQG
même pas rien à regarder. Tu te doutais de quelque chose, toi ?
Il venait de se tourner vers le quatrième homme, le seul à ne pas avoir encore parlé, qui
répondit en butant légèrement sur les mots.
² Non,je suis aussi surpris que vous. Tous les tests que mon équipe a menés étaient
censésSHUPHWWUH OD SODQLILFDWLRQ G¶XQH DWWDTXH-surprise au Pakistan, même si on ne nous a
MDPDLV GLW R HOOH VH SURGXLUDLW H[DFWHPHQW -H Q¶\ FRPSUHQGV ULHQ«
/H SUHPLHU KRPPH UHSULW OD SDUROH O¶DLU WRXMRXUV DXVVL UHPRQWp HW V¶HQ SULW j VRQ
compagnon impassible.
²Alors on fait quoi maintenant ? On est comme des abrutis, à attendre dans cette planque
minable et à regarder des types se jeter du cinquantième étage! On attend de nouveaux
ordres en faisant comme si on ne nous avait pas pris pour des cons ?
²On a déjà nos ordres, tu le sais très bien.
²Je les emmerde ! Rien ne se passe comme prévu !
² /¶DWWDTXH GHYDLW rWUH QRWUH VLJQDO HW PrPH VL OD ORFDOLVDWLRQ D FKDQJp FH VLJQDO HVW
toujours valable.
² -¶HPPHUGH DXVVL OH VLJQDO HW MH UDFFURFKH &¶HVW ILQL! ÇaQ¶D DXFXQ VHQV GH IDLUH FH
TX¶RQ IDLW -¶HQ DL PDUUH GH FHWWH PLVVLRQ M¶HQ DL PDUUH GH 1LFH HW M¶HQ DL PDUUH GH WHV
remarques paternalistes !
Le deuxième homme se leva subitement, lassé de ces enfantillages.
²Du calme 1¶RXEOLH SDV OHV HQMHX[! Même si tu décides de tout arrêter maintenant, ce
TXL Q¶HVW SDV IRUFpPHQW XQH ERQQH LGpH VL WX YHX[ PRQ DYLV LO WH UHVWH HQFRUH XQH FKRVH j
IDLUH (W WX VDLV WUqV ELHQ TX¶HOOH GRLW rWUH IDLWH 7X DV pWp SD\p SRXU (VW-ce que je dois te
rappeler combien on a touché pour cette mission ?
² -H SHX[ SDV« MH VDLV SOXV R M¶HQ VXLV -H YHX[ VLPSOHPHQW PH FDVVHU HW FKDQJHU GH YLH
-H YHX[ RXEOLHU WRXW FH PHUGLHU HW MH YHX[ VXUWRXW RXEOLHU TXH M¶DL HX OHV GHX[ SLHGV GHGDQV
/H WURLVLqPH KRPPH V¶H[WLUSD OXL DXVVL GX FDQDSé avachi et vint prendre le premier par les
pSDXOHV HQ OH UHJDUGDQW ELHQ HQ IDFH /H EOHX GH VHV \HX[ pWDLW VL LQWHQVH TX¶LO HQ pWDLW SUHVTXH
dérangeant.
² Hé 2Q HVW WRXV VHFRXpV LFL FKDFXQ j QRWUH PDQLqUH PDLV oD QH YHXW SDV GLUH TX¶RQ

11

Q¶HVW SOXV GHV SURV 7¶DV XQH GHUQLqUH PLVVLRQ j WHUPLQHU DYDQW GH WRXUQHU OH GRV j WRXW oD VL
F¶HVW YUDLPHQW FH TXH WX YHX[ (W GLV-WRL TXH VL WX QH OH IDLV SDV LOV Q¶RXEOLHURQW SDV GH WH OH
faire payer. Fais-OH HQ VDFKDQW TX¶DSUqV OH FRQWUDW VHUD ERXFOp 7X VHUDVlibre et tu seras
tranquille.
/H TXDWULqPH KRPPH VHXO j rWUH HQFRUH DVVLV FRPPHQoD j V¶DJLWHU
²De quoi parlez-vous ? Quels ordres et quel signal ? Pourquoi est-ce que je ne suis pas au
courant ?
Le petit homme corpulent se tourna vers lui avec un sourire presque tendre, tout en jetant
XQ FRXS G¶°LO j VRQ FROOqJXH DJLWp, mais qui semblait avoir soudainement recouvré son calme.
² 7X Q¶HV SDV DX FRXUDQW SDUFH TXH OHV RUGUHV WH FRQFHUQHQW GLUHFWHPHQW $WWD 0DLV
PDLQWHQDQW TXH WX DV YX WRQ °XYUH JUDQGHXU QDWXUH WX SHX[ SDUWLU WUDQTXLOOH« PD
DV-salama,
mon ami, et salue Allah de notre part.
/H YLVDJH EDVDQp GH O¶pJ\SWLHQ GHYLQW WUqV SkOH ORUVTX¶LO YLW O¶°LO VRPEUH GX *ORFN17
V¶DSSURFKHU OHQWHPHQW GH OXL HW IL[HU XQ SRLQW VLWXp TXHOTXH SDUW HQWUH VHV GHX[sourcils.

12

Chapitre 2±18 décembre 2009


Il faisait froid.
/D QHLJH WRPEDLW SDU LQWHUPLWWHQFH GHSXLV OD YHLOOH HW 3DULV V¶pWDLW FRXYHUWH G¶XQH PLQFH
pellicule blanche, comme toute la moitié nord du pays.
$YHF O¶DSSDULWLRQ GHX[ MRXUV SOXV W{W G¶XQ YHQW JOacial en provenance de Russie, la capitale
VHPEODLW V¶rWUH HQGRUPLH VHV KDELWDQWV SUpIpUDQW PDQLIHVWHPHQW pYLWHU OD PRUVXUH GX JHO HW
UHVWHU j O¶DEUL FKH] HX[ HQ DWWHQGDQW 1RsO HW VHV UpMRXLVVDQFHV
e
Pour ces trois sans-abri du 19DUURQGLVVHPHQW O¶DUULYpH G¶XQ WHO IURLG Q¶pWDLW SDV YUDLPHQW
synonyme de festivités, mais annonçait plutôt le retour définitif de leur routine hivernale, qui
consistait avant tout à ne pas se retrouver dans la rue après la tombée de la nuit.
Et en ce vendredi particulièrement éSURXYDQW LO pWDLW KRUV GH TXHVWLRQ TX¶LOV GRUPHQW
dehors.
)DPLOLHUV G¶XQH SURFpGXUH TX¶LOV FRQQDLVVDLHQW PDLQWHQDQW GHSXLV SOXVLHXUV DQQpHV LOV
comptaient rejoindre le bus de la BAPSA, qui les attendrait près de la porte de la Villette à
18 heures, comme chaque soir.
/D EULJDGH G¶DVVLVWDQFH DX[ SHUVRQQHV VDQV-abri les conduirait ensuite au CHAPSA de
1DQWHUUH XQ FHQWUH G¶KpEHUJHPHQW j OD UpSXWDWLRQ SHX UHOXLVDQWH PDLV R LOV WURXYHUDLHQW OH
confort suffisant pour passer une nuit décente.
Depuis la fin duPRLV GH QRYHPEUH LOV DYDLHQW GpMj G V¶\ UHQGUH XQH GL]DLQH GH IRLV HW LOV
VDYDLHQW TXH O¶LQVWDOODWLRQ GXUDEOH GH O¶KLYHU QH OHXU SHUPHWWUDLW SOXV G¶pFKDSSHU j FH TXL pWDLW
SRXU HX[ ELHQ SOXV XQH FRQWUDLQWH TX¶XQ VRXODJHPHQW
Comme à leur habitude, lesWURLV KRPPHV DYDLHQW SDVVp OD MRXUQpH j O¶H[WpULHXU GH OD &LWp
des Sciences, dans le parc de la Villette, situé à quelques centaines de mètres du point de

rendez-vous avec le bus.

Là-bas, les touristes et autres passants étaient suffisamment nombreux pour espérer récolter
XQ SHX G¶DUJHQW HW VH SD\HU XQ FDIp GH WHPSV HQ WHPSV HW FKDFXQ GHV KRPPHV DYDLW XQ FRLQ
IDYRUL SRXU V¶LQVWDOOHU
6L 0RXWDX[ SUpIpUDLW JpQpUDOHPHQW UHVWHU DX QRUG GH OD &LWp VXU O¶HVSODQDGH MRX[WDQW OD
sortie de métro qui déversait régulièrement son flot de visiteurs, Bélanger et Jannet
DIIHFWLRQQDLHQW OH FDOPH GX FDQDO GH O¶2XUFT DX VXG HW SDVVDLHQW XQH ERQQH SDUWLH GH OHXU

13

temps dans les jardins avoisinants.
Leur point de ralliement était par contre toujours le même, et ils se retrouvaient sans faute
à 17heuresYHUV O¶pFOXVH VXU OH TXDL GH OD &KDUHQWH VLWXp j O¶RXHVW GX FRPSOH[H G¶R LOV
SRXYDLHQW OHQWHPHQW UHPRQWHU YHUV O¶DYHQXH &RUHQWLQ &DULRX
'H Oj LO QH OHXU UHVWDLW SOXV TX¶j VXLYUH OD URXWH MXVTX¶j O¶DUUrW GH EXV SRXU \ UHWURuver
quelques visages familiers, les habitués se présentant toujours en avance au rendez-vous afin
G¶rWUH VUV TXH GHV SODFHV G¶KpEHUJHPHQW VHUDLHQW HQFRUH GLVSRQLEOHV
Les trois hommes se connaissaient plutôt bien, mais ne parlaient pas beaucoup. En vérité,
ils avaient peu de choses à se dire, car les mots ne suffisaient plus pour décrire le vide qui les
habitait.
Chacun connaissait les souffrances des deux autres OD IDLP OH IURLG O¶LQFRQIRUW HW OD
solitude les rongeaient de la même façon, et souligner verbalement cette évidence ne
présentait plus aucun intérêt depuis longtemps.
Mais ils avaient plaisir à se retrouver pour marcher ensemble et partager quelques
cigarettes, tout en longeant tranquillement le canal Saint-'HQLV TXL pWDLW GpVHUW j O¶H[FHSWLon
G¶XQH SRLJQpH GH YpKLFXOHV JDUpV oà et là.
ÀOHV YRLU DYDQFHU GH IURQW SRUWDQW XQ JURV VDF j GRV VXU O¶pSDXOH RQ DXUDLW SX VLPSOHPHQW
croire à la balade de trois amis venant tout juste de visiter un des nombreux sites culturels du
SDUF FDU FKDFXQ G¶Hux faisait son maximum pour ne pas ressembler à un vagabond.
0RXWDX[ pWDLW QHWWHPHQW SOXV JUDQG TXH %pODQJHU GpSDVVDLW -DQQHW FDUUpPHQW G¶XQH ERQQH
tête, et avait souvent du mal à trouver des pantalons à sa taille parmi les vêtements usagés que
le centreG¶KpEHUJHPHQW OHXU IRXUQLVVDLW GH WHPSV j DXWUH
0DLV PDOJUp FHOD LO FRQVHUYDLW XQH FHUWDLQH DOOXUH FHOOH G¶XQ KRPPH TXL pWDLW HQFRUH
PpGHFLQ FLQT DQV SOXV W{W DYDQW TX¶XQ VWXSLGH DFFLGHQW SURIHVVLRQQHO YLHQQH HPSRUWHU VRQ
travail, sa famille, et ne lui laisse que quelques bribes de vie entre les mains.
6HV GHX[ FDPDUDGHV TXL DYDLHQW pWp UHVWDXUDWHXU HW YHQGHXU G¶DVVXUDQFHV GDQV XQH DXWUH
existence, avaient eux aussi connu la dégringolade sociale qui accompagne parfois les échecs,
HW V¶LO QH OHXU UHVWDLW TX¶XQH FKRVH j SUpVHUYHU SRXU QH SDV GLVSDUDîWUH WRWDOHPHQW F¶pWDLW ELHQ
le souci de leur apparence.
3HQGDQW TX¶LOV PDUFKDLHQW WRXW HQ IDLVDQW GHV SDULV VXU OH PHQX GX VRLU TXL OHV DWWHQGDLW DX
centre, Moutaux remarqua une vieille fourgonnette noire qui roulait au pas sur le quai, juste
GHUULqUH HX[ HW OD VLJQDOD j VHV FDPDUDGHV SRXU TX¶LOV VH SRXVVHQW XQ SHX DILQ GH OD ODLVVHU
passer.
Le véhicule les doubla lentement, et les sans-DEUL IXUHQW VXUSULV GH YRLU O¶KRPPH DVVLV j OD

14

droite du conducteur leur faire un geste amical de la main, lorsque la fourgonnette les dépassa.
(QFRUH SOXV LQWULJXpV GH OD YRLU V¶DUUrWHU TXHOTXHV PqWUHV SOXV ORLQ HQ SOHLQ PLOLHX GH OD
sortie de parking de la Cité, ils ralentirent le pas, prenant soudain conscience de la nuit
tRPEDQWH HW GH O¶DVSHFW GpVHUWLTXH GHV OLHX[
,OV IXUHQW VRXODJpV GH YRLU OD SRUWLqUH GX SDVVDJHU V¶RXYULU SRXU ODLVVHU GHVFHQGUH XQ
homme au sourire jovial, qui les interpella tout en marchant vers eux.
²Et, les gars ! Vous vous rendez au bus de la BAPSA ?
²heures, répondit Moutaux, rassuré de voir queon compte prendre celui de 18 Oui,
O¶KRPPH FRQQDLVVDLW PDQLIHVWHPHQW OH TXDUWLHU

² 9RXV QH YRXOH] SDV TX¶RQ YRXV HPPqQH? On fait partie des bénévoles qui livrent du
PDWpULHO DX[ FHQWUHV G¶KpEHUJHPHQW GH 3aris et on a des piles de couvertures à remettre au
brigadier Larcher pour les prochaines maraudes de son équipe. Ça caille dur et vous arriverez
plus vite.
0RXWDX[ VH GpWHQGLW FRPSOqWHPHQW HQ HQWHQGDQW OH QRP IDPLOLHU G¶XQ SROLFLHU TX¶LOV
DYDLHQW O¶KDELWXGH GH UHWURXYHU j O¶DUUrW GH EXV HW VH WRXUQD YHUV VHV FDPDUDGHV HQ KDXVVDQW OHV
épaules.
² dD YRXV GLW GH JDJQHU XQ SHX GH WHPSV HW G¶pFRQRPLVHU QRV VHPHOOHV OHV JDUV?
Bélanger et Jannet hochèrent la tête sans rien dire et se rapprochèrent du véhicule, alors
TXH O¶KRPPH VH GLULJHDLW YHUV O¶DUULqUH SRXU RXYULU OHV GHX[ SRUWHV
ÀO¶LQWpULHXU XQ DXWUH KRPPH pWDLW DVVLV VXU XQH JURVVH SLOH GH FRXYHUWXUHV HW LO OHV VDOXD j
VRQ WRXU HQ OHV LQYLWDQW j PRQWHU OH UHMRLQGUH HW j V¶DVVHRLU VXU OHV FDLVVHV UDQJpHs contre la
paroi.
Les sans-DEUL V¶LQVWDOOqUHQW UDSLGHPHQW OHV SRUWHV IXUHQW UHIHUPpHV HW O¶KRPPH TXL OHXU
avait parlé en premier reprit sa place de passager, puis se tourna vers eux pour leur faire un
sourire engageant par-dessus son appuie-tête, avant dH V¶DGUHVVHU DX FRQGXFWHXU
² &¶HVW ERQ RQ SHXW \ DOOHU!
/D IRXUJRQQHWWH V¶pEUDQOD HW UHSDUWLW YHUV O¶DYHQXH &RUHQWLQ &DULRX VXU ODTXHOOH HOOH
tourna à droite, en direction de la porte de la Villette.
/RUVTX¶HOOHatteignit le point de rendez-vous de la BAPSA quelques centaines de mètres
plus loin, elle ne ralentit pas, à la surprise des sans-abri, et le conducteur enfonça au contraire
XQ SHX SOXV O¶DFFpOpUDWHXU V¶pODQoDQW YHUV O¶HQWUpH GX SpULSKpULTXH WRXW SURFKH
Moutaux voulut protester, et reçut immédiatement en réponse un coup brutal sur la nuque
TXL O¶pWRXUGLW XQ FRXUW LQVWDQW /RUVTX¶LO URXYULW OHV \HX[ O¶KRPPH DVVLV j O¶DYDQW HW FHOXL TXL
OHXU WHQDLW FRPSDJQLH j O¶DUULqUH SRLQWDLHQW FKDFXQ XQH DUPH HQ GLUHFWLRQ GHV WURLV VDQV-abri.

15

²Désolé, Messieurs, changement de programme, leur dit le conducteur, qui parlait pour
la première fois. On a une balade plus sympa que celle de Nanterre à faire et je compte sur
vous pour ne pas faire de bêtises inutiles pendant le trajet !

16

Chapitre 3±Été 1995


TaQGLV TX¶LO V¶DPXVDLW j H[SLUHU GHV URQGV GH IXPpH HQWUH OHV SDOHV GX YHQWLODWHXU GH
SODIRQG *LUDXG VH ILW OD UpIOH[LRQ TX¶LO DGRUDLW YUDLPHQW VRQ ERXORW
ÊWUH DXVVL ELHQ SD\p SRXU SDVVHU VRQ WHPSV GDQV XQH FKDPEUH G¶K{WHO j V¶HQYR\HU HQ O¶DLU
Q¶pWDLW SDV GRQQp j Q¶LPSRUWH TXL HW LO VRXULW HQ SHQVDQW j WRXV FHX[ TXL PDUQDLHQW FRPPH GHV
cons pour un salaire de misère.

La fenêtre ouverte laissait entrer un air chaud mais agréable, les persiennes baissées
ILOWUDLHQW OD OXPLqUH pEORXLVVDQWH GH FH GpEXW G¶DSUqV-midi, et au milieu des draps chiffonnés,
Giraud savourait avec satisfaction la sensation du devoir accompli.
,O HQWHQGDLW O¶HDX FRXOHU GDQV OD VDOOH GH EDLQ DWWHQDQWH j OD FKDPEUH &H EUXLW PpODQJp DX[
VRQV DVVRXUGLV SURYHQDQW GH OD UXH O¶HQWUDvQD GDQVune douce torpeur contre laquelle il dut
résister pendant quelques minutes.
²Secoue-WRL PHF W¶DV HQFRUH GX ERXORW!
Il se redressa dans le lit, et éteignit sa cigarette dans le cendrier noir en forme de rose posé
sur la table de chevet à côté de lui. Dr{OH G¶LGpH G¶pFUDVHU XQ PpJRW SXDQW GDQV XQH IOHXU VH
dit-LO PDLV DSUqV WRXW O¶K{WHO YRXODLW SHXW-rWUH IDLUH SUHXYH G¶XQ SHX G¶KXPRXU
3HQGDQW TX¶LO pWLUDLW VHV PHPEUHV HQJRXUGLV OD SRUWH GH OD VDOOH GH EDLQ V¶RXYULW HW XQH
femme en sortit, emmitouflée dans un épais peignoir, ses cheveux roux relevés en une torsade
encore mouillée.
&¶pWDLW XQH IHPPH G¶HQYLURQ TXDUDQWH-cinq ans, encore séduisante même si Giraud les
préférait généralement plus jeunes, et elle était manifestement consciente de sa beauté.
²Tu ne veux pas prendre une douche, toi aussi ? Avec cette chaleur, ça ne te ferait pas de
mal.
²Je préférerais profiter encore un peu de ta présence, lui dit-LO HQ O¶DWWLUDQW YHUV OH OLW HW
en glissant ses mains sous le peignoir.
Elle se mit à rire doucement, et tenta de le repousser.
² 4XRL WX Q¶HQ DV SDV HX DVVH]? Il faut encore que je me prépare, et tu sais bien que je
dois partir avant 16heures, sinon il se demandera où je suis passée. Il rentre plus tôt
DXMRXUG¶KXL F¶HVW GLPDQFKH
Giraud la retint en serrant une de ses cuisses de la main gauche, tandis que de la droite, il

17

tentait de défaire la ceinture de son peignoir.
² Allez,une dernière fois 2Q D HQFRUH XQ SHX GH WHPSV GHYDQW QRXV«te fais pas ne
prier, je sais que tu en as autant envie que moi.
²Je dois me préparer, je te dis, pas de caprice ! Laisse-PRL P¶KDELOOHU VRLV PLJQRQ
(OOH VH GpJDJHD VRXSOHPHQW HW V¶pORLJQD GX OLW VH GpEDUUDVVDQW DX SDVVDJH GH VRQ SHLJQRLU
G¶XQ JHVWH SURYRFDWHXU *LUDXG OD UHJDUGD HQWUHU QXH GDQV OD VDOOH GHbains, amusé, et se dit
TX¶LO DOODLW UHJUHWWHU OHXUV DSUqV-midi ensemble. Elle avait de la classe, quand même, et était
SOHLQH G¶LPDJLQDWLRQ GDQV XQ OLW
² dD IDLW FRPELHQ GH WHPSV TX¶RQ VH YRLW? Deux semaines ?
²Plutôt trois, lui répondit-elle.
²Le temps file vite !
² dD SURXYH TX¶RQ Q¶D SDV HX OH WHPSV GH V¶HQQX\HU GLW-HOOH HQ SRXIIDQW SHQGDQW TX¶HOOH
enfilait ses sous-YrWHPHQWV 7X Q¶DXUDLV SDV YX PD MXSH?
² 5HJDUGH SUqV GH OD SRUWH G¶HQWUpH LO PH VHPEOH TX¶HOOH DYDLW GpMj GLVSDUX TXDQG MH W¶DL
jetée sur le lit, lui dit-il en faisant une grimace suggestive.
² &¶HVW PDOLQ -¶HVSqUH TXH WX Q¶DV SDV FDVVp OD IHUPHWXUH«ah, la voilà !
²Je ne suis pas fou. Je me doute bien que ton mari aurait du mal à comprendre pourquoi
WX UHYLHQV G¶XQH VpDQFH GH VKRpping avec des chiffons sur le dos !
² Enparlant de chiffons, répondit-elle en riant, tu as réussi à ravoir la chemise hors de
prix sur laquelle a fini mon café, le jour où nous nous sommes rencontrés ?
² 4XRL FHOOH TXL D PDLQWHQDQW XQH WDFKH HQ IRUPH G¶! Elle estTu plaisantesAfrique ?
marquée à vie !
,O VH OHYD SRXU FRPPHQFHU j V¶KDELOOHU j VRQ WRXU HW SDUWLW j OD UHFKHUFKH GH VRQ SDQWDORQ HW
GH VD FKHPLVH SHQGDQW TX¶HOOH VH VpFKDLW OHV FKHYHX[
² 0DLV MH Q¶DL SDV SX PH UpVRXGUH j OD MHWHU QRQ SOXV«je la garde précieusement parmi
mes trophées de guerre.
² 4X¶HVW-ce que tu veux dire ? répondit-elle en reposant sa brosse sur le lavabo.
² %HQ WX YRLV F¶HVW LPSRUWDQW SRXU PRL GH PH UDSSHOHU FKDTXH IHPPH TXL P¶D PDUTXp HW
PrPH VL MH Q¶DXUDLV SDV SDULp GHVVXV DX GpEXW MH GRLV GLUH TXH WX QH P¶DV SDV GpoX $ORUV OD
chemise, je compte bien la garder en souvenir.
²Pourquoi tu parles de souvenirs ? Tu en as déjà marre de moi ? dit-elle en prenant un air

faussement vexé.
,O V¶DVVLW SRXU QRXHU OHV ODFHWV GHses chaussures, et lui adressa un regard en coin.
² 'LVRQV TXH M¶DL ODUJHPHQW GpSDVVp PRQ SODQQLQJ LQLWLDO HW TXH M¶DL XQ SHX SOXV SURILWp

18

que prévu de nos petites rencontres clandestines.
²Mais de quoi tu parles ?
(OOH Q¶DYDLW PDQLIHVWHPHQW SOXV O¶DLU Dmusé, et une expression de perplexité commençait à
envahir son visage.
² 7X VDLV TXDQG OD FKHPLVH G¶XQ KRPPH HQWUH HQ FROOLVLRQ DYHF XQH WDVVH GH FDIp
immobile sur un comptoir, il y a deux raisons possibles : soit il est très maladroit, soit il est au
conWUDLUH WUqV DJLOH (W MH QH SHQVH SDV YUDLPHQW DSSDUWHQLU j OD SUHPLqUH FDWpJRULH«
/D IHPPH O¶REVHUYDLW VDQV SDUOHU FRQVFLHQWH TXH TXHOTXH FKRVH QH WRXUQDLW SOXV URQG
WDQGLV TX¶LO VH UHOHYDLW SRXU V¶DSSURFKHU G¶HOOH
² KatiaFrantz, épouse de notre cherGpSXWp $ODLQ 0DUWLQ« j O¶DYHQLU VRXYLHQV-toi que
les noms de jeune fille ne servent pas à grand-chose, ma belle, à part à embrouiller le
réceptionniste qui dort en bas, et qui se fout de toute façon complètement de ton vrai nom,
tant que tu payes ta chambre en liquide.
²de quoi tu parles? répéta-t-elle, en élevant le ton. Tu as cherché à connaître ma Mais
vie privée ? Pourquoi" 7X YHX[ GH O¶DUJHQW F¶HVW oD?
² -H Q¶DL SDV EHVRLQ G¶DUJHQW M¶DL WRXW FH TX¶LO PH IDXW GH FH F{Wp-là, même si je suis loin
d¶DYRLU WD IRUWXQH ELHQ VU
*LUDXG OD UHJDUGDLW PDLQWHQDQW G¶XQ DLU DSLWR\p HW VHPEODLW YRXORLU HQ ILQLU
² -H Q¶DL SDV EHVRLQ G¶DUJHQW PDLV M¶DL EHVRLQ G¶XQ VHUYLFH
²Je ne rends pas de service à ceux qui me prennent pour une conne !
²Allons, allons. Ne me sors pas ces phrases toutes faites qui manquent de conviction, et
DWWHQGV XQ SHX GH VDYRLU FH TXH M¶DL j WH GHPDQGHU GLW-il en lui caressant le visage.
²Ne me touche pas ! Laisse-moi tranquille et barre-toi.
² 2K QH W¶LQTXLqWH SDV MH YDLV SDUWLU 0DLV DYDQW MH GRLV W¶H[SOLTXHU FH TXH M¶DWWHQGV GH
toi.
,O OHYD OD PDLQ DORUV TX¶HOOH RXYUDLW OD ERXFKH SRXU UpSOLTXHU HW V¶DGUHVVD VRXGDLQ j HOOH
G¶XQ WRQ VHF
²Laisse-moi parler, maintenant, et fais-PRL OH SODLVLU GH WH WDLUH MXVTX¶j FH TXH M¶DLH ILQi.
Il se mit à déambuler dans la chambre.
² 7X HV HQ WUDLQ GH WH GHPDQGHU VL F¶HVW YUDLPHQW DXVVL JUDYH TXH oD TXH WRQ PDUL
apprenne que tu te fais tripoter tous les après-PLGL GDQV XQH FKDPEUH G¶K{WHO 7X WH GLV TXH MH
vais aller le voir avec une photo deWRL HW PRL HQ WUDLQ GH QRXV EpFRWHU DX FDIp G¶HQ EDV HW
UpFODPHU GH O¶DUJHQW V¶LO QH YHXW SDV WH YRLU j OD XQH G¶XQ MRXUQDO j VFDQGDOHV (W WX WH GLV TXH
FH Q¶HVW SDV JUDYH TX¶LO SD\HUD TX¶LO QH W¶D SDV WRXFKpH GHSXLV PRLV GH WRXWH IDoRQ HW TX¶LO

19

neGLUD ULHQ FDU F¶HVW WRL O¶KpULWLqUH )UDQ] TXL GpWLHQW O¶DUJHQW GX FRXSOH HW TXL ILQDQFH VHV
petites magouilles politiques. Tu te dis aussi que tu pourrais lui faire avaler que la photo est
un vulgaire montage, ou alors me promettre directement une très belle somme pour la boucler
et disparaître« PDLV FRPPH MH WH O¶DL GLW MH QH YHX[ SDV G¶DUJHQW HW MH SUpIqUH TXH WX
économises ton souffle.
,O VH WRXUQD G¶XQ FRXS YHUV HOOH
²Regarde dans ton sac à main.
Elle fouilla fébrilement parmi ses affaires, et enUHWLUD XQH FDVVHWWH 9+6 TXL Q¶pWDLW SDV Oj
auparavant.
² -H W¶DL ODLVVp XQ SHWLW VRXYHQLU j WRL DXVVL HW WX YHUUDV TX¶LO HVW EHDXFRXS SOXV H[FLWDQW
que ma chemise tachée ! ÉYLGHPPHQW F¶HVW XQH FRSLH«
² 4X¶HVW-FH TX¶LO \ D GHVVXV? répondit-HOOH G¶XQ DLr angoissé.
² 9R\RQV« oD IDLW GRQF YLQJW MRXUV TX¶RQ FRXFKH HQVHPEOH j UDLVRQ GH GHX[ KHXUHV SDU
VpDQFH TXRWLGLHQQH«! Enfin non, pasquarante heures du meilleur porno qui soit soit
quarante heures, ça ne rentrerait pas sur la cassette. Disons que tu as là quelques extraits de
WRXW FH TXH SHXW IDLUH XQH IHPPH IUXVWUpH TXL VH ODLVVH DOOHU GDQV OHV EUDV G¶XQ PHF TXL QH

rechigne pas à la tâche.
² &H Q¶HVW SDV YUDL MH QH WH FURLV SDV!
²Je ne peux pas te la montrer ici, mais quand tu rentreras chez toi, profLWH GH O¶DEVHQFH GH
QRWUH EUDYH GpSXWp SRXU WH IDLUH XQH SHWLWH VpDQFH &¶HVW GX FODVVp ; GH KDXW YRO
Il se mit à rire en la regardant.
²Oui, il y a des trucs vraiment cochons sur cette cassette, et là, pas moyen de parler de
trucage photographique ! OnGRLW PrPH DYRLU XQH EHOOH YXH GH WD FLFDWULFH VXU O¶pSDXOH FHOOH
que tout le monde connaît, entre deux gros plans gynécologiques.
Redevenant sérieux, il continua.
²Je détiens quarante heures de porno fait maison à envoyer à qui je veux, y compris aux
camDUDGHV GpSXWpV GH WRQ PDUL TXL VH IHURQW XQ SODLVLU GH V¶HQ VHUYLU FRPPH oD OHV DUUDQJH
Madame0DUWLQ HQ SOHLQH VRGRPLH F¶HVW XQ WUXF TX¶RQ VDLW H[SORLWHU VL RQ D XQ SHX GH ERQ
sens politique.
² 0DLV PHUGH TX¶HVW-ce que tu veux ?
² Queton mari renoncH DX SURMHW GH ORL TX¶LO HVW FHQVp SUpVHQWHU GHPDLQ GHYDQW
O¶$VVHPEOpH 6¶LO SHUVLVWH VD FDUULqUH HVW ILQLH 2Q Q¶HVW SDV FUpGLEOH TXDQG RQ D XQH IHPPH
qui se fait tringler dans tous les sens pendant quarante heures.
²Mais je ne peux pas ! Il ne va pas y croire, et il va demander à voir la cassette ! Je ne

20

peux pas lui montrer ça !

²Et alors ? Peut-être que ça lui donnera quelques idées (QWUH QRXV MH SHQVH TX¶LO HQ D
EHVRLQ«
,O DOOD MXVTX¶j OD FKDLVH SODFpH SUqV GH OD IHQrWUH SRXU SUHQGUH VD YHVWH
² Parle-OXL FH VRLU HW VRLV FRQYDLQFDQWH 6¶LO SUpVHQWH VRQ SURMHW GHPDLQ PrPH OHV
YLGpRFOXEV GX ILQ IRQG GH O¶$IULTXH GLVSRVHURQW GH FH ILOP HQ ORFDWLRQ GqV OD VHPDLQH
prochaine.
²Mais comment as-tu fait ça ? Pourquoi"«Pour qui ?
²Pour ce qui est duFRPPHQW IL[HU XQ REMHFWLI GLVFUHW VXU OD WpOp Q¶HVW SDV WUqV GLIILFLOH
PrPH VL MH WH SDVVH OHV GpWDLOV WHFKQLTXHV TXL QH W¶LQWpUHVVHUDLHQW SDV 0DLV F¶HVW TXDQG PrPH
marrant que tu ne sois jamais tombée dessus en presque trois semaines, quand on sait comme
les femmes sont curieuses !
Il regroupa ses affaires et mit ses clefs et son portefeuille dans la poche de sa veste.
²Le pourquoi" (K ELHQ GLVRQV TXH MH Q¶DOODLV SDV ODLVVHU XQH PLVVLRQ DXVVL DJUpDEOH TXH
celle-FL j TXHOTX¶XQ G¶DXWUH!
,O V¶DSSURFKD j QRXYHDX G¶HOOH HW OXL VRXULW HQFRUH
² 4XDQW DX TXL« MH QH SHX[ PDOKHXUHXVHPHQW SDV UpSRQGUH j FHWWH TXHVWLRQ WX W¶HQ
GRXWHV ELHQ«
,O VH GLULJHD YHUV OD SRUWH HW VH UHWRXUQD SHQGDQW TX¶LO O¶RXYUDLW
² Tuaurais dû profiter de la dernière partie de jamEHV HQ O¶DLU TXH MH W¶RIIUDLV WRXW j
O¶KHXUH &¶pWDLW XQ FDGHDX ERQXV GH OD PDLVRQ HW TXHOTXH FKRVH PH GLW TXH WX QH ULVTXHV SDV
de rebaiser de sitôt.
,O OXL VRXULW XQH XOWLPH IRLV OXL ILW XQ FOLQ G¶°LO HW IUDQFKLW OD SRUWH TX¶LO UHIHUPD GRXFHPHQW
derrière lui.
.DWLD 0DUWLQ OD FDVVHWWH HQFRUH HQWUH OHV PDLQV pFRXWD OH VRQ GH VHV SDV V¶pORLJQHU GDQV OH
FRXORLU GH O¶pWDJH HW IRQGLW EUXWDOHPHQW HQ ODUPHV ORUVTXH OH VLOHQFH UHYLQW

21

Chapitre 4±Printemps 2009


Iris contemplait son reflet et réalisa pour la première fois que de minuscules rides
commençaient à apparaître au coin de ses yeux.
Quand est-FH TXH FHOD V¶pWDLW SURGXLW? se demanda-t-elle. Est-FH TX¶HOOHV pWDLHQW GpMj Oj
avant et pourquoi les remarquait-elle seulement maintenant? Avait-elle franchi, sans même
V¶HQ UHQGUH FRPSWH OD IURQWLqUH LQYLVLEOH TXL VpSDUH OD SpULRGH GH O¶LQVRXFLDQFH GH FHOOH R
O¶RQ FRPPHQFH GpMj j PHVXUHU OH WHPSV TX¶RQ QH UDWWUDSHUD SOXV?
Est-FH TX¶HOOH DYDLW YUDLPHQW FRQQX O¶LQVRXFLDQFH GH WRXWH IDoRQ?
6¶DSSURFKDQW GXmiroir de sa chambre, elle interrogea son propre regard, cherchant en vain
j GpFHOHU DX IRQG GH VHV \HX[ G¶XQ EOHX pOHFWULTXH SUHVTXH YLROHW OD UpSRQVH j FHV TXHVWLRQV

Tu as peut-être pris quelques rides, mais une chose est sûre, se dit-HOOH VL TXHOTX¶Xn porte
ELHQ VRQ SUpQRP F¶HVW WRL
(OOH UHFXOD GH TXHOTXHV SDV HW V¶LQWpUHVVD FHWWH IRLV j VD VLOKRXHWWH REVHUYDQW VRQ FRUSV QX
GH KDXW HQ EDV G¶XQ °LO FULWLTXH PDLV VDQV OD FRTXHWWHULH RX O¶RUJXHLO TXH O¶RQ SRXUUDLW
DWWHQGUH G¶XQH IHPPH DXVVL EHOOH
LH WHPSV O¶DYDLW pSDUJQpH VH GLW-elle. Sa peau était restée tonique, ses seins fermes et son
YHQWUH SODW HW HOOH DYDLW WRXMRXUV O¶DOOXUH GH VHV YLQJW DQV PDLV SRXU FRPELHQ GH WHPSV? Dans
quatre ans,HOOH DWWHLQGUDLW OH FDS GH OD TXDUDQWDLQH HW HOOH Q¶Durait alors sans doute plus le
même succès auprès de ses clients les plus exigeants, ceux qui couraient après la fraîcheur de
la jeunesse.
Mais peut-être en avait-elle assez de son métier, tout simplement.
&¶HVW SRXU oD TX¶HOOH DYDLW UHFUXWp GH QRXYHOOHV Iilles dernièrement. Bientôt, elle
Q¶DVVXUHUDLW SOXV DXFXQH SUHVWDWLRQ SHUVRQQHOOHPHQW HW HOOH GHYDLW IDLUH HQ VRUWH TXH VD
clientèle ne lui file pas entre les doigts.
&H VRLU HOOH DOODLW WHVWHU FH TXH YDODLW $QQD TX¶HOOH DYDLW UHPDUTXpH TXHOTXHV MRXUV
aXSDUDYDQW j XQ DQJOH GH UXH HQ WUDLQ G¶DUSHQWHU XQ WURWWRLU VXU OHTXHO HOOH JkFKDLW
manifestement son talent. Avait-elle vraiment le profil et les capacités nécessaires pour
intégrer son équipe ? Serait-elle à la hauteur de ses exigences ?
/¶KRUORJH GX FRuloir sonna 18KHXUHV HW OXL UDSSHOD TX¶HOOH GHYDLW VH SUpSDUHU FDU HOOH
allait finir par être en retard.

22

2XYUDQW OD SRUWH G¶XQ LPPHQVH GUHVVLQJ DWWHQDQW HOOH pWXGLD VD JDUGH-robe, hésitant entre
SOXVLHXUV WHQXHV GH VRLUpH DYDQW G¶DUUrWHU VRQ FKRL[ VXUune longue robe noire à la coupe
fluide qui mettrait sa silhouette mince et sa peau blanche en valeur, tout en lui conférant une
certaine autorité.
Elle ouvrit un tiroir pour y sélectionner des sous-vêtements, puis reposa le soutien-gorge
ORUVTX¶HOOH VH VRuvint que le sénateur Corland serait parmi les invités. Elle savait exactement
comment lui faire plaisir !
(OOH VH GpFLGD SRXU XQH SDLUH G¶HVFDUSLQV j KDXWV WDORQV DILQ GH FRPSOpWHU VD WHQXH HW
revint dans sa chambre pour choisir les bijoux qui relèveraient la légère austérité de sa tenue.
$X ILO GHV DQQpHV VHV FOLHQWV V¶pWDLHQW PRQWUpV JpQpUHX[ HW OHV FRIIUHWV UDQJpV VXU VD
commode étaient bien remplis, à sa grande satisfaction. Elle opta pour une parure
particulièrement raffinée, en or blanc et saphirs.
Voilà qui lui apporterait un peu de couleur, tout en rehaussant le magnétisme de ses yeux.
(OOH V¶LQWpUHVVD HQVXLWH j VD FRLIIXUH UHOHYD VHV ORQJV FKHYHX[ QRLUV HQ FKLJQRQ SXLV
décida finalement de les laisser flotter librement sur ses épaules.
À force de vouloir maîtriser ton image, on va finir par croire que tu portes le deuil, se
ditelle.
Elle mit une touche finale à son maquillage, se parfuma légèrement, et se contempla une
dernière fois dans le miroir de sa chambre. Elle était parfaite. À la fois mystérieuse et
distinguée, sexy et stylée. La bonne combinaison pour la soirée raffinée qui allait commencer
dans un peu plus de deux heures.
Mais avant que les invités arrivent, il lui fallait accueillir Anna.
Elle quitta sa chambre, suivit un long couloiU MXVTX¶j OD SRUWH G¶HQWUpH GH VRQ DSSDUWHPHQW
VLWXp DX FLQTXLqPH pWDJH HW SULW O¶HVFDOLHU SRXU GHVFHQGUH MXVTX¶DX SUHPLHU HQ SHVWDQW FRQWUH

VHV WDORQV KDXWV HW HQ VH GLVDQW TXH SRXU XQH IRLV HOOH DXUDLW SX SUHQGUH O¶DVFHQVHXU
(OOH ORXDLW O¶LQWpJUDOLWp GH O¶LPPHXEOH j O¶H[FHSWLRQ GX UH]-de-chaussée, pour des
questions de discrétion mais aussi de place, chaque appartement ayant été réaménagé selon
une utilisation bien spécifique.
$X SUHPLHU pWDJH HOOH DYDLW FKRLVL G¶LQVWDOOHU XQ HQVHPEOH GH EXUHDX[ Ht elle y menait ses
affaires officielles au grand jour.
$X VHFRQG O¶DSSDUWHPHQW VSDFLHX[ pWDLW RFFXSp SDU FHOOHV GH VHV ILOOHV TXL QH YRXODLHQW SDV
KDELWHU VHXOHV j O¶H[WpULHXU HW HOOHV \ YLYDLHQW FRQIRUWDEOHPHQW GDQV XQH DPELDQFH
G¶pWXGLDQWHV HQ FRORFDWion.
/H WURLVLqPH pWDJH pWDLW XWLOLVp SRXU OHV VRLUpHV SULYpHV TX¶HOOH RUJDQLVDLW UpJXOLqUHPHQW

23

comme celle de ce soir, alors que le quatrième permettait de proposer à ses clients des
rencontres plus intimes, si tel était leur souhait, grâce à ses nombreuses chambres.
Le rez-de-chaussée, lui, était occupé par un dentiste, qui y avait établi son cabinet un an
SOXV W{W PDLV LO TXLWWDLW WRXMRXUV O¶LPPHXEOH DYDQW heures SHUPHWWDQW j ,ULV G¶rWUH
maîtresse des lieux une fois la nuit tombée.
/RUVTX¶HOOH HQWUD GDQV O¶DSSDUWHPHQW FRQYHUWL HQ EXUHDX[ GX SUHPLHU pWDJH HOOH HXW OD
VDWLVIDFWLRQ GH YRLU TX¶$QQD pWDLW SRQFWXHOOH HW O¶DWWHQGDLW DVVLVH GDQV XQ GHV IDXWHXLOV GH OD
]RQH G¶DFFXHLO XQ SHWLW VDF GH YR\DJH j VHV SLHGV (Q DSHUFHYDQW ,ULV HOOH VH OHYD
immédiatement, et lui tendit maladroitement la main, ne sachant manifestement pas comment
se comporter devant une femme portant robe de soirée et saphirs.

²Anna, je suis ravie de voir que vous avez suivi mon conseil et que vous soyez venue.
²Vous plaisantez ? Pour rien au monde,MH Q¶DXUDLV ODLVVp SDVVHU PD FKDQFH GH PHWWUH OHV
e
pieds dans le 16arrondissement, surtout en y allant pour du travail !
Iris lui sourit gentiment.
² Ilest certain que la rue Abbé-*LOOHW Q¶D SDV JUDQG-chose à voir avec Pigalle, et vous
YHUUH] TX¶LFL O¶DWPRVSKqUH HVW XQ SHX SOXV«feutrée.
Elle lui fit signe de la suivre dans le couloir qui desservait les autres pièces.
² Allonsdans mon bureau. Nous devons discuter de plusieurs choses importantes avant
de monter.
Anna lui emboîta leSDV HW HOOH OD PHQD WRXW DX ERXW GX FRXORLU MXVTX¶j XQH SLqFH
confortablement mais simplement meublée.
²Je vous en prie, asseyez-vous. Je peux vous proposer un soda, un thé ou un café ?
²Un café ne serait pas de refus, merci.
,ULV DOOD MXVTX¶j XQH PDFKine à expresso posée sur un meuble dans un coin de la pièce et
continua de parler tout en préparant les boissons.
² 9RXV GHYH] rWUH XQ SHX VXUSULVH SDU O¶DXVWpULWp GHV OLHX[ HW YRXV YRXV DWWHQGLH] VDQV
GRXWH j DXWUH FKRVH«ÀFHW pWDJH QRXV QH VRPPHV TX¶XQe entreprise parfaitement officielle
organisant toutes sortes de réceptions pour les personnes aisées qui veulent du haut standing.
0DULDJHV EDSWrPHV FRQYHQWLRQV G¶HQWUHSULVHV EUHI«cela nécessite des bureaux pour tout
les personnes qui travaillent avec moi.
Elle se retourna, portant deux tasses dans des soucoupes, et les déposa sur le bureau.
²Sucre ou lait ?
²Non, rien de plus, merci.
Les deux femmes restèrent quelques secondes sans rien dire, se contentant de déguster leur

24

FDIp WDQGLV TX¶,ULV REVHUvait Anna par-dessus sa tasse, cette dernière attendant manifestement
TX¶HOOHV HQ YLHQQHQW j OD UDLVRQ GH VD YHQXH
² 9RXV VDYH] $QQD M¶pWDLV GDQV OD UXH PRL DXVVL LO \ D SOXV GH DQV 4XHOTX¶XQ P¶D XQ
jour donné une chance de quitter les trottoirs etGH FKDQJHU G¶H[LVWHQFH -H SHX[ PrPH GLUH
TX¶LO P¶D VDQV GRXWH VDXYp OD YLH j VD PDQLqUH 'qV TXH M¶HQ DL HX OD SRVVLELOLWp M¶DL GpFLGp GH
faire de même, en recrutant les filles qui me semblent avoir du potentiel et qui ont la volonté
de quitter la rue.3HUVRQQHOOHPHQW M¶DL WRXMRXUV SHQVp TXH OD SURVWLWXWLRQ Q¶DYDLW ULHQ GH
KRQWHX[ GX PRPHQW TX¶HOOH V¶H[HUFH GDQV GHV FRQGLWLRQV« SURIHVVLRQQHOOHV GLURQV-nous.
Est-ce que vous avez envie de continuer à gâcher vos talents sur les banquettes arrière des
voitures ?
Devant cette question directe et un peu brusque, Anna répondit de façon hésitante.
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pourrais peut-être travailler différemment.
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sur le volet, par mes soins.
Elle prit un paquet de cigarettes dans un tiroir, et en offrit une à Anna, qui sourit pour la
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recommandé cet endroit comme un lieu où il est possible de se détendre en toute discrétion.
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La maison leur propose tout ce dont ils ont besoin pour décompresser un peu. Nous leur
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racolage ou de passes à la sauvette. Les filles qui travaillent à mes côtés sont élégantes,
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GH OD FODVVH GH O¶HVSULW HW GH OD FRQYHUVDWLRQ HW TXH YRXV VDchiez tenir compagnie à un homme
avec distinction, ce dont je vous pense capable. À vous de me montrer que je ne me suis pas
trompée en vous choisissant.

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