Symphonie en rouge
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Description

Chez les Ferrières, un couple de notables établis, c’est l’horreur. La jeune bonne vient de découvrir, dans le hall de la maison, une inconnue baignant dans son sang.


C’est le commissaire Odilon QUENTIN qui est chargé par son supérieur de l’affaire. Ce dernier lui recommande d’user du tact et de la délicatesse requis dans le milieu qu’il sera amené à côtoyer. Mais le policier n’est pas réputé pour sa finesse, bien au contraire, et c’est avec sa rusticité et son professionnalisme usuels qu’il va se lancer sur les traces de l’assassin...


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Publié par
Nombre de lectures 5
EAN13 9782373471892
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0007€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

couve

Odilon QUENTIN

 

* 17 *

SYMPHONIE EN ROUGE

Roman policier

 

par Charles RICHEBOURG

CHAPITRE PREMIER

 

Dans un rayon de cinq kilomètres, l'épicerie-crémerie de Mme Morin était considérée comme la meilleure de la région ; on y trouvait de tout : des légumes frais, des conserves de marques, des fruits, tous les fromages de France ou d'ailleurs, et même des articles qui n'avaient rien de commun avec la raison sociale de la firme ; des épingles de nourrice par exemple ou des clous de sabot.

On pouvait demander n'importe quoi à la mère Morin, on était sûr d'être servi ! Le magasin naturellement ne désemplissait pas ; petit à petit, les servantes et les cuisinières des environs avaient pris l'habitude de s'y rencontrer, pour faire leurs achats, bien sûr, mais surtout pour y papoter, éplucher la conduite de Madame ou détailler, avec de petits sourires entendus, les frasques de Monsieur.

L'arrivée d'Anne-Marie dans ce cénacle provoqua, comme de coutume, une hilarité unanime. La jeune bonne de la villa des Anémones ressemblait si parfaitement à l'immortelle Bécassine qu'instinctivement l'on se demandait, en la voyant, où elle avait oublié son parapluie.

La petite servante possédait la naïveté et les taches de rousseur de son modèle, et bien qu'elle parlât un français fort correct, il ne fallait pas être grand clerc pour deviner ses origines normandes.

Anne-Marie avait vingt ans tout juste, et depuis qu'elle avait fait ses premières dents, elle vivait dans le constant souci de donner satisfaction en toutes choses. Malheureusement, elle n'était guère intelligente et fort distraite par surcroît, ce qui fait que son désir d'atteindre la perfection se traduisait souvent par de regrettables bévues.

Sous prétexte que Monsieur n'aimait pas la viande saignante, elle servait le bifteck carbonisé, et elle confondait les épices en toute innocence, saupoudrant généreusement de cannelle les mets qui, normalement, eussent requis du poivre de Cayenne.

La moindre observation la transformait en fontaine, et si la réprimande lui était adressée au cours du repas, elle pleurait dans le potage, l'allongeant de l'amertume salée de ses larmes. Cependant, sa bonne volonté était si évidente que ses patrons passaient l'éponge sur ses défauts, d'autant plus volontiers qu'il est difficile de trouver la servante idéale, qu'Anne-Marie aimait bien la petite Nanine, et qu'elle soignait la vieille mère de Monsieur avec le dévouement et l'abnégation que seules possèdent les âmes simples.

— Et pour toi, Anne-Marie, que puis-je te servir ?

Prise au dépourvu, la jeune bonniche changea de couleur et regarda la mère Morin comme si elle contemplait un objet d'épouvante :

— Mon Dieu... gémit-elle, j'ai oublié mon papier !

Déjà elle se préparait à retourner sur ses pas le chercher aux Anémones, lorsqu'une commère bienveillante lui conseilla de regarder tout d'abord dans son sac à provisions. Hélas, il était radicalement vide. La distraite fouilla ensuite dans son porte-monnaie, et passa cinq minutes à quatre pattes pour ramasser les pièces qu'elle avait laissé tomber. Finalement, elle retrouva la liste de ses commissions dans les plis de son mouchoir de poche !

— Je l'ai ! s'exclama-t-elle, triomphante, en tendant une feuille de bloc-notes à la crémière. Madame a demandé de bien soigner le Roquefort ; elle le voudrait avec beaucoup de vert dedans...

Puis, après un silence, elle ajouta, pensant tout expliquer :

— Monsieur et Madame Ferrières fêtent aujourd'hui le huitième anniversaire de leur mariage. Je boirai une flûte de champagne ce soir !

— On sert le champagne dans des coupes ! fit observer la cuisinière du Baron de Fleury-Latour, avec la compétence que lui conféraient ses hautes fonctions.

— Pas chez nous ! Monsieur préfère les flûtes ! Il y laisse tomber des grains de raisin sec et ils remontent à la surface comme des petits ballons, entourés de bulles d'air. C'est joli et cela amuse la petite Nanine... Elle applaudit à chaque coup !

— Comment va la vieille Madame Ferrières, la mère de Monsieur ?

— Oh, mal... Très mal ! Elle ne quitte presque plus son lit. Pensez donc ! Du rhumatisme articulaire, une maladie de cœur, et maintenant ses mains ! Elles sont couvertes de dartres... On lui met de la pommade, et elle doit conserver ses gants nuit et jour pour que le remède pénètre bien dans la peau. Mais, le pire de tout, c'est qu'elle a 78 ans ! C'est le docteur Houdard qui l'a dit ! Il vient la voir tous les jours... Je dois même me dépêcher parce qu'il trouverait porte de bois s'il arrivait en mon absence !

— Madame n'est pas à la maison ?

— Non... Elle est allée chez ses parents avec la petite. Sa maman n'est pas bien non plus !

— Que c'est imprudent de laisser ainsi une impotente toute seule !

— Oh non ! La vieille dame dormait lorsque je suis partie. Elle prend des cachets pour calmer ses douleurs et s'assoupit pendant deux heures immédiatement après. Vous avez bien mis tout ce qu'il y avait sur le papier, Madame Morin ?

— Oui... Et j'ai inscrit le prix à côté de chaque article, comme ça, Madame pourra contrôler.

— Alors, je m'en vais ! Merci... Au revoir, tout le monde !

Et la jeune Anne-Marie s'en fut, la conscience tranquille et l'esprit en repos, puisque la crémière supportait l'entière responsabilité de ses achats. Elle ne mit guère plus de dix minutes à atteindre la demeure de ses patrons, cachée derrière un rideau de verdure ; et elle s'apprêtait à introduire la clef dans la serrure lorsqu'elle constata que la porte était entrebâillée.

Tressaillant violemment, elle se demanda avec angoisse si elle avait oublié de la refermer lorsqu'elle était sortie ; mais, ainsi qu'il arrive toujours lorsque l'on s'énerve, il lui fut impossible de rassembler des souvenirs précis.

Saisie par le pressentiment d'un irréparable malheur, elle rassembla tout son courage et entra, les jambes flageolantes, pour s'arrêter dès le seuil, clouée sur place par l'épouvante. Elle était incapable de se mouvoir, d'appeler au secours... un râle sourd s'échappait de ses lèvres entr'ouvertes, et ses yeux exorbités contemplaient l'horrible spectacle qui expliquait son hébétude.

Le hall de la villa était constellé de taches rouges. Il y...

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